Archive for the ‘Chroniques de films’ Category

Brève rencontre

jeudi, mars 4th, 2021

Un peu de soleil dans l’eau grise.

Formidable succès du titre de ce film qui est allé jusqu’à passer dans le langage courant. Tout y est : la concision, la netteté, le sentiment d’urgence, la précarité ; on pourrait presque ajouter la banalité et même la grisaille et on n’aurait pas tort, tant Brève rencontre est l’illustration parfaite de la vie qui coule, un peu douce, un peu triste, un peu médiocre, un peu rassurante. Je songe à un mot de Jean Giono dans je ne sais plus quoi : Le désir amoureux, feu téméraire et volage…Téméraire, puisqu’il peut tant et tant abîmer des hommes et des femmes qui sont devant lui si fragiles ; volage, parce qu’il n’a pas d’avenir s’il ne permet pas un projet ancré dans la durée. (suite…)

Karnaval

dimanche, février 28th, 2021

Le rigodon des Flandres.

Une des grandes qualités de ce film formidable, qui reçut d’ailleurs un accueil public et critique éclatant, est de mêler avec virtuosité une histoire de désir et de songerie à la formidable vitalité du carnaval de Dunkerque. De faire aussi que cette histoire amoureuse ne puisse se passer comme elle se passe que dans ce cadre de folie et d’outrance ; ceux qui ne connaissent pas le Carnaval peuvent le juger ridicule et même obscène et ceux qui le vivent de l’intérieur passent leur temps à attendre toute l’année son retour, au cœur de l’hiver, dans les brouillards, les pluies, le froid effacés par les déguisements effarants, la bière, l’amitié et les chansons…
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Deux jours à tuer

jeudi, février 25th, 2021

Zut pour celui qui lira !

Le talent, surtout le grand talent, n’est pas héréditaire. Tout ce que j’avais vu jusqu’alors de Jean Becker ne rappelait en rien que son père Jacques avait été un des plus grands cinéastes français, un réalisateur qui n’a vraiment pratiquement rien raté (grâce, peut-être, il est vrai, à une carrière particulièrement courte et dense, interrompue par sa mort brutale à 53 ans). Le fils, c’est autre chose ! Surtout depuis que, après une interruption d’une vingtaine d’années, il a connu de grands succès publics. Au début des années 60, il s’était essayé, sans démériter, avec Jean-Paul Belmondo, au film noir – Un nommé La Rocca) (1961) – ou aux aventures fantaisistes – Échappement libre (1964) ou Tendre voyou (1966)-.

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Les espions

mercredi, février 24th, 2021

À dormir debout.

Quelle drôle d’idée a eu Fritz Lang de tourner ces Espions,à l’intrigue interminable et confuse, six ans après Le Docteur Mabuse reprenant un canevas un peu similaire : un génie du crime et épouvantable malfaiteur ? Sa compagne d’alors, Thea von Harbou avait adapté le second film d’un roman de Norbert Jacques qui créait un personnage maléfique à longue postérité (Le testament du docteur Mabuse en 1933, Le diabolique docteur Mabuse en 1960) qui avait une petite substance (bien inférieure toutefois à celle de Fantômas). On peut supposer que Thea von Harbou a voulu aller jouer dans cette cour sinistre des malfaisants d’anthologie, puisque c’est elle qui a écrit le roman Spione et l’a adapté pour l’écran. Mais son Haghi n’a pas d’intérêt. (suite…)

Carillons sans joie

samedi, février 20th, 2021

Réussir sa mort.

Dans une époque où le dénigrement de la France est presque devenu un sport national pour des gens qui pourraient parfaitement aller voir ailleurs si c’est mieux, il est bien agréable de découvrir un film solide et bien ancré dans la fierté nationale et l’héroïsme sans jactance. Carillons sans joie n’a pas d’autre qualité que de rappeler à ceux qui regardent ce film, unique réalisation de Charles Brabant, que les Français, écrasés par la défaite de 40, ont su, souvent et partout dans le monde, montrer qu’ils pouvaient relever la tête et entrer sans crainte dans la fournaise. La sublime Armée des ombres le montre avec la résistance intérieure, Paris brûle-t-il ? dans le grand mouvement de la Libération. Un taxi pour Tobrouk montre l’action des Forces françaises libres dans ce curieux combat pour la domination de l’Afrique du Nord, région stratégique parce qu’elle est un des chemins du pétrole et parce qu’elle est très proche des chemins d’invasion de l’Europe centrale où la Bête s’est établie.

