Archive for the ‘Chroniques de films’ Category

Nazarin

mardi, novembre 29th, 2022

Humilié et offensé.

Le propos de Luis Bunuel est, comme toujours d’une grande complexité. d’une grande ambiguïté, même. Et il n’est jamais exempt de contradictions internes.

En présentant le pauvre prêtre Nazario (Francisco Rabal) comme pleinement disciple de l’enseignement du Christ, parallèlement en le montrant, dans sa démarche, continuellement victime et perturbateur de l’ordre social, il pense marquer une fois de plus son anticléricalisme farouche. C’est là qu’il se bute à la réalité. (suite…)

Deux sous d’espoir

dimanche, novembre 27th, 2022

Tarentelle napolitaine.

Comme il est intéressant, ce film dont j’ignorais tout, alors qu’il reçut la Palme d’Or du festival de Cannes en 1951 ! Ce n’est évidemment pas là un label de qualité, mais un signe qu’il a retenu, quelque temps, l’attention de la critique. 1951, c’est, peut-on dire l’âge d’or du néo-réalisme, cette invention italienne d’un cinéma joué en direct, qui montre la vie quotidienne, le plus souvent vécue avec des acteurs improvisés, qui ne raconte pas des histoires rutilantes mais la banalité de la vie, qui montre la pauvreté, la lèpre des villes et des villages, des maisons et des gens. Rien de féérique, rien qui extraie le spectateur de sa vie quotidienne. (suite…)

Terreur sur la ligne

vendredi, novembre 25th, 2022

C’est du cinéma !

Voilà un bon petit film de tension assez classique, bien ficelé, bien interprété, doté d’une musique de qualité (stridente, hachée, violente), un film qui présente quelques séquences angoissantes haletantes mais qui, finalement, vogue de manière assez plon-plon. Je veux dire par là qu’il est extrêmement prévisible, qu’il n’ouvre pas les yeux sur des abîmes épouvantables et, surtout, qu’il se conclut sur la victoire évidente du Bien sur le Mal. On pourra toujours me dire que le meurtrier criminel, Curt Duncan (Tony Beckley) est un malheureux psychopathe qui ne maîtrise pas ses pulsions homicides, qu’il n’est donc, finalement, pas si coupable que ça et que, donc, ce pauvre malade ne mérite pas d’être abattu à la fin du film par le bras vengeur du détective privé John Clifford (Charles Durning). (suite…)

Lettre d’Alain Cavalier

jeudi, novembre 24th, 2022

Épure.

Un peu moins d’un quart d’heure, une mise en scène minimale pour tenter de montrer comment Alain Cavalier s’est attelé à l’écriture de son immense chef-d’oeuvre, Thérèse, évidemment, ce film qui met en scène la Grâce. La Grâce, tout simplement ; peu de rapport avec l’allure, la beauté, la délicatesse, l’élégance. Beaucoup plus fortement ce qui dispose certains d’entre nous à viser plus haut ou, si l’on veut viser davantage. Un truc que nous ne sommes pas vraiment à même de concevoir, moins encore de comprendre. Un chemin direct vers un Ailleurs. Un chemin qu’on peut ne pas suivre, ne pas avoir envie d’emprunter, ni même d’apercevoir, mais qui brûle certains.

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Reste un peu

lundi, novembre 21st, 2022

La longue route.

Comment penser que Gad Elmaleh, qui a naguère réalisé deux des plus mauvais films du siècle, Chouchou (2003) et Coco (2009) ait pu tourner Reste un peu, une des plus subtiles, les plus intelligentes illustrations du chemin difficile vers la Foi et la conversion ? Il faut croire que la hauteur du support change les choses. De la simple retranscription largement étirée de ses sketches (par ailleurs souvent excellents et hilarants), voilà que l’on entre dans un lourd mystère : comment un homme élevé dans une famille séfarade particulièrement pratiquante et très attachée à son identité juive peut-il envisager de se convertir ? Et comment peut-il annoncer cette décision à une famille qui prend cela comme une trahison, presque une abomination ? (suite…)

L’Amore

samedi, novembre 19th, 2022

À la gloire d’Anna.

