Meurtre mystérieux à Manhattan

septembre 22nd, 2021

La cité de l’indicible peur.

Il est bien certain que de la surabondante filmographie de Woody Allen qui, à certaines époques, réalisait un film par an, je ne connais pas grand chose.

En fait ce n’est pas l’abondance que je dois déplorer : parmi les metteurs en scène que je place au plus haut de mes dilections, Julien Duvivier a pratiquement connu le même rythme et, dans des temps plus proches, Patrice Leconte. Mais il se trouve que je n’ai jamais vraiment accroché aux films du Juif new-yorkais, enseveli sous leur verbiage épuisant et la légèreté de leur propos. Un peu comme dans une pièce de boulevard réussie, on rit, on s’amuse, on s’esclaffe à certains morceaux réussis, mais les rideaux fermés, les projecteurs éteints, les ouvreuses couchées, on se demande vraiment ce qu’on a regardé et ce qu’on va oublier très vite.

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L’Acrobate

septembre 18th, 2021

Ne tient pas sur son fil.

Il y a comme ça des films un peu mythiques, tournés par des réalisateurs peu notoires, sortes d’objets cinématographiques non identifiés, qui n’ont pas eu de postérité, n’ont pas attiré grand public, se sont construits sans vedettes. Mais qui ont tout de même laissé une trace. À dire vrai, je ne saurais trop dire laquelle et auprès de qui, mais il y a bien longtemps que je me demandais à quoi pouvait bien ressembler L’Acrobate de Jean-Daniel Pollet. Vague souvenir d’un succès d’estime auprès de la critique bien-pensante, peut-être. Et ce succès était sans doute aussi du au nom de Jacques Lourcelles, co-auteur du scénario et auteur d’un monumental Dictionnaire du cinéma. Read the rest of this entry »

Hommes en détresse

septembre 17th, 2021

La lumière des Justes.

Peu connu en France, le réalisateur Rafael Gil (1913-1986) a connu, comme l’Espagne du dernier siècle, un parcours assez singulier. D’abord journaliste au quotidien de la Droite monarchiste ABC (qui existe toujours), il est embauché par la République, au début de la Guerre civile, pour faire partie d’un groupe documentaliste. Mais, en 1939, la victoire du Soulèvement national ne lui posera pas le moindre problème et il effectuera de 1942 à 1980 une assez dense carrière, marquée par une bonne vingtaine de films de toute nature, drames historiques, adaptation d’œuvres littéraires (Don Quijote de la Mancha), mélodrames et sujets religieux (El beso de Judas).

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L’Animal

septembre 15th, 2021

Intermittents du spectacle.

C’était l’époque où Jean-Paul Belmondo, immense vedette, alternait entre des rôles de policiers désinvoltes et peu attentifs au Code de procédure pénale et des parodies où il pouvait donner le meilleur de lui-même. Tout au moins lorsque les scénarios étaient à la hauteur et que le réalisateur était Philippe de Broca qui lui avait donné un des deux ou trois meilleurs rôles de sa vie dans L’homme de Rio. Mais après Le Magnifique, en 1973 (déjà un double rôle !) et surtout L’Incorrigible en 1975, Broca a dû sentir que la veine était un peu lasse. Le public en demandant encore et encore, c’est Claude Zidi qui s’y est collé pour tourner L’Animal en 1977. Read the rest of this entry »

Toute la mémoire du monde

septembre 11th, 2021

Grâce à François Ier.

Le Roi François Ier n’a pas seulement le vainqueur de Marignan (et le vaincu de Pavie), le mécène éblouissant de Léonard de Vinci et de bien d’autres, le bâtisseur de Blois, de Chambord, de Fontainebleau. Deux années avant d’avoir imposé, en 1539, par l’Ordonnance de Villers-Cotterêts la primauté de la langue française sur les idiomes, patois et dialectes, il a, en 1537, imposé la merveille du dépôt légal, obligation faite à ceux qui produisent tous les documents possibles d’en faire envoi à l’institution publique du royaume, chargée de les conserver et de les tenir à disposition de qui en a usage. Read the rest of this entry »

Sang pour sang

septembre 8th, 2021

L’Amérique poisseuse.

