Le fatras d’Impétueux

john-martin-le-pandemonium1841

 

Soudain
D’une fenêtre
Légers
Filés, enflant leur onde
Purs et profonds, grâce perlée
Essor qui se débat,
Désir qui fuse, joie qui chante,
Eau mouvante, flamme qui monte,
Or qui palpite
Douceur, lumière, moelleux d’argent :
Les sons fondants
D’un violon.
La cytise, sa pluie d’or, le parfum du lilas.
Au fond
De nos cœurs
Immense, rouge, suave comme les rêves
Se lève
La lune.

Arno Holz (1863-1929)

 

Quand je viendrai m’asseoir dans le vent, dans la nuit
Au bout du rocher solitaire,
Quand je n’entendrai plus en t’écoutant, le bruit
Que fait mon cœur sur cette terre,
Ne te contente pas, Océan, de jeter
Sur mon visage un peu d’écume
D’un coup de lame alors il te faut m’emporter
Pour dormir dans ton amertume.
Jean Moréas (1856-1910)
Dans Arles, où sont les Alyscamps,
Quand l’ombre est rouge sous les roses,
Et clair le temps
Prends garde à la douceur des choses
Lorsque tu sens battre sans cause
Ton cœur trop lourd
Et que se taisent les colombes
Parle plus bas, si c’est d’amour
Au bord des tombes
Jean-Paul Toulet (1867-1920)
Comme un qui s’est perdu dans la forêt profonde,
Loin de chemin, d’orée, et d’adresse, et de gens,
Comme un, qui en la mer grosse d’horribles vents
Se voit presque englouti des grandes vagues d’onde
Comme un qui erre aux champs lorsque la nuit au monde
Ravit toute beauté …
J’oublie en revoyant votre heureuse clarté
Forêt, tourmente et nuit, longue, orageuse et noire…
Étienne Jodelle (1532-1573)
Le soleil n’est jamais si beau qu’un jour où l’on se met en route.
Jean Giono (Les grands chemins)
L’immense ironie des choses avait passé sur son âme et l’avait rendue facile, souriante et légère
Anatole France (L’orme du mail)
D’un cheval au galop dans la forêt C’est de l’huile qui coule au ras des taillis noirs dans un orage de feuilles arrachées
Un mistral glacé, tranchant, dont les coups allumaient dans ses yeux des lueurs vermeilles
Jean Giono (Récits de la demi-brigade)
Tanger à la gorge bleuâtre, tourterelle posée sur l’épaule de l’Afrique
Henri de Montherlant (Les célibataires)
Je suis une mer fameuse en naufrages : passions, folies, drames, tout y est, mais tout est caché.
Paul Morand (Éloge de la marquise de Beausemblant)
Les vacances étaient près de leur fin ; les enfants s’aimaient tous de plus en plus.
Comtesse de Ségur [née Rostopchine] (Les vacances)
Avenue Marceau, le vent du Nord débouchait par chaque rue transversale avec une emphase stupide.
Henri de Montherlant (Les jeunes filles)
Pour être revenu de tout, il faut être allé en bien des endroits.
Alfred de Musset
La gloire est le deuil éclatant du bonheur.
Germaine de Staël
C’est curieux, dit Mme de…, rien ne décoiffe autant que de pleurer.
Louise de Vilmorin
La gravité est le bonheur des imbéciles.
Montesquieu
On est jeune tant qu’on vous appelle Mon vieux. Du jour où on ne vous appelle plus Mon vieux, toc, ça y est, on est vieux.
Henri de Montherlant
C’est le risque de perdre qui donne du sel à l’existence
Raymond Chandler
La servitude abaisse les hommes jusqu’à s’en faire aimer.
Vauvenargues
Il faut conjuguer l’optimisme de la volonté avec le pessimisme de la raison.
Antonio Gramsci
La mort ne me concerne pas, puisque, tant que je vis, la mort n’est pas et que, quand la mort est, je ne suis plus
Épictète
On nous dit que l’expérience ne s’acquiert qu’avec le temps. C’est mal dit. Ce que nous acquérons, bien souvent, c’est l’idée que nous n’avons pas fait notre expérience quand il était temps de le faire… et cette idée ne nous sert absolument à rien, seulement à nous enfoncer davantage dans les regrets.
Jules Romains (Les hommes de bonne volontéLe monde est ton aventure)
Je tranche les nœuds, car les dénouer m’ennuie.
Jean Cau (Discours de la décadence)
Ah, souris, dit Alice, savez vous comment sortir de cette mare de larmes ? J’en ai assez de nager dedans, souris…
Lewis Caroll
On reste seul, finalement, et pour toujours…
Ça, c’est de moi
On a rarement considéré l’ennui comme la charge la plus lourde de la condition humaine. C’est cependant pour le fuir qu’on se jette dans les passions.
Jean Giono (Le désastre de Pavie)
L’on me demande : que regretterez-vous de l’amour ? Et je réponds : l’étonnement. En perdre le goût me blesse et me déroute. Je le répéterai dix fois : le plaisir fut peu de choses. Mais l’instant où elles commençaient d’accepter…
François Nourissier (À défaut de génie…)
Juger, c’est refuser de comprendre, car si l’on comprenait, on refuserait de juger.
André Malraux
Venise chante à l’Adriatique, qui la berce d’un flot débile, un éternel opéra
Maurice Barrès (La mort de Venise)
Il se laissa prendre la main par elle, et ce fut la plus ravissante volupté que la vie lui eût donnée jusqu’alors.
