Archive for the ‘Chroniques de films’ Category

La nouvelle Ève

mercredi, février 8th, 2023

Le voyage de la peur

mercredi, février 8th, 2023

Presque mortelle randonnée.

D’emblée, on ne sait pas qui sont les personnages que l’on va suivre dans ce voyage d’une rare efficacité dramatique. Le film commence à grande vitesse et ne cesse d’accélérer jusqu’à son dénouement, sans pourtant faire appel à des effets de suspense qu’il aurait été facile d’introduire (par exemple une scène où la police serait à deux doigts d’intervenir avec succès). Réellement le spectateur est embarqué avec ces trois hommes qui roulent sans fin sur les immenses paysages arides du Mexique : le tueur et ses deux otages, embarqués dans la même galère, qui semblent tous les trois, d’ailleurs, incapables de s’en sortir. Il paraît que le film est adapté de faits réels ; sans doute et c’est peut-être ce qui donne à la brève (71 minutes) réalisation d’Ida Lupino ce fort caractère de véracité, d’authenticité. (suite…)

Bigamie

mardi, février 7th, 2023

Les désastres de l’amour.

Intéressant bref mélodrame qui a le bon esprit de laisser derrière lui un paysage dévasté, plein d’amertume et, si l’on marche dans le côté sentimental, triste à pleurer. Un beau gâchis qui ne fait que des malheureux, à la suite d’une succession de malchances, de hasards, de mauvaises dispositions des choses, alors qu’elles auraient pu à peu près trouver un équilibre. Un équilibre mal fichu sans doute, un équilibre sûrement plein d’ambiguïtés et d’insatisfactions ; mais tout équilibre est meilleur qu’un chaos anarchiste. Rien à voir avec le discours de gaudriole que peut appeler le sujet (Le bigame de Luciano Emmer avec Marcello Mastroianni en 1956). (suite…)

L’arnacoeur

dimanche, février 5th, 2023

Quelle bonne surprise… mais…

Mais quel dommage que le dernier quart d’heure soit un désastre, un supplice, une catastrophe ! Quel dommage que le réalisateur, Pascal Chaumeil, qui a tourné un film plein de drôlerie, de fantaisie, de délicieuses invraisemblances ait cru devoir le terminer par un happy end gnangnan qu’il aurait été tellement préférable de gommer, en décontenançant complétement le spectateur ! Ce que savaient si bien faire les cinéastes de la comédie italienne, conclure par la catastrophe (Le fanfaron) ou l’amertume (Parfum de femme) ou la dérision (Le pigeon)… Pourquoi n’avoir pas osé ? Pourquoi, après avoir été allègre, sarcastique, moqueur, élégant, a-t-il cru devoir tomber dans le consensuel mou si prévisible, si attendu, si banal ? (suite…)

Tueurs de dames

samedi, février 4th, 2023

Il suffit  d’un grain de sable.

Du temps où le cinéma britannique n’avait pas été (presque) absorbé par les gloutons d’Hollywood, il offrait une petite musique originale, délicieuse, surannée. Car, il n’y a pas à dire, l’Angleterre, c’est vraiment un autre monde, un pays presque exotique, stupéfiant, doté de mœurs et de coutumes invraisemblables et charmantes. C’était encore plus vrai au lendemain de la victoire de 1945 où le Royaume imaginait avoir gagné la guerre sans se rendre compte que dans l’ardeur du combat il avait été blessé à mort. Remarquez, c’est exactement ce que pensait la France en 1919, ne voulant pas voir qu’elle avait été saignée à blanc et que son Empire allait s’effilocher. Cou coupé court toujours (Béatrix Beck). (suite…)

The artist

vendredi, février 3rd, 2023

Sans épine et sans parfum.

