Archive for the ‘Chroniques de films’ Category

Dossier secret

mardi, mai 22nd, 2018

Cherche scorpion hydrophile.

Ah là là, Orson Welles, quelle énigme et quelle angoisse pour l’amateur de cinéma ! ! Il y a une sorte de consensus à tenir Citizen Kane pour le plus grand film de l’histoire du cinéma mondial et donc son réalisateur pour quelqu’un dont le génie ne se discute pas. Dès lors on est bien ennuyé lorsqu’on ne parvient pas à monter soi-même dans l’élan dithyrambique et à marquer, avec révérence, toutefois, qu’on n’est pas absolument séduit par cette œuvre disparate.

 

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Zodiac

dimanche, mai 20th, 2018

Si lourd en restant très plat…

Ce qui est simple est faux, mais ce qui est compliqué est inutilisable a écrit quelque part (mais je ne sais plus où) Paul Valéry. En d’autres termes, quand un cinéaste entreprend de montrer avec un souci presque maniaque ce qu’est la réalité d’une enquête s’étageant sur une bonne décennie et qu’il le fait en respectant toutes les fausses pistes ouvertes, toutes les déceptions rencontrées, tous les dérisoires petits pas des progressions, toutes les minuties procédurales (survenant, de surcroît, dans un pays où les polices dépendent d’autorités politiques et géographiques différentes), toutes les mauvaises surprises et les erreurs humaines des enquêtes, il est à parier qu’il devient totalement enquiquinant. (suite…)

Le masque du Démon

vendredi, mai 18th, 2018

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Visite en Moldavie

 Le masque du Démon vu et tellement apprécié à sa sortie en France de si forte façon, et si souvent revu depuis que ses insuffisances m’apparaissaient mal, surtout au regard de ce que les réalisateurs modernes ont pu et peuvent produire pour nous filer les chocottes reste pourtant un film passionnant. Voilà incontestablement un des piliers du cinéma de genre, un de ces films qui ont ancré l’intérêt de beaucoup de spectateurs dans ce genre, précisément et qui en ont préparé la riche postérité. Le cinéma de la compagnie Hammer, Outre-Manche n’était pas le seul à proposer à nos yeux horrifiés tortures, profanations, sadisme et horreurs diverses : aux États-Unis Herschell Gordon LewisRoger Corman ou en Italie Mario CaianoAntonio MargheritiRiccardo Freda et surtout Mario Bava donnaient des cauchemars à nos nuits fiévreuses. (suite…)

Les deux font la paire

mardi, mai 15th, 2018

Scandaleux.

Mais au fait, pourquoi intituler scandaleux un petit film ronronnant des samedis soirs (bonbons, caramels, esquimaux, chocolats), un petit film sans malice et sans prétention où l’on voit s’agiter plusieurs acteurs qu’on aime bien retrouver dans ces circonstances, qu’ils aient fait ensuite un peu plus carrière (Maurice BiraudJacqueline Maillan) ou qu’ils soient restés confinés dans des seconds ou troisièmes rôles (Pauline CartonAlice TissotFred PasqualiRobert Rollis), et même en silhouettes dont on oublie souvent le nom (René Bergeron ou Charles Bouillaud) ? Pourquoi intituler scandaleuse une histoire brindezingue et invraisemblable mais qui a des qualités pour être ingénieuse et rigolote ? (suite…)

Le joli Mai

lundi, mai 14th, 2018

Paris nous appartient

On sait que Chris Marker est un cinéaste issu d’un milieu très bourgeois, qui a fait ses premières armes littéraires dans l’adulation pétainiste puis, au fil des temps et des modes (et de la puissance des camarillas) a glissé vers la gauche, puis l’extrême-gauche, par le biais du catholicisme social, du personnalisme, de l’éducation populaire et du tiers-mondisme. Il est l’auteur d’un des films ( un film ?) les plus atterrants qu’on puisse regarder, La jetée, qui bénéficie néanmoins d’une sorte de respectueuse aura de la part de braves gens qui n’imaginent pas qu’on puisse penser le pire d’un film prétendu expérimental. Il a aussi réalisé Le fond de l’air est rouge, sorte de compendium de toutes les billevesées et coquecigrues que les révolutionnaires germanopratins proposaient à l’envi à l’époque où la Gauche de gouvernement n’avait pas encore expérimenté son impuissance devant le rouleau-compresseur de la finance anonyme et vagabonde. (suite…)