Lucien Rebatet (Les deux étendards)
“ Oublié, non ! mais tu dormais dans mon cœur et je n’osais pas te réveiller. ”
Comtesse de Ségur [née Rostopchine] (Les vacances)
La technique consiste à savoir le plus de choses possible sur des sujets de plus en plus restreints, ce qui aboutit, en fin de compte, à tout savoir sur rien.
Jean Giono
Un savant est un homme qui sait des choses qu’il faudrait savoir mieux que lui pour être sûr que ce n’est pas un imbécile.
Jean Paulhan
La louange la plus haute de Dieu est dans la négation de l’athée qui trouve la création assez parfaite pour se passer d’un Créateur.
Marcel Proust (Le côté de Guermantes II)
Le vrai amour, ce n’est pas de vivre avec une femme parce qu’on l’aime, mais de l’aimer parce qu’on vit avec elle.
Albert Cohen (Mangeclous)
Les peuples ne pardonnent jamais les fautes qu’ils nous ont fait commettre
Théodore Waldeck-Rousseau
Nous partons multiples, nous arrivons un
Paul Valéry
Incertitude, ô mes délices
Vous et moi nous nous en allons,
Comme s’en vont les écrevisses,
À reculons, à reculons.
Guillaume Apollinaire
Tandis que tangue la felouque,
Portons vite nos sous au book
Et repassons-nous la chibouque
Marcel Aymé (Les jumeaux du diable)

 

Dans la Haute-Rue à Cologne
Elle allait et venait le soir
Offerte à tous en tout mignonne
Puis buvait lasse des trottoirs
Très tard dans les brasseries borgnes
Elle se mettait sur la paille
Pour un maquereau roux et rose
C’était un juif il sentait l’ail
Et l’avait venant de Formose
Tirée d’un bordel de Changaï
Je connais gens de toute sorte
Ils n’égalent pas leur destin
Indécis comme feuilles mortes
Leurs yeux sont des feux mal éteints
Leurs cœurs bougent comme leurs portes
Guillaume Apollinaire (Marizibill)
Si le dégoût du monde donnait à lui seul la sainteté, je ne vois pas comment je pourrais éviter la canonisation.
Émile Cioran
Comme certains mots jugent les gens qui les prononcent !
Georges Simenon (Lettre à mon juge)
On croit que la vie ne sera qu’une suite de promesses exaucées, alors que ce n’est qu’une suite de renoncements.
Christian Giudicelli
Je ne vis pas comme ils vivent ;
Je ne crois pas comme ils croient ;
Je n’aime pas comme ils aiment.
Je mourrai comme ils meurent.
Marguerite Yourcenar
Derrière eux, l’insanité de ce que nous leur avons enseigné ; devant eux l’absurdité de ce que nous leur offrons.
Willy de Spens (Printemps gris)
Rien ne nous plaît que le combat, non pas la victoire
Blaise Pascal
Les hommes de soixante ans ont besoin plus que les autres d’une passion. Une passion, et n’en détournez pas les yeux ! Le gouffre derrière : votre vie manquée. Le gouffre devant : votre décrépitude et votre mort. Ne détournez pas les yeux !
Henri de Montherlant
Je m’épuise inutilement à n’être pas d’accord avec un monde qui, de toute façon, se fera sans moi.
Bertrand Poirot-Delpech
Malheur au monde où la qualité principale est d’être d’accord avec la multitude !
Robert Musil
Je couche avec certaines femmes pour avoir avec elles des rapports apaisés et confiants.
Paul Morand
Prends garde à toi, Lorenzaccio, tu as voulu faire le bonheur de l’humanité !
Alfred de Musset
Le rire est une dégradation des valeurs. Chaque comique devrait en tenir compte, parce que, quand on se met à dégrader des valeurs pour s’en affranchir, pour les affaiblir, pour pouvoir en rire, eh bien ! il faut s’attaquer à des valeurs qui résistent. Sans cela, vous les dégradez à nouveau, et c’est la vulgarité. Il y a des comiques qui ne savent pas se tenir.
Raymond Devos
Vaisseaux, nous vous aurons aimés en pure perte ;
Le dernier d’entre vous est parti sur la mer.
Le couchant emporta tant de voiles ouvertes
Que ce port et mon cœur sont à jamais déserts.
 
La mer vous a rendus à votre destinée,
Au-delà du rivage où s’arrêtent nos pas.
Nous ne pouvions garder vos âmes enchaînées ;
Il vous faut des lointains que je ne connais pas.
 
Je suis de ceux dont les désirs sont sur la terre.
Le souffle qui vous grise emplit mon cœur d’effroi,
Mais votre appel, au fond des soirs, me désespère,
Car j’ai de grands désirs inassouvis en moi.
Jean de La Ville de Mirmont (L’horizon chimérique)
C’est la fin de septembre. Déjà les soirs rouges dressent au dessus des montagnes de terribles étendards.
Jean Giono (Le désastre de Pavie)
Les “ jamais plus ” si attendrissants pour ceux qui les emploient, si fastidieux pour celle qui les lira, soit qu’elle les croie mensongers et traduise par “ ce soir même si vous voulez de moi ” ou qu’elle les croie vrais et lui annonçant alors une de ces séparations définitives qui nous sont si parfaitement égales quand il s’agit d’êtres dont nous ne sommes pas épris.