J’ai longuement boudé The artist pour une raison un peu puérile : il m’agaçait que l‘Oscar du meilleur film étranger ait été attribué, en 2012, à un film qui n’a absolument rien de français. À part le réalisateur, Michel Hazanavicius, une partie de l’équipe technique et les deux acteurs principaux, Jean Dujardin et Bérénice Béjo. Vous me direz que ce n’est pas rien, vous aurez bien raison, mais je vous rétorquerai sans peine que c’est tellement américanisé que placer une étiquette française là-dessus est assez gonflé. Davantage même que lorsque Le cinquième élément de Luc Besson est attribué à notre pays, alors que c’est une daube cosmopolite. (suite…)

Le diable s’habille en Prada

mardi, janvier 31st, 2023

Tout ça n’vaut pas l’amour !

Si ce n’était la fin melliflue, gnagnanesque, peinte en caramel mou et radicalement antagonique de tout l’esprit du film, je donnerais bien à ce Diable (qui) s’habille en Prada une note élogieuse, parce qu’il me semble qu’il fouille assez bien et assez à vif des territoires à la fois répugnants, éclairants et même éblouissants. Des territoires qui se situent très au delà de ce que vit la plus grande partie de notre population mais qui existent, prospèrent, emplissent les rêves de bon nombre et la réalité d’un certain nombre de privilégiés vivant une existence épuisante et grisante. Au prix de beaucoup de choses, il est vrai, leur équilibre personnel et sentimental, leur santé, leur indépendance mentale et un tas d’autres choses.

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Étreintes brisées

dimanche, janvier 29th, 2023

Voilà pourquoi ton père est aveugle.

C’est bien toujours un peu pareil avec Pedro Almodovar,dont je ne suis pas très connaisseur mais qui me semble tourner un cinéma immuable : pictural et pittoresque sur la forme, picaresque et très sexualisé sur le fond. Ce qui n’est pas désagréable, d’ailleurs : on ne s’ennuie pas dans les fils de l’Espagnol ; mais on n’est jamais absolument emballé. Et l’extrême sophistication des histoires contées entraîne parallèlement, il me semble, l’oubli assez rapide de leurs ramifications et de leurs invraisemblances.

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Vaincre ou mourir

jeudi, janvier 26th, 2023

Nous n’avons pas besoin de héros, évidemment.

L’incroyable concert de haine qui, depuis quelques jours, s’est fait entendre dans toute la presse sérieuse ne peut qu’éveiller l’intérêt de ceux qui ne sont pas tout à fait tombés dans la bien-pensance. Lorsque Libération consacre la couverture et trois de ses pages à agonir, abominer, exécuter un film, lorsque TéléramaMédiapartÉcran large ou même l’anodin Première crachent des torrents d’insultes et paraissent considérer Vaincre ou mourir comme un avatar (en pire !) de Mein Kampf, c’est assurément qu’il y a quelque chose à voir. Conçu comme une adaptation du spectacle Le dernier panache, présenté depuis 2016 au parc d’attraction du Puy du Fou devant 12 millions de spectateurs, le film relate l’histoire folle et enthousiasmante de François-Athanase Charette de la Contrie, un des chefs les plus emblématiques de la rébellion vendéenne, un des plus fascinants. (suite…)

Harvey Milk

dimanche, janvier 22nd, 2023

Bons baisers de San Francisco.

À l’heure où le combat d’Harvey Milk pour la visibilité homosexuelle apparaît aussi gagné et daté que le droit de vote des femmes, la réalisation assez scolaire du film de Gus van Sant m’a paru assez lourde, appliquée, languissante. Et pourtant dotée d’évidentes qualités, notamment d’interprétation. Mais je crois que pour apprécier pleinement le récit, il faut être bien informé – ou s’intéresser vivement – aux systèmes judiciaire, électoral, politique des États-Unis avec des particularités qui nous semblent inimaginables dans notre vieille Europe. Et plus encore aux combats menés dans une atmosphère agressive et souvent très violente pour abolir des lois discriminatoires. (suite…)