Le cerveau

juin 23rd, 2018

Bien ramolli.

Je pourrais presque reprendre – en pire – sur ce Cerveau ce que j’ai écrit il y a quelque temps sur La grande vadrouille : comment ai-je pu trouver ça drôle et enlevé lorsque j’ai vu le film sur grand écran ? Et encore… J’avais à peine plus de 20 ans, la salle devait être secouée de rires et le film, après les grands succès de Gérard Oury auparavant (La vadrouilledonc mais aussi Le corniaud) partait avec un avantage très déterminé. Mais il me semble bien que dans les quelques années qui ont suivi, à la télévision, j’ai essayé de ne jamais rater une des nombreuses rediffusions qui assuraient d’ailleurs à la chaîne programmatrice un audimat du tonnerre de Dieu. Read the rest of this entry »

Les nerfs à vif

juin 22nd, 2018

La haine qui rôde.

Une ville anonyme, sans intérêt apparent, du sud des États-Unis, peut-être la Floride. Une famille prospère, sans aspérité particulière. Le père, Sam Bowden (Gregory Peck), est avocat, sa femme, Peggy (Polly Bergen) semble rester au foyer, leur très jeune fille, à peine adolescente, Nancy (Lori Martin) paraît être une adolescente sans histoire. Ils ne sont ni antipathiques, ni particulièrement sympathiques, mais on devine dès l’abord que Sam l’avocat est un procédurier enquiquinant, un peu retors et sans doute peut prendre ici et là dans l’exercice de son métier quelques libertés avec la loi. Fait son apparition dans la bourgade un drôle de type à l’œil acéré et à la bouche mauvaise, Max Cady (Robert Mitchum). Il ne se cache pas : il vient de purger une peine de 8 ans de prison pour agression sexuelle qui lui a été infligée notamment du fait du témoignage de Bowden (tout cela est un peu trouble et flou). Read the rest of this entry »

En guerre

juin 19th, 2018

« Tout le monde a ses raisons ».

On est presque à la fin du film. Les ouvriers d’une usine de sous-traitance automobile d’Agen, qui va fermer pour manque de rentabilité en laissant 1100 personnes sur le carreau sont parvenus, après plusieurs mois de grève et d’actions quelquefois violentes, à arracher la réunion de la dernière chance. Le chef de file des grévistes, Laurent Amodéo (Vincent Lindon) ne supporte bientôt plus le discours policé et hermétique de ses interlocuteurs du patronat et apostrophe directement le PDG allemand (Martin Hauser) de la multinationale en parlant de la vie des ouvriers et des familles qui va être détruite par la fermeture de l’usine. Et le grand patron de lui opposer la loi internationale du Marché et de lui dire, substantiellement, Je vis dans un monde où cette loi s’applique. C’est dans ce sens que je titre ce message Tout le monde a ses raisons, une des phrases favorites de Jean Renoir. Read the rest of this entry »

Hier, aujourd’hui et demain

juin 17th, 2018

Les malheurs de Sophia.

Je n’attache pas énormément de poids aux distinctions que s’entre-attribuent à foison les professionnels de la profession, les Oscars, Césars, Palmes d’Or, Ours du même métal et tout le toutim mais je ne les voue pas pour autant aux ténèbres extérieures. Et puis les prix obtenus comme réalisateur par Vittorio De Sica ont couronné des films si éclatants (SciusciaLe voleur de bicycletteMiracle à MilanLe jardin des Finzi-Contini) que je ne pouvais qu’être favorablement disposé pour Hier, aujourd’hui et demain qui reçut l‘Oscar du meilleur film étranger à Hollywood en 1963.

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La mort en ce jardin

juin 14th, 2018

Au bout de la forêt coule une rivière…

Il faut toujours se méfier de la vision sarcastique, noire, cruelle de Luis Bunuel : là où l’on croit assister à un récit d’aventures finalement assez classique, surgit à tous moments l’ironie et la singularité du cinéaste, qui n’a eu ni prédécesseur, ni successeur dans le genre. C’est exactement ce que dit, dans un des suppléments du DVD le critique Charles Tesson : La mort en ce jardin est un film de John Huston, mixage du Trésor de la Sierra Madre et de L’odyssée de l’African Queen mais réalisé par Luis Bunuel ; ce qui, en effet change tout et introduit une dose suffisante d’étrangeté pour qu’on y reconnaisse toujours la patte du réalisateur espagnol qui était alors, en 1956, au cœur de sa période mexicaine, entamée en 1947 par Le grand casino et conclue en 1962 par L’Ange exterminateur. Read the rest of this entry »

Une journée en enfer

juin 12th, 2018

Zim boum boum.

L’ombrageux, têtu et susceptible John McClane (Bruce Willis) qui, à la fin du deuxième épisode de la série qu’il incarne (58 minutes pour vivre), filait le parfait amour avec sa charmante femme Holly (Bonnie Bedelia) se retrouve, au début du troisième, à la fois séparé et alcoolique. Selon ce qu’il dit, il s’est disputé téléphoniquement avec la dame et, en une année, personne n’a eu l’élémentaire intelligence de rappeler l’autre. Cette dispute n’apporte rigoureusement rien au scénario, au demeurant, et je soupçonne qu’elle a été inventée pour la commodité de la réalisation, l’actrice n’étant pas disponible ou ne souhaitant pas reprendre le rôle. Pour le reste, on demeure sur les recettes les plus éprouvées qui ont fait le succès de la série et qui, on en convient volontiers, présentent une bien belle efficacité.

