Brûle, sorcière, brûle!

Ma femme est une sorcière !

Le titre magnifique, angoissant, haletant du film mythique du peu notoire Sidney Hayers n’exprime pas tout à fait le type d’angoisse qu’il décrit. Brûle, sorcière, brûle ! me faisait songer, la première fois que j’en ai entendu parler aux troubles folies satanistes du 18ème siècle des Sorcières de Salem ou de tous les récits qui mettent en jeu les forces du Mal de façon un peu gothique et tonitruante. Et voilà qu’en fait le film pourrait tout autant se rattacher à des domaines du Mal assez bonhommes, presque confortables, s’insèrent dans les réalités que nous connaissons : voilà qui va de Rendez-vous avec la peur à Rosemary’s baby en passant par L’œil du Malin.

Car le film se passe dans le cadre étroit et civilisé d’un collège universitaire anglais, aux graves bâtiments de style Tudor, arrogants, fermés, impérieux. Un professeur de sociologie, Norman Taylor (Peter Wyngarde) est l’exemple même du scientisme et du rationalisme. Sa progression au sein de l’Université a été fulgurante, ses étudiants l’adorent… et naturellement ses collègues le détestent, d’autant qu’il va sans doute bientôt être promu. Le petit monde des universitaires, qui se réunit rituellement le vendredi pour des parties de bridge mondain, jalouse, pour partie, la réussite de Taylor et le charme de sa femme Tansy (Janet Blair).

Ce petit monde n’a pas tout à fait tort car une partie des succès du professeur est due à l’influence subtile et magique de sa femme qui, au cours d’un séjour à la Jamaïque, a été initiée à la magie noire et la pratique depuis lors au meilleur bénéfice du couple. Cela étant, lorsque le rationaliste Norman découvre inopinément le pot aux roses, il s’exaspère et exige que sa femme et lui brûlent tous les colifichets, racines, poudres, pierres, urnes emplies de cendres de cimetières, pattes de bestioles, feuilles, tout le matériel de sorcellerie dans la cheminée. Ça ne rate pas : dès l’holocauste accompli, les ennuis commencent !

Ce qui n’est pas mal du tout, ce sont les variations de l’intrigue, qui ondule et se complique au fur et à mesure du déroulement du film. Norman va devenir la victime de forces infernales et va tout faire pour s’en libérer, tout en sauvegardant la femme qu’il aime et. alors même que les catastrophes commencent à s’abattre sur lui : une de ses étudiantes, Margaret Abott (Judith Stott) l’accuse de l’avoir violée, le petit ami de la fille le menace d’un revolver, des catastrophes naturelles, se succèdent chez lui : orage violent, appels de téléphone sidérants, coups brutaux donnés à sa porte…

À partir de quel moment comprend-on que le pire des démons n’est pas celui qu’on pense ? À partir de quand saisit-on que Flora Carr (Margaret Johnston), qui est quelque chose comme la directrice du collège et qui est absolument magnifique (et déjà repérée dans Monsieur Ripois de René Clément) possède bien plus de cordes à son arc que la malheureuse Tansy, qui ne demeure, en matière de magie noire, qu’un pauvre amateur ?

C’est tout l’intérêt d’un film où l’angoisse est continuellement présente, où les prises de vues focalisent à coup de gros plans sur les protagonistes sans en négliger aucun, où la façon d’utiliser la lumière parvient à donner au visage anodin de Flora Carr une physionomie réellement satanique, en tout cas tout à fait perverse et glaçante. Et si le scénario est d’un classicisme plutôt banal, la manière de le tourner de Sidney Hayers parvient à hausser le film à un excellent niveau.

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