Comment voler un million de dollars

avril 10th, 2021

Sans rythme, ni queue, ni tête, ni quoi que ce soit.

En regardant l’affiche de Comment voler un million de dollars on se dit qu’on va assister à un de ces films où, jadis, Hollywood rendait hommage à Paris et, un peu complexée par son inurbanité, lui reconnaissait le statut de capitale du monde civilisé et de centre absolu de la gaieté, de la légèreté, de la sociabilité et de bien d’autres vertus ensorcelantes. Tourné par l’honnête artisan William Wyler, tout à fait capable de mettre en scène avec talent les gracieuses et un peu tristes Vacances romaines en 1953, le solide, massif, intelligent western Les Grands espaces en 1958 et la lourde brillante machine Ben-Hur en 1960, il était, en 1966, tout à fait en fin de carrière mais on lui pouvait supposer, précisément, de la patte et un savoir-faire renforcé. Read the rest of this entry »

Un jour sans fin

avril 1st, 2021

Voyage au bout de la nuit.

Rarement titre a aussi bien décrit l’histoire qu’il retranscrit : dans Un jour sans fin, Phil Connors (Bill Murray), un assez désagréable et plutôt minable présentateur météorologique d’une chaîne de télévision de second rang, devient captif d’une boucle temporelle et se voit condamné à revivre éternellement la même journée. Le 2 février, dans la bourgade péquenaude de Punxsutawney (Pennsylvanie) il couvre le jour de la marmotte, événement traditionnel censé annoncer – ou non – la survenue d’un printemps précoce. Notables rubiconds, population en fête, réjouissances populaires, tout cela est aussi bon enfant que particulièrement accablant, d’autant que la bourgade paraît receler habituellement une dose d’ennui très au dessus de la moyenne. Read the rest of this entry »

Dragon rouge

mars 25th, 2021

Et petite souris…

Le personnage du monstrueux et séduisant Hannibal Lecter qu’incarne avec plus que du talent Anthony Hopkins a tant et tant captivé les spectateurs qu’après la réussite totale du Silence des agneaux, les roublards producteurs ont exploré jusqu’au bout les fascinations ressenties. Somme toute, avant qu’il ensorcelle et séduise Clarice Starling (Jodie Foster), notre ami Lecter a vécu et a sévi : tout au moins est-ce ce qu’on peut supposer et ce qui fera la structure providentielle et rémunératrice d’une sorte de saga qu’il faudrait placer dans l’ordre chronologique précis : Hannibal Lecter : Les Origines du mal, nigaude justification de la malfaisance intrinsèque du cannibale (parce qu’il a eu bien des malheurs et a donc quelques raisons d’être tel qu’il est) ; puis Dragon rouge, puis Le silence des agneaux et enfin Hannibal… qui ne conclut pas vraiment le parcours. Avec l’horreur, il y a toujours une façon d’aller plus loin.

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Shock corridor

mars 23rd, 2021

La folie est-elle un Droit de l’Homme ?

Presque cinquante ans que j’avais entendu parler de ce film, tenu alors par les augures des Cahiers du cinéma et autres donneurs de leçons (ce qu’on n’appelait pas encore le Camp du Bien) comme une œuvre majeure dans sa description de la violence clinique et de la facilité stupéfiante avec laquelle un être apparemment normal peut se laisser glisser dans les ombres froides de la folie. Les désordres mentaux ont de tout temps fasciné les foules puisqu’ils touchent des individus qui, en apparence, n’ont aucune différence avec quiconque. Ce qui d’ailleurs démontre forcément qu’il est bien difficile de montrer la folie à l’écran, hors ses manifestations les plus spectaculaires et agressives. Qui ne sont pas forcément les plus perturbantes. Read the rest of this entry »

Houdini, le grand magicien

mars 18th, 2021

Le môme caoutchouc.

Quand on me conduisait au cirque, lorsque j’étais enfant, il était bien rare que je ne sois pas déçu. Les ennuyeuses cavalcades des chevaux et de leurs écuyers, les trapézistes qui ne chutaient jamais (ce qui aurait mis un élément de surprise agréable), les dompteurs et belluaires qui n’étaient jamais dévorés par les fauves (même remarque), tout cela me semblait faux, artificiel, ennuyeux. Et aussi les pantalonnades dégradantes des clowns ; il n’est d’ailleurs pas impossible que mon aversion pour le cinéma comique muet de Charlot, de Mack Sennett, d’Harold Lloyd, aversion qui s’est reportée sur leurs épigones, Jacques TatiPierre ÉtaixRowan Atkinson (Mr. Bean), soit venue de là. Mais au cirque il y avait pourtant des gens qui avaient un talent que je jugeais admirable et me fascinaient : les prestidigitateurs, que nous préférions d’ailleurs appeler magiciens (ce qui était bien plus grisant dans notre imaginaire).

