Les Tuche 2 – Le rêve américain

mars 22nd, 2019

Comment suis-je tombé si bas ?

J’avais déjà trouvé répugnant le premier tome de cette saga d’une roublarde démagogie qui fait honte à la fois à ses concepteurs – producteur, réalisateur, acteurs – mais aussi au public qui lui a fait un triomphe. C’est accablant, et d’autant plus que ça a de plus en plus de succès : 1,5 million de spectateurs pour le premier, 4,6 pour le deuxième… et près de 6 millions pour le troisième, de surcroît couronné d’un César du public et encensé par les critiques du Monde et du Figaro. Quand je pense qu’il y a 40 ans nous regardions d’un air supérieur et méprisant Mon curé chez les Thaïlandaises ou Les Charlots font l’Espagne ! C’était minable, mais moins dégradant que les histoires de la famille Tuche. Read the rest of this entry »

Le péril jeune

mars 21st, 2019

C’était un temps déraisonnable.

Ma foi ! C’est en redécouvrant Le péril jeune que je me suis rendu compte non pas que je vieillissais (ceci mes rhumatismes et autres maux me le rappellent avec une assez constante cruauté), mais que ce qui me semblait le plus immuable avait changé bien avant que j’en prenne conscience. Né en 1947, j’ai passé mon adolescence dans des établissements où très peu de choses avaient été modifiées depuis des lustres, un monde qui n’était pas bien différent de celui qu’avait vécu mon père un peu après la Grande guerre et sûrement mon grand-père, au siècle précédent. Absence de toute mixité, ordre, discipline, rigueur, respect de l’autorité, qui n’excluait évidemment pas de secouer le licol dans le chahut ou la fugue. Cette école-là, c’est celle si justement mise en scène par Pascal Thomas dans Les zozos : il faut laisser la politique aux grandes personnes tranche le Surveillant général lorsque deux garçons commencent à se mettre des peignées à propos de l’Algérie alors encore française… Read the rest of this entry »

Le chômeur de Clochemerle

mars 20th, 2019

Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie.

Placer sous l’invocation de Blaise Pascal un film de l’ordre du Chômeur de Clochemerle peut paraître assez singulier et même tout à fait démesuré. Mais s’il est vrai que ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, selon la formule hermétique d’Hermès Trismégiste et que – revenons à Pascal – les deux abîmes de l’infini et du néant se répondent en parallèle, le titre que je donne à ce message n’est pas du tout illégitime. Car la vacuité au cinéma a quelque chose de fascinant. C’est certes moins admirable que les trop rares chefs-d’œuvre et beaucoup plus fréquent, mais c’est tout autant sidérant. Read the rest of this entry »

Voyage à travers le cinéma français 2

mars 18th, 2019

Tavernier l’enchanteur.

Voyage à travers le cinéma français était un film sorti en salles (trop peu de salles) en 2016, un film emballant, enthousiasmant, nourri de l’amour du cinéma de Bertrand Tavernier et destiné à ceux qui, comme lui, aiment voir et revoir les films qu’ils aiment, chefs-d’œuvre incontestés mais aussi petits bijoux peu connus, quelquefois en toc, souvent magnifiques. Mais au bout des 3h15 partagées par un entracte, on sortait frustré de la salle. Jacques BeckerJean RenoirJean VigoMarcel CarnéJean-Pierre Melville affectueusement, amoureusement présentés, c’était évidemment magnifique, mais où étaient les autres, Sacha GuitryJean GrémillonMarcel PagnolJulien DuvivierMax Ophuls ? Et un carton, heureusement, annonçait un deuxième film.

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Les secrets professionnels du docteur Apfelglück

mars 17th, 2019

Petites horreurs minuscules.

Est-ce que Les secrets professionnels du docteur Apfelglück n’est pas, d’une certaine façon la conclusion et le chant du cygne de toute une période du cinéma comique français irrigué par les équipes mélangées d‘Hara-Kiri (et de Charlie Hebdo), du Café de la Gare et du Splendid, qui portaient une veine de dérision, de sarcasme, d’outrance et qui ont donné leurs plus éclatantes comédies dans les quinze ans qui ont précédé le film à sketches multi-réalisé par Alessandro CaponeStéphane ClavierHervé PaludMathias Ledoux et Thierry Lhermitte ? À partir de Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine de Coluche (1977) et surtout des merveilleux Bronzés (1978), c’est une suite de contes et récits déjantés. Il faut toutefois bien reconnaître que la plupart manquent totalement de qualité, que ce soient Les héros n’ont pas froid aux oreilles (1979), Elle voit des nains partout (1982), ou Les cigognes n’en font qu’à leur tête (1989). Et je ne cite que ce dont je me souviens. Read the rest of this entry »

Vive les femmes !

