Danton

juillet 6th, 2020

Statues à déboulonner.

Il y a tant et tant de canailles déshonorantes sur la scène de la Révolution française que, lorsqu’on est écœuré par le sang qui a tant et tant ruisselé on a presque envie de trouver un personnage un peu moins abominable au milieu de ce misérable ramassis d’assassins. Et c’est ainsi que Georges Danton jouit d’une sorte d’indulgence relative et bénéficie même, à Paris, d’une haute statue, carrefour de l’Odéon, au débouché d’une rue qui porte son nom. Moins sanguinaire que ses complices en barbarie, Hébert, Robespierre, Fouquier-Tinville ? Si l’on veut. Mais enfin, c’est comme si, en Allemagne, on parlait d‘hitlérien modéré. Tout ça ne veut rien dire. Merci au film d’Andrzej Wajda de nous le rappeler de façon brillante et définitive.

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Braquage à l’italienne

juillet 3rd, 2020

La mazurka des millions.

Jusqu’à ce que je m’émerveille de trois bombes Mini Cooper, bleue, blanche et rouge rouler à toute allure dans les couloirs du métro et des collecteurs d’égout, je pensais que Braquage à l’italienne était une œuvre originale et si j’avais rapproché d’un autre le film de F. Gary Gray c’est bien plutôt à Mission : impossible (davantage encore à la série qu’aux films) que j’aurais songé. Il est vrai que je n’avais plus du tout en tête L’or se barre de Peter Collinson depuis que je l’avais vu en 1969, dont je me rappelais seulement le trio de voitures, fantaisie charmante, virevoltante et narquoise comme savaient en tourner les Britanniques à l’époque. Read the rest of this entry »

L’amant de cinq jours

juillet 2nd, 2020

Impasse du 5 à 7…

Le troisième film de Philippe de Broca annonce bien tout ce qui fera le charme et la nécessité de ce cinéaste désinvolte, séduisant, qui tournait des films pleins de rythme et d’esprit en y semant, ici et là de jolies gouttes d’amertume, un cinéaste qui, avec un peu plus d’audace, aurait pu se hausser au niveau des plus grands, en tout cas si la comédie italienne avait trouvé durablement droit de cité en France. Il avait en tout cas le talent de faire surgir ici et là, au milieu des cabrioles et fariboles qu’il mettait en scène, une expression, un trait, un bout de tristesse vite estompés mais suffisamment mémorables pour que l’on conserve au bout du compte un petit malaise. Read the rest of this entry »

Autopsie d’un meurtre

juin 28th, 2020

« En général je ne me plains pas des croupes séduisantes »

C’est vraiment une belle performance de donner une telle tension à un film de plus de deux heures et demie dont les deux tiers se passent presque complétement dans le cadre restreint d’un prétoire. D’autant que, si l’affaire plaidée apparaît a priori presque banale, sa complexité va en s’accroissant au moment où, précisément, les détails se révèlent. Ce paradoxe, en fait, n’est qu’apparent : on sait bien que la simplicité est la chose la moins certaine du monde. En tout cas, dans les riches et tortueux chemins des films de procès, il me semble qu’Autopsie d’un meurtre est vraiment ce qui se fait de mieux, servi par des acteurs impeccables, des dialogues étincelants et une musique (de Duke Ellington), vive, nerveuse, qui s’adapte avec élégance et intelligence aux péripéties présentées. On peut même ajouter le générique très heureusement daté et jazzy.

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Dancer in the dark

juin 25th, 2020

Danse macabre.

Plus je découvre le cinéma de Lars von Trier que, méfiant envers tout ce qui est scandinave j’avais longuement négligé, plus je suis surpris, dérangé, interloqué. Séduit, charmé, émerveillé ? Ah, non, ce ne sont pas les mots qui conviennent ; mais attiré, intéressé, fasciné, sûrement oui. Un cinéma qu’on pourrait presque qualifier de barbare si l’on était sûr que cet adjectif-là est compris dans son acception classique et première : un cinéma étranger à notre âme classique, au goût de la mesure hérité de la Grèce, à la révérence pour l’ordre harmonique qui nous vient de Rome. Avec Lars von Trier nous éclate au visage une violence brutale, qui peut être sommaire, gênante et quelquefois même ridicule, un peu. Mais qui ne peut pas laisser indifférent. Read the rest of this entry »

De Gaulle

juin 23rd, 2020

« La voix, drôle de voix, profonde et saccadée »