Marcel Proust (À l’ombre des jeunes filles en fleur)
Contre la stupidité, les dieux eux-mêmes ne peuvent rien.
Schiller
La prudence de la chair est la mort des âmes.
Saint Paul
En moi, un voyageur que presse la nuit…
Henri de Montherlant (Les lépreuses)
J’aime la citronnade ; je n’ai pas besoin que la citronnade m’aime.
Henri de Montherlant
Il ne se demande pas quel mal il a pu faire, mais seulement ce qu’il a fait de mal.
“ J’ai fait tout ce que j’ai pu ! ” C’est la maxime des bons soldats et des mauvais chefs.
Gilbert Cesbron (Il est plus tard que tu ne penses)
Le présent serait plein de tous les avenirs si le passé n’y projetait déjà une histoire.
André Gide (Les nourritures terrestres)
Il faut croire que ces mouvements [de joie de la conquête] sont bien naturels à l’homme. Je ne sais pas s’il suffit de parler de vanité. Il y a là-dedans quelque chose de plus pathétique. Quelque chose qui ressemble à la fin de la peur. L’homme a besoin d’être rassuré. Une loi bête et profonde comme la vie veut qu’il ne soit tout à fait rassuré que par les femmes, l’hommage qu’elles lui apportent, l’offre d’elles-mêmes qu’elles lui font. Quel que soit le niveau où il a situé son orgueil, rien ne le rassure au même degré ; rien ne remplace entièrement cette assurance. Se croire dédaigné par les femmes est inexpiable. Se voir simplement administrer la preuve du contraire est enivrant.
Jules Romains (Les hommes de bonne volontéLa douceur de la vie)
En traçant ces derniers mots, ce 16 novembre 1841, ma fenêtre, qui donne à l’ouest sur le jardin des Missions étrangères, est ouverte ; il est six heures du matin ; j’aperçois la lune pâle et élargie ; elle s’abaisse sur la flèche des Invalides, à peine révélée par le premier rayon doré de l’Orient : on dirait que l’ancien monde finit et que le nouveau commence. Je vois les reflets d’une aurore dont je ne verrai pas se lever le soleil. Il ne me reste qu’à m’asseoir au bord de ma fosse ; après quoi je descendrai hardiment, le crucifix à la main, dans l’éternité.
Chateaubriand (Mémoires d’outre-tombe)
Notre patrie à nous, c’est nos villages, nos autels, nos tombeaux, tout ce que nos Pères ont aimé avant nous. Notre patrie, c’est notre Foi, notre terre, notre roi. Mais leur patrie à eux ? Ils l’ont dans le cerveau, nous l’avons sous nos pieds ! On nous dit que nous sommes les suppôts des vieilles superstitions ; faut rire ! Mais en face de ces démons qui renaissent de siècle en siècle, sommes une Jeunesse, messieurs, sommes la jeunesse de Dieu, la jeunesse de la Fidélité. Et cette jeunesse veut préserver pour elle et pour ses fils la créance humaine, la liberté de l’homme intérieur.
François-Athanase de Charrette
J’en ai tant vu que je savais qui étaient folles de leur corps, et qu’en public on aurait juré des saintes nitouches que chacune d’elles aujourd’hui m’est un doute et une espérance. Je suis fou de savoir si elle a un secret. De savoir si elle consentirait. Et avec un passant. Et si oui, qu’est-ce qui la pousse ? Attrait d’un roman ? Espoir du mariage ? Pur goût de la volupté le plus rare ? Envie de “ rigoler ” ? Envie de tromper les siens ? Ou au contraire, besoin d’aimer acculé à prendre cette forme ? Et je suis fou de savoir aussi comment elle cède – comment elle est quand elle
cède – comment elle fait ça ! Cet être qu’il y a vingt minutes je ne connaissais pas, n’avais jamais vu, qui était non seulement l’inconnu, mais la crainte du scandale, des pires histoires ; à présent nus tous deux, nus un peu du secret de nos âmes, et de l’entier secret de nos corps, et cela en vingt minutes. Que dites-vous ? Que c’est un pauvre secret si un être cède ou non ? Mais cette clef est la plus sûre pour ouvrir un être à fond, sans compter qu’on n’a vraiment envie de connaître que quelqu’un qu’on désire.
Henri de Montherlant (La rose de sable)
Aucune illusion n’adoucit mon amère sérénité.
Charles de Gaulle
– Qu’est ce qu’il cherche ?
– Comme tout le monde, ce qu’il n’a pas.
Jean Giono (L’iris de Suse)
Il ne faut pas tomber dans la flamme pour échapper à la fumée.
Ian Fleming (Vivre et laisser mourir)
Vos yeux ne sont pas là uniquement pour faire joli dans le paysage…
Ian Fleming (Moonraker)
De cette nuit que vous entretenez en vous, il faudra bien sortir ou elle vous étouffera.
Jacques Chardonne (Lettres à Roger Nimier)
L’idée de progrès est contraire à la dignité humaine.
Hanna Arendt
Chacun de nous porte en lui le ciel et l’enfer.
Oscar Wilde
Avant la Révolution, un homme sait à peu près, à vingt ans, ce qu’il sera à soixante. Il n’y a point de fortune rapide à faire, on peut donc songer aux plaisirs réels, et on y songe fort, je vous le jure !
