Archive for the ‘Chroniques de films’ Category

Merci pour le chocolat

vendredi, novembre 16th, 2018

Méfiez-vous des eaux dormantes.

Peut-être parce que j’ai moi-même vécu de belles années de ma vie à Annecy, je me méfie assez de l’atmosphère des lacs, en apparence si paisible, si sereine, si harmonieuse, si bien élevée mais qui, comme leurs flots peut être secouée par des tempêtes assassines. Et cela, même si les traces de leurs fureurs disparaissent presque instantanément pour leur permettre de recouvrer leur élégance. Jeu de massacre, d’Alain JessuaLe parfum d’Yvonne de Patrice Leconte sont, ainsi des films de malaise. Et que dire du glaçant Funny games de Michael Haneke ? Au fait, quand ces lacs sont situés dans l’opulente tranquille Suisse, où rien de grave, jamais, ne semble pouvoir survenir, ce sentiment un peu ambigu s’accentue encore. (suite…)

Police python 357

mercredi, novembre 14th, 2018

Petits meurtres entre amis.

1976, c’était l’époque où Yves Montand était au sommet de sa notoriété et de ses succès cinématographiques. Entre Z de Costa Gavras en 1969 et Garçon ! de Claude Sautet en 1983, il n’y a pas un grand réalisateur français (Philippe de BrocaJean-Pierre MelvilleJean-Paul RappeneauHenri Verneuil et même Jean-Luc Godard) qui n’ait fait appel à lui. 1976, c’était aussi la dernière fois que l’acteur et sa femme, Simone Signoret tournaient ensemble (et à vrai dire, ils l’ont assez peu fait depuis Les sorcières de Salem de Raymond Rouleau en 1957). Le metteur en scène, Alain Corneau tournait là son deuxième film et ce début était plutôt réussi, quoiqu’il soit tissé d’invraisemblances. (suite…)

Reservoir dogs

vendredi, novembre 9th, 2018

La vermine est dans la cale.

Je suivrais assez sur ce coup le point de vue de Bertrand Tavernier dans 50 ans de cinéma américain qui, en admirant profondément la maîtrise et la vivacité du film précise toutefois qu’on sort avec un léger malaise, l’impression d’avoir été bluffé par un brillant joueur de poker. Et de fait, le premier film de Quentin Tarantinos’apparente avant tout à un brillant, très brillant exercice de style où un brillant, très brillant jeune réalisateur présente à un jury charmé tout ce qu’il sait et peut faire : audaces de construction, de ruptures rythmiques, d’images violentes, de séquences difficilement soutenables au service d’une conclusion totalement macabre. On applaudit et on dit bien fort Bravo l’artiste !. (suite…)

Silvio et les autres

mercredi, novembre 7th, 2018

Des bleus à l’âme.

À mes yeux un film aussi vilipendé par toute la presse bien-pensante, de Télérama au Nouvel Observateur en passant par les Cahiers du cinéma (et sans doute Les Inrockuptibles, mais je ne suis pas allé voir) ne pouvait que me séduire. Car si Silvio et les autres était le récit des pérégrinations d’un prostitué transsexuel guatémaltèque ou de la lutte d’un orphelin tchétchène pour retrouver sa dignité, il en serait tout autrement. Mais ce n’est évidemment pas le cas. Au fait, ce que la doxa reproche à Paolo Sorrentino, d’ailleurs est précisément ce qui me plaît en lui : le diagnostic du vide de notre civilisation occidentale, le regard froid sur son effondrement vraisemblable, le désenchantement de tout le monde, la beauté immuable des choses qui s’engloutit peu à peu. Mais je crois aussi que les jappements mauvais de cette presse vient de que le réalisateur ne prononce pas une condamnation sans nuances de la personnalité qu’il filme, ce Silvio Berlusconi qui a ensorcelé longuement l’Italie et la fascine encore, par un mélange de vulgarité, de roublardise, de générosité un peu folle, de crapulerie à peu près assumée et par un goût de la ragazza qui terrifie et scandalise les pays du Nord, confits d’hypocrisie et de puritanisme. (suite…)

Une nuit en enfer

dimanche, novembre 4th, 2018

Œuvres poétiques complètes.

