Archive for the ‘Chroniques de films’ Category

Paradis perdu

lundi, février 26th, 2024

Le rêve passe.

Il se peut, il n’est pas impossible qu’Abel Gance ait eu du talent. Pas autant que le proclamaient François Truffaut et les petits messieurs de la prétendue Nouvelle vague, mais un peu de talent. Au fait, je n’en sais trop rien : tous ces gens-là devaient être sous l’impression de qualité des films muets que le cinéaste avait réalisés. N’en ayant vu aucun, je dois rabattre mon caquet : après tout Gance, comme Jean Epstein, comme F.W. Murnau, comme D.W. Griffith, comme Erich von Stroheim pouvait ne révéler ses qualités que dans les balbutiements du Septième art privés de dialogues. (suite…)

Maigret à Pigalle

dimanche, février 25th, 2024

Les diamants sont éternels.

Inépuisable personnage du commissaire Maigret ! Depuis 1932 (La nuit du carrefour de Jean Renoir avec Pierre Renoir) jusqu’au Maigret de Patrice Leconte de 2022 avec Gérard Depardieu on en a connu plein d’incarnations, d’ailleurs très différentes. Peu de choses en commun entre Michel SimonAlbert PréjeanJean Gabin, sans parler des illustrations télévisées de Jean Richard (il paraît moins catastrophique que d’habitude) ou de Bruno Crémer (qu’on m’a dit excellent) en fin de carrière. (suite…)

Anatomie d’une chute

mardi, février 13th, 2024

Mon Dieu quel bonheur d’avoir un mari bricoleur !

D’abord, le titre que je donne à cet avis ne peut être saisi que par qui a vu le film. Puis j’ai lu beaucoup et beaucoup d’articles dithyrambiques sur Anatomie d’une chute, film couronné par la Palme d’Or de Cannes en 2023. Au fait vous souvenez-vous des Palmes de 1965, 1973, 1992, 2004, 2007, 2017 et même 2022 ? Non, n’est-ce pas ? Reportez vous dans Wikipédia sur ces dates et ces références : vous verrez que vous n’aurez pas plus de souvenirs là-dessus que sur les Prix Goncourt 1962, 1986, 1991, 1996, 2000, 2008, 2017… Voilà qui permet de relativiser la nature de ces récompenses, qui n’ont aucune espèce d’importance trente ans après leur attribution. Rien à voir à ce qui demeure en mémoire. (suite…)

Les bonnes causes

lundi, février 12th, 2024

Les diaboliques.

Ah oui, quelle merveille que ce film des plus belles années du cinéma français, plein d’intrigues compliquées, de dialogues spirituels et intelligents (du Jeanson ! C’est dire) et de numéros d’acteurs tous plus remarquables les uns que les autres ! Je n’évoque pas même, à ce moment, les vedettes du premier rang mais tous ceux qui, pour quelques secondes quelquefois, s’ancrent dans l’œil du spectateur et donnent de la profondeur, de l’épaisseur, de la substance au film ! Qu’est-ce que nous avons perdu avec l’indifférence des rogues petits seigneurs subventionnés d’aujourd’hui pour ces modestes et indispensables serviteurs du cinéma, qui donnaient tant de plaisir ! Jacques Monod, le Procureur, Hubert Deschamps, le médecin, Mony Dalmès la tenancière des studios coquins et même Bernard Musson le majordome compassé… Sans oublier la rapide pige faite par José Luis de Villalonga dans le rôle du très rapidement mort… (suite…)

Susana la perverse

samedi, février 10th, 2024

Vipère dans la maison.

Dans la cruelle, violente, méchante période mexicaine de Luis BuñuelSusana la perverse intervient juste après le grand drame pesant Los Olvidados qui se penche sur les horreurs de la ville métropole sauvage. Le film suivant s’ancre dans la campagne, précisément dans une hacienda qu’on peut juger assez prospère, opulente, bien tenue, pleine de servantes déférentes et d’ouvriers agricoles (peines) qui obéissent au doigt et à l’œil aux ordres du propriétaire, grand seigneur rural que tous respectent. (suite…)

Quartier des cerises

mercredi, février 7th, 2024
Terra incognita.