Stendhal (Mémoires d’un touriste)
Il y a un désir d’amitié dans l’amour comme il y a une forme d’amour dans l’amitié et peut-être est-ce pour cette raison que les meilleures amies d’un homme sont souvent ses anciennes amantes, à condition, toutefois, qu’ils ne se soient pas quittés l’injure à la bouche. Je croirais volontiers que le fait d’avoir écarté un élément de trouble – le désir de l’un pour l’autre ou le désir des deux – clarifie les rapports et permet de reporter son attention sur les délicats et purs échanges de l’amitié.
Michel Déon (Entre nous)
Il y a un pacte vingt fois séculaire entre la grandeur de la France et la liberté du monde
Charles de Gaulle
Et puis il y a l’obligation de rester étendu auprès d’elles, après la chose habituelle, et alors elles roucoulent avec sentiment, elles te caressent l’épaule, elles font toujours cela après, c’est leur manie, et elles attendent le sucre de récompense et que tu leur dises des joliesses reconnaissantes et comme quoi ce fut divin. Vraiment elles pourraient me laisser cuver ma honte en paix.
Albert Cohen (Belle du Seigneur)
Lux umbra Dei.
cité par Jorge-Luis Borges
De toute évidence, vivre c’est s’effondrer progressivement.
Scott Fitzgerald (Tendre est la nuit)
Lire est d’abord un acte postérieur à celui d’écrire : plus résigné, plus courtois, plus intellectuel.
Jorge-Luis Borges (Histoire universelle de l’infamie)
J’éprouvais à la fréquenter cette forme durable de la lassitude qui s’appelle le mépris.
Roger Nimier
Tout désir suscite en moi un contre-désir, de sorte que, quoi que je fasse, seul compte ce que je n’ai pas fait
Émile Cioran (Aveux et anathèmes)
Qui n’a pas vu la route à l’aube, entre ses deux rangées d’arbres, toute fraîche, toute vivante, ne sait pas ce que c’est que l’espérance.
Georges Bernanos (Monsieur Ouine)
“ Tant qu’il y aura un de ces gredins de payants dans la salle, nous ne serons pas sûrs du succès ! ” dit le chef de la claque.
Paul Claudel
Lecteur ! Veuille croire que j’ai toujours aimé mon époque, ayant tôt compris que je n’en aurais point d’autre.
Philippe Meyer
Sa joue était fraîche comme l’ombre.
Félicien Marceau (L’homme du roi)
Être dans le vent, c’est avoir un destin de feuille morte.
Jean Guitton
J’augure un temps où l’artiste pourra enfin esquiver le travail fastidieux et ne plus se fier qu’à son seul génie dont, dès lors bien sûr, du moment qu’il ne sera plus question de travail, tout un chacun se trouvera largement pourvu.
Pierre Magnan (Les promenades de Jean Giono)
Un soir de demi brume à Londres
Un voyou qui ressemblait à
Mon amour vint à ma rencontre
Et le regard qu’il me jeta
Me fit baisser les yeux de honte
Je suivis ce mauvais garçon
Qui sifflotait, mains dans les poches
Nous semblions entre les maisons
Onde ouverte de la Mer Rouge
Lui les Hébreux moi Pharaon
Mais en vérité je l’attends
Avec mon cœur avec mon âme
Et sur le pont des Reviens-t’en
Si jamais revient cette femme
Je lui dirai Je suis content
 
Mon cœur et ma tête se vident
Tout le ciel s’écoule par eux
O mes tonneaux des Danaïdes
Comment faire pour être heureux
Comme un petit enfant candide
 
Je ne veux jamais l’oublier
Ma colombe ma blanche rade
O marguerite exfoliée
Mon île au loin ma Désirade
Ma rose mon giroflier
Guillaume Apollinaire (La chanson du mal aimé)
En Italie, ils ont eu les meurtres, et la corruption et les crimes, et en sont sortis la Renaissance, Michel-Ange et Léonard de Vinci. En Suisse, pendant cinq siècles, ils ont eu l’honnêteté et la démocratie et la seule chose qui en est sortie, c’est le coucou !
Orson Welles à Joseph Cotten (Le troisième homme)
“ – Comment appelles-tu l’amour, Clara ?
– Pas l’amour, Monsieur le Procureur, la bête à deux dos : le théâtre du pauvre.
– Prenez-en un qui ne s’en contente pas et vous aurez le théâtre du riche ou, plus exactement, comme il s’agit d’âme, le théâtre du roi : le sang. ”
Jean Giono (Dialogues du film Un Roi sans divertissement)
Ils restèrent enlacés une minute qui dure encore maintenant.
Albert Cohen (Solal)
Il n’y a rien à gagner, jamais, à être modéré.
Voltaire
Je n’aime rien tant que ce qui va se produire.
Paul Valéry
Bonheur, je ne t’ai reconnu qu’au bruit que tu fis en t’enfuyant.
Fontenelle
Ce que je sais démolit ce que je veux.
Émile Cioran
L’Angleterre est une île, l’Allemagne une race, l’Italie une langue, l’Espagne un orgueil, le Portugal une aventure, la Suisse un paradoxe, la Belgique un défi. La France est une histoire.
?
Il n’y a pas d’amour en dehors du mariage et il n’y a d’amour qu’en dehors de la passion : cet amour-là sauve nos vies du naufrage en nous offrant le partage d’une même solitude.
