Cette sacrée vérité

La pièce que nous avons eu l’honneur d’interpréter devant vous…

Autant j’ai été ému et même souvent bouleversé par Au crépuscule de la vie,, filmé la même année par Léo McCarey, mélodrame triste, désespérant, autant j’ai trouvé que Cette sacrée vérité est une pure gogoterie qui n’a pour qualité que d’être assez brève (1h27) mais qui se traîne depuis son début dans le concert des évidences. Il faudrait en effet être grandement couillon pour ne pas saisir d’emblée que les deux époux qui paraissent ne plus se supporter Jerry (Cary Grant) et Lucy Warrimer (Irene Dunne) s’aiment en fait profondément et se réconcilieront à la fin après diverses péripéties cousues de fil blanc.

À dire vrai, j’ai continuellement songé, pendant que je regardais le film, à cette émission célébrissime de la télévision d’antan, qui fut initiée par Pierre Sabbagh et qui s’appelait Au théâtre ce soir. Émission qui présentait à un public complice et ravi les meilleures – ou estimées telles – pièces de boulevard, dans la vieille tradition du vaudeville : poursuites, quiproquos, portes qui claquent, méprises, chatouilles… tous les ingrédients de la rigolade qui fait affluer dans les théâtres non subventionnés les clubs du Troisième âge à chevelures permanentées.

Le scénario est donc d’une minceur étique et son déroulement est éventé dès l’abord. Les péripéties vont se succéder à un rythme qui n’est pas si effréné que ça ; péripéties classiques où tous les pièges paraissent s’accumuler sous les pas des amoureux qui prétendent ne s’aimer plus. Il y a presque de la provocation, de l’ostentation à présenter les deux tourtereaux qui font mine de former un couple libre où la jalousie n’a pas sa place. Ben voyons !

La machinerie amoureuse se met en place avec une sorte de ce sérieux anglo-saxon plein de sous-entendus graveleux ; les deux époux désormais divorcés – mais qui ne pourront vraiment l’être qu’après une sorte de probation de 90 jours – tentent de s’étourdir, de s’oublier, de faire n’importe quoi. Mais on perçoit bien qu’ils sont aussi attirés l’un par l’autre que le sont deux pierres d’aimant.

Dans tous ces trucs, il faut meubler les interstices : une fois que l’on a jeté un regard narquois sur le mariage, ses insuffisances et ses manigances, la difficulté de perpétuer l’élan amoureux au delà de quelques années passionnées et d’entrer dans la véritable amour, faite de respect, de tendresse, de douceur et de désir encore aussi, il faut bien avancer.

Au delà des coquetteries de chacun, des niches et des trappes que Jerry et Lucy se tendent sans presque s’en rendre compte, il y a l’évidence qu’ils s’aiment et qu’ils ne peuvent pas vivre l’un sans l’autre. C’est un peu trop bref, finalement. À preuve l’insignifiance totale des seconds rôles, dans le film de Léo McCarey. Les soupirants de Lucy, le bouseux richissime de l’Oklahoma Dany Leeson (Ralph Bellamy) ou le gandin ténor léger Armand Duvalle (Alexander D’Arcy) n’ont ni épaisseur ni substance. N’ont aucune importance, évidemment, donnent simplement aux deux principaux acteurs l’occasion de se mettre en avant.

C’est donc un film bien classique, très popote, très gentil. Sans grand intérêt, à peine rehaussé par un grand acteur, Cary Grant et une bonne actrice, Irène Dunne. Mais on peut largement se dispenser de voir ça.

 

 

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