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Battement de cœur

juin 10th, 2018

Une jeune fille rangée.

Henri Decoin était encore le mari de Danielle Darrieux lorsqu’en 1939, après J’aime toutes les femmesLe domino vertAbus de confiance,  Mademoiselle ma mère et Retour à l’aube, il tourna avec elle Battement de cœur. Ça ne devait plus tellement aller bien entre eux, puisqu’ils divorcèrent en 1941, mais comme c’étaient deux artistes extrêmement bien élevés, ça ne les a pas empêchés de tourner ensuite le délicieux Premier rendez-vous (modèle de film léger, spirituel, fait pour permettre aux Français d’oublier un peu la pesanteur de l’Occupation) puis, bien plus tard il est vrai, La vérité sur Bébé Donge (remarquable adaptation de Simenon), Bonnes à tuer et L’affaire des poisons. Il y a quelque chose de charmant et de solide là-dedans.

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Reflets dans un œil d’or

juin 6th, 2018

Gai, gai, marions-nous !

Je voyais plutôt jusque là John Huston principalement comme un grand, un très grand conteur d’aventures fabuleuses, souvent conclues par la brutalité de la mort et de l’échec, quelquefois additionnées du grand rire de dérision jeté aux ridicules efforts de la pauvre Humanité pour s’en sortir et rarement dépourvues de la cruauté nécessaire. Et de fait Le trésor de la Sierra MadreQuand la ville dortL’odyssée de l’African QueenMoby DickPromenade avec l’amour et la mortL’homme qui voulut être Roi, tous films admirables, entrent complétement dans cette typologie. Et même si je savais que le cinéaste était un des plus grands talents protéiformes du cinéma mondial, capable de presque recréer le film noir (Le faucon maltais), de donner à la biographie romancée une tenue et une allure extraordinaires (Moulin rouge), de faire éclater le burlesque des Seventies (Casino Royale) et même d’adapter un texte difficile de la littérature mondiale (Gens de Dublin), je l’imaginais moins dans cette lourde lente histoire de frustration et de mort qu’est Reflets dans un œil d’or. Read the rest of this entry »

Waterloo

juin 2nd, 2018

Morne plaine mais beau spectacle.

Évacuons d’abord ce qui ne va pas trop, qui gêne un peu ou qui est parcellaire ou fallacieux : en d’autres termes, donnons-nous le plaisir de faire un peu le pion. Ça commence par le carton qui ouvre le générique et qui se propose d’apprendre aux populations qui ne connaissent pas grand chose à l’épopée : Napoléon est censé être parvenu au Pouvoir suprême par sa ferveur révolutionnaire, ce qui est, tout de même, une sacrée billevesée (coquecigrue, si l’on préfère) ; beaucoup de généraux français arborent sur leur tunique un ruban de décoration jaune et vert qui fait irrésistiblement songer à la glorieuse Médaille militaire, instituée par… Napoléon III en 1852 ; lors du Vol de l’Aigle, c’est-à-dire du parcours accompli par l’Empereur, débarqué le 1er mars 1815 à Golfe-Juan, la population de Grenoble (certes ville structurellement de gauche) le salue d’une vibrante Carmagnole : il me semble bien, pourtant que ce chant révolutionnaire sanglant avait été interdit par l’Empereur (notons par ailleurs que Cularo est bien représentée comme une sorte de capitale de la crasse : on voit que Stendhal, qui en était originaire, avait la dent dure et le jugement sûr). Naturellement le maréchal Ney (Dan O’Herlihy) n’était pas présent lors de la rencontre avec les troupes royales sur la prairie de Laffrey. Enfin, de façon plus essentielle, le film n’explique pas que le parcours napoléonien, par l’intérieur des montagnes alpines et non pas par la vallée du Rhône où le cheminement aurait été plus aisé, est dû à la haine féroce que les populations ressentaient pour l’Empereur, tout le Midi, de Marseille à Bordeaux et l’Ouest ayant fini par haïr L’Ogre. Read the rest of this entry »

Robinson Crusoé

mai 29th, 2018

Trou d’air.

Incidemment, pendant que je regarde le DVD de Robinson Crusoé, ma femme, qui avait autre chose à faire, passe devant l’écran et me dit : Tu as acheté ce film pour Victoria ?. Victoria est notre petite-fille et elle a 6 ans et demi ; et il est certain que j’ai commencé son instruction cinématographique en lui faisant découvrir des œuvres qui conviennent à son âge, Le magicien d’OzLa mélodie du bonheur et même Les contrebandiers de Moonfleet : rien d’étonnant qu’on puisse penser que je suis en train de visionner quelque chose que nous regarderons ensemble. Et en fin de compte je me demande si ce n’est pas la bonne façon de regarder le film de Luis Bunuel. Car, c’est là que la chose est stupéfiante, cette série de vignettes assez anodines a bien été réalisée par le sarcastique, le grinçant, le cynique auteur de Los Olvidados, du Journal d’une femme de chambre, de Belle de jour. Read the rest of this entry »