Jacques Chardonne
Notre voyage est un voyage
Dans l’hiver et dans la nuit
Nous cherchons notre passage
Dans le ciel où rien ne luit
Chanson des Gardes suisses
Le bonheur d’un ménage est au prix d’un aveuglement réciproque, d’une volonté paisible de se méconnaître mutuellement. Les époux sont comme des rails de chemin de fer, ils vont à côté l’un de l’autre en respectant l’intervalle et si jamais ils se rejoignent, le train conjugal fait la culbute.
Marcel Aymé (La belle image)
Écrase la tête de la vipère avec le poing de ton ennemi !
Staline
Ici commence le véritable libertinage et sans doute le scandale, qui ne consiste pas tant dans l’infidélité ou le vagabondage sensuel que dans cette passion cérébrale de connaître ou d’expérimenter sur un mode clinique l’amour ou la tendresse, domaines réservés de la spontanéité ou d’un abandon confiant.
Daniel Bougnoux (Glose sur Le Libertinage, de Louis Aragon)
 
Et ma blême araignée, ogre illogique et las
Aimable aime à régner au gris logis qu’elle a.
Victor Hugo
On ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment.
Cardinal de Retz
Je me suis efforcé de décrire le monde non pas comme il est, mais comme il est quand je m’y ajoute, ce qui, évidemment, ne le simplifie pas.
Jean Giono (Voyage en Italie)
J’ai cueilli ce brin de bruyère
L’automne est morte souviens t’en
Nous ne nous verrons plus sur terre
Odeur du temps, brin de bruyère
Et souviens-toi que je t’attends
Guillaume Apollinaire
La postérité n’est impartiale que si elle est indifférente. Et ce qui ne l’intéresse plus, elle l’oublie.
Anatole France (L’anneau d’améthyste)
L’acte amoureux, pour devenir érotique, suppose l’alliance de deux contraires : le respect d’un ordre social et sa négation – ce qui est une manière de définir la profanation.
Jacques Laurent (Hortense 14-18)
On est possédé par ce que l’on possède : c’est la loi universelle.
Anatole France (M. Bergeret à Paris)
Telle est la vie des hommes : quelques joies vite effacées par d’inoubliables chagrins.
Marcel Pagnol (Le temps des secrets)
Je n’ai pas réussi à être pour vous autre chose qu’un hasard.
Ça, c’est de moi
Qui ne joue jamais diminue considérablement ses chances de gagner.
Proverbe chinois
À un certain âge, peut-être est-il de la sagesse d’un homme de ne pas parler de ce qu’il ne sait pas, parce qu’il l’ignore, et de se taire sur ce qu’il sait, parce qu’il le sait.
Journal des Goncourt – 6 juin 1865
Fonte des divertissements au fur et à mesure qu’on les trouve.
Jean Giono – Carnets d’Un Roi sans divertissement
Il semble qu’il n’y a pas de raison pour nous, mais il y a une raison pour lui. Et s’il y a une raison pour lui, nous devons pouvoir le comprendre. Je ne crois pas, moi, qu’un homme puisse être différent des autres hommes au point d’avoir des raisons totalement incompréhensibles.
Jean Giono (Un Roi sans divertissement)
Il est des services si grands qu’on ne peut les payer que par l’ingratitude.
Alexandre Dumas
Moi qui ai d’habitude le goût de tout livrer aux êtres pour les apprivoiser, de vivre sur le seuil de moi-même, trouvant qu’il fait souvent trop sombre à l’intérieur…
Antoine Blondin (Un singe en hiver)
Quoi de plus stendhalien que ce désir impossible d’une joie qui demeure ? Mais comment durerait-elle si elle est toute dans l’inattendu ? La question n’est pas de la faire durer, mais de se donner une vie telle qu’elle multiplie les chances de ces moments où l’on pourra soi-même se surprendre ou être surpris par les réactions de quelques êtres de son choix, dont on se sera entouré pour cette raison même.
Henri Godard (D’un Giono l’autre)
Je m’appelle Ishmaël. Il y a quelques années, sans préciser davantage, n’ayant plus d’argent ou presque, et rien de particulier à faire à terre, l’envie me prit de naviguer encore un peu et de revoir le monde de l’eau. C’est ma façon à moi de chasser le cafard et de me purger le sang. Quand je me sens des plis amers autour de la bouche, quand mon âme est un bruineux et dégoulinant novembre, quand je me surprends arrêté devant une boutique de pompes funèbres ou suivant chaque enterrement que je rencontre, et surtout lorsque mon cafard prend tellement le dessus que je dois me tenir à quatre pour ne pas, délibérément, descendre dans la rue pour envoyer dinguer les chapeaux des gens, je comprends alors qu’il est grand temps de prendre le large.
Herman Melville (Moby Dick [incipit])
Dans l’homme le plus méchant, il y a un pauvre cheval innocent qui peine.
Marcel Proust
Son amant ! C’est donc ça son amant ! Aussitôt il eut honte de l’avoir épousée.
Blaise Cendrars
Elle eût aimé revoir Swann, mais le désir qu’elle en avait suffisait à ses forces. Sa réalisation les eût excédées.
Marcel Proust (Un amour de Swann)
Les idées brillantes ne sont pas nouvelles ; les idées nouvelles ne sont pas brillantes.
Marcel Achard
On n’a pas de deuxième chance pour faire une bonne première impression.
Proverbe anglais
Le libertin est un homme qui n’a pas beaucoup de sens physique, pas beaucoup de besoins de santé. Il a ses sens dans l’imagination. Il ne s’engloutit pas comme le sanguin dans le coït, cherche au delà, rêve.
