La beauté du diable

août 4th, 2020

Deux cavaliers de l’orage.

Qu’est-ce qui me retient de mettre seulement la moyenne à La beauté du diable, bizarrement jamais vu jusqu’à aujourd’hui ? En aucun cas par déférence ou admiration vis-à-vis de René Clair, qui fut un cinéaste inventif et distingué mais qui à mes yeux n’a jamais tourné de chefs-d’œuvre, ni même de très grands films. Sans doute en bonne partie pour la qualité du filmage, décors et prises de vues qui incarnent au plus haut degré le classicisme cinématographique, ce que les galopins des Cahiers du cinéma ont baptisé la Qualité française contre quoi ils ont inventé le concept douteux de Nouvelle vague. Mais surtout pour un acteur, un seul. Read the rest of this entry »

Nos jours heureux

juillet 29th, 2020

Cantique de la marmaille.

Il ne faut pas, évidemment, se laisser entraîner par ses propres souvenirs d’enfance et songer toujours de retrouver quelques anecdotes et épisodes vécus et transposés de façon très honorable par le duo qu’un homme d’esprit a baptisé  Les Nakadano, c’est-à-dire Olivier Nakache et Éric Toledano, désormais importants pourvoyeurs de succès dans le cinéma français. Je précise d’emblée que je n’ai rien contre ces deux cinéastes, pour la bonne et simple raison que je n’avais vu d’eux jusqu’alors que le plus récent Le sens de la fête, qui m’avait bien plu par son originalité dans le magma informe des films prétendument comiques.

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Vipère au poing

juillet 26th, 2020

La tête en charpie.

Avant de venir au fond du sujet, ou plutôt à l’extraordinaire puissance du récit à forte tonalité autobiographique d’Hervé Bazin, disons un mot de ce qui l’entoure, qui, tout en le rendant de qualité intemporelle, l’ancre précisément dans son époque. Nous sommes en 1922. La société ancienne se survit, avec ses beaux domaines, sa domesticité nombreuse, son respect des traditions, son sens presque maniaque de la famille. Elle a pourtant déjà été blessée grièvement par la Monarchie de Juillet (Enrichissez-vous !) et par les folles spéculations du Second Empire et de la République bourgeoise. Et le coup de grâce lui a été porté par la Grande Guerre. Read the rest of this entry »

Fitzcarraldo

juillet 24th, 2020

Le pays de la création inachevée…

On ne peut pas ne pas trouver les points communs évidents qui relient dans l’œuvre de Werner Herzog deux de ses films majeurs,

Fitzcarraldo et Aguirre mais il ne faudrait pas tomber dans le panneau consistant à en chercher méticuleusement ressemblances et oppositions, inspirations et changements de cap. C’est un exercice où il faut essayer de tenir la ligne droite et d’être rigoureux, parce que Klaus Kinski, l’enfer vert de l’Amazonie, la brume revêche, les fleuves rugueux, les rapides terribles et les indigènes interloqués, ça fait tout de même beaucoup. Read the rest of this entry »

Le cimetière des voitures

juillet 24th, 2020

Ouh là là, quelle audace !

J’ai l’impression qu’on ne parle plus guère maintenant de Fernando Arrabal qui a pourtant connu une considérable notoriété il y a une bonne cinquantaine d’années comme dynamiteur du théâtre et un des héritiers du courant surréaliste. Il est vrai qu’il se dirige, à l’heure où j’écris, vers ses 88 ans, qu’il atteindra au mois d’août prochain. Remarquez, ce n’est pas tellement une raison, puis-je assener (avec une réelle mauvaise foi) puisque demain 24 juillet, nous célébrerons le 132ème anniversaire de la naissance d’Alexandre Dumas, qui me semble être pour sa part demeuré en plein éclat de gloire. Read the rest of this entry »

Comme une image

juillet 20th, 2020

Et qu’est-ce qu’on peut y faire ?