mars 13th, 2019

En ces temps-là…

Jean-Marc Reiser est mort, à 42 ans, en 1983 (déjà). S’il avait vécu, aurait-il fait partie des victimes de l’attentat islamiste du 7 janvier 2015 où Georges Wolinski, un de ses amis de la grande époque de Charlie Hebdo fut assassiné ? Ou bien se serait-il un peu éloigné doucement de cette équipe iconoclaste, comme l’avait fait François Cavanna, mort en 2014 ? Va savoir ! Il y a toute une équipe ravageuse qui a disparu au fil des ans, avec les vicissitudes de l’âge, comme Marcel Gotlib, équipe qui avait, comme jadis les surréalistes, révolutionné les regards sur la vie. Read the rest of this entry »

La dixième victime

mars 9th, 2019

Annales du futur.

Je partage évidemment l’opinion de tous ceux qui s’agacent de voir un film parti sur d’assez bonnes bases s’essouffler presque tout de suite et ahaner pendant 90 minutes à la recherche d’une véritable inspiration et surtout d’un véritable rythme. Car il y avait d’excellentes bases à développer sur cette société future où les vieux, qui sont des charges économiques lourdes, sont euthanasiés, où on peut naître par fécondation artificielle avec la contrepartie effarante qu’on est alors dépourvu de sensualité, où, surtout, afin d’éviter que les instincts meurtriers de l’Humanité s’épanouissent dans des guerres sanglantes, on a institutionnalisé la chasse à l’homme. Mais au contraire des Chasses du comte Zaroff où cette traque est transgression et remède à l’ennui (comme dans Un roi sans divertissement), la chasse de La dixième victime est célébrée et récompensée par la société. Read the rest of this entry »

Chronique d’un été

mars 7th, 2019

Comme le temps passe…

On ne peut pas dire, loin de là, que le film soit ennuyeux. Ou, du moins, qu’il m’ait ennuyé. Et pourtant, j’aurais beaucoup de scrupules à en conseiller, ou même à en suggérer la vision, tant cette chronique, qui n’est pas si longue que ça (moins de 90 minutes) peut surprendre, décontenancer et ne paraît pas avoir le moindre rapport avec ce qu’il est convenu d’appeler le cinéma. Et ceci moins pour les techniques de cinéma-vérité (acteurs non professionnels, images captées dans la rue, son direct) que pour les questions et les débats filmés par Jean Rouch sous l’œil vigilant d’Edgar Morin, qui nous ramènent aux antédiluviennes années 60, celles des questions existentielles, de l’engagement politique et – si l’on peut dire – du sens de la vie.

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L’école buissonnière

mars 7th, 2019

« Il va vers le soleil levant, notre pays ! »

J’aime beaucoup les films du Parti Communiste Français, dont la plupart sont nimbés d’une espérance presque eschatologique et d’un optimisme très lendemains-qui-chantent. Je parle évidemment de la grande époque du PCF, celle où il s’était constitué en Contre-Église et cherchait à rassembler dans les cellules toutes les classes sociales et intellectuelles et y parvenait presque. Et non, bien sûr, du dégoûtant partipicule d’aujourd’hui qui s’appuie sur une collection de minorités communautaristes. Mais sinon ! La vie est à nous de Jean Renoir (1936), Le temps des cerises de Jean-Paul Le Chanois déjà (1938), avant-guerre. Puis Le rendez-vous des quais de Paul Carpita (1953), La terre fleurira d’Henri Aisner (1954), Les copains du dimanche du même (1956), Premier mai de Luis Saslavsky (1958). Et la nostalgie brûlante de cette époque, après la décadence dans Rouge baiser de Véra Belmont (1985) et Tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir des parents communistes de Jean-Jacques Zilbermann (1993)… Read the rest of this entry »

Kill Bill – volume 2

mars 5th, 2019

Le grand méchant loup

J’ai lu quelque part que, dans l’esprit de Quentin Tarantino, il ne s’agissait pas primitivement de concevoir deux films et que tout aurait dû être d’un seul tenant. Mais au regard de la complexité de l’histoire la durée présumée a dû effaroucher les producteurs. D’où le parti de diviser en deux le récit. D’où, sans doute aussi, la volonté du réalisateur de varier les orientations cinématographiques tout en employant exactement les mêmes matériaux scénaristiques. En d’autres termes d’utiliser pour le second opus la veine du western spaghetti après avoir largement usé de celle du chambara nippon dans le premier. Je ne m’en plains pas, ayant bien davantage de goût pour la première que pour la seconde et y trouvant notamment bien plus de richesses potentielles. Et cela même si je reconnais volontiers que les chorégraphies orientales, avec les sabres ou les poings et les pieds sont très spectaculaires, tout au moins quand elles ne dépassent pas cinq minutes ; car ce ne sont que des chorégraphies. Read the rest of this entry »