Les promesses de l’ombre

août 21st, 2019

Grands méchants loups.

Je n’avais pas pour David Cronenberg un goût bien affirmé et ses histoires assez chtarbées et malsaines. VidéodromeM. ButterflyEXistenZ, ça ne m’avait pas tellement plu. J’ai glissé Les promesses de l’ombre dans mon lecteur avec un peu de méfiance et de scepticisme. Et tout de suite, pourtant j’ai été happé, immergé dans l’atmosphère de ce récit qui ne me semble pas avoir grand rapport avec les films précédents. Violent, cruel, glaçant, sans doute, mais pas vraiment gluant comme les autres. Read the rest of this entry »

Once upon a Time… in Hollywood

août 20th, 2019

Clic-clac Kodak !

J’ai tordu le nez pendant des années (et me le suis même pincé) devant les films de Quentin Tarantino et je commençais à m’y faire et à les apprécier, sans pour autant porter le réalisateur au pinacle. Et voilà que Once upon a Time… in Hollywood me rend assez perplexe et me décontenance depuis que je l’ai vu hier dans une grande salle quasi vide. Ça faisait presque un an que je n’étais pas entré dans un cinéma, d’ailleurs. Conditions de vision impeccables donc, sans des voisins qui puent, qui parlent, qui grignotent du pop-corn, qui se lèvent inopinément, qui dissimulent par leur grande taille la moitié de l’écran ; c’est déjà bien. Et en plus, naturellement en V.O. Read the rest of this entry »

Paris au mois d’août

août 17th, 2019

Comédiens sans le savoir.

Qu’est-ce qui manque à ce film de 1966 pour être ce dont je me souvenais et que je n’avais plus vu depuis sa sortie ? Qu’est-ce qui manque à Paris au mois d’août pour être aussi déchirant que son titre intense et la chanson composée par Georges Garvarentz, écrite et chantée par Charles Aznavour lors du générique de fin ? Un générique immobile qui, lui, est bien à la mesure de ce que devrait être tout le film, un petit coup de poignard dans le cœur et beaucoup d’amertume ? Sans doute un peu de cohérence et un trop grand éparpillement. Mais c’est bien, souvent très bien et même quelquefois touchant. Read the rest of this entry »

Good bye, Lénin !

août 16th, 2019

Le passé d’une illusion.

Ma génération, celle du baby-boom, qui est aussi celle de l’équilibre de la terreur et de la Guerre froide, avait, au delà des emballements conjoncturels, quelques certitudes bien ancrées. Aux premiers rangs, il y avait la qualité du secret bancaire suisse, celle de la décrépitude chinoise et celle, peut-être avant tout, de la force irrésistible de l’Empire soviétique, donc de l’inéluctabilité du Rideau de fer. Au cours d’un séjour en Allemagne, au tout début des années 60, j’avais été surpris, choqué même scandalisé un peu par de grandes cartes sur des panneaux de la petite ville du Würtenberg où je passais des vacances studieuses (du type À nous les petites Anglaises, si vous voyez ce que je veux dire). Les cartes présentaient une image de la Germanie réunifiée, avec les Länder de l’Est figurés, comme sur les cartes françaises entre 1870 et 1918, l’Alsace-Moselle. Read the rest of this entry »

L’inconnu

août 16th, 2019

Tout ça pour ça !

Le 5 janvier 1963 – date qui devrait figurer dans toutes les bonnes nécrologies – fermait, s’éteignait le Théâtre du Grand Guignol qui, depuis le 16 mai 1896, offrait à l’honnête amateur des spectacles dont l’horreur kitchissime était le fondement. Pour ceux que cela peut encore intéresser, indiquons qu’un fort volume de la collection Bouquins, chez l’éditeur Robert Laffont publie un florilège des pièces les plus célèbres de ce répertoire glaçant, à base de savants fous, de meurtriers sadiques, de cannibales immondes, de déments lâchés dans les allées quotidiennes, de bourreaux abjects et de toute la kyrielle des monstruosités possibles et imaginables. Read the rest of this entry »

Le retour de la créature du lagon

août 15th, 2019

Vade retro, Créature !

