La femme du dimanche

décembre 13th, 2019

Les secrets du clair de lune.

Et voilà que je me suis cru quelquefois dans un giallo, filles dénudées et sang à la une en moins et non pas chez le grand Luigi Comencini ! Que s’est-il passé ? Sans doute exigences alimentaires et pesanteurs des productions internationales, peut-être désir du réalisateur de tourner quelque chose qui n’était pas dans sa manière, quelque chose d’innovant et possiblement même pari plutôt nigaud de réussir l’adaptation d’un roman de Carlo Fruttero et Franco Lucentini écrite par le premier nommé et par Agenore Incrocci, c’est-à-dire par le mariage de l’eau et du feu.

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Le vampire a soif

décembre 8th, 2019

Papillon d’amour.

Sans le porter aux nues (assez loin de ça) je ne me suis pas ennuyé en regardant Le vampire a soif, nourri de pelouses anglaises bien taillées et de personnages – maîtres et serviteurs – extrêmement bien élevés (ce qui est merveilleusement reposant, dans les temps barbares que nous vivons). Cela dit, il est nécessaire de prendre garde au titre racoleur et d’imaginer qu’interviendront dans le cours du film les démoniaques buveurs de sang maudits dont tous les amateurs sont férus. Il y a une certaine originalité, qui mixe plusieurs mythes ou orientations, qui est un peu traitée par dessous la jambe mais qui a le mérite de renouveler un tout petit peu le discours obligé. Read the rest of this entry »

Le mort en fuite

décembre 6th, 2019

Joyeux fantômes de la scène…

Si en 1936 nous avions été, par une sorte de grâce temporelle, aux temps heureux et pénétrants de la comédie à l’italienne, nous aurions pu avoir, avec Le mort en fuite un film exemplaire et presque fondateur. Un film qui s’engage avec bonhomie dans les sentiers de la comédie (une comédie un peu grasse, même) et qui graduellement se met à grincer pour s’achever en drame, en drame cruel tant qu’on y est. Mais ne rêvons pas et n’imaginons pas qu’André Berthomieu pouvait préfigurer Dino Risi, ni que la société française endormie de la veille de la Guerre pouvait détenir la même capacité de sarcasme que l’Italie du miracle.. Read the rest of this entry »

Mission

décembre 5th, 2019

Carrefour des enfants perdus.

En découvrant Mission cette après-midi et en admirant la belle réalisation de Roland Joffé, emplie d’images somptueuses, accompagnée de la forte musique d’Ennio Morricone, interprétée par de puissants acteurs et évoquant des questions de haut niveau, je m’interrogeais toutefois. Ce n’est pas pour gonfler excessivement mon jabot (qui n’en n’a pas vraiment besoin), mais enfin je me demandais comment le spectateur lambda a reçu le film. Parce que si Mission n’est regardé que comme une suite d’illustrations exotiques à son début, puis, à sa fin, comme un massacre pathétique et scandaleux, on perd tout de même beaucoup de substance. En forçant le trait on pourrait presque dire qu’il s’agit de Tintin chez les Picaros en version cruelle et adulte. Read the rest of this entry »

Recherche Susan désespérément

décembre 4th, 2019

Vilaines filles, mauvais garçons…

Voilà un film assez rigolo à voir qui ne me laissera pas la moindre trace après que je l’aurai vu, c’est-à-dire dès demain. Sauf peut-être et sans doute par la présence de Madonna, que je ne connaissais jusqu’alors – au moins par on dit – que pour sa propension à se débarrasser, lors des concerts à quoi assistait un Président de la République qui se prétendait gaulliste (ah ah ah !) de ses petites culottes. Il faut en tout cas reconnaître que la donzelle détient ce qui n’est pas donné à tout le monde : une odor di femina qui n’est pas qu’olfactive mais qui rejaillit avec une grande aisance sur les écrans. Read the rest of this entry »

Les sentiers de la perdition

décembre 1st, 2019

Mazurka sanglante.