 

Alors que depuis les désastreux accords Blum/Byrnesdu 28 mai 1946, notre France est inondée par le cinéma des États-Unis qui ne se sont pas contentés de nous envoyer des chefs-d’œuvre mais nous ont refilé leur tout-venant, nous avons bien peu reçu de films soviétiques pendant la même période. Il est vrai qu’au-delà des cercles communistes militants de France-U.R.S.S., nous sourissions une certaine méfiance pour un cinéma jugé idéologique (comme si celui de l’Oncle Sam ne l’était pas !). Certes les cinéphiles connaissaient les noms de Poudovkine ou de l’admirable Eisenstein ; certes franchissaient de temps en temps les frontières les merveilles de Kalatozov, de Bondartchouk, d’Andrei Tarkovsky, de Paradjanov. Plus tard les films de Pavel Lounguine, d’Andrey Konchalovskiy et bien sûr de l’impeccable Nikita Mikhalkov.

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L’homme au complet blanc

vendredi, février 2nd, 2024

L’obsolescence programmée.

Il y a eu un moment délicieux dans l’histoire d’Angleterre. À la fin de leur domination impériale traduite en 1947 par l’indépendance de l’Inde, grand machin inutile et consternant, notre voisine d’Outre-Manche qui pensait avoir gagné la Guerre (comme nous l’avions pensé en 1919) a produit une kyrielle de films intéressants. Des films où elle s’affirmait indépendante de ses voisins et enfançons étasuniens, où elle apportait du piment, de la verve, de l’imagination au cinéma. Tout n’était pas de haute qualité, mais on pouvait s’étonner, même se réjouir de cette typique excentricité britannique qui n’a pas de correspondance de l’autre côté du Channel. (suite…)

Le criminel

dimanche, janvier 28th, 2024

Et on tuera tous les affreux…

D’après ce que je lis, le scénario du Criminel a été nommé aux Oscars de 1947. Voilà qui prouve, s’il en était besoin, que ces célébrations, où la profession se retrouve et s’autocongratule, n’ont absolument aucune autre importance que médiatique. Qu’elles ne sont, en tout cas, jamais gage de qualité ou de profondeur. Car c’est assurément le scénario qui plombe gravement le film de commande d’Orson Welles et le ravale au rang d’une production plutôt banale. Production à peine sauvée par la qualité de la distribution – Welles en premier lieu, mais aussi Edward G. Robinson et la très jolie Loretta Young -. (suite…)

Là-haut

vendredi, janvier 26th, 2024

Le magasin des rêves.

Comme nos petits-enfants nous avaient été confiés hier soir nous avons regardé Là-haut. Plus spontanément et sans le genre de contraintes lorsqu’un petit garçon de 4 ans (presque et demi) et une plus grande fille, se réfugient tendrement dans vos bras, j’aurais assurément regardé autre chose. Un truc un peu sanglant, ou un peu décalé, ou un peu glauque : mes goûts habituels, quoi… Mais là, j’étais bien contraint par la configuration familiale de me plonger dans un dessin animé. Et lorsque j’écris dessin animé, je me réfère à ceux que j’ai vus, émerveillé, lorsque j’avais l’âge de mes petits : Blanche NeigeCendrillonLa belle au bois dormant. (suite…)

Dahmer le cannibale

lundi, janvier 22nd, 2024

Glauque fouillis.

Les maniaques, les assassins compulsifs, les pervers, les cinglés sont légion, certainement depuis le début de l’Humanité. Il existe d’ailleurs sûrement un ouvrage qui dresse la nomenclature de ces noms fous, depuis Gilles de Rais, depuis Vlad Drakul, depuis Erszebet Bathory, depuis des tas d’autres.

Mais il faut aussi remarquer que les États-Unis (étendue du territoire ? pesanteur du protestantisme rigoriste ?) réunissent une collection assez remarquable de monstres spectaculaires. En tout cas beaucoup des serial killers du 20ème siècle en sont issus. (suite…)