Les mains d’Orlac

décembre 16th, 2017

Chéri, fais-moi peur !

Les mains d’Orlac ne valent pas tripette, malgré un scénario assez intéressant et une distribution plutôt réussie où chacun fait le minimum syndical, mais le fait bien, des décors de qualité (et même un peu davantage, parce dès qu’on filme la Côte d’Azur du haut de la Grande corniche on émerveille toujours le spectateur) et une musique discrète mais efficace signée par Claude Bolling. Il faudrait voir ce qu’ont donné les autres adaptations du roman fantastico-policier de Maurice Renard qui avait été déjà tourné deux fois lorsque Edmond T. Gréville l’a réalisé en 1960 (une muette, Orlacs Hände de Robert Wiene en 1924, une hollywoodienne, Mad love, de Karl Freund en 1935) et plus tard, en 1962, Hands of a stranger de Newton Arnold, sans compter une dramatique télévisée, Les mains de Roxana de Philippe Setbon en 2013.

Read the rest of this entry »

Les vestiges du jour

décembre 14th, 2017

Orgueils et préjugés.

Les vestiges du jour est adapté d’un roman de Kazuo Ishiguro, dont le nom dit assez l’origine japonaise, mais qui est de nationalité britannique (tiens, le Japon, voilà, au demeurant, un autre peuple singulier, à nos yeux à peu près aussi incompréhensible que celui des riverains de la Tamise ; et cela n’est pas anodin). Et voilà un film terriblement anglais, exclusivement anglais, on pourrait même dire abusivement anglais tant il expose toutes les immenses qualités et les épouvantables défauts que nos voisins d’Outre-Manche paraissent cultiver à loisir, sans doute, d’ailleurs pour prouver au reste du monde qu’hors la conduite à gauche et la confection du pudding à la graisse de rognon de boeuf, il n’y a rien d’autre d’admirable dans notre vallée de larmes. De leur point de vue ils n’ont d’ailleurs pas tort et leur surprenante et délicieuse décision de quitter l’Union européenne après l’avoir mise sens dessus dessous depuis qu’ils l’ont intégrée va tout à fait en ce sens. Dieu et mon droit, comme ils disent et flûte pour le reste de l’Humanité. Read the rest of this entry »

Rio Grande

décembre 7th, 2017

Papa, Maman, la Cavalerie et moi.

Je ne sais pas très bien pourquoi je m’obstine, à intervalles divers, semblable au lemming qui se suicide lors des migrations de son espèce (mais il paraît que c’est une légende ! quelle déception !), pourquoi je m’obstine à regarder des westerns étasuniens, genre cinématographique limité et répétitif qui, en tout cas, parvient à m’ennuyer presque à chaque fois. Peut-être parce que, l’enfant étant le père de l’homme comme chacun sait, j’en ai ingurgité une telle quantité durant les douze premières années de mon existence que j’en ai été gravement intoxiqué. Parce qu’il faut bien dire que dans les années qui ont suivi la Libération, un déferlement de films de ce genre a coulé dans le marbre, pour les petits Européens cet aspect de la maigriotte histoire des États-Unis, pauvrette qui n’a pas trois siècles et ne dispose que de rares mythologies, comme si c’était une épopée. Read the rest of this entry »

Manchester by the sea

décembre 4th, 2017

L’écume des jours.

Le décor est exactement apparié au propos du film ; le décor, mais aussi l’atmosphère, la saison, la photographie : tout cela est de la même tonalité. Manchester by the sea est une bourgade côtière du Massachusetts de quelques milliers d’habitants, à quelques encablures de Boston, un gros village paisible partagé entre quelques villas patriciennes pour vacanciers fortunés et sévères immeubles de brique. Un ciel bas, éteint et atone ; tout cela se passe dans un hiver qu’on imagine interminable, un hiver liquide quand il n’est pas neigeux. Le genre d’endroit où on n’imagine pas qu’on puisse vivre gaiement, sauf à trouver gaies les soirées alcoolisées débordantes de bière dans les pubs enfumés et les peignées qui vont avec. Read the rest of this entry »

La pensionnaire

novembre 30th, 2017

Piccolissima serenata

Je crois bien que La pensionnaire est le premier film d’Alberto Lattuada que je regarde mais le plaisir que j’y ai pris me donne bien envie d’aller un peu patrouiller du côté de ce cinéaste pour découvrir quelques autres pépites… on dit beaucoup de bien, par exemple, d’une comédie narquoise qui s’appelle Venez donc prendre le café chez nous, avec notamment Ugo Tognazzi et Milena Vukotic que j’apprécie particulièrement, mais qui semble n’avoir pas encore été éditée en DVD. Read the rest of this entry »

Une messe pour Dracula

novembre 29th, 2017

Qui s’y frotte s’y pique.

