Règlements de compte

janvier 16th, 2021

La vie est crasseuse.

Un film de bonne qualité courante, qui tient la distance et intéresse le spectateur. Ceci malgré un scénario d’une grande banalité comme les États-Unis du début des années Cinquante en suscitaient à la pelle. Une histoire où un homme seul, un petit policier honnête, pur, franc, Dave Bannion, (Glenn Ford) se bat tout seul contre le monde entier, à tout le moins contre toutes les fripouilles de son patelin, qui ont, d’ailleurs gangrené la police du comté. On a vu ça dix-mille fois. Est-il besoin d’ajouter qu’à la fin, c’est le bon policier qui gagne, est-il besoin d’ajouter que, avant de l’emporter sur les canailles, il aura connu les pires vicissitudes, notamment l’assassinat de sa femme, qu’il aimait tendrement ? Read the rest of this entry »

Bad Lieutenant

janvier 12th, 2021

Le fond de la piscine.

Il paraît que Bad lieutenant est un film mythique, le meilleur de son réalisateur, 90 minutes qui prennent au cœur (et un peu davantage) et installent une atmosphère poignante, dure, angoissante. Harvey Keitel, acteur massif et inquiétant y est omniprésent, occupant l’écran pendant toute sa durée, jusqu’à lasser le spectateur qui aimerait pouvoir de temps en temps aller respirer autre chose que les miasmes qu’il dégage. Franchement il n’y a pas tant que ça de films qui reposent autant sur des épaules massives et pourries de son acteur principal, qu’on devrait d’ailleurs appeler acteur unique. Même chez les Gabin ou les Funès, on pouvait toujours distinguer, en troisième plan, un rôle, une silhouette reconnaissable. Là, rien du tout. Read the rest of this entry »

Big fish

janvier 10th, 2021

Naissance de l’Odyssée.

Piètre connaisseur des films de Tim Burton, lorsque j’ai l’occasion d’en regarder un, je me laisse pourtant chaque fois prendre par un ton qui me semble original et par un certain charme onirique qu’on ne doit pas retrouver bien souvent dans le cinéma des dernières décennies. C’est en tout cas là un cinéma qui a l’esprit d’enfance et qui rassemble avec talent les meilleures recettes des contes extraordinaires qui construisent l’imaginaire de tous les enfants du monde. Il me semble en effet, pour avoir dévoré, il y a bien longtemps toute la série des Contes et légendes de chez Fernand Nathan que sur tous les continents et au milieu de toutes les coutumes, les enfants sont fascinés par le mélange (en quantités variables, il est vrai) du merveilleux, du magique et du macabre, surtout lorsque ces ingrédients sont rehaussés de beaucoup de couleurs et que les histoires relatées se terminent bien (en tout cas pour le héros et la plupart de ses amis ; mais on peut perdre un peu de monde au passage). Read the rest of this entry »

Trois de la Canebière

janvier 7th, 2021

La sardine a bouché le port.

Lorsque le film est sorti, en 1955, jouant sur l’éternel fonds de galéjades alimenté depuis bien longtemps par Marcel PagnolFernandel et toute une clique de joyeux comédiens qu’on imaginait entourés de cigales et fleurant le pastis, Marseille n’avait pas son image d’aujourd’hui. À tout le moins ce que ceux qui ne la connaissent pas imaginent qu’elle est : un coupe-gorge archi-métissé où des tombereaux de drogue s’échangent sous la protection de kalachnikovs dans des cités fermées à l’Autorité publique. Certes le crime organisé y était absolument présent (voir Borsalino ou, mieux Justin de Marseille qui me paraît d’un ton plus juste), mais n’empoisonnait pas la vie de tout le monde. Read the rest of this entry »

Tendre poulet

janvier 5th, 2021

Poulet sans vinaigre.

L’idée à peu près généralement répandue est que Tendre poulet est plutôt un meilleur film qu’On a volé la cuisse de Jupiter. L’un et l’autre film mettent en scène le couple formé par le professeur de grec Antoine Lemercier (Philippe Noiret) et le commissaire de police Lise Tanquerelle (Annie Girardot), anciens camarades de classe à Louis-le-Grand qui se retrouvent et se séduisent dans le premier opus et, dans le second, passent leur voyage de noces en Grèce. Tout cela sur fond d’intrigues policières aussi compliquées que mal convaincantes. Pourquoi pas, après tout ? Les couples un peu rassis ne sont pas denrées fréquentes au cinéma mais changent un peu des amoureux juvéniles et débutants. Autant citer les derniers en date, Prudence et Belisaire Beresford (Catherine Frot et André Dussollier) qui ont sévi trois fois dans les films de Pascal ThomasMon petit doigt m’a dit…Le crime est notre affaire et Associés contre le crime. Tout ça est un peu plon-plon mais se laisse voir. Read the rest of this entry »

Les Misérables (Hossein)

janvier 3rd, 2021

Discours des misères du temps.