Il ne faut pas compter sur Agnes Jaoui et Jean-Pierre Bacri pour écrire des films rassérénants, optimistes et bienveillants. Ces deux-là, qui sont Juifs de Méditerranée, ont tôt compris que le monde n’était pas une partie de plaisir où tout tendait à s’arranger et, en fin de compte, allait forcément vers des fins heureuses. Le grand soleil impitoyable du Sud, on le sait depuis les Tragiques grecs, perpétués jusqu’aux histoires glaçantes de Jean Giono,n’est pas propice à la tendresse bienheureuse que lui offrent les contrées tempérées au soleil moins implacable. La douceur angevine n’a qu’à passer son tour. Read the rest of this entry »

Les 5000 doigts du Dr. T

juillet 19th, 2020

« Petit garçon il est l’heure d’aller se coucher… »

Voilà un film dont le titre étrange et séduisant, la réputation d’originalité et d’intelligence, la perspective de rejoindre les hautes lignées merveilleuses, enchanteresses du Magicien d’Oz m’avaient de longue date décidé à le regarder en famille, ma petite-fille (8 ans et demi) blottie contre mon flanc au cas où une scène un peu impressionnante exigerait l’intervention pacifiante de son grand-père ; les enfants adorent avoir peur, toutes les histoires de Barbe-Bleue, du Petit Poucet, de Blanche Neige, de Peau d’âne vous le diront, à condition qu’ils aient à côté d’eux un lien rassurant avec la réalité, qui pourra d’ailleurs aller consoler plus tardivement le cauchemar nocturne. Read the rest of this entry »

Vampyr

juillet 18th, 2020

L’incertitude.

Malgré les propos très convaincants des intervenants des suppléments du DVD, qui chantent merveilles de Vampyr, je ne suis pas tout à fait entré dans l’admiration générale et j’ai regardé le film comme un exercice de style inspiré, souvent intrigant, toujours pénétrant mais qui manque un peu de substance. Si on compare le film de Dreyer (1932) au Nosferatu de Murnau (1928), il y a assurément moins d’angoisses et d’émotions fortes, bien que celui-ci soit encore muet et celui-là déjà parlant. Mais l’un s’empare d’un récit linéaire, l’autre s’évade sur des ailes oniriques qui permettent bien davantage d’expérimentations – donc de vacuités. Read the rest of this entry »

Mektoub my love

juillet 15th, 2020

Un parfum de jasmin.

Eh oui, c’est comme ça le cinéma ! Un film interminable (près de trois heures) , qui n’a qu’une intrigue accessoire et presque insignifiante, avec des séquences souvent très longues, des acteurs inconnus, des plans réalisés avec une fébrile caméra à l’épaule et qui est pourtant formidable, convaincant, naturel. Une sorte de documentaire réalisé en 2016 qui situe son intrigue en 1994 mais dont j’imagine qu’avec des adaptations conjoncturelles (j’y reviendrai) il aurait pu être tourné à toutes les époques où se sont rencontrés dans l’éclat de leurs 20 ans des garçons et des filles lors d’un été tiède et propice. C’est sans doute ce qu’il y a de plus intéressant dans le cinéma d’Abdellatif Kechiche : la capacité de fixer en images animées, dans les brouhahas qui sont ceux de la jeunesse, des instants que tout le monde a connus.

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Fog

juillet 14th, 2020

La mer qu’on voit danser.

Dans l’inconscient collectif, l’idée d’une malédiction qui flotte à la suite d’un crime jadis commis et dont la responsabilité pèse sur de braves clampins d’aujourd’hui, qui n’en peuvent mais, n’est pas fréquente mais je puis en citer au moins une. Le bien plaisant 2000 maniacs de Herschell Gordon Lewis qui date de 1964 et conte la vengeance entreprise par des fantômes Confédérés sudistes massacrés cent ans auparavant par les soldats de l’Union sur les Yankees qui s’aventurent sur leur territoire. C’est rigolard, sarcastique, joyeusement et délibérément cruel, ça fait participer toute la population sudiste au massacre des descendants de ses tortionnaires. Read the rest of this entry »