Ma foi, aux vertueux et ripolinés États-Unis, on pourrait dire que tout est mal qui finit bien, puisque ces Sentiers de la perdition qui auraient dû conduire le jeune Michael Sullivan (Tyler Hoechlin) à s’installer dans la commode carrière de tueur à gages à quoi tout le prédisposait le conduisent finalement à rejeter avec horreur ces oripeaux et à effectuer un retour à la terre. À quoi tout le prédisposait, ai-je bien écrit, parce qu’il y a, dans l’Illinois des années 30, du fait de la stupide vertueuse prohibition, une sorte de climat d’évidence qui aurait dû installer le gamin dans les pas de son père. Read the rest of this entry »

Vive la France !

novembre 29th, 2019

Conte de fées et de gnomes.

Ah ce qu’il peut être aigre et grinçant, le Michel Audiard, et même amer sous sa gouaille perpétuelle ! Amer que la France, la princesse de légende de Charles Péguy , le plus beau royaume qu’on eût vu sous le Ciel, après avoir coupé le cou à son Roi, ait littéralement perdu la tête… Depuis lors elle erre à la recherche de cette tête, d’un père, d’un chef et de fille aînée de l’Église, elle est devenue une fille à soldats … Et voilà qu’il conte cela dans un vif petit film de montage injuste, méchant, sarcastique qui n’a rien de drôle. Mais pas davantage que n’était drôle l’Audiard de Mortelle randonnée ou de On ne meurt que deux fois : de l’acidité considérée comme un des Beaux-Arts. Et même comme un art majeur. Read the rest of this entry »

Nogent, Eldorado du dimanche

novembre 28th, 2019

Les reflets dorés de la Marne

Le premier film, le court-métrage longtemps disparu de Marcel Carné, quinze minutes muettes mais désormais sonorisées, est désormais visible. Il est inclus, en bonus dans le DVD du dernier ouvrage du cinéaste, La Bible. Un ouvrage qu’il n’est d’ailleurs pas si aisé d’intituler film puisqu’il ambitionne de conter le Livre saint au travers des mosaïques de la basilique de Montréale, en Sicile. En tout cas, il est assez amusant, et bienvenu, d’avoir juxtaposé les deux œuvres, la première et la dernière de Marcel Carné, la première légère et hédoniste, la dernière grave et harmonieuse…

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J’accuse

novembre 24th, 2019

Le livre de la jungle

Je dois dire que je suis d’abord et avant tout allé voir le film en salle (ce qui ne m’arrive que deux ou trois fois par an) par solidarité avec le grand Roman Polanski, que des harpies féministes et leurs complices du politiquement correct ont prétendu interdire des écrans, ce qui est tout de même inimaginable. Je ne sais pas du tout si Polanski a violé une (ou deux ou trois ou quatre ou plus) jeunes filles. Cela regarde lui-même, sa conscience et la Justice. Et, à vrai dire, je m’en contrefiche absolument. Que Montherlant soit allé traquer le giton à Pigalle, que Marcel Proust ait fréquenté des bordels d’homme où il jouissait en faisant percer des rats par de longues aiguilles n’enlève rien à l’admiration que je porte aux Célibataires ou à La Recherche. Et que Michel Simon soit allé consciencieusement déposer des morceaux de pain dans des vespasiennes pour un usage que je vous laisse imaginer n’empêche pas qu’il soit un acteur admirable.

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Le beau Serge

novembre 21st, 2019

Fantasia chez les ploucs.

Le scénario, d’une très grande banalité est évidemment à oublier, tant il accumule les poncifs sur l’ami de naguère qui, à son retour au pays, retrouve son camarade déchu et lamentable et tente de le sortir de sa mouise. On a sur ce point continuellement l’impression que le débutant Claude Chabrol, dont c’est le premier film (ce qui n’est pas une critique, évidemment) cherche et se cherche en ne sachant pas trop comment il veut aller où il veut aller. Il y a des qualités, assurément, mais lorsqu’on songe que le film est le premier en date de la Nouvelle vague et qu’il a reçu le Prix Jean Vigo, on ne va porter si haut la flamberge. Read the rest of this entry »