Il faudrait se pencher avec précision sur les coulisses intimes du cinéma pour en être certain ; mais je me demande bien si Amore n’est pas, en quelque sorte, le cadeau d’adieu que Roberto Rossellini offrait à Anna Magnani avant de la plaquer pour aller vivre avec Ingrid Bergman qui, pour lui, abandonna mari et enfant. Le réalisateur, qui disait ne pas aimer les acteurs, offrit pourtant à ses deux compagnes des rôles éclatants, la première dans Rome ville ouverte, la seconde dans StromboliEurope 51Voyage en Italie. Quatre chefs-d’œuvre ou presque, en tout cas des films qui laissent une trace très durable dans la mémoire.

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Un homme pour l’éternité

lundi, novembre 14th, 2022

Devant la porte sombre.

Mais que pourrait-on reprocher à un film qui porte un si beau titre et qui est consacré à un homme de telle qualité ? Peut-être – mais ce n’est pas vraiment un défaut pour moi – d’être un peu guindé, un peu hautain, de demander au spectateur un certain goût pour l’austérité et pour des querelles juridico-théologiques qui peuvent paraître dérisoires aux crétins décérébrés, mais qui ont fortement modelé notre civilisation, son intelligence et ses subtilités. Certes Un homme pour l’éternité est long, lent, grave, se refuse presque toujours aux facilités spectaculaires mais porte haut la grande beauté de l’honneur de l’Homme. (suite…)

Le grand restaurant

vendredi, novembre 11th, 2022

Voilà un grand mystère…

À mes yeux qui, il est vrai, n’ont pas beaucoup de sympathie pour les outrances de Louis de Funès (à part le premier Gendarme de Saint-Tropez et, bien entendu, quelques scènes irrésistibles piquées ici et là, lorsque l’acteur n’était qu’une silhouette de complément) à mes yeux donc, Le grand restaurant est un des pires pensums qui se puissent, ridicules, estropiés, misérables, tous voués à la célébration enamourée de l’acteur. (suite…)

La chambre du fils

mardi, novembre 8th, 2022

Ça n’arrive qu’aux autres.

J’ai mis du temps à entrer dans le cinéma de Nanni Moretti. Un très mauvais jugement pour Bianca, trouvé nombriliste, verbeux, ennuyeux. Mais tout de suite après un grand intérêt pour La messe est finie puis pour La cosa (film réservé à ceux qui s’intéressent aux carabistouilles du Parti communiste italien). Et là, cette émotion de La chambre du fils. Je ne suis pas persuadé que le réalisateur regorge de talent, mais en tout cas il sait frapper là où ça fait mal. Ce qui n’est pas si fréquent dans le monde du cinéma moderne, standardisé, formaté, ennuyeux, nourri des ukases du politiquement correct, de la conformité aux larges émotions habituelles emplies du moralisme de notre temps. (suite…)

Trois hommes et un couffin

dimanche, novembre 6th, 2022

Le cinéma plon-plon.

Voilà un film qui rencontra un succès public gigantesque (plus de dix millions d’entrées, un score parmi les dix ou quinze plus importants jamais enregistrés ; le trentième : ça laisse pantois). C’est un de ces succès qui ne s’expliquent pas, qui se bâtissent sur des publics qui habituellement ne vont pas au cinéma et qui, en même temps y affluent grâce à cet étrange phénomène du bouche à oreille. Franchement la meilleure et la plus certaine des publicités, le plus remarquable des marketings qu’on ait jamais trouvés. Il est bien vrai que l’idée de base ne manque pas de structure, qu’elle est originale et amusante et que Coline Serreau, la réalisatrice en sait tirer au moins au début, les meilleurs aspects. (suite…)