Journal des Goncourt – 23 juillet 1865
Rendre absurde le sentiment de ma présence au monde. Quelle présence ? Quel monde ? Les voyages ne m’ont rien apporté de plus que cette irréalité fondamentale. Pas besoin d’exotisme. Un train dans la banlieue de Londres, un village au fond de la Drôme, une ruelle dans la poussière jaune du Caire (et l’épaisseur inimaginable du monde se colle à moi et m’entraîne dans une noyade vertigineuse.
François Nourissier (À défaut de génie)
Qu’est-ce que tu penses de ton idée de voir le monde ? Est-ce que tu veux toujours aller de l’autre côté du Cap Horn pour ne voir que ça ? Le monde est tout entier là où tu es; il n’y a rien d’autre.
Jean Giono (Pour saluer Melville)
L’amour, à l’image de la mer, se creuse par son propre mouvement. Chaque vague en suscite une autre plus ample.
James de Coquet
On a toujours assez de courage pour supporter le malheur des autres.
François de La Rochefoucauld
Toute littérature est un piège que les littérateurs ne finissent pas de se tendre à eux-mêmes.
Jean d’Ormesson
– C’est l’heure où la forêt sent l’anis, comme les sourcils des femmes brunes.
– Comment savez-vous que les sourcils des femmes brunes sentent l’anis ? Ce qui n’est pas vrai, d’ailleurs.
– Pour l’avoir inventé, madame !
Jean Giono (Le voyage en calèche)
Il y a dans le malheur de nos amis quelque chose qui ne nous déplaît point.
François de La Rochefoucauld
Je passais le long de la Seine
Un livre ancien sous le bras
Le fleuve est pareil à ma peine
Il s’écoule et ne tarit pas.
Quand donc finira la semaine ?
Guillaume Apollinaire (Marie)
Je ne me plaisais pas beaucoup à cette époque ; je ne me plais pas beaucoup plus, mais je me suis habitué.
Ça, c’est de moi
Je n’ai jamais rien écrit que pour contredire ce que j’avais écrit avant.
Louis Aragon
Garde le silence, et le silence te gardera.
Proverbe
Jardins où saigne abondamment
Le laurier-rose, fleur guerrière.
Guillaume Apollinaire
Dehors, le vent tirait sur les pavés un long câble de feuilles sèches.
Jean Giono (L’eau vive)
Ô monde, je veux ce que tu veux !
Marc-Aurèle
Quand la vertu triomphe du péché, c’est que le péché était de mauvaise qualité.
Proverbe
La fraise est un porte-graines, comme la femme, ce qui ne l’empêche pas de constituer, elle aussi, un dessert délicieux et rafraîchissant.
James de Coquet
Vous réveillez la ville et vous troublez l’État.
Silence ! ou je vous mène aux pieds du Podestat !
Guillaume Apollinaire
La Peur frappe à la porte ; la Foi ouvre : il n’y a plus personne.
Un Père de l’Église
Une ville de province, c’est un désert sans solitude.
François Mauriac
Je n’ai jamais cru que la liberté de l’homme consistât à faire ce qu’il veut, mais bien à ne jamais faire ce qu’il ne veut pas.
Jean-Jacques Rousseau (Rêveries d’un promeneur solitaire)
Le pouvoir finit toujours en tragédie.
 ?
L’avenir de la jeunesse, c’est la vieillesse.
Paul Morand (Discours de réception à l’Académie Française)
L’Univers n’est que de l’ennui en expansion. S’en distraire, voilà la grande affaire.
Jean Giono (De Homère à Machiavel)
La conscience éclairée par l’Évangile a le droit de juger des comportements, mais non de condamner des personnes. Juger les comportements, c’est se conduire en homme. Mais juger les personnes, c’est se prendre pour Dieu.
Mgr Jacques Julien, évêque de Rennes
Les batailles perdues se résument en deux mots : trop tard.
Général Douglas MacArthur
Si à midi, le Roi te dit qu’il fait nuit, contemple les étoiles.
Proverbe persan
Le succès des adversaires laisse l’avenir intact ; celui des partenaires apporte, avec la défaite, le deuil de l’espérance.
Jean-Louis Bourlanges
Si quelqu’un affirme avoir bien compris ce que je veux dire, c’est qu’il aura mal saisi ma pensée.
Alan Greenspan
C’est un malheur que de naître avec de la démesure dans l’âme, un grand malheur sans lequel il n’y aurait pas de grandes vies.
Maurice Druon (La volupté d’être)
En République, l’État surplombe la société ; en démocratie, la société domine l’État.
Régis Debray
Pourquoi sommes-nous dans un coma moral ? Parce que notre époque veut que la morale soit affaire d’opinion, que toutes les opinions se valent et que les valeurs soient des illusions. Or, privé de sens, l’individu ne sait pas se construire : il ne sait même pas exister.
Patrice de Plunkett
Fort
Belle
Elle
Dort
Sort
Frêle
Quelle
Mort !
Rose
Close
La
Brise
L’a
Prise
Jules de Raisséguier – 1789-1869 (À une jeune morte)
Il y a cela de remarquable que la civilisation qui conquiert la barbarie la tue ; et la barbarie qui conquiert la civilisation la féconde.
Alexandre Dumas (Gaule et France)
L’étroite bande rouge qui décorait la nuit, le seul souvenir qui nous restait du soleil.
Gaston Leroux (Le parfum de la dame en noir)
La merveilleuse lâcheté vers la mansuétude.
