Hôtel des Invalides

De la grisaille ; heureusement brève.

L’institution nationale des Invalides est une des plus superbes intuitions de notre grand Roi Louis XIV, qui a voulu, pour les soldats blessé, un hospice où les infirmes, abîmés, scarifiés par la dureté des guerres pourraient être accueillis et soignés. Dans la dureté du monde, demander à deux grands architectes, Libéral Bruant et Jules Hardouin-Mansart de construire et de parer un hospice accueillant pour de vieux soldats montre bien comme, au delà de l’humanisme niais d’aujourd’hui, nos souverains savaient récompenser ceux qui les avaient bien servis.

Car c’est bien beau, cet ensemble des Invalides. Et pour y être revenu il y a peu, avec des lycéens qui s’y émerveillaient, j’ai presque pu retrouver l’émotion que mes dix ans – en 1957 – avaient ressentie lorsque j’y suis allé pour la première fois de ma (alors jeune) vie. À l’époque la crasse des pierres, la poussière des objets exposés, l’ennui de la muséographie archaïque ne m’avaient nullement gêné. Il est vrai que j’étais alors dans une exaltation ardemment militariste et que les armures, les canons, les étendards, gonfanons, oriflammes, uniformes, armures, masses d’arme m’étaient sources d’émerveillements.

À dire le vrai, si ce court métrage de 22 minutes n’avait pas été réalisé par Georges Franju, je suis certain que je n’aurais pas regardé cette exploration plutôt simpliste de l’institution.

Et pourtant ! Musique de Maurice Jarre, large partie des commentaires dits par Michel Simon, parcours sinueux dans le monument, à la fois refuge de grands blessés de guerre, musée de l’Armée et tombeau marmoréen de Napoléon Ier. il y a des choses à voir, à admirer, devant quoi s’incliner ! Sans doute, en 1951, n’offre-t-on qu’un service minimum aux visiteurs : les bâtiments sont noirs de la crasse qu’André Malraux ne commencera à chasser qu’à partir de 1959. Sans doute la muséographie poussiéreuse, le ton des gardiens qui invitent les braves gens à la visite n’ont absolument plus rien à voir avec ce qui nous est présenté aujourd’hui.

C’est vrai, on voit des amoncellements d’objets, d’armures, d’armes, de souvenirs historiques, de photographies, de films, d’uniformes, de képis, de capotes ; on voit quelques séquences où des survivants de la boucherie de 1914, gueules cassées, bancroches, infirmes, viennent pieusement s’incliner à la mémoire de leurs camarades sacrifiés lors d’une messe expiatoire.

Mais on attend un peu mieux du futur grand réalisateur des Yeux sans visage. Un peu plus de cruauté, par exemple.

 

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