Trois mois de confinement pour les cinémas, ce qui n’est pas grand chose, mais surtout 80 ans depuis l’Appel du 18 juin 1940 et 50 ans en novembre pour la mort du Général. Et quand on écrit Général en France, aujourd’hui et pour longtemps encore j’espère, c’est à Charles de Gaulle qu’on pense. Avoir vécu alors qu’il était aux affaires, même si l’on était trop jeune pour en apprécier toute l’ampleur, est un bonheur rare. Un moment où, à chaque mot, à chaque expression qu’il employait, on se sentait plus fier d’être Français, parce que c’était lui qui imprimait au monde son rythme, un monde qui pouvait s’agacer, regimber, tenter de se gausser mais qui était fasciné par les propos qu’il tenait à Montréal, à Mexico, à Phnom-Penh, qui interloquaient la planète et lui faisaient prendre conscience que le courage et la volonté pouvaient quelque chose pour illuminer les grises permanences…

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Chère Martha

juin 22nd, 2020

Jambonnettes de grenouilles

Drôle d’idée de regarder un film réalisé par une inconnue absolue, Sandra Nettelbeck, un film allemand au titre absolument idiot (en tout cas très mal approprié à sa qualité), un film dont le décor est un restaurant de haute cuisine, mais à Hambourg, ce qui surprend, tant on pense que, à l’exception d’une multiple variété de saucisses, la Germanie n’a aucun rapport avec les plaisirs du palais. Jamais, d’ailleurs, je n’aurais été tenté par une telle présentation si, au plus haut de l’affiche il n’y avait eu le nom d’une actrice qui me plaît bien et qui est inconnue de la plupart, Martina Gedeck.

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Pension d’artistes

juin 19th, 2020

Miroir aux alouettes.

Tombé là-dessus tout à fait par hasard et ravi à la fois par l’entrain, la verbe, le rythme de cette screwball comedy (comédie loufoque en bon français) et par les cibles visées. Comme on connaît un peu la réalité des choses, on ne qualifiera pas ça de dénonciation des pratiques habituelles des prospères producteurs de spectacles vis-à-vis des oiselles qui viennent, chairs tendres et fragiles se brûler le museau aux feux de la rampe. Mais on s’amusera, avec ce film de 1937, de retrouver l’évidence que le monde est monde et que les mecs qui ont à la fois le fric et le pouvoir ont une sorte de droit de cuissage absolu, en tout cas évident sur les volières qui se renouvellent perpétuellement et frissonneront d’impatience tant qu’il y aura des hommes salaces et des femmes déterminées. Read the rest of this entry »

L’invité

juin 18th, 2020

Je te tiens par la barbichette.

Si L’invité était resté dans le seul cadre d’une pièce de théâtre comme en diffusait jadis la télévision (Au théâtre ce soir, évidemment), on aurait certainement davantage apprécié cette charmante pochade, soutenu qu’on aurait été par les rires (non enregistrés) des spectateurs. Des rires qui auraient permis de passer complétement au dessus des invraisemblances, anomalies, caricatures, outrances qu’un film permet moins de dissimuler. Parce même si dans une salle de cinéma il peut y avoir un rapport entre l’écran et la salle, on ne rencontre évidemment pas la même complicité roublarde qui permet souvent aux acteurs de jouer – presque de dialoguer – avec le public. Read the rest of this entry »

Camping 2

juin 17th, 2020

Fascination du gouffre.

Il y a quelque chose de violemment pervers dans la fascination qu’on peut éprouver pour une daube absolue (qu’on sait être une daube avant même de l’avoir regardée, veux-je dire) et pour l’attirance qu’on a à perdre deux précieuses heures de sa vie et une soirée qu’on aurait pu consacrer à autre chose de plus intelligent. Mais bon ! Il faut bien le dire : après avoir trouvé détestable, il y a près de quinze ans, la matrice du concept (voilà de bien grands mots pour une si méprisable chose !), c’est-à-dire le premier Camping, voilà que, en pleine connaissance de cause, j’ai regardé hier Camping 2. On peut appeler ça, en quelque sorte, la fascination de l’échec ou je ne sais quoi de lamentable. Il est vrai que, si d’un autre côté, on m’avait proposé à la télévision, un Bergman ou un Antonioni,j’aurais tout de même choisi Onteniente, parce qu’entre la prétention et la nullité, je préfère la nullité.

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