Robert Hossein mort (comme beaucoup de people cette année, ne trouvez-vous pas ?), quel hommage la télévision allait-elle lui rendre ? Comme acteur, il y avait pléthore, mais on ne voulait sans doute pas rediffuser pour la soixantième fois Angélique marquise des anges, qui est pourtant un bien bon film. Il fallait rendre un hommage déférent au metteur en scène qui, pourtant, a davantage brillé dans les grosses machines scéniques que dans la mise en scène appréciée par la doxa et Télérama ; au cinéma, il n’y avait pas surabondance de films à présenter : d’ailleurs les meilleures réalisations de Hossein qui sont sans doute Toi le venin en 1959 et Le vampire de Düsseldorf en 1965 sont en Noir et Blanc, ce qui suffit à les disqualifier pour un prime-time populaire. On choisit donc la recette éprouvée et culturellement gratifiante de présenter la énième version des inusables Misérables. On se sent d’ailleurs gratifié par l’effort accompli par France-Télévisions d’ouvrir le populo à une grande œuvre révérée par tous. Read the rest of this entry »

Arnaques, crimes et botanique

janvier 2nd, 2021

Haute voltige.

On me dit que Arnaques, crimes et botanique, qui date de 1998 (plus de vingt ans, donc) est le premier film de Guy Ritchie. J’en suis d’autant plus content pour lui que j’ignorais jusqu’alors jusqu’à son nom et qu’il avait, depuis lors, accumulé une certaine œuvre dont la découverte sur notre amie Wikipédia me laisse coi, tant je n’ai jamais entendu parler de cette dizaine de toiles qu’il a réalisées. Il est vrai que je ne fréquente pas les multiplexes de banlieue. J’ai sans doute tort (mais peut-être raison) parce que ce premier opus m’a vraiment emballé, par son rythme, sa vivacité, sa cruauté amusante et par le talent avec quoi une histoire assez compliquée est contée. Read the rest of this entry »

Rencontres du troisième type

décembre 31st, 2020

Coquins de martiens !

Je ne me souvenais pas même avoir tenté il y a juste trois ans de regarder ces Rencontres avec de la bonne volonté et m’être endormi au bout de vingt minutes. Cette fois j’ai tenu le coup pendant les 2h17 réglementaires, sans doute parce que j’étais davantage à jeun. Mais à mes yeux ça ne comptera pas dans l’importante et souvent intéressante filmographie de Steven Spielberg, malgré la profusion des moyens mis en œuvre ; il est vrai que des naïvetés (ou des provocations ?) assez imbéciles comme la mise en bonne place de François Truffaut qui incarne un scientifique de premier rang mais qui est incapable de jaspiner la langue anglaise sont de celles qui m’exaspèrent. Read the rest of this entry »

Les bonnes manières

décembre 28th, 2020

Les nuits de pleine lune.

Bien curieux film venu du bien étrange Brésil, ce pays qui passait, au milieu du siècle dernier, avoir grand avenir et être puissance majeure et qui ne finit pas de s’éparpiller, l’opulence incroyable des uns prospérant sur l’effroyable misère des autres et ceci sur fonds de drogue, de violence et de corruption. Pays étrange de tous les syncrétismes où cohabitent les traces d’anciens cultes africains, un catholicisme démonstratif et un évangélisme en plein développement. Ce riche terreau produit un film qu’on serait bien en mal de classer dans une seule catégorie. Un peu d’étude sociale, un début d’histoire amoureuse saphique, un soupçon d’images sanglantes, quelques excellentes chansons par ci par là, un appel au vieux mythe du loup-garou. Read the rest of this entry »

La loi du Seigneur

décembre 24th, 2020

Les anges dans nos campagnes.

Le film ne serait qu’une collection un peu longuette de vignettes ennuyeuses et de pont-aux-ânes vertueux s’il ne portait un éclairage intéressant sur la secte des Quakers, qui est un peu moins originale que celle des Amish, mais tout de même bien singulière. Sans cet éclairage original, c’est une histoire bien rose-pâle, bien convenue et bien manichéenne. Tous les Nordistes sont beaux, vertueux, loyaux et (presque) désintéressés. Tous les Sudistes sont vulgaires, violents, dépenaillés et pillards. Ben voyons ! Il y a une histoire d’amour dont l’évidence ne trompe ab initio que ceux qui la vivent, des dilemmes abyssaux habilement résolus et la vie d’une famille honorable qui fait songer à La petite maison dans la prairie. Read the rest of this entry »