À force de tirer sur tous les ressorts de la grammaire élémentaire stokerienne et d’en épuiser jusqu’à la corde les ressources, il fallait bien que les scénaristes de la Hammer se résignassent (eh oui…) à relier la riche mythologie du Vampire à une horreur sans doute beaucoup plus réelle : l’invocation du véritable Prince des Ténèbres, dont Dracula n’est finalement qu’un épigone ou, plutôt un représentant presque affadi. On s’étonne presque d’avoir à écrire cela, d’autant que, depuis l’admirable début de la série, lors du Cauchemar, la figure du Comte vampire n’a cessé de se noircir ; mais il est vrai que le spectateur en demande toujours davantage et que ses sens blasés exigent à chaque fois une dose d’horreur supplémentaire. Read the rest of this entry »

Dracula et les femmes

novembre 28th, 2017

Rien ne vaut la vierge fraîche.

Dracula et les femmes est d’un niveau extrêmement honorable et, malgré le changement de réalisateur, Freddie Francis remplaçant Terence Fisher, parvient à satisfaire agréablement l’amateur des créatures de la nuit. Le film, de fait, accentue la dimension érotique du mythe et montre clairement l’attraction charnelle que le Comte exerce sur les femmes qu’il approche, que ce soient les plus libérées, les plus expérimentées, l’opulente servante d’auberge Zena (Barbara Ewing) ou les vierges les plus innocentes – ou presque -, Maria (Veronica Carlson) nièce de l’évêque de Kleinneberg. L’une et l’autre, dès que la haute silhouette apparaît, sont comme sidérées de désir et se donnent sans la moindre hésitation. Voilà qui est bien conforme à la nature profonde des choses.

Read the rest of this entry »

Trois places pour le 26

novembre 25th, 2017

Fin de partie.

Il y a quelque chose de singulier dans l’œuvre inégale, mais si attachante de Jacques Demy : deux binômes de films intervenant l’un presque au début de sa carrière, l’autre tout à fait à la fin. Et ces binômes sont construits de la même façon. À chaque fois, en premier lieu, un film entièrement chanté, de tonalité triste ou grave : Les parapluies de Cherbourg en 1964, Une chambre en ville en 1980 ; puis un film plus léger, un peu féérique, où l’intrigue est largement entrecoupée de musique et de chansons : Les demoiselles de Rochefort en 1967, Trois places pour le 26 en 1988. Bien sûr, aussi, les constantes du cinéaste : des familles où le père est absent, où les filles vivent avec leur mère ; et pour certains, l’inceste, ou sa tentation (il faut là ajouter Peau d’âne).  Read the rest of this entry »

Les joyeux pèlerins

novembre 23rd, 2017

Fantaisie sans tonalité.

Ah ! Riche permanence des nanars français à prétention musicale tournés autour d’une formation orchestrale déjà célèbre et appréciée des spectateurs ! On s’y jette avec sympathie en espérant trouver de la joie de vivre bon enfant et, plus encore, le parfum d’une France presque disparue, à base de braves garçons courageux, de jolies filles romanesques et d’un ou deux loustics chargés de faire rigoler le brave public du samedi soir par leur apparence physique ou leur agitation continuelle… L’ethnographe du cinéma populaire y conserve les délices de À nous deux, madame la vie de René Guissart en 1937 avec l’orchestre de Fred Adison, de Mademoiselle Swing de Richard Pottier en 1942 avec l’orchestre de Raymond Legrand, de Pigalle-Saint Germain-des-Près d’André Berthomieu en 1950 avec l’orchestre de Jacques Hélian, du chef-d’œuvre du genre, Nous irons à Paris et de son petit frère Nous irons à Monte-Carlo l’un et l’autre de Jean Boyer en 1950 et 1952 avec l’orchestre de Ray Ventura… Voilà un simple échantillon. Read the rest of this entry »

C’est arrivé près de chez vous

novembre 21st, 2017

« Avec un ciel si bas qu’il faut lui pardonner… »

Est-ce qu’il est tellement étonnant que Rémy Belvaux, principal auteur et réalisateur de C’est arrivé près de chez vous se soit suicidé en 2006, à l’âge de 39 ans en se jetant sous un train ? Est-ce qu’il est tellement étonnant que ce film vienne de Belgique, un des pays majeurs de l’étrangeté, si loin, si proche de la France ? Est-ce qu’il est tellement étonnant que le Plat pays ait donné au monde de grands artistes singuliers, inquiets, souvent inquiétants, toujours décalés ? Georges Rodenbach (Bruges-la-Morte), Michel de GhelderodeJean Ray en littérature, René Magritte, Paul Delvaux en peinture, André DelvauxHarry Kümel au cinéma… ou même Jacques Brel… Le ciel gris, la mer grise, le vent, les canaux, tout cela perpétuellement vécu met tellement de fantastique dans l’existence… Read the rest of this entry »