Drôles de lutins méchants, presque souvent pervers, que ces frères Joel et Ethan Coen, qu’on ne peut pas tellement distancier. Drôle d’esprit, drôle de violence, drôles d’outrances : ces deux garçons sont capables de tout. Peut-être surtout de présenter au spectateur une réalité poisseuse, vaguement gênante, où il (le spectateur !) ne reconnaît plus vraiment son petit confort et s’éberlue de voir à l’écran de sales gens. Des gens qui lui ressemblent peut-être un peu, d’ailleurs. Et c’est là toute la question. Read the rest of this entry »

Alamo

septembre 3rd, 2021

Le pays de l’Étoile solitaire.

Les États-Unis (dits d’Amérique) ont toujours eu le chic (l’habileté, la roublardise) d’imposer au monde entier leur légende historique et d’en emplir les cerveaux naïfs jusqu’à imposer une vision univoque qui devient alors une vérité de foi révérée. Ainsi la baliverne qu’ils ont été les vainqueurs exclusifs du National-socialisme alors que c’est l’Union soviétique qui a porté les coups les plus durs à l’Allemagne hitlérienne. Ainsi les billevesées sur la défense du Monde libre en Corée, en Indochine ou à Cuba alors qu’ils ont à peu près à eux seuls salopé tout l’équilibre mondial et méprisé l’identité des nations. Ce qui leur retombe régulièrement sur le nez, comme on le voit aujourd’hui en Afghanistan, jadis au Vietnam. Read the rest of this entry »

La maison du passeur

septembre 1st, 2021

L’esprit de famille.

C’est tout de même très curieux que l’excellente maison d’édition Carlotta films ait cru pouvoir proposer à la vente il y a quelques mois un coffret – fort bien présenté et documenté, il est vrai – qui réunit l’intégrale (ou presque) de la filmographie de Pierre Prévert. Ça n’en vaut vraiment pas la peine. Mais comme je me suis fait avoir, à cause d’un bon souvenir trop ancien de L’affaire est dans le sac, qui ne vaut pas tripette, finalement, je n’ai qu’à m’en prendre à moi et à épuiser toutes les ressources du coffret. Cette malédiction du coffret, je l’avais déjà ressentie avec une occasion proposant cinq ou six films de Jésus Franco dont bien peu avaient de l’intérêt ; mais qui, au moins, ne se haussaient pas du coude. Read the rest of this entry »

Viva la vie !

août 31st, 2021

Lelouchissime, c’es-à-dire nul !

Invraisemblable : la filmographie de Claude Lelouch doit bien compter 50 ou 60 titres et malgré les bides qui succèdent aux bides, il continue de tourner. Cela étant, il ne se fait plus d’illusion sur le succès de ses pensums puisqu’il offre l’entrée de ses dernières parutions aux spectateurs. Il y a quelque chose d’extraordinaire à ça, qui n’est possible que dans le système archi subventionné du cinéma français (quelquefois à bon escient, d’ailleurs) ; Jean-Pierre Mocky qui a connu la même diarrhée filmique est un autre exemple de l’utilisation du système. Read the rest of this entry »

L’étrange Monsieur Victor

août 29th, 2021

La peur du vide.

Il ne faut pas oublier qu’à la base Jean Grémillon est musicien, qu’il a fait ses études à la Schola cantorum et qu’il conçoit ses films les plus ambitieux d’une façon harmonique où aucun des éléments qui les composent ne doit vraiment l’emporter sur les autres. En termes différents, à une époque où les projecteurs du cinéma français sont extrêmement orientés vers les acteurs et vers les dialogues, mais aussi vers des scénarios très composés, très solides, Grémillon tente de fondre tous ces points sans en privilégier l’un ou l’autre, tout en accordant à la lumière et aux images un poids qui singularise ses œuvres. Il lui était d’ailleurs reproché par la Critique d’être trop demeuré dans l’esprit très expressionniste du cinéma muet. Read the rest of this entry »