2012

Tout doit disparaître !

Dût la chose étonner de la part d’un individu aussi grognon et réactionnaire que moi, je n’ai pas trouvé désagréable ce film de catastrophe et de survie, bâti sur un schéma archi-classique, mais tout de même serti de quelques originalités. Bien sûr le politiquement correct dégouline à plein régime : le président des États-Unis Thomas Wilson (Danny Glover) est noir et se sacrifie courageusement ; le Président de la République française (qu’on aperçoit fugitivement) est une femme et les deux méchants sont des Blancs ventripotents et sans scrupules, l’Étasunien Carl Anheuser (Oliver Platt) et l’oligarque russe Yuri Karpov (Zlatko Buric). La figure la plus pure, le scientifique Adrian Helmsley (Chiwetei Ejiofor) est également noire et fricotera, à la toute fin avec Laura Wilson (Thandie Newton) la fille du valeureux Président qui s’est – métaphoriquement parlant – englouti avec le navire des quelques milliards de Terriens qui ont disparu.

 Car c’est là le bon côté de 2012 : un cataclysme planétaire effroyable mais (un petit peu) compensé par la survie de 400.000 privilégiés. S’appuyant sur une obscure prophétie des Mayas (!!!) à peu près aussi pertinente que les billevesées des Hopis et les rêveries de Nostradamus, le film raconte une soudaine élévation incommensurable de la température interne de notre planète qui déchaîne les éléments. Pas tout à fait la fin du monde mais un bouleversement cataclysmique de nos civilisations, un changement total de la physionomie des continents et une mutation telle que l’Amérique du Nord devient le Pôle Sud ; on voit par là que ce n’est pas de la gnognote ou de la roupie de sansonnet.

Ce qui n’est pas mal, donc, c’est que ce désastre a été signalé deux ans avant sa survenue par un géophysicien indien, Satnam (Jimi Mistry), qui en a averti son copain Adrian Helmsley, qui a l’oreille du Président des États-Unis, lequel a prévenu ses homologues du G8. Et tout ce grand monde a décidé de refaire le coup biblique de. Noé, c’est-à-dire, puisqu’il n’y a rien d’autre à faire devant la catastrophe annoncée, de bâtir des Arches où seront entassés 400.000 heureux élus, selon des critères où la compétence intellectuelle, la qualité génétique, la maîtrise des pouvoirs voisinera avec la grande richesse : car, à 1 milliard d’euros la place, la couchette n’est pas accessible à nos carnets de Caisse d’épargne, ni même à nos assurances-vie.

Dans ce genre de trop long film, le récit progresse en s’appuyant sur des images de synthèse extrêmement bien réalisées (et assez convaincantes), sur les décisions que prennent, mâchoires serrées et œil héroïque, les Grands de ce monde (et parallèlement sur les regards torves et les bouches vipérines des traîtres et des méchants), mais aussi grâce à la focalisation sur un groupe d’individus. Là, c’est une famille dissociée qui s’y colle : Jackson (John Kusack) et Kate (Amanda Peet) Curtis, leurs deux rejetons. et Gordon Silberman (Thomas McCarthy), le nouveau compagnon de Kate. À la suite de nombreuses péripéties, aussi invraisemblables que bien amenées, tout ce petit monde sera sauvé, à l’exception du malheureux amant Gordon (parce qu’on ne voit pas trop comment il pourrait en être autrement).

Aux dernières images, les Arches voguent sereinement sur une planète qui a retrouvé à peu près son équilibre mais dont le centre géodésique est désormais l’Afrique (tiens donc ! quelle surprise !). Les hommes s’apprêtent à reprendre l’aventure humaine. On en est bien content pour eux. Naturellement, aucune allusion – qui serait de fort mauvais goût – aux 7 milliards d’habitants qui ont disparu ; on aurait pourtant aimé à assister un peu aux débats qui ont présidé au sauvetage des 400.000 rescapés…

Le film de Roland Emmerich n’est pas désagréable à regarder, si on en supporte les vertueuses ramifications et son évident refus de tirer les conséquences des idées gênantes qui affleurent ; ainsi, donc, la sélection des passagers des Arches. Mais aussi, à un moment critique, une des Arches étant endommagée, le vibrant plaidoyer d’Adrian Helmsley/Chiwetel Ejiofor pour recueillir les laissés pour compte : naturellement, tout le monde est d’accord, sauf les méchants et naturellement tout se passera bien. Mais j’ai le souvenir d’un film sur le naufrage du Titanic où les matelots préposés à la conduite des canots éloignaient à coup de gaffes ceux qui voulaient monter à bord, surnuméraires prêts à faire chavirer les chaloupes… C’est bien embêtant, quelquefois, la réalité…

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