Mission : impossible 2

mai 23rd, 2019

Je te tiens, tu me tiens par la barbichette…

Une fois qu’on a compris, dès les premières séquences du film, que toute la smala mise en scène maîtrise comme personne la faculté de dissimuler son apparence sous un masque en latex et de se faire passer ainsi, à l’envi et à loisir, pour un autre personnage que celui que l’on est, on sait que le film sera long et ennuyeux. Long, assurément, il l’est : un peu plus de deux heures ; quand on pense que les petits bijoux de la série originelle télévisée, de Bruce Geller n’avaient que le format élémentaire et réglementaire de 48 minutes, denses, nerveuses, complexes mais toujours claires et qu’on arrive désormais à de si lourds pathos ! On voit combien la marchandisation du spectacle a abêti le monde du spectacle.

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Iwo Jima

mai 18th, 2019

Citrons pressés.

Rien n’est moins facile à décrire que le cheminement d’une bataille, vous diront sans ambages tous les Fabrice del Dongo du monde. Et j’ajouterai volontiers que rien n’est plus ennuyeux. C’est pourquoi tous les cinéastes qui ont braqué leurs caméras sur les cérémonies sanglantes de la guerre ont pris le parti de focaliser leur vision sur un petit groupe (ou des petits groupes) de combattants conduits par une forte personnalité. Grâce à cet artifice, le spectateur s’accrochequi aurait tendance à bâiller si on lui présentait savamment le cheminement des troupes, les attaques et contre-attaques, les finesses tactiques, qui sont affaires de spécialistes.

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Paris, je t’aime

mai 17th, 2019

Traversée de Paris.

Voilà un film de compilation, d’une inutilité flagrante, superficiel et funambulesque, sans doute réalisé pour pouvoir dépenser du fric qui dormait et qu’il fallait à toute force faire circuler : une sorte d’exercice de style où une vingtaine de réalisateurs à notoriété inégale et à talent incertain sont priés de composer une sorte de patchwork sur les 20 arrondissements de la plus belle ville du monde. D’ailleurs, à ce point de vue là, un aspect positif : personne ne songerait à tisser une telle tapisserie sur d’autres métropoles, à part, peut-être, sur Rome (à qui, d’ailleurs, nous sommes liés par un traité de jumelage exclusif). Mais les autres capitales peuvent aller se rhabiller. Il y a nous, puis rien puis rien puis Rome et très loin derrière la troupe des New-York, Londres, Berlin et tout le tremblement. Read the rest of this entry »

Dédé

mai 16th, 2019

Années folles, folles années…

Je sais bien que ce Dédé de René Guissart est l’adaptation cinématographique de l’opérette célèbre d’Albert Willemetz et d’Henri Christiné qui remporta un immense succès en 1921 et que le film date de 1935. Dans ces quatorze années, qui peuvent paraître bien proches, il y a tout de même un changement de monde. Et c’est pourquoi je titre cet avis Années folles, folles années. Après l’euphorie émerveillée de la victoire, de l’immense soulagement de voir terminée la boucherie et de la croyance que c’était la dernière, de l‘Après-guerre en quelque sorte, on est passé aux temps de la crise financière et de la montée des périls, à l‘Avant-guerre. Et pourtant toujours cette même insouciance, cette même inconscience qui faisait qu’à la veille du conflit, en 1938, 1939, on chantait Amusez-vous, foutez-vous de tout (Albert Préjean) ou Tout va très bien, madame la marquise (l’orchestre de Ray Ventura). À dire vrai, on est toujours sidéré lorsque, après coup, on voit la maisonnée danser sur un volcan. Read the rest of this entry »

La vie d’Adèle – Chapitres 1 et 2

mai 14th, 2019

Qui a dit que la vie est simple ?

On a suffisamment parlé ici et là du film, qui a reçu un accueil critique et public excellent et je savais bien à quoi je m’attendais en regardant La Vie d’Adèle – Chapitres 1 et 2. Les polémiques fortes, le parfum de scandale dégagé par des scènes de sexe lesbien exhibées avec une grande crudité, les récriminations des techniciens qui disent avoir été exploités par le réalisateur, les jérémiades des deux actrices, Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos qui font mine de découvrir après coup qu’on les a englouties dans une histoire à la limite de la pornographie, les kilomètres de scènes tournées qui n’ont pas été montées mais qui – dit-on – pourraient donner matière à deux ou trois autres films et tout le toutim des véhémences cinématographiques qui ne font s’agiter, en fin de compte, que les professionnels de la profession. Read the rest of this entry »

La vengeance d’une femme

mai 10th, 2019

La femme est un homme comme les autres.