Les désaxés

vendredi, mai 11th, 2018

Pâle étoile du soir, messagère lointaine…

J’aime John HustonClark GableMontgomery Clift et il faudrait être aveugle pour ne pas tenir Marilyn Monroe pour une superbe fille, même si ses talents d’actrice n’étaient pas, si j’ose dire, à la hauteur de sa chute de reins (image hardie !). Je n’ai jamais lu une ligne d’Arthur Miller,mais certains le tiennent pour un auteur important, ce que je veux bien croire. Et une histoire de paumés crépusculaires n’a rien pour me déplaire, bien loin de là ; à dire vrai tout esprit romanesque ne peut qu’avoir de la tendresse pour les vaincus du monde : Patagons fuyant au bout du cap Horn les peuplades amérindiennes, Croisés de l’Empire latin de Jérusalem, Byzantins trahis lors de la chute de Constantinople, Vendéens noyés dans la Loire, Sudistes brûlés dans l’incendie d’Atlanta, Russes blancs des armées de Denikine et de Koltchak abandonnés par l’Occident… Il y a, chez les gens qui ne tombent pas du bon côté de l’Histoire quelque chose qui m’émeut… (suite…)

Une place au soleil

jeudi, mai 10th, 2018

Sur un toit brûlant.

Bien sûr, c’est un mélodrame cruel, avec toutes les ficelles et chevilles du mélodrame et on aperçoit d’assez loin l’irruption des péripéties et des catastrophes, tellement on les devine inévitables. Le récit, qui a le bon goût de se terminer fort mal, se déroule sans apporter de surprises ni même de coups de théâtre et on assiste dans un parfait confort intellectuel, toujours bien rassurant. Et comme c’est très habilement monté, que la réalisation de George Stevens est impeccable et les acteurs excellents, on assiste à un film tout à fait prenant. Un succès qui, au demeurant, fut couronné de 5 Oscars, ce qui ne m’impressionne pas beaucoup mais n’est pas tout à fait négligeable.

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Sacrée jeunesse

mercredi, mai 9th, 2018

Fugitive du camp des vainqueurs…

Voilà un gentil petit film, insignifiant comme une brise d’été et charmant comme elle. Un film issu d’une pièce de théâtre de boulevard et plein de ses gentillesses et facilités. une histoire qui devait bien marcher entre cour et jardin lorsqu’on la mettait en scène pour la plus grande satisfaction des braves gens de l’immédiate après guerre. Une histoire de brave type plutôt fatigué qui, par la grâce d’un traitement presque miraculeux administré par un démiurge helvète, le docteur Koranoff (Mischa Auer, qu’on ne voit malheureusement pas assez) redevient un gandin très passable et dont la verdeur va entraîner quelques situations scabreuses. (suite…)

Mademoiselle Vendredi

dimanche, mai 6th, 2018

Si je n’étais Français, je n’aimerais être qu’Italien.

C’est curieux comme Vittorio De Sica est si rarement évoqué comme un des très grands noms du cinéma mondial, comme il ne vient pas spontanément à l’esprit de beaucoup d’amateurs. Et ceci alors même qu’il a été plutôt béni de la renommée : comme réalisateur, quatre Oscars du meilleur film étranger à Hollywood (la chose doit être unique, ou exceptionnelle) pour SciusciaLe voleur de bicycletteHier, aujourd’hui et demainLe jardin des Finzi Contini), un Grand prix à Cannes pour Miracle à Milan, un Ours d’or à Berlin pour Le jardin des Finzi-Contini. Et au moins encore deux œuvres admirables : Umberto D. et La Ciociara. Et comme acteur, si on peut le voir dans des trucs aussi charmants que la série des Pain, amour (Comencini), Dites 33 (Mastrocinque), Le signe de Vénus (Risi), on lui doit les interprétations admirables de Madame de… de Max Ophuls et du Général della Rovere de Roberto Rossellini.

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Orgueil et préjugés

jeudi, mai 3rd, 2018

Gigot à la menthe.

Est-ce parce que je suis en ce moment plongé avec délice dans le deuxième tome en Pléiade des Œuvres romanesques complètes de Jane Austen (Mansfielsd Park, Emma, Persuasion) que j’ai pris tant de plaisir à retrouver le ton si particulier, fait de distance policée et d’humour calme de la grande romancière anglaise, en regardant Orgueil et préjugés, une des adaptations les plus récentes d’un de ses livres les plus connus et les plus réussis ? C’est bien possible, mais je crois aussi que la pieuse façon de présenter à l’écran les pratiques et les façons d’être de cette société courtoise, affable, corsetée, contraignante – c’est-à-dire civilisée – mérite beaucoup d’admiration tant elle reproduit, sans s’en moquer, moins encore en paraissant les mépriser, des usages qui pourront paraître aux sauvageons d’aujourd’hui plus éloignés que ne le seraient les pratiques de Cromagnon si on les restituait ; et qui, de fait, en sont bien davantage abyssalement lointaines. (suite…)