Archive for the ‘Chroniques de films’ Category

Première année

mercredi, septembre 19th, 2018

La lune avec les dents.

Il est assez singulier de remarquer que Première année est sorti sur les écrans quelques petites semaines avant que le ministre de la Santé annonce, le 17 septembre, la disparition, pour la rentrée 2020, de l’année de bachotage infernal décrite avec talent par Thomas Lilti. Je n’ai absolument aucune compétence pédagogique ou universitaire pour juger de la pertinence de cette suppression, bien que j’incline à penser qu’elle est tout à fait justifiée, mais je dois dire que, dans la salle, ma femme et moi étions tout à fait en empathie avec les malheureux étudiants représentés qui passent les plus belles années de leur jeunesse à s’abrutir de données dont ils n’auront que faire ensuite, soit qu’ils aient passé le seuil du concours, soit qu’après un, deux ou trois échecs, ils soient obligés de rabattre sacrément leurs ambitions de  »devenir médecins« . (suite…)

Diva

mardi, septembre 18th, 2018

Mille et une nuits.

La mode étant précisément, selon la brillante expression du surbrillant Jean Cocteauce qui se démode, on ne s’étonnera pas qu’un film aussi ancré dans l’époque où il a été tourné – le début des clinquantes années 80 – à la fois ait laissé une trace réelle dans les mémoires et apparaisse à la revoyure comme un bibelot d’inanité sonore (et ça, c’est du Mallarmé ! Quels patronages !!!). En d’autres termes, on est surpris d’avoir assez aimé ça, quand ça a été projeté sur les écrans et un peu surpris de son absolue ringardise. (suite…)

La fiancée du pirate

samedi, septembre 15th, 2018

Me too !

Je ne crois pas que si la réalisatrice du film, Nelly Kaplan n’avait été une sorte de vache sacrée de l’intelligentsia germanopratine mâtinée des restes du surréalisme, si elle n’avait pas été l’amie – ou l’amante – de Philippe Soupault, d’André Breton, d’André Pieyre de Mandiargues, cette Fiancée du pirate qui date de près d’un demi-siècle n’aurait pas laissé grande trace dans l’imaginaire. Et cela même si la ritournelle écrite par Georges Moustaki et chantée par Barbara a eu aussi quelque succès… Ah ! J’oubliais presque de dire que Nelly Kaplan, sous le pseudonyme de Belen a écrit trois romans érotiques assez sophistiqués ; l’époque était vouée à ça : à peu près en même temps, Dominique Aury, figure importante des éditions Gallimard publiait, sous le pseudonyme de Pauline Réage la très enquiquinante Histoire d’O. (suite…)

Fantastic Mr. Fox

jeudi, septembre 13th, 2018

Esprits criminels.

Très original, très bien réalisé, doté de musiques alertes parfaitement adaptées aux situations, Fantastic Mr. Fox est un objet cinématographique bien surprenant adapté de l’étrange littérature de Roald Dahl, dont les récits fantastiques sont souvent à la croisée des chemins entre les récits pour adultes et les contes pour enfants. Charlie et la chocolaterie, adapté par Tim BurtonMatilda, par Danny DeVito sont des films assez étranges et même quelquefois ambigus. (suite…)

Anne des mille jours

samedi, septembre 8th, 2018

Perfide Albion !

Lorsque j’étais un tout petit garçon – ce qui remonte presque à avant le Déluge ! – , j’étais absolument persuadé que le modèle du terrifiant personnage de Barbe-bleue, le monstre sanguinaire du conte de Perrault était évidemment Henry VIII d’Angleterre. Comme un parfait exemple d’inimaginables débauches, ma mère me citait la torrentueuse litanie des six épouses du gros Roi (178 kilos à sa mort), faisant naturellement abstraction de ses nombreuses maîtresses. Elle en profitait, naturellement, pour insuffler à notre cœur vaillant la méfiance envers le Godon, qui depuis Jeanne d’Arc et jusqu’à Mers-el-Kébir, en passant par Waterloo et Fachoda, n’a jamais été en odeur de sainteté chez nous. Le terrifiant glouton était le parfait repoussoir dont nous avions besoin. Ce n’est que bien plus tard que j’ai entendu parler de Gilles de Rais, seigneur de Tiffauges et compagnon de Jeanne d’Arc dont les crimes sanglants dépassent de beaucoup les vaticinations amoureuses du souverain Tudor. (suite…)

La fête à Henriette

mardi, septembre 4th, 2018

Un caprice parisien.

