Manina, la fille sans voile

janvier 22nd, 2021

Petit lapin deviendra grand.

Le film de Willy Rozier est d’une parfaite nullité, mais il n’est pas désagréable à regarder et, pour qui s’intéresse à l’histoire du cinéma, il ne manque pas de qualités informatives. Au fait, Willy Rozier, qui est-ce ? Un de ces stakhanovistes qui vous troussait un bon petit spectacle d’une heure et demie en quelques semaines et pour guère de sous, un petit truc qui passait dans les salles pendant quelques jours et qui bon an, mal an, permettait au producteur de rentrer dans ses frais, aux acteurs d’être convenablement rémunérés et aux spectateurs de passer une soirée bon enfant avant de rentrer dans son appartement exigu, mal chauffé et aux toilettes sur le palier. Read the rest of this entry »

Un air de famille

janvier 21st, 2021

Les verts pâturages.

Dans le concert de louanges (tellement justifié) qui conduit, depuis deux jours, toutes les chaînes de télévision à programmer les films de Jean-Pierre Bacri, j’ai été un peu déçu par la revoyure de cet Air de famille. Je m’empresse de dire que la totalité de la distribution est absolument remarquable et qu’il faudrait être de bien mauvaise foi pour déceler dans le jeu de l’un ou l’autre la moindre faille : ils sont tous par-faits !

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Le marginal

janvier 20th, 2021

Belmondissime.

Le meilleur de ce film, par ailleurs assez médiocre et décousu, c’est son âge et le parfum qu’il laisse, l’arôme, le fumet et – selon qu’on en juge – les fragrances ou les remugles de l’année où il fut tourné. 1983, c’est-à-dire guère loin de quarante ans ; c’est-à-dire aussi, je m’en rends compte avec un affreux filet de glace qui me coule dans le dos, pas très très loin du demi-siècle. Et, à dire le vrai, c’est finalement grâce à des films comme celui-là qu’on se rend vraiment compte que l’on a changé de siècle et même de millénaire. Le marginal ne vaut que par ça et je suis encore tout surpris que le film soit passé à une heure de grande écoute sur une chaîne de télévision qui n’est pas tout à fait confidentielle. Read the rest of this entry »

Règlements de compte

janvier 16th, 2021

La vie est crasseuse.

Un film de bonne qualité courante, qui tient la distance et intéresse le spectateur. Ceci malgré un scénario d’une grande banalité comme les États-Unis du début des années Cinquante en suscitaient à la pelle. Une histoire où un homme seul, un petit policier honnête, pur, franc, Dave Bannion, (Glenn Ford) se bat tout seul contre le monde entier, à tout le moins contre toutes les fripouilles de son patelin, qui ont, d’ailleurs gangrené la police du comté. On a vu ça dix-mille fois. Est-il besoin d’ajouter qu’à la fin, c’est le bon policier qui gagne, est-il besoin d’ajouter que, avant de l’emporter sur les canailles, il aura connu les pires vicissitudes, notamment l’assassinat de sa femme, qu’il aimait tendrement ? Read the rest of this entry »

Bad Lieutenant

janvier 12th, 2021

Le fond de la piscine.

Il paraît que Bad lieutenant est un film mythique, le meilleur de son réalisateur, 90 minutes qui prennent au cœur (et un peu davantage) et installent une atmosphère poignante, dure, angoissante. Harvey Keitel, acteur massif et inquiétant y est omniprésent, occupant l’écran pendant toute sa durée, jusqu’à lasser le spectateur qui aimerait pouvoir de temps en temps aller respirer autre chose que les miasmes qu’il dégage. Franchement il n’y a pas tant que ça de films qui reposent autant sur des épaules massives et pourries de son acteur principal, qu’on devrait d’ailleurs appeler acteur unique. Même chez les Gabin ou les Funès, on pouvait toujours distinguer, en troisième plan, un rôle, une silhouette reconnaissable. Là, rien du tout. Read the rest of this entry »

Big fish

janvier 10th, 2021

Naissance de l’Odyssée.