Montaigne
Ce qu’on ne peut interdire, il faut le favoriser.
Apophtegme bouffon et personnel
Le progrès visé par la Tradition est un progrès intérieur à chaque homme, tandis que pour le Moderne, il s’agit d’agir sur son environnement, car il n’y a rien à améliorer en lui.
François Huguenin (À l’école de l’Action française) [citant en partie Claude Polin]
Est effrayante une liberté que ne guide plus un devoir.
André Gide (Les nourritures terrestres)
Si l’on n’a pas le sentiment que l’appartenance nationale domine toutes les autres, l’autorité publique ne peut plus être déléguée à quiconque ; on entre dans l’arbitraire et la tyrannie.
Michel Debré
Des éclairs silencieux palpitent au bord du ciel.
André Gide (Le voyage d’Urien)
La merveilleuse certitude qu’il ne peut pas y avoir d’avenir donne au cœur beaucoup de battements nécessaires.
Ça, c’est de moi
C’est un paysage littéraire où les promeneurs d’une âme sensible, en écoutant les trains siffler dans une brume souillée, se surprennent à prier Dieu pour que la vie ne soit pas démesurément longue.
Marcel Aymé (Derrière chez Martin [à propos de la rue de l’Évangile])
Au zoo. Toutes les bêtes ont une tenue décente, hormis les singes. On sent que l’homme n’est pas loin.
Émile Cioran
Le goût de déplaire, qui accompagne si souvent la manie de séduire.
Bertrand Poirot-Delpech
D’abord continuer, ensuite commencer.
William James
Ce qui m’étonne à travers l’impossible cortège de nos esclavages, c’est que l’on puisse espérer contre toute espérance. Ce qui m’émerveille, c’est que malgré un désir piégé dans la loi, on puisse encore parler d’amour, que malgré un langage clos dans sa syntaxe, la poésie soit une brèche où l’ange fait signe. Ce qui enfin me surprend, c’est qu’en dépit des fers dénoncés par Jean-Jacques, la société reste une réciprocité de services qui ne rend pas totalement vain le mot d’amitié prononcé par le vieil Aristote.
Gérard Leclerc (Critique de La barbarie à visage humain)
Mais la mort n’agrandit pas la vie, elle la boucle, elle rend irrémédiable la maladie de vivre, elle fait de nos brouillons un PROPRE.
François Nourissier (À défaut de génie…)
Mourir tous les soirs est une habitude dont on se passe difficilement.
Maxa, vedette du Grand Guignol
Dès quatre heures, le vent mélangeait la nuit avec le feuillage des arbres.
Jean Giono (Introduction aux Pages immortelles de Virgile)
On ne CHANGE jamais de milieu – tout au plus vit-on dans un autre que le sien.
François Nourissier (À défaut de génie…)
Il y eut au fond du jardin l’énorme éclaboussement d’or qui illumina la nuit pendant une seconde. C’était la tête de Langlois qui prenait enfin la dimension de l’univers. Qui a dit “ Un roi sans divertissement est un homme plein de misère ” ?
Jean Giono (Un roi sans divertissement)
Elle n’était pas assez bien tournée pour pouvoir mal tourner.
Elle avait le sommeil lourd des femmes légères.
Répliques de vaudevilles 1900
Il voyait venir vers lui au galop des montagnes roses, si proches qu’il distinguait sur leurs flancs bas la montée des mélèzes et des sapins. “ L’Italie est là derrière ” se disait-il. Il était au comble du bonheur.
Jean Giono (Le hussard sur le toit)
Quelque part, dans son enfance, sommeillaient des docks bas par un soir pesant d’été.
Louis Aragon (Anicet ou le panorama)
Il n’est si mince goujat qui ne se croie autorisé à corriger les fautes d’Hamilcar.
Gustave Flaubert (Salammbô)
Sous nos yeux, le monde s’uniformise ; les moyens de télécommunication progressent ; l’intérieur des appartements s’enrichit de nouveaux équipements. Les relations humaines deviennent progressivement impossibles, ce qui réduit d’autant la quantité d’anecdotes dont se compose une vie. Et peu à peu, le visage de la mort apparaît, dans toute sa splendeur. Le troisième millénaire s’annonce bien.
Michel Houellebecq (Extension du domaine de la lutte)
Nous arrivons dans le monde de l’équivalence généralisée, où rien ne peut avoir de sens puisqu’on ne recherche pas les liens des choses entre elles.
Luc Rosenzweig
Les sadiques de l’espèce de Melle Vinteuil sont des êtres si purement sentimentaux, si naturellement vertueux, que même le plaisir sensuel leur paraît comme quelque chose de mauvais, le privilège des méchants. Et quand ils se concèdent à eux-mêmes de s’y livrer un moment, c’est dans la peau des méchants qu’ils tâchent d’entrer et de faire entrer leur complice, de façon à avoir un moment l’illusion de s’être évadés de leur âme scrupuleuse et tendre, dans le monde inhumain du plaisir.
Marcel Proust (Du côté de chez SwannCombray)
Toute ma vie, sous le prétexte d’examiner la position de l’adversaire, j’ai été tenté d’arrondir les angles, de me montrer généreux, “humain”. J’aurais gagné à un peu plus de brutalité – ou simplement à appliquer à autrui autant de lucidité que je m’en réservais à moi-même.