Voilà un film très curieux, très inhabituel, très original, mais qui ne trouve qu’à demi sa place dans la filmographie du grand Julien Duvivier, qui est à mes yeux, par la permanence et la hauteur de son inspiration, le plus grand cinéaste français, avant même Henri-Georges Clouzot et Jacques Becker. Un film qui n’a que peu à voir avec l’auteur noir et souvent accablant de La belle équipeLa fin du jourPaniqueSous le ciel de Paris. Un film qui, certes, perpétue temporellement la veine légère et assez souriante du Petit monde de Don Camillo mais qui paraît tout de même un peu artificiellement conçu. Je gage, d’ailleurs, que d’il n’était pas signé par ce réalisateur incontournable, il aurait un peu disparu des esprits, alors qu’il y survit par l’étrangeté de sa construction. (suite…)

L’Impératrice rouge

vendredi, août 31st, 2018

Du sang, de la volupté et de la mort.

1934. Au Kremlin règne Staline et on ne peut certainement pas penser que les studios hollywoodiens, pas davantage que le juif viennois Jonas Sternberg – qui s’appelle désormais Josef von Sternberg – aient une particulière sympathie pour lui. Et puis, d’ailleurs, on se demande si l’immense Russie a jamais été comprise par qui que ce soit, sinon un peu par la France, qui partage avec elle un profond ancrage monarchique. Mais la Russie c’est encore différent, c’est le pays du despotisme plus ou moins éclairé, mais absolument indissociable de ses grandes heures : rien qui soit admissible à un libéral. D’où la présentation du pays, au début de L’impératrice rouge comme une sorte d’enfer de tortures où, depuis Ivan le Terrible et Pierre le Grand des souverains buveurs de sang prennent plaisir à torturer leur peuple. Les premières images du filmsont d’ailleurs assez étonnantes : scènes de supplices divers, de viols et de rapines, knout, pal, brodequins, sarcophages de bronze, décapitations et tout le toutim. Une représentation de l’Enfer ne serait pas plus terrible.

(suite…)

Mission Impossible 3

mercredi, août 29th, 2018

Une ténébreuse affaire.

Je ne souhaite pas particulièrement jouer à l’imbécile, à l’endormi ou au retardé mental, mais je ne suis pas certain d’avoir tout compris des péripéties nombreuses et fumeuses qui se succèdent tout au long de Mission Impossible 3. À dire vrai, je pense que la compréhension des spectateurs est vraiment le cadet des soucis des fabricants de cinéma qui, depuis de nombreuses années, proposent ce genre de spectacles. Il ne s’agit pas de donner à voir une intrigue subtile et menée avec finesse, mais d’éblouir le quidam à coup de séquences furibardes dans un montage ultra-violent, saccadé, haletant, qui ne permet pas à un individu d’intelligence moyenne de se retrouver au milieu d’un charivari fascinant. (suite…)

Quelle drôle de gosse

lundi, août 27th, 2018

Pantalonnade insignifiante.

Yves Mirande, qu’on pourrait, dans un mauvais jour qualifier de Guitry de second choix, n’était pourtant pas un mauvais auteur dramatique, comme le prouvent (avec des nuances), BaccaraCafé de ParisLes petits riens. Il a même été le dialoguiste de Circonstances atténuantes et un des scénaristes de Carnet de bal. Théâtreux passé ensuite au cinéma, il a récolté, sur les scènes et les écrans, quelques beaux succès dont tous n’étaient pas immérités. Disons alors que Quelle drôle de gosse fait partie de ses ratages et que cette petite comédie courte (85 minutes) qui ne décolle jamais, ne méritait pas d’être exhumée de l’oubli où elle avait sûrement sombré. (suite…)

L’homme à la Buick

samedi, août 25th, 2018

Honfleur jungle.

Dès que l’on apprend que c’est Jean Gabin et non Fernandel qui devait interpréter Armand Favreau, le personnage principal de L’homme à la Buick, on comprend mieux ce qu’on pourrait appeler la raison d’être du film qui, tel qu’il nous apparaît, n’en a aucune ou plutôt une raison si bizarre qu’elle décontenance complétement. Parce que voir Fernandel séduire la délicieuse veuve noire Michèle de Leyrac (Danielle Darrieux), c’est tout de même un des chocs les plus puissants que j’ai ressentis en 65 ans de cinéphagie.

(suite…)