Il est bien dommage que le titre du film de Zoltan Korda livre presque d’emblée, pour qui sait lire et qui est à peu près habitué aux roublardises du cinéma de genre la clef du suspense. Parce que le réalisateur aurait pu avec davantage d’habileté laisser planer le doute sur la mort d’Emily (Rachel Kempson), richissime maladive épouse du séduisant et léger Henry Maurier (Charles Boyer), qui a collectionné les maîtresses mais qui vient de découvrir l’amour avec la jeune ravissante Doris Mead (Ann Blyth) qui n’a que 18 ans. La première demi-heure passée, qui pose les personnages et à l’issue de quoi on peut encore se poser des questions sur la qualité des sentiments des protagonistes, on voit arriver la catastrophe de façon un peu trop prévisible pour que le film soit une parfaite réussite. Read the rest of this entry »

Le drapeau noir flotte sur la marmite

mai 8th, 2019

Vaisseau fantôme.

À part un dialogue assez enlevé entre Jean Gabin et Ginette Leclerc (qu’on est toujours heureux de retrouver), où est la patte de Michel Audiard dans un des premiers films qu’il ait réalisé ? La réplique à quoi je pense est cet échange qui aboutit à un définitif Ma chère, étant donné votre degré d’instruction, que vous preniez Caracas pour la capitale du Brésil, passe encore … mais il est alarmant qu’à votre âge, vous confondiez une hacienda avec un claque, parce que Marie-Ange /Leclerc, épouse de Victor/Gabin s’est reproché de n’avoir pas suivi à Caracas un hidalgo (!!) qui lui faisait la cour. Sinon, de fait, qu’est-ce qui reste du dialoguiste enchanteur des belles années de l’âge d’or du cinéma français ? Vraiment pas grand chose. Read the rest of this entry »

Dom Juan

mai 6th, 2019

Le meilleur du théâtre.

Et si, finalement, le meilleur du théâtre était le cinéma ? On m’objectera avec pertinence que cette version de Dom Juan a été réalisée par Marcel Bluwal pour la télévision, qu’elle a été diffusée sur la seule et unique chaîne le 6 novembre 1965 et qu’elle n’a jamais été distribuée sur grand écran (sauf, peut-être – mais allez savoir ! – lors d’un festival de télévision). N’empêche que ce confinement à la petite lucarne ne s’est justifié que parce que le succès commercial aurait été des plus aléatoires et surtout – surtout ! – parce que la télévision de cette époque ambitionnait vraiment d’être le huitième art et proposait aux spectateurs, de plus en plus nombreux, d’année en année, des œuvres ambitieuses et d’une qualité impeccable. Ne croulons pas sur la nostalgie, mais regrettons les merveilles de La caméra explore le temps, du Théâtre de la jeunesse, des grandes dramatiques adaptées de Balzac ou de Barbey d’Aurevilly et, pour les documentaires, de Cinq colonnes à la une ou des Coulisses de l’exploit. Read the rest of this entry »

Drôle de frimousse

mai 4th, 2019

Paris, reine du Monde.

Quel film charmant, délicat, gracieux, léger, venu de l’enchanteur Stanley Donen et d’États-Unis qu’on appréciait d’autant plus qu’ils rendaient souvent hommage au Vieux Monde civilisé, montrant bien qu’ils comprenaient d’où ils étaient issus et quelle dette ils nous devaient. Comme elle est agréable cette promenade dans un Paris encore bien noir de la suie d’avant André Malraux, mais plein de charme, de sourires et d’allégresse ! Capitale de la beauté, du luxe, du raffinement, modèle pour tous les étrangers qui y débarquaient, émerveillés de découvrir, de Notre-Dame à la Tour Eiffel un large demi-millénaire d’Histoire et d’intelligence… Et même quand Donen se montre un peu narquois envers la faune germanopratine ou montmartroise et ses existentialistes crasseux, il le fait avec un sourire amical et tendre.

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Shutter island

mai 1st, 2019

Contes de la folie ordinaire.

Mon Dieu, que c’est long et même souvent longuet ! Avec un récit plus nerveux, épuré de nombreuses péripéties adventices et superflues, Martin Scorsese aurait réalisé un film où la qualité de sa patte (et de sa pâte) aurait pu faire oublier l’invraisemblance du scénario, bâti sans doute sur un de ces romans de plage bien fichus (comme une bimbo est bien fichue) dont les États-Unis d’Amérique inondent le monde entier. Des romans que des types malins et doués apprennent à rédiger dans des ateliers d’écriture extrêmement formatés.

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