Il est tout à fait absurde et ridicule de réaliser un film aussi hétéroclite où la première partie, très classique mais très efficace est aussi contredite par la seconde, échevelée, délirante, farfelue et qui dépasse assez nettement les limites du grotesque. Et puisqu’il s’agit d’un scénario de Quentin Tarantino, voilà qui n’éclaire pas trop mon regard sur la filmographie de celui que certains tiennent pour un cinéaste majeur : un grain de folie, ça va encore, un boisseau, ça déconcerte complétement. J’ai patiemment regardé les trois derniers quarts d’heure en bâillant et en consultant ma montre parce que l’accumulation des effets spéciaux, des transformations physiques, des hurlements de damnés, des chairs arrachées, du sang et des fluides divers qui jaillissent avec une jactance vigoureuse, des sauvetages miraculeux, des morts inattendues et de tout le tremblement ne peut divertir que des adolescents décérébrés. (suite…)

L’ivresse du pouvoir

mardi, octobre 30th, 2018

Heure exquise, qui nous grise, lentement…

En paraphrasant ce qu’on a dit sur un sujet plutôt différent, je pourrais dire que Claude Chabrol pose de bonnes questions mais donne de mauvaises réponses puisque, manquant de rythme et de cohésion, il filme une sorte de mixture où l’on ne sait trop si l’on assiste à une reconstitution à peine masquée de l’affaire ELF, à une dénonciation vertueuse des liens qui unissent l’appareil d’État, le monde politique, la Françafrique et les grandes entreprises, ou encore au vertige mégalomane ressenti par un juge d’instruction décidé à casser plusieurs baraques. (suite…)

L’incompris

mardi, octobre 30th, 2018

Le fils préféré.

C’est l’histoire d’Andrea (Stefano Colagrande), un gamin d’une dizaine d’années, qui est intrépide, pur, courageux, un peu rebelle, qui vit encore à pleines bouffées dans le monde mystérieux de l’enfance dans une sublime maison patricienne de la sublime ville de Florence. Il vient de perdre sa maman. C’est aussi l’histoire de son père, Sir John Duncombe (Anthony Quayle) qui est Consul général de Grande-Bretagne. Il est éperdu de douleur mais, en fier Britannique de la gentry, il n’en laisse rien voir. Et enfin l’histoire de Milo (Simone Giannozzi), petit frère d’Andrea, qui ne doit pas avoir beaucoup plus de six ans.

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Bienvenue à Marly-Gomont

samedi, octobre 27th, 2018

Bons sentiments et bonne surprise.

J’ai commencé à regarder le film avec un franc parti-pris de goguenardise : l’histoire de ce médecin zaïrois qui vient s’installer, en famille, dans un village plouquissime de la Thiérache, du côté de Guise, qui a bien de mal à s’y acclimater et qui finit par y être totalement intégré me semblait devoir être agressivement politisée et extrêmement niaise. J’ignorais par ailleurs qu’il s’agissait d’une histoire vraie, relatée d’abord par un rappeur nommé Kamini dans un titre à succès et dont la substance a donné lieu au film de Julien Rambaldi. (suite…)

Les voleurs

mercredi, octobre 24th, 2018

Linge sale en famille.

Je ne connais pas tellement le cinéma d’André Téchiné. Je n’ai vu de lui qu’un bout de J’embrasse pas, le monde glauque de la prostitution masculine me glaçant absolument ; et puis Ma saison préférée, plutôt apprécié, malgré des bizarreries décontenançantes et déjà tourné avec Catherine Deneuve et Daniel Auteuil comme le sont Les voleurs. Ce n’est pas tout à fait là le cinéma que j’aime, quoiqu’il faille reconnaître au réalisateur une grande habileté dans la direction d’acteurs et une impeccable virtuosité narrative. (suite…)

Vous n’avez rien à déclarer ?

lundi, octobre 22nd, 2018

À franchement parler…

Allez, je vais mettre d’abord un peu l’eau à la bouche à ceux qui apprécient le cinéma français de l’âge d’or et encore davantage à ceux qui apprécient les acteurs ! D’autant que ceux que je vais citer ne sont pas tous de second rang. J’y vais ? Jean PoiretMichel SerraultPierre MondyMarie-Josée Nat… Et aussi Jacqueline MaillanJean TissierRaymond DevosPauline Carton… Vous en voulez encore ? Côté jolies femmes Madeleine Lebeau (qui fut employée par Raoul WalshMichael Curtiz et même Federico Fellini) et l’alors toute jeune et déjà ravissante Michèle Girardon, la délicieuse Betty d’Hatari d’Howard Hawks(suite…)