Archive for the ‘Chroniques de films’ Category

Total recall

dimanche, janvier 13th, 2019

Coquecigrues.

Parodiant une séquence récurrente de la mythique émission Les raisins verts de Jean-Christophe Averty, je pourrais m’exclamer comme le Professeur Choron : Que ceux qui ont compris quelque chose à ce salmigondis interminable nous écrivent : ils ont gagné !. S’il est de fait que, même aux temps où je dévorais exclusivement de la science-fiction, je ne me plaisais pas tellement aux histoires fuligineuses de Philip K. Dick, je parvenais néanmoins, en m’accrochant, à saisir le sens général de Ubik ou du Maître du haut château. Mais pour le film de Paul Verhoeven, réalisateur que je tiens pourtant en haute estime (La chair et le sangStarship troopersElle), alors là, rien du tout, nib de nib. Et davantage. (suite…)

120 battements par minute

jeudi, janvier 10th, 2019

Le masque de la mort rose.

Je me méfie assez des films trop unanimement appréciés et couverts d’un nombre invraisemblable de prix et de récompenses : quand tous le jurys, toutes les académies, tous les groupements et syndicats de journalistes ou d’auteurs font pleuvoir sur un film, un réalisateur et des acteurs un déluge de mentions et de célébrations, on peut souvent se dire qu’il y a anguille sous roche. Et même qu’on n’a pas osé faire moins lorsqu’a été mise en scène une cause jugée incontestable (en tout cas non-critiquable en soi) et la réalité de drames humains survenus. Et si je renonce à citer tout ce qu’a obtenu 120 battements par minute, dont la liste est impressionnante, il faut tout de même citer le Grand prix du Jury et le Prix de la critique internationale au festival de Cannes et six Césars 2018, dont celui du meilleur film et celui du meilleur scénario. (suite…)

Les Quatre cavaliers de l’Apocalypse

mercredi, janvier 9th, 2019

Le bruit et la fureur.

Et voilà que je ne suis pas loin de classer ce grand mélodrame flamboyant au premier rang des films que j’ai vus de Vincente Minnelli, alors même que beaucoup d’amateurs font la fine bouche et jugent que ce long récit plein de bruit et de fureur ne vaut pas tripette. Et pourquoi donc ? Parce que le roman de Blasco Ibanez (dont tous les écoliers d’antan avaient lu les magnifiques Arènes sanglantes) a été passablement modifié, transposé selon les exigences de la production de la 1ère à la 2ème guerre mondiale et que l’adjonction de la barbarie nazie à une histoire déjà bien romanesque est de trop ? Quelle absurdité ! Tant à faire dans l’emphatique et le baroque, autant convier autour de la table tous les sinistres convives possibles !

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Apollo XIII

lundi, janvier 7th, 2019

Oh la belle bleue !

C’est tout de même là une démonstration évidente de la puissance de la pénétration des États-Unis d’Amérique dans l’imaginaire mondial ! Voilà une adaptation (sûrement très fidèle, on ne reviendra pas là-dessus) du livre de James Lovell (dans le film interprété par Tom Hanks) qui relate la catastrophique mission Apollo XIII, dont il était le chef. Voilà un salmigondis de situations d’apparence très indigeste et d’une technicité qui dépasse les capacités scientifiques et pratiques de la quasi totalité de l’Humanité, puisque la concentration de cerveaux remarquables qui peuple les centres de décision de la mission se tient très au dessus de nos modestes connaissances. (suite…)

Leguignon guérisseur

samedi, janvier 5th, 2019

La saveur du pot-au-feu.

Tombant à peu près par hasard sur ce film inconnu de l’assez peu notoire Maurice Labro, je me disais qu’il était bien extraordinaire qu’Yves Deniaud, figure seconde ou même troisième du cinéma du samedi soir des années 50 fût placé en vedette d’un spectacle. Il est vrai que le reste de la distribution ne comptait pas d’acteurs bien notoires, à l’exception minime de la rondeur institutionnelle (et toujours excellente) de Jane Marken, de Michel Roux, qui a rapidement compris que son avenir était davantage dans le théâtre de boulevard et dans le doublage, et des silhouettes stakhanovistes de Paul Demange et de Marcel Charvey et de Gabriello. Et de quelques autres sans beaucoup d’importance. (suite…)

Moi, Daniel Blake

lundi, décembre 31st, 2018

« Vous qui entrez ici, quittez toute espérance… »

Voilà longtemps que j’avais envie de regarder un film de Ken Loach, ancré dans une veine de révolte, de rejet de l’horreur économique (selon l’expression de Viviane Forrester, auteur d’un livre de ce nom). Dieu sait pourtant si je ne partage pas les rêveries marxistes du réalisateur ; mais, de la même façon que j’apprécie le cinéma de Robert Guédiguian, évidemment plus ensoleillé, plus fraternel, plus charnel (et qui se passe pour l’essentiel, à Marseille et dans les environs), je trouve bien nécessaire que des cinéastes braquent leurs caméras sur des réalités sociales que les téléfilms sucrés ne veulent pas voir.

