Jeunes filles en uniforme

octobre 12th, 2018

Troubles en eau profonde.

Une pièce de théâtre d’une certaine Christa Winsloe, hongroise, lesbienne, assassinée pour espionnage d’une façon assez trouble et mystérieuse par des résistants en 1944 a donné lieu à trois adaptations au cinéma, sans doute parce que le climat étouffant et équivoque d’un pensionnat rigide de jeunes filles dans la Prusse militariste de 1910 excitait des tas de fantasmes. Première version en 1931 de Leontine Sagan, avec des actrices inconnues (Hertha ThieleDorothea WieckEmilia Unda). Dernière version en date, de Katherine Brooks, sous le titre de Loving Annabelle qui est une sorte (d’après ce que j’ai lu) de pamphlet homosexualiste où les ambiguïtés et les non-dits des premiers films sont explicitement montrés.

Read the rest of this entry »

Cet obscur objet du désir

octobre 11th, 2018

Trop belle(s) pour toi.

Le dernier film de Luis Bunuel, qui ne mourra pourtant que six ans plus tard, récapitule les habituelles frustrations et les habituels fantasmes hispaniques du réalisateur, tellement bien symbolisés par cette sorte de corset/ceinture de chasteté que porte la belle Conchita pour à la fois exciter et éteindre le désir de Mathieu (Fernando Rey), cet homme qu’elle ne cesse d’attiser et de glacer presque dans le même instant et se dérobant toujours, prenant d’ailleurs deux visages différents (Carole Bouquet/Angela Molina). Read the rest of this entry »

Le café du cadran

octobre 10th, 2018

Plus que l’air parisien, la douceur auvergnate.

C’est amusant comme ce film tourné en 1947 aurait pu l’être cinq ans auparavant, tant il est porteur d’orientations qu’on pourrait presque qualifier de vichystes : le détournement, par les lueurs brillantes et détestables de la grande ville d’un gentil couple provincial qui aurait mieux fait de demeurer dans le Puy-de-Dôme ou le Cantal où il aurait vécu, heureux et un peu terne, le reste de son âge. C’est qu’en fait, à nos yeux modernes, Travail, Famille, Patrie est un slogan pétainiste (et tout près de l’hitlérisme), alors que, pour les braves spectateurs du lendemain de la guerre, c’est une évidence de comportement : on devrait plus souvent lire les vertueuses pages de L’Humanité de l’époque et se rappeler que Jeannette Vermeersch, femme du leader incontesté et rayonnant du P.C.F., Maurice Thorez, était tout sauf féministe et progressiste. Read the rest of this entry »

Mourir à 30 ans

octobre 4th, 2018

La nostalgie, Camarades !

Voilà un film – un documentaire aux images souvent pâlies et incertaines, empli d’interventions qui paraîtront absconses ou incompréhensibles à la plupart – un film dont je me suis régalé et qui m’a souvent ému et que je ne pourrai conseiller à personne, ou presque, ce qui me navre. Mais pour regarder et apprécier Mourir à trente ans il faut avoir, d’abord vécu ces années qui sont décrites – en gros 1966/1973 – ce qui n’est pas encore tout à fait rare, mais surtout avoir vécu dans son cœur et dans toutes ses journées cette vie de militantisme intégral. Read the rest of this entry »

Germinal

octobre 3rd, 2018

Haveurs, herscheuses et galibots.

Le plus puissant des romans du cycle des Rougon-Macquart n’est assurément pas très facile à porter à l’écran. Et cela au contraire des autres récits de Zola qui demandent moins de décors, moins de comédiens, moins de machineries et dont les intrigues sont plus linéaires.

Ainsi Gervaise (L’Assommoir), Nana, Au bonheur des damesPot-Bouille. Pour Germinal, il faut vraiment du souffle et presque de l’emphase, parce qu’au delà de l’histoire d’Étienne Lantier Lantier (ici Renaud) et de la famille Maheu, c’est celui de la mine dévorante et des masses éternelles., c’est celui de la mine dévorante et des masses éternelles. Read the rest of this entry »

Un flic

septembre 30th, 2018

cinema-114

Melville, dernière !

