Le Gorille a mordu l’Archevêque

juin 24th, 2019

Il n’y a plus d’après…

Bien que ses aventures littéraires comptent, paraît-il, plus de deux cents titres dus à la plume du singulier Antoine Dominique (pseudonyme de Dominique Ponchardier), Géo Paquet, dit Le Gorille n’a connu que trois incarnations cinématographiques, réparties entre deux acteurs. Avec Bernard Borderie, et au début de sa notoriété, en 1957, Lino Ventura a tourné Le Gorille vous salue bien ; mais il a vite compris que son immense talent ne gagnerait rien à s’enfermer dans la carapace d’un personnage récurrent trop typé. En 1959, avec le même réalisateur, c’est Roger Hanin, dont la carrière ne décollait pas qui obtient sa première tête d’affiche avec La valse du Gorille. Et qui repique au truc trois ans plus tard, cette fois avec le modeste Maurice Labro dans ce film au titre délicieux : Le Gorille a mordu l’Archevêque. Read the rest of this entry »

Land and Freedom

juin 19th, 2019

Ya hemos pasado !

Voilà seulement le deuxième film que je regarde de Ken Loach et tout autant qu’avec Moi Daniel Blake, j’y ai pris beaucoup de plaisir. Que je me place, dans la lourde histoire de la guerre d’Espagne, à l’exact opposé du camp décrit par le cinéaste n’empêche en rien – Dieu merci ! – d’apprécier un travail de grande qualité qui s’attache, avec un grand sens de l’image et du rythme, à décrire les errements, les déceptions, les aigreurs, les combats, les horreurs d’un groupe de miliciens du POUM (Parti Unifié d’Unification Marxiste) sur le front d’Aragon au début du conflit. Je croyais naguère que cette variété particulière de communisme s’était placée sous l’égide de Léon Trotsky : c’est beaucoup plus complexe que ça ; comment pourrait-on les qualifier autrement que socialistes révolutionnaires, anti staliniens, collectivistes, phalanstériens, d’une certaine façon, et féministes…

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La rafle est pour ce soir

juin 16th, 2019

Pavé de bonnes intentions.

Il y a un bon nombre de films qui n’ont d’autre intérêt qu’ethnographique : celui de nous représenter les styles, les genres, les coutumes, les usages, les dégaines et les préoccupations d’un monde résolument disparu. Le cinéma considéré comme art, bien sûr mais là davantage comme loisir populaire représente l’immense avantage d’avoir été – par définition ! – figé dans des films que l’on peut aujourd’hui regarder comme des témoignages sans jamais se préoccuper de leur qualité artistique ni même de l’intérêt des histoires qu’ils racontent. Il suffit de se laisser aller, de se laisser pénétrer, infuser, envahir par une atmosphère, comme on le ferait aujourd’hui, à une terrasse de café pour regarder les tenues et les allures des passants, écouter furtivement leurs conversations, deviner leurs préoccupations et leurs soucis.

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La captive aux yeux clairs

juin 14th, 2019

Un bateau ivre.

Séduit par le titre français magnifique, La captive aux yeux clairs, bien plus beau que son homologue étasunien (The big sky) j’avais été à deux doigts, jadis, d’acheter le DVD, publié avec fracas dans l’élégante collection Ciné classics des éditions Montparnasse, dans de grands coffrets prestigieux avec, entre autres, Citizen Kane ou Nous avons gagné ce soir. Mon ange gardien m’avait retenu de faire l’emplette et je lui dois d’avoir économisé quelques picaillons. Un enregistrement télévisé a suffit pour combler ma curiosité et, au moins, ma déception ne m’a coûté que dalle.

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Comment j’ai détesté les maths

juin 12th, 2019

Le monde est une aventure.

Autant ne rien dissimuler et dire d’emblée les choses. Malgré les efforts désespérés de mes parents et une quantité invraisemblable de cours particuliers subis, ma relation avec les Mathématiques a été un long et un douloureux chemin de croix. Douloureux tant que j’ai fièrement essayé de monter dans le train en marche, résigné lorsque j’ai compris que je n’y parviendrais pas. Et surtout, surtout, merveilleusement soulagé lorsque mon Second Bac en poche (il y en avait deux, alors) en juillet 1965, j’ai pris conscience que jamais, jamais plus de ma vie je n’aurais à me pencher sur des questions qui me semblaient aussi incompréhensibles que rébarbatives et souvent grotesques. 0,5 en maths à l’issue de ma classe de Philosophie ne m’avait pas empêché de réussir l’examen, mais avait fait passer le vent du boulet sur ma nuque, le 0 absolu étant note éliminatoire.

