Le bal des actrices

avril 24th, 2019

L’entre-soi.

Comme je ne tiens pas Maïwenn Le Besco pour le phare absolu du talent cinématographique, comme j’ai ouï dire (je ne sais comment j’ai ouï ça !) que la demoiselle fricotait avec le physiquement monstrueux Joey Starr (qui joue, d’ailleurs, son propre rôle dans Le bal des actrices), j’ai glissé le DVD dans mon lecteur avec un préjugé guère favorable, en tout cas très méfiant. Et pourtant, sur les seules premières vingt minutes, j’ai bien failli changer de point de vue et me laisser prendre au jeu. Je ne me faisais pas d’illusions, toutefois, sur le caractère terriblement nombriliste de l’exploration du petit monde des actrices, sur le territoire circonscrit à quelques arrondissements branchés de la Capitale et à des dames plutôt jolies, au demeurant, mais qui ont leurs soucis, comme tout le monde.

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Le charme discret de la bourgeoisie

avril 16th, 2019

Voyage en Absurdie.

Voilà sans doute un des meilleurs films de Luis Bunuel, un film dont l’affiche diffusée un peu partout, est pourtant extrêmement ridicule. Mais un film où le génial iconoclaste espagnol retrouve la plus grande partie de la verve destructrice de ses débuts. Qu’elle s’exerce contre la classe bourgeoise dominante n’a, à mes yeux, aucune espèce d’importance : on ne se pose qu’en s’opposant, disait je ne sais plus qui et, en tout cas, les lazzis lancés jusqu’à plus soif envers cette fraction de la société qui a pris le pouvoir lors de l’âge des Révolutions n’est là que pour marquer qu’elle a emporté la mise. Au 17ème siècle, les mêmes sarcasmes auraient pu être employés contre l’aristocratie et aujourd’hui, s’il y avait encore un Bunuel, contre la médiature du Camp du Bien, celle qui se gonfle d’importance devant ses Audimat télévisés. Read the rest of this entry »

Le roi du curling

avril 14th, 2019

Ciel gris et margarine.

Fortuitement m’est venu sous la main et donc tombé sous les yeux un gentil film bien sympathique mais tout de même très minimal. Un film venu de Norvège, pays lointain et bourré de pétrole et de gaz, dont la notoriété cinématographique n’est pas éclatante, c’est le moins qu’on puisse dire. Je dois d’ailleurs avouer que je ne connaissais guère de ce pays que d’être celui du soleil de minuit et la patrie d’Henrik Ibsen, le dramaturge auteur de la redoutablement ennuyeuse Hedda Gabler, d’Edvard Grieg, le musicien de Peer Gynt et d’innombrables champions de ski. (Je doute qu’on puisse qualifier d‘homme célèbreAnders Breivik, le terroriste aux 77 victimes). Read the rest of this entry »

Pale rider

avril 11th, 2019

Il court, il court, le furet…

Mon Dieu, quel ennui et quelle lourdeur dans cette pâle imitation de L’homme des vallées perdues de George Stevens qui, malgré son titre français magnifique, ne cassait pourtant pas trois pattes à un canard (et qu’on aurait sûrement oublié, en France, s’il avait conservé son abstrus titre original, Shane). Qu’est-ce que c’est que ce paresseux scénario, ces allers-retours interminables, ces ellipses incommodes à la compréhension du récit, cet ange qui se veut exterminateur (et qui l’est, d’une certaine façon) mais n’a pas la moitié du quart du tiers des épaules pour être convaincant ? Read the rest of this entry »

Babel

avril 10th, 2019

Ouarzazate et mourir.

Qu’est-ce que c’est que la virtuosité, qualité essentielle, mais non suffisante qui échoit en partage à certains artistes, qui appelle à en admirer l’éclat, le brio et le brillant, mais qui porte en elle-même ses limites ? L’histoire de la musique a retenu le nom de Niccolo Paganini comme un violoniste dont on n’hésitait pas à qualifier le jeu de diabolique, paraissant surmonter les pires difficultés avec une grande facilité, mais il n’occupe pas, dans l’histoire de la musique, une autre place que celle d’un instrumentiste souverainement doué. Et, par conséquence, d’un interprète aux capacités un peu vaines, réservées à l’éclat, mais nullement à la profondeur. Read the rest of this entry »

M le maudit

avril 8th, 2019

Un homme marche dans la ville.

