Les joyeux pèlerins

novembre 23rd, 2017

Fantaisie sans tonalité.

Ah ! Riche permanence des nanars français à prétention musicale tournés autour d’une formation orchestrale déjà célèbre et appréciée des spectateurs ! On s’y jette avec sympathie en espérant trouver de la joie de vivre bon enfant et, plus encore, le parfum d’une France presque disparue, à base de braves garçons courageux, de jolies filles romanesques et d’un ou deux loustics chargés de faire rigoler le brave public du samedi soir par leur apparence physique ou leur agitation continuelle… L’ethnographe du cinéma populaire y conserve les délices de À nous deux, madame la vie de René Guissart en 1937 avec l’orchestre de Fred Adison, de Mademoiselle Swing de Richard Pottier en 1942 avec l’orchestre de Raymond Legrand, de Pigalle-Saint Germain-des-Près d’André Berthomieu en 1950 avec l’orchestre de Jacques Hélian, du chef-d’œuvre du genre, Nous irons à Paris et de son petit frère Nous irons à Monte-Carlo l’un et l’autre de Jean Boyer en 1950 et 1952 avec l’orchestre de Ray Ventura… Voilà un simple échantillon. Read the rest of this entry »

C’est arrivé près de chez vous

novembre 21st, 2017

« Avec un ciel si bas qu’il faut lui pardonner… »

Est-ce qu’il est tellement étonnant que Rémy Belvaux, principal auteur et réalisateur de C’est arrivé près de chez vous se soit suicidé en 2006, à l’âge de 39 ans en se jetant sous un train ? Est-ce qu’il est tellement étonnant que ce film vienne de Belgique, un des pays majeurs de l’étrangeté, si loin, si proche de la France ? Est-ce qu’il est tellement étonnant que le Plat pays ait donné au monde de grands artistes singuliers, inquiets, souvent inquiétants, toujours décalés ? Georges Rodenbach (Bruges-la-Morte), Michel de GhelderodeJean Ray en littérature, René Magritte, Paul Delvaux en peinture, André DelvauxHarry Kümel au cinéma… ou même Jacques Brel… Le ciel gris, la mer grise, le vent, les canaux, tout cela perpétuellement vécu met tellement de fantastique dans l’existence… Read the rest of this entry »

Rire et châtiment

novembre 20th, 2017

Seul en piste.

Rire et châtiment ne vaut guère que par la prestation assez bluffante de José Garcia et par quelques miettes, notamment la prestation totalement hors sujet mais, à mes yeux, irrésistible, de Benoît Poelvoorde en moniteur de secourisme homosexuel. Tout le reste est du gloubi-glouba qui n’est étayé sur rien. Il faut savoir qu’Isabelle Doval, la réalisatrice du film, qui interprète Camille, l’épouse de l’ostéopathe Vincent, est effectivement dans la vie réelle la femme de José Garcia.

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The Vampire lovers

novembre 19th, 2017

À quoi rêvent les jeunes filles ?

Comment mieux lutter contre l’essoufflement d’un personnage sur quoi on a bâti une fortune depuis Le cauchemar de 1958 sinon en allant dans une direction parente mais différente ? Le Dracula de Bram Stoker ayant fait son temps et, à tout le moins, presque épuisé l’inventivité des scénaristes de la Hammer, autant valait rester dans la même veine (voilà un profond trait d’esprit dont je ne suis pas peu fier). On allait donc mettre au premier plan, en 1970, la Carmilla de Sheridan Le Fanu, déjà célébrée par Roger Vadim dans Et mourir de plaisir en 1960. Read the rest of this entry »

Django unchained

novembre 17th, 2017

Ôte-toi de là que je m’y mette !

Ce n’est pas – dût la chose m’étonner – parce que le scénario est souvent ridicule et qu’il est toujours invraisemblable que le film ne présente pas d’évidentes qualités ; le rythme est étonnamment soutenu, pour une durée aussi longue et au bout des trois heures, on constate qu’on ne s’est pas ennuyé, ou presque, ce qui n’est pas si fréquent que ça. Les paysages sont filmés avec beaucoup de soin, ce qui est essentiel pour un film étasunien, qui n’a pas grand chose d’autre à offrir que des montagnes spectaculaires et des champs de coton à perte de vue ; il y a, sans doute, une grande quantité de sadisme à filmer avec autant de complaisance des massacres sanguinolents, mais enfin on a vu pire (et mieux, au demeurant, chez Peckinpah, par exemple. À dire vrai, même, pour qui ne connaît guère le cinéma de Quentin Tarantino et n’imagine pas une seule seconde de le placer dans son panthéon, c’est plutôt une bonne surprise. Read the rest of this entry »