Piètre connaisseur des films de Tim Burton, lorsque j’ai l’occasion d’en regarder un, je me laisse pourtant chaque fois prendre par un ton qui me semble original et par un certain charme onirique qu’on ne doit pas retrouver bien souvent dans le cinéma des dernières décennies. C’est en tout cas là un cinéma qui a l’esprit d’enfance et qui rassemble avec talent les meilleures recettes des contes extraordinaires qui construisent l’imaginaire de tous les enfants du monde. Il me semble en effet, pour avoir dévoré, il y a bien longtemps toute la série des Contes et légendes de chez Fernand Nathan que sur tous les continents et au milieu de toutes les coutumes, les enfants sont fascinés par le mélange (en quantités variables, il est vrai) du merveilleux, du magique et du macabre, surtout lorsque ces ingrédients sont rehaussés de beaucoup de couleurs et que les histoires relatées se terminent bien (en tout cas pour le héros et la plupart de ses amis ; mais on peut perdre un peu de monde au passage). Read the rest of this entry »

Trois de la Canebière

janvier 7th, 2021

La sardine a bouché le port.

Lorsque le film est sorti, en 1955, jouant sur l’éternel fonds de galéjades alimenté depuis bien longtemps par Marcel PagnolFernandel et toute une clique de joyeux comédiens qu’on imaginait entourés de cigales et fleurant le pastis, Marseille n’avait pas son image d’aujourd’hui. À tout le moins ce que ceux qui ne la connaissent pas imaginent qu’elle est : un coupe-gorge archi-métissé où des tombereaux de drogue s’échangent sous la protection de kalachnikovs dans des cités fermées à l’Autorité publique. Certes le crime organisé y était absolument présent (voir Borsalino ou, mieux Justin de Marseille qui me paraît d’un ton plus juste), mais n’empoisonnait pas la vie de tout le monde. Read the rest of this entry »

Tendre poulet

janvier 5th, 2021

Poulet sans vinaigre.

L’idée à peu près généralement répandue est que Tendre poulet est plutôt un meilleur film qu’On a volé la cuisse de Jupiter. L’un et l’autre film mettent en scène le couple formé par le professeur de grec Antoine Lemercier (Philippe Noiret) et le commissaire de police Lise Tanquerelle (Annie Girardot), anciens camarades de classe à Louis-le-Grand qui se retrouvent et se séduisent dans le premier opus et, dans le second, passent leur voyage de noces en Grèce. Tout cela sur fond d’intrigues policières aussi compliquées que mal convaincantes. Pourquoi pas, après tout ? Les couples un peu rassis ne sont pas denrées fréquentes au cinéma mais changent un peu des amoureux juvéniles et débutants. Autant citer les derniers en date, Prudence et Belisaire Beresford (Catherine Frot et André Dussollier) qui ont sévi trois fois dans les films de Pascal ThomasMon petit doigt m’a dit…Le crime est notre affaire et Associés contre le crime. Tout ça est un peu plon-plon mais se laisse voir. Read the rest of this entry »

Les Misérables (Hossein)

janvier 3rd, 2021

Discours des misères du temps.

Robert Hossein mort (comme beaucoup de people cette année, ne trouvez-vous pas ?), quel hommage la télévision allait-elle lui rendre ? Comme acteur, il y avait pléthore, mais on ne voulait sans doute pas rediffuser pour la soixantième fois Angélique marquise des anges, qui est pourtant un bien bon film. Il fallait rendre un hommage déférent au metteur en scène qui, pourtant, a davantage brillé dans les grosses machines scéniques que dans la mise en scène appréciée par la doxa et Télérama ; au cinéma, il n’y avait pas surabondance de films à présenter : d’ailleurs les meilleures réalisations de Hossein qui sont sans doute Toi le venin en 1959 et Le vampire de Düsseldorf en 1965 sont en Noir et Blanc, ce qui suffit à les disqualifier pour un prime-time populaire. On choisit donc la recette éprouvée et culturellement gratifiante de présenter la énième version des inusables Misérables. On se sent d’ailleurs gratifié par l’effort accompli par France-Télévisions d’ouvrir le populo à une grande œuvre révérée par tous. Read the rest of this entry »

Arnaques, crimes et botanique

janvier 2nd, 2021

Haute voltige.

On me dit que Arnaques, crimes et botanique, qui date de 1998 (plus de vingt ans, donc) est le premier film de Guy Ritchie. J’en suis d’autant plus content pour lui que j’ignorais jusqu’alors jusqu’à son nom et qu’il avait, depuis lors, accumulé une certaine œuvre dont la découverte sur notre amie Wikipédia me laisse coi, tant je n’ai jamais entendu parler de cette dizaine de toiles qu’il a réalisées. Il est vrai que je ne fréquente pas les multiplexes de banlieue. J’ai sans doute tort (mais peut-être raison) parce que ce premier opus m’a vraiment emballé, par son rythme, sa vivacité, sa cruauté amusante et par le talent avec quoi une histoire assez compliquée est contée. Read the rest of this entry »