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L’as des as

lundi, décembre 31st, 2018

Raging boeuf miroton

Triomphe commercial – peut-être le plus éclatant de Jean-Paul Belmondo avec 5,5 millions d’entrées en France – choisi pour être le premier film diffusé sur la chaîne cryptée Canal + lors de son inauguration, le 4 novembre 1984, L’as des as est une véritable catastrophe industrielle, une nullité qui confine souvent au grotesque et qui perce même souvent le plancher du ridicule, notamment dans les scènes finales censées se dérouler au Berghof de Bertchesgaden qui sont du niveau des pires horreurs de Philippe Clair (avec Paul Préboist). La seule qualité de ce truc pitoyable est l’élégance des tenues portées par Marie-France Pisier, qui parvient, malgré un rôle totalement idiot et insignifiant, à tirer son épingle du jeu. (suite…)

Luke la main froide

dimanche, décembre 30th, 2018

L’insoumis radical.

J’évacue tout d’abord ma bile noire et le sentiment d’invraisemblance et d’irréalisme qui me saisit devant les films de bagne étasuniens. Comme dans Les évadés de Frank Darabont, voilà qu’on réunit dans les mêmes lieux et sous les mêmes chaînes des criminels profonds (il est dit au tout début que l’un des pensionnaires du camp de travail y est placé à perpétuité) et de simples délinquants. Car on ne peut pas dire que Lucas Luke Jackson (Paul Newman) soit, pour avoir démoli, un soir d’ivresse, quelques parcmètres, un individu si dangereux pour la société qu’il doive accomplir deux ans de pénitencier. Ma méconnaissance du système carcéral des États-Unis est certaine, mais je crains bien que ce qui est représenté dans les films ait quelque rapport avec la réalité. Heureux détenus de notre pays qui sont, selon le degré de leur peine répartis entre Maisons d’arrêt, Centres pénitentiaires et Maisons centrales (réservées aux plus longues peines) : ce ne sont pas du tout les mêmes détenus qui les peuplent.

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Le million

vendredi, décembre 28th, 2018

Il court, il court, le furet…

Il fut un temps, quand j’étais encore bien jeune, où je prenais René Clair pour un très grand cinéaste. Il avait été élu, en 1960, à l’Académie française et comme, ne doutant de rien, j’ambitionnais moi-même d’entrer un jour sous la Coupole, je m’imaginais que l’illustre compagnie ne pouvait distinguer que les meilleurs dans toutes les activités intellectuelles et artistiques. Depuis mes treize ans, j’ai beaucoup déchanté. D’abord sur mes propres capacités mais aussi, ce qui est plus navrant sur les facultés de discernement des Quarante. Et en tout cas, je ne tiens plus le réalisateur de Sous les toits de Paris et de À nous la liberté pour un auteur majeur, même si il a mis en scène quelques films très plaisants et agréables, comme La belle ensorceleuseLe silence est d’or ou – le mieux de tous – Les grandes manœuvres. (suite…)

Faubourg 36

vendredi, décembre 28th, 2018

Ne va pas jouer dans la cour des grands !

Christophe Barratier est le neveu de Jacques Perrin, ce qui n’est évidemment pas un reproche. Bien loin de là. Je pense même qu’il a puisé chez son oncle, auteur et narrateur des merveilleux Enfants de Lumière qui est un hommage virevoltant et délicieux au cinéma français, qu’il a puisé, donc, révérence et amour pour les films de l’âge d’or. Les choristes, avec Gérard Jugnot qui, voguant sur la vague rétro et la nostalgie des histoires simples et pures, ont connu un succès tonitruant, n’étaient pourtant que le pâle remake de la charmante Cage aux rossignols de Jean Dréville avec Noël-NoëlBarratier a voulu refaire le coup en réalisant Faubourg 36, picorant ici et là des bribes mal digérées, notamment de La belle équipe, mais aussi du Crime de Monsieur Lange et même de Quai des Orfèvres. (suite…)