La boum

novembre 15th, 2017

« Hélas ! que j’en ai vu mourir de jeunes filles… »

Mais quel délice ! Mais quel charme ! J’ai bien sûr vu dix fois La boum, comme tout le monde, parce que le film de Claude Pinoteau est une des stars de la rediffusion télévisée et parce que retrouver, presque en copains, Denise Grey en fofolle, le couple un peu crispant Claude Brasseur et Brigitte Fossey et, surtout, la révélation de l’évidente beauté de Sophie Marceau, la musique parfaite de Vladimir Cosma, le charme merveilleux du Quartier latin et les égarements du cœur de l’adolescence, de la toute jeune adolescence, ça ne se refuse jamais. Read the rest of this entry »

Mean streets

novembre 10th, 2017

Venez visiter Little Italy !

J’étais à deux doigts de m’étonner, dans la première heure, que ce capharnaüm confus puisse figurer au rang des films importants salués par la critique. Mais, j’ai pu résister, je suis allé jusqu’au bout des presque deux heures ; j’ai trouvé que la fin du film était plutôt meilleure que le début, ce qui n’est pas si fréquent que ça. Et aussi j’ai parcouru les intéressants suppléments qu’offre le DVD, celui qui présente les huit pâtés de maison qui forment la mythique Little Italy new-yorkaise, celui où Martin Scorsese revient sur les lieux de son tournage, celui où sont montés et présentés les films d’amateur en Super-8 qui forment le générique. Mais surtout celui où le réalisateur parle lui-même de Mean streets, en commente la raison d’être, si l’on peut dire. Et là, les choses s’éclairent davantage. Read the rest of this entry »

Le voleur

novembre 7th, 2017

Violence des échanges en milieu patricien.

Tous ceux qui ont vu le film – et ils ne sont pas légion – conviennent que Le voleur est un des meilleurs films de Louis Malle qui, au fur et à mesure que passent les années, apparaît comme un réalisateur majeur. Qualité et abondance de l’interprétation, subtilité de la photographie, beauté des costumes et des décors (j’ai appris, dans le supplément du DVD, que c’était Louise de Vilmorin qui avait piloté l’équipe technique à la recherche de belles maisons patriciennes dans la région parisienne ; Louise de Vilmorin, qui connaissait tout le monde et surtout ce qu’il y avait de plus beau et de plus chic, l’auteur des récits dont ont été adaptés Le lit à colonnes et Madame de… : le raffinement et la distinction mêmes). Talent intrinsèque de la réalisation (Malle avait, dit-on, le sens du cadre), rythme de la narration, intelligence de l’écriture (avec le réalisateur, Jean-Claude Carrière et Daniel Boulanger). Pour entourer Belmondo, époustouflant, plein d’acteurs dont aucun ne détonne et une kyrielle de jolies femmes : temps où le cinéma français ne mégotait pas sur les distributions. Read the rest of this entry »

Le bouffon du Roi

novembre 4th, 2017
 Les mystères du jardin de l’enfance

Le bouffon du Roi vient de passer sur la chaîne Paramount, qui est une sorte de robinet à images hollywoodiennes et propose aux curieux le meilleur et le pire. Il vaut en tout cas la peine de jeter régulièrement de jeter l’œil sur sa programmation, malheureusement toujours en VF, pour découvrir ici et là une bizarrerie qu’on n’achèterait pas en DVD mais qu’on se fait un plaisir de découvrir ou de revoir. Et il y avait un bon moment que je me disais que dans le cadre de mon archéologie cinématographique personnelle, il me manquait de revoir un film interprété par Danny Kaye. Read the rest of this entry »

Hugo Cabret

novembre 3rd, 2017

Fondu déchaîné.

D’abord, évidemment, c’est un film de Martin Scorsese, un des grands réalisateurs qui comptent dans le cinéma d’aujourd’hui, dont j’ai beaucoup aimé Taxi driverRaging Bull (malgré ma détestation de la boxe) et avant tout After hours ; et, en dernier lieu, profond et grave, Silence. Puis c’est un film pour jeune public, comme on dit, qui ne va pas chercher chez des super-héros étasuniens un sujet à base de performances quasi magiques ; et ce n’est pas un amateur du Magicien d’Oz qui dira du mal d’un récit dédié à l’âge heureux et capable de lui faire ouvrir de grands yeux émerveillés. Enfin on ne peut qu’être heureux de voir un film venant des grandes compagnies d’Hollywood rendre un hommage déférent à un des pionniers français du cinéma, Georges Meliès, bricoleur de génie, fantaisiste, magicien, inventeur, rêveur, équilibriste… Read the rest of this entry »