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The Shangaï Gesture

mars 17th, 2021

Le Lotus bleu pour grandes personnes.

On ne peut évidemment pas dénier à Josef von Sternberg le grand talent de faire percevoir – malgré des moyens financiers très modestes – le charme vénéneux et pourrissant de cette Chine d’avant le communisme maoïste. Un pays démembré avec gourmandise par les puissances occidentales qui avaient établi des comptoirs pour commercer avec un peuple industrieux et structurellement soumis, assez pratique à exploiter. Ces concessions, comme on les appelait, sont d’ailleurs à l’origine de la prospérité économique de la conurbation shanghaïenne dont l’expansion a tiré vers le haut toute la Chine. Ne nous plaignons pas de la concurrence et de l’étranglement de nos propres industries : le capitalisme international l’a voulu. Read the rest of this entry »

L’ange exterminateur

mars 15th, 2021

N’a rien exterminé du tout.

Mes relations avec le cinéma de Luis Bunuel ont toujours été très perplexes et inquiètes. Beaucoup de films magnifiques, intenses, cruels, mais souvent aussi des esbroufes aussi médiocres qu’inutiles. Cinéaste cosmopolite, violent, souvent agressif dont les films aujourd’hui les plus notoires sont français (Le journal d’une femme de chambreBelle de jour), mais dont le talent a peut-être été encore plus mis en valeur par l’étrange Mexique, où il a tourné pendant quinze ans des œuvres souvent âpres et sarcastiques aussi souvent, des œuvres qui mêlent facilement le rire méchant, le ridicule compassé et l’outrance glaçante.

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Les amants de demain

mars 11th, 2021

Mélo populo.

Les jugements très réservés que j’ai lus sur Les amants de demain m’intriguaient un peu avant que je regarde le film. Sans doute le talent de son réalisateur Marcel Blistène ne brille-t-il pas au firmament du cinéma mondial et son nom est-il aujourd’hui complétement oublié, mais enfin les deux films que j’ai vus de lui ne m’ont pas donné mauvaise impression ; d’abord Étoile sans lumière de 1946 (déjà avec la regrettable Édith Piaf) puis, un peu mieux encore, Gueule d’ange de 1955 avec Maurice Ronet et – surtout ! – Viviane Romance. Deux films qui ont le bon goût de se terminer mal et de mettre dans l’eau froide une goutte d’acide. Read the rest of this entry »

Chambre avec vue

mars 9th, 2021

Éloge des jeunes filles qui se tiennent bien.

Voilà un film charmant, intelligent, subtil, raffiné, plein de la grâce extrême de notre merveilleuse civilisation européenne à la fin du 19ème siècle. Mais pour autant un film qui ne me laissera sûrement pas davantage de souvenir que celui de l’arôme fugace et subtil d’une tasse de thé de belle origine ou celui d’une rose d’automne d’Angleterre. C’est d’ailleurs souvent ainsi lorsque la perfection des images, des décors, des costumes, des atmosphères et la qualité solide des acteurs prend le pas sur le fond du sujet. Et puis il ne faut pas méconnaître que la singularité de la civilisation britannique, ses rapports de classe très marqués, très différenciés, son puritanisme éclatant, son goût pour la litote (le fameux understatement anglo-saxon) nous donne presque une sensation d’exotisme… Read the rest of this entry »

Hurlements

mars 8th, 2021

Horreurs ordinaires.

De la minime carrière cinématographique de Joe Dante, il ne restera finalement que les originaux Gremlins, affreux monstres sarcastiques et brutaux issus de ravissantes petites boules de poils. Ce qui a suivi n’a pas laissé trace et ce qui a précédé, c’est-à-dire Hurlements, est d’une consternante banalité. Parce que, par quelque biais qu’on les prenne, les histoires de loups-garous, plus ou moins sauvages, plus ou moins sanglantes, sont terriblement répétitives et très ennuyeuses. Créatures malfaisantes mais trop souvent pitoyables qui subissent les effets d’une malédiction séculaire et sont obligées presque structurellement d’agresser les humains et de se nourrir de leur chair. C’est leur côté gnangnan.

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