Il y a tout un paquet de films dont. il n’y a rien à tirer, pas une image, pas une réplique, pas une note de musique, pas une situation, pas une idée, pas une émotion. Il y a tout un paquet de films qui ne méritent pas la noté éliminatoire. Mais celui là est encore en dessous de ces abysses. J’ignore absolument ce qu’on peut dire et comment on peut juger La créature du marais, réalisé par Wes Craven qui est à l’origine de cette suite, Le retour de la créature du lagon, mise en scène (si l’on peut dire) par le bien moins notoire Jim Wynorski, plutôt spécialisé dans la production de série dérisoire, destinée à on ne sait quoi, les écrans de chaînes de douzième ordre ou, s’il en existe encore, les salles des bourgades perdues d’Iowa ou du Nebraska. Read the rest of this entry »

James Ellroy « American dog »

août 7th, 2019

Violents rivages.

Expérience amusante et un peu étrange de regarder un film documentaire consacré à un écrivain dont vous n’avez pas lu une ligne et qui ne vous est connu que pour avoir inspiré Le dahlia noir de Brian De Palma qui est un film d’une nullité sans nom. La note que mets, qui est médiane, n’a aucune espèce d’importance et moins encore de pertinence : elle permet simplement de voir que je ne me suis pas ennuyé et que j’ai trouvé que c’était plutôt bien fichu. Clara et Robert Kuperberg, d’après ce que j’ai appris sur eux, sont un couple de documentaristes de qualité, auteurs de films sur les cinéastes blacklistésGeorge Sidney ou Martin Scorsese ; leur truc sur Ellroy prédispose plutôt bien à leur endroit. Read the rest of this entry »

L’Odyssée

août 5th, 2019

Dans les clous.

Voilà bien un film qui ne pouvait recueillir qu’un certain succès lors de sa sortie en salles en 2016 (un peu plus de 1.200.000 entrées) et passer sur TF1 un dimanche soir d’été, période où, sous la chaleur, l’envie d’explorer les profondeurs maritimes est à son plus haut niveau. Mais ce n’est pas pour des raisons climatologiques que j’écris cela, finalement. C’est parce que L’Odyssée réalisée par Jérôme Salle, auteur d’un Anthony Zimmer qui n’est pas absolument dénué d’intérêt a habilement monté son truc. Un truc qui présente successivement deux des vaches sacrées du monde moderne et qui assure à son auteur une réputation de clairvoyance et de courage : la démolition d’une idole et sa rédemption par l’exaltation de son ralliement à la lutte écologique. Read the rest of this entry »

Nosferatu, eine Symphonie des Grauens

août 2nd, 2019

Die Todten reiten schnell

Je sais, je sais, Nosferatu est un monument du cinéma, un film qu’on est sommé d’admirer sauf à passer pour un Béotien. C’est-à-dire pour quelqu’un qui n’a pas compris que la naissance du cinéma est passée par là et que Murnau est passé par là aussi, inventant des tas de procédés qui plus tard feront florès et ouvriront des tas de chemins à la grammaire cinématographique actuelle. Autrement dit pour quelqu’un qui n’a rien compris à la marche paisible et insistante du progrès. Remarquez, je ne dis pas que tout cela soit tout à fait inexact. Il y a dans le film une vigueur, une aisance, une maîtrise qui n’est pas qu’un balbutiement et qui montre que le cinéma muet pouvait parvenir à transmettre des émotions et des inquiétudes. Read the rest of this entry »

Coup dur chez les mous

août 2nd, 2019

C’était il y a mille ans…

Accroché il y a quelques jours et sur un tout autre film par quelqu’un qui s’étonnait que l’on pût perdre son temps sur une oeuvrette qu’il jugeait (d’ailleurs à tort) insignifiante, je lui répondais qu’à mon sens, il n’y a pas de film qui ne mérite commentaire. Tout autant les très rares chefs-d’oeuvre et les moins rares très bons films que les films passables, médiocres ou même mauvais. Et je lui disais à peu près qu’un film, à quelques exceptions près, dit beaucoup, beaucoup de choses sur son époque, par ce qu’il dit et ce qu’il ne dit pas, par ce qu’il montre et ce qu’il ne montre pas. Que si, dans un film l’intrigue est insignifiante et les acteurs médiocres, il demeure tout un environnement visuel : une rue de 2019 ne ressemble pas beaucoup à une rue de 1980 moins encore de 1950 : la nature des boutiques, de la circulation, le nom des enseignes, la dégaine des passants sont, pour qui sait regarder, extrêmement significatives. La façon de s’habiller, de parler, les musiques qu’on entend, le regard jeté sur des questions sociétales sont toujours instructifs. Read the rest of this entry »