Camille Claudel

Les histoires d’amour finissent mal (en général).

Cette pauvre fille paranoïaque n’aurait aujourd’hui plus aucune notoriété si Bruno Nuytten ne lui avait consacré un film en 1988, qui a bénéficié de la bienveillance et des gras financements de tout ce que le cinéma peut compter. Déjà il y a trente ans et davantage, le politiquement correctpointait son nez de fouine haineuse et écrivait la réalité à l’aune de ses obsessions féministes et pleurnichardes. Je n’ai évidemment aucune compétence, aucune pertinence à juger la qualité artistique de l’œuvre de cette jeune femme dérangée, aujourd’hui placée sur un piédestal, mais je gage que si elle n’avait pas été femme, rebelle et délaissée par son amant, on en parlerait beaucoup moins.

Donc en plus de 2h30, l’excellent chef opérateur Bruno Nuytten s’est cru autorisé, par le souffle de l’histoire, à entrer dans la cour des Grands et à donner au public un film pleurnichard et démesuré, orné complaisamment de deux des statures principales du cinéma français du denier tiers de siècle, M. Gérard Depardieu et Mlle Isabelle Adjani. Lorsqu’on détient, dans la distribution de son film, ces deux vedettes et que l’on peut sans gêne dépenser les sous du Ministère de la Culture et du Centre National de la Cinématographie (il est pourtant rare que les deux crachent identiquement au bassinet), lorsque, donc on réalise une grosse production où on ne mégotera ni sur les décors, ni sur les costumes, ni sur l’abondance des figurants, on est à peu près certain que l’on présentera au spectateur bienveillant et complice un truc à peu près bien fichu.

C’est tellement bien composé, tellement bien léché, tellement bien ordonnancé qu’on s’y laisserait presque prendre. Si du moins l’excessive durée du film ne finissait par lasser, si chaque scène ne portait en elle sa suite, si l’on ne sentait pas l’évidence et l’imminence des développements.

Il me semble que lorsque le film est apparu, en 1988 donc, personne, sauf les véritables et spécialistes amateurs de sculpture, n’avait jamais entendu parler de l’œuvre de Camille Claudel. De toute façon la sculpture a toujours été le parent pauvre de la peinture et si on demandait à quiconque de citer les grands artistes des deux derniers siècles, ce même quiconque aurait bien du mal à énoncer quatre ou cinq noms. Rodin, évidemment, Carpeaux, Rude, Bourdelle; les hideurs de Giacometti et voilà. On pouvait donc placer au premier plan le triste destin de la malheureuse sœur de Paul Claudel, vouée de toute éternité à la malfaisance des contraintes bourgeoises, à l’arrogance hideuse du machisme patriarcal et à toute cette sorte de choses.

Consciencieusement – et, donc, avec beaucoup de moyens – Bruno Nuytten retrace  l’itinéraire désolant de cette jeune femme pleine de talent, obsédée de sculpture, follement amoureuse du grand vorace génie Rodin mais frappée d’emblée par des bouffées de folies qui expliquent ? justifient ? permettent ? l’originalité de sa sculpture, d’un art difficile pour qui elle a exclusivement passé sa vie. Triste histoire, pauvre histoire désarticulée d’une artiste fêlée.

L’adaptation est très consciencieuse, presque scolaire : il ne manque ni un regard documentaire sur la glaise, le marbre ou le bronze, ni sur une des péripéties de la triste vie de Camille ; c’est très bien filmé, avec de belles images, qui sont le fonds de sauce d’un chef opérateur de qualité. Chacun dans son rôle Gérard Depardieu et Isabelle Adjani sont efficacement parfaits.

Tout est parfait, d’ailleurs. C’est bien là qu’est le problème. Pourquoi, au fait ?

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