On ne va sûrement pas compter Un flic parmi les plus étincelantes réussites de Jean-Pierre Melville et on va même classer le film plutôt en deçà des grandes réalisations policières du cinéaste (je mets à part, à dessein, l’insurpassable Armée des ombres). D’avoir voulu écrire lui-même le scénario et les maigres dialogues lui a été sarcastiquement reproché par José Giovanni, de qui avait été adapté Le deuxième souffle, mais Le doulosLe samouraïLe cercle rouge étaient bien de la main de Melville et montraient davantage son immense talent. Read the rest of this entry »

Miquette et sa mère

septembre 28th, 2018

Mademoiselle Swing.

Voilà le DVD édité, à l’image restaurée mais au son un peu faible. La mince filmographie d’Henri-Georges Clouzot est donc désormais à peu près complète, ce qui n’est que justice pour un des quatre ou cinq réalisateurs français majeurs. Et au sein de cette œuvre souvent violente ou sarcastique ou amère (et quelquefois les trois à la fois), cette très singulière adaptation d’un des inusables succès théâtraux de Robert de Flers et de Gaston de Caillavet, également immortels auteurs de L’habit vert. Cette version est d’ailleurs la troisième au cinéma, après celle d’Henri Diamant-Berger en 1934 (avec Blanche MontelRoland ToutainAndré AlermeMichel Simon) et celle de Jean Boyer en 1940 (avec Lilian HarveyLucien BarouxAndré Lefaur et Daniel Clérice). Read the rest of this entry »

L’ or de Naples

septembre 25th, 2018

Funiculi, funicula…

À dire le vrai, L’or de Naples, c’est c’est, davantage que le film lui-même, la tendresse du regard que porte Vittorio De Sica sur sa ville chérie (il n’y est pas né, mais il y est venu vivre toute son enfance). Regard tendre, affectueux, indulgent, émerveillé à la fois par la vitalité et la sagesse patiente de la cité, par son petit peuple si divers et ses aristocrates aux généalogies séculaires, par sa bonne humeur et son sens du tragique, quelquefois outranciers l’une et l’autre, mais qui rendent la ville si profondément humaine. Cela, tout au moins en 1954, peut-être beaucoup moins aujourd’hui. Ou tout autant, je n’en sais rien. Read the rest of this entry »

La dolce vita

septembre 21st, 2018

La ronde de nuit.

Après une nouvelle vision, qui doit être la quatrième ou la cinquième, je suis mieux entré dans le film, que j’avais un peu tendance à juger, jusqu’ici, surévalué et ronflant. Il est vrai que je n’ai pas pour Federico Fellini une attirance majeure, même si j’admets bien volontiers qu’il est un des cinéastes les plus importants du siècle dernier ; mais enfin il est, à mes yeux, comme Orson Welles : un grand bonhomme à qui je n’accroche pas vraiment. Infirmité de ma part, je veux bien, mais on ne se refait pas… Read the rest of this entry »

Première année

septembre 19th, 2018

La lune avec les dents.

Il est assez singulier de remarquer que Première année est sorti sur les écrans quelques petites semaines avant que le ministre de la Santé annonce, le 17 septembre, la disparition, pour la rentrée 2020, de l’année de bachotage infernal décrite avec talent par Thomas Lilti. Je n’ai absolument aucune compétence pédagogique ou universitaire pour juger de la pertinence de cette suppression, bien que j’incline à penser qu’elle est tout à fait justifiée, mais je dois dire que, dans la salle, ma femme et moi étions tout à fait en empathie avec les malheureux étudiants représentés qui passent les plus belles années de leur jeunesse à s’abrutir de données dont ils n’auront que faire ensuite, soit qu’ils aient passé le seuil du concours, soit qu’après un, deux ou trois échecs, ils soient obligés de rabattre sacrément leurs ambitions de  »devenir médecins« . Read the rest of this entry »