Le premier film parlant de Fritz Lang commence, de fait, à toute allure et introduit d’emblée le spectateur dans le récit : des enfants qui, dans la cour d’un immeuble ouvrier, chantent une comptine affreuse. Le méchant tueur vient à son heure, il fera de toi un hachis !. Rien de plus délicat pour l’enfant ainsi sorti de la ronde. On sent rôder l’inquiétude des mamans. Puis un gros plan sur une affiche : 10.000 marks sont offerts à celui qui donnera un renseignement sur le tueur qui sévit en ville et qui a déjà assassiné plusieurs petites filles. La maman qui se ronge les sangs en sentant passer les minutes et ne voit pas son enfant revenir déjeuner ne supporte plus l’attente.

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La charge de la brigade légère

avril 5th, 2019

Qui va à la charge perd sa place.

Je sais qu’il est de bon ton aujourd’hui de se gausser du ton du film de Michael Curtiz ; on lui trouve tous les défauts que la doxa contemporaine s’attache à extirper de nos cervelles : apologie du colonialisme, de la bravoure folle, des vertus guerrières, de l’élégance des uniformes et de la discipline des troupes de Sa Majesté britannique. J’ai même lu quelque part que des amis des animaux s’étaient émus parce que quelques chevaux s’étaient cassé les pattes lors des cavalcades et avaient dû être abattus (comme tous les chevaux sur tous les champs de course du monde, en tout cas jadis et naguère ; peut-être que maintenant on sait les soigner, tant mieux pour eux). Je sais aussi qu’il existe une version postérieure de l’aventure, réalisée par Tony Richardson en 1968 (tiens donc ! la date n’est pas insignifiante) qui prend le contre-pied de la légende dorée interprétée par Errol Flynn. Read the rest of this entry »

Le lieu du crime

avril 4th, 2019

La maison près de la rivière.

Il y a longtemps que je n’avais pas vu un film au scénario aussi médiocre, un scénario qui confine au ridicule et y tombe souvent. C’est d’autant plus choquant que ça émane d’un réalisateur aussi notoire, aussi célébré, aussi encensé même qu’André Téchiné, encore aujourd’hui révéré parmi les grandes pointures de la création cinématographique. Et cela bien que, depuis une bonne vingtaine d’années, ses films n’aient plus beaucoup d’impact public, si ce n’est sur les professionnels de la profession et ceux qui les suivent fiévreusement. Mais enfin BaroccoMa saison préféréeLes voleurs, précisément, ça avait de la tenue et le récit de chacun des films était intelligent, cohérent, quoique toujours déchiré.

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Le tracassin ou les plaisirs de la ville

avril 3rd, 2019

In illo tempore…

Je ne placerai pas le film au dessus de la moyenne, même si j’ai passé un assez bon moment à le regarder. . Si l’on n’est pas trop regardant sur le scénario, si l’on admet et apprécie le genre classique et un peu lourdingue de l’accumulation des catastrophes qui se succèdent, se répondent, s’entrechoquent, se multiplient et finissent par rendre la situation du héros à peu près insoluble, on s’amusera devant ce gentil petit objet cinématographique à usage des salles de deuxième rang qui existaient encore dans le paysage tranquille de la France de 1961. Quelque chose de bien reposant qui a dû remporter un bon succès public et n’être pas même cité dans les colonnes de Positif et des Cahiers du cinéma.

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Victoria

avril 1st, 2019

Si j’avais compris quelque chose…

Oui, si j’avais compris quelque chose, j’aurais certainement haussé Victoria au meilleur rang des agréables comédies contemporaines où les problèmes insolubles entraînés par la dissociation des couples, les stress professionnels, les incertitudes des amitiés sont mis au devant de la scène. Partis comme nous sommes, nous n’aurons d’ailleurs bientôt plus le choix qu’entre les films de cet ordre, représentant les urbains premiers de cordée macroniens et ceux qui décrivent la réalité de la France périphérique, les travailleurs pauvres lepénistes. Après tout pourquoi pas ? On ne peut demander à tous les cinéastes d’avoir du génie et de transcender les catégorisations sociales et politiques de leur époque. Donc limitons nous à notre bel (?) aujourd’hui. Read the rest of this entry »