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Au revoir là-haut

juin 8th, 2019

Quand passent les faisans.

Il paraît que le livre du même nom dont est adapté le film n’est pas sans qualités. Ne l’ayant pas lu et n’ayant aucune intention de le lire, je veux bien croire ceux qui lui ont trouvé du suc. Comme il est, paraît-il, retranscrit avec une grande fidélité par Albert Dupontel, il n’est pas impossible de penser que ce qui fonctionnait avec maîtrise et talent dans les pages du bouquin perd, retranscrit sur l’écran, vraisemblance et pertinence et rejoint les funambulesques arabesques du peu regretté (je parle pour moi) Sébastien Japrisot. Read the rest of this entry »

3h10 pour Yuma

juin 7th, 2019

Contes de la lune vague avant la pluie.

Pour un western et malgré les limites du genre, sommaire et brutal, ce n’est pas mal du tout, sans doute d’abord parce qu’on y retrouve ce qu’on peut y apprécier : l’espace. Et de ce point de vue, on en a son content : Delmer Daves a la capacité de montrer au spectateur de grands panoramas, d’élargir sa vision, de le faire pénétrer dans d’immenses paysages exotiques souvent très beaux, de l’emmener dans un ailleursexotique, qui était, aux yeux des Européens civilisés qui découvraient et absorbaient, au mitan des années 50, toute une kyrielle de récits presque primitifs et en tout cas sauvages, une occasion de s’évader de leur quotidien. Read the rest of this entry »

I comme Icare

juin 4th, 2019

Ne vous retournez pas !

Si le scénario fantasmatique n’était pas perclus de toutes les terreurs complotistes qui, d’ailleurs, et grâce à Internet et aux réseaux sociaux fleurissent encore davantage aujourd’hui que naguère, I comme Icare serait un très bon film, sortant de la main d’un artisan soigneux et souvent bien inspiré. Mais Henri Verneuil devait en effet être persuadé qu‘une main cachée commande, puisque, trois ans plus tard il tournera Mille milliards de dollars qui est à peu près du même esprit. Vision excitante et démesurée de la marche du monde, tentative d’explication des aléas et drames de l’actualité par la présence d’une vaste conspiration, tout cela ne date évidemment pas d’hier, mais fait toujours recette et satisfait bien des questionnements.

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Une java

mai 31st, 2019

Ensorcelle modérément 

Resterait-il encore quoi que ce soit de ce film si la grande Fréhel n’y goualait,  avec l’extraordinaire présence qu’on lui connaît, La java bleue de Vincent Scotto ? Fréhel, dont la vie est en soi seule un mélodrame, Fréhel qui fut une ravissante gaupette, qui se noya dans la drogue et l’alcool, rebondit, éblouit ses auditoires mais finit par mourir seule dans un hôtel de passe en 1951. Fréhel qui passait si bien au cinéma, qui marque de sa présence une des plus fortes séquences de Pépé le Moko, lorsque, alourdie, déformée, tragique et profondément émouvante, elle chante Où sont-ils donc ? dans les méandres de la casbah d’Alger… Read the rest of this entry »

À la merveille

mai 30th, 2019

Vacuité et prétention.

S’il existe un palmarès des films où il ne se passe rigoureusement rien et où on s’enquiquine de la première à la dernière image, en se demandant ce qu’on fait là, au lieu de revoir un Duvivier, un Clouzot, un Kubrick, un Lynch, un des joyaux passés du cinéma, À la merveille pourrait assurément concourir pour le trophée, qu’il serait absolument certain de remporter haut la main, si on couplait la compétition avec celle du film le plus prétentieux du cinéma mondial. Fasciné par ces presque deux heures de vacuité, j’ai poussé l’ascèse et la conscience professionnelle (si je puis dire) jusqu’à regarder les suppléments du DVD, heureusement acquis pour une somme des plus minimes (mais j’aurais dû donner à un clochard les 5 € que ça m’a coûté ; ça m’apprendra : la prochaine fois que j’aurai envie d’acheter un film péteux, je me retiendrai). Read the rest of this entry »