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Mark Dixon, détective

jeudi, février 18th, 2021

Vibration nocturne.

On peut dire sans guère de crainte de se tromper que la plus mauvaise idée du film d’Otto Preminger, c’est son titre. Le titre français, Mark Dixon, détective est d’une grande platitude et n’ouvre pas la porte à la moindre curiosité. Le titre anglais original, Where the Sidewalk Ends, c’est-à-dire, si le traducteur Google est pertinent Là où le trottoir se termine est, à rebours, d’une singularité qui confine au mystère ; et qui, en tout cas, n’oriente en rien le spectateur ; j’en suis d’ailleurs toujours à me demander ce qu’il veut dire et en quoi il souligne l’intéressante histoire relatée. (suite…)

La meilleure façon de marcher

vendredi, février 12th, 2021

Le secret derrière la porte.

À peine me souvenais-je avoir vu ça jadis, avant de découvrir les deux grands films de Claude Miller, qui sont Garde à vue et Mortelle randonnée. Je sais bien que tout ce qui touche à la courte et inquiétante carrière de Patrick Dewaere est nimbé aujourd’hui d’un sceau d’étrangeté et que certains de ses admirateurs font de la moindre de ses interprétations l‘ultima ratio de la qualité cinématographique. Je ne dis pas, d’ailleurs, qu’ils ont tort : il y avait un tel naturel, une telle aisance dans le jeu du jeune acteur, un tel décalage avec la plupart des comédiens de son époque, une telle faculté d’être identifié, reconnu, admiré que l’on peut tout à fait comprendre la tristesse de ceux qui se sont toujours désespérés de son suicide. (suite…)

Le guérisseur

lundi, février 8th, 2021

Fluide glacial.

Inépuisable veine des récits, films, feuilletons à tonalité médicale. À dire vrai, il est beaucoup plus facile d’intéresser tout le monde au sort physique que chacun connaît qu’à des histoires de spéculation sur les taux usuraires : nous sommes tous, évidemment, à un moment ou un autre confrontés à la maladie et à la mort et nous connaissons tous ses mille et dix mille tracas, soucis ou drames qui ponctuent l’existence et qui finissent par constituer le plus clair des préoccupations des vieillards (dont je suis). . Donc immense fertilité du genre au cinéma et large palette des sujets traités ; comme ça, de chic, je lance Le cas du docteur Laurent de Jean-Paul Le Chanois sur l’accouchement sans douleur ou le Journal d’une femme en blanc de Claude Autant-Lara sur la contraception. (suite…)

L’affaire du collier de la Reine

jeudi, février 4th, 2021

Des perles aux pourceaux.

Non, non, la vérité historique est à peu près respectée, semble-t-il (avec toutes les réserves, les ambiguïtés, les failles, les partis-pris que ce terme de vérité peut contenir, dès qu’il s’agit d’Histoire) et, à mes yeux, la distribution est magnifique. Viviane Romance au premier chef, l’aventurière vénéneuse et catastrophique Comtesse de La Motte. Et comment se fait-il que cette actrice magnifique, qui était belle, bourrée de talent, séduisante, tentatrice toujours troublante ait vu sa carrière décapitée, ou presque, au lendemain de la guerre, alors même que son talent demeurait aussi exemplaire : Panique de Julien Duvivier en 1946, L’affaire des poisons d’Henri Decoin en 1955 et, comme un clin d’œil ironique du destin, une apparition fugace, aux côtés de Jean Gabin dans la délicieuse Mélodie en sous-sol d’Henri Verneuil en 1962.

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Les nuits de Cabiria

mardi, février 2nd, 2021

Le bout de la route.

Ma perpétuelle valse-hésitation devant le cinéma de Federico Fellini ; je commence tout de même en avoir regardé un peu (la moitié d’une œuvre finalement assez courte : une vingtaine de films), je ne suis jamais descendu jusqu’aux abysses, je ne suis jamais monté jusqu’au chef-d’œuvre. Ce que j’ai vu de pire, jusqu’à présent, c’est Le cheik blanc et Juliette des esprits ; ce que j’ai vu de mieux, c’est La dolce vita et Et vogue le navire. Et voilà que Les nuits de Cabiria ne vont pas augmenter la moyenne, puisque je les note, précisément, exactement à la moyenne. Et cela surtout grâce au jeu lunaire et lumineux (parallèle amusant) de Giulietta Masina, qui, d’ailleurs, reçut à l’occasion une kyrielle de prix et distinctions. (suite…)