François Nourrissier (À défaut de génie…)
Il y a une grande part d’égoïsme dans le regret des nôtres. Une mère, c’est un témoin irremplaçable qui s’en va : notre univers qui commence à se détruire.
Louis Aragon (Les voyageurs de l’impériale)
Il y a tout de même de drôles de serpents dans le chaudron de la sorcière.
Léon Daudet (Au temps de Judas)
L’amour comme innocence et comme capacité d’illusion, comme aptitude à résumer l’ensemble de l’autre sexe à un seul être aimé résiste rarement à une année de vagabondage sexuel, jamais à deux.
Michel Houellebecq (Extension du domaine de la lutte)
La morale n’est plus une volonté d’atteindre des normes idéales et transcendantes, mais un effort pour “être soi-même”.
Luc Ferry
La vie est une côte. Tant qu’on monte, on regarde le sommet, on se sent heureux, mais dès qu’on arrive en haut, on aperçoit tout d’un coup la descente, et la fin, qui est la mort. Ça va lentement quand on monte, mais ça va vite quand on descend.
Guy de Maupassant (Bel Ami)
Pourquoi en voudrais-je à une nation de nous prendre ce que nous lui avons abandonné ?
Si M. Raymond Aron vous affirme que la France ne peut pas se passer de l’Amérique et que la neutralité la condamnerait au communisme, répondez lui que c’est faux et qu’au demeurant vous préférez une France communiste à plus de France du tout.
Marcel Aymé – Lettre à Thierry Maulnier. [à propos des États-Unis]
Il paraît que c’est la vie, maintenant : plusieurs vies.
Alice Ferney (La conversation amoureuse)
Mais il avait un fond de scrupule et d’inquiétude qui l’empêchait de faire rien d’important avec distraction.
Jules Romains (Les hommes de bonne volontéLe 6 octobre)
Quand je n’aurai plus rien à espérer, je n’aurai plus rien à craindre.
Ça, c’est de moi
Jeune fille : Fraîche personne de sexe ferme, vouée à une conduite désordonnée et à des vues qui pourraient pousser jusqu’au crime. L’espèce possède une large distribution géographique, on la trouve partout où on la cherche et on la déplore partout où on la trouve. La jeune fille n’est pas entièrement déplaisante à regarder ni en dehors de son piano et de ses opinions insupportable à écouter bien qu’elle reste inférieure à l’arc-en-ciel pour la beauté et que, dans la part de ce qui est audible chez elle, elle ne puisse rivaliser sur son terrain avec le canari (qui est par ailleurs plus facile à déplacer.
Ambrose Bierce (Le dictionnaire du diable)
Moi, depuis quinze ans, je la sens [la Mort] qui me travaille comme si je portais en moi une bête rongeuse. Je l’ai sentie, peu à peu, mois par mois, heure par heure, me dégrader comme une maison qui s’écroule. Elle m’a défiguré si complètement que je ne me reconnais pas. Je n’ai plus rien de moi, de moi l’homme radieux frais et fort que j’étais à trente ans. Je l’ai vue teindre en blanc mes cheveux noirs, et avec quelle lenteur savante et méchante ! Elle m’a pris ma peau ferme, mes muscles, mes dents, tout mon corps de jadis, ne me laissant qu’une âme désespérée qu’elle enlèvera bientôt aussi.
Guy de Maupassant (Bel Ami)
L’insupportable optimisme collectif de notre époque s’allie assez bien avec l’horreur des réalités individuelles.
Ça, c’est de moi
Ce qui m’a souvent choqué, dans les démarches de l’amour, c’est la difficulté qu’elles ont à ne pas être ridiculement transparentes pour le premier venu.
Jules Romains (Les hommes de bonne volontéLes amours enfantines)
Que de choses il faut ignorer pour agir !
Paul Valéry
Il est bien vrai que l’expérience ôte de la fraîcheur à ce qui vous arrive, parce qu’elle permet plus ou moins de le prévoir. C’est alors justement qu’il est savoureux de se dérouter soi-même en se jetant dans les complications.
Jules Romains (Les hommes de bonne volontéLes amours enfantines)
Que de larmes sont versées sur des prières exaucées !
Sainte Thérèse d’Avila
Dès qu’on s’écarte de deux et deux font quatre, les raisons ne sont que les façades des sentiments.
Marcel Aymé (Uranus)
Inutile de se jouer la comédie : que voulez-vous que fasse un homme laissé à lui-même ? On peut bien aller entendre de la musique, mais pas tout le temps. Les journées sont longues et pareilles. Pour s’occuper la tête, il n’y a que les femmes Naturellement, à 40 ans sonnés, ce n’est pas tant coucher qui vous attire… Non, mais la diversité des femmes, leurs approches, l’espèce de jeu équivoque des rencontres, le glissement singulier des mots échangés, d’une banalité amère à la conversation, à la découverte d’un être vivant. Après… ma foi on conclut parce qu’on ne trouve pas toujours de porte de sortie. Et puis même alors : c’est la particularité d’un corps, son abandon, des similitudes subites avec d’autres femmes, l’inattendu d’une existence surprise, des parfums, des manières d’être… enfin, cent mille choses indiscernables qui font le prix de ces passades, plus que le plaisir qu’on y prend.
Louis Aragon (Les voyageurs de l’impériale)
Nous sommes si riches, si secrets à nous-mêmes, tant de sources bouillonnent en nous et il y a tant de routes, de chemins, d’allées et de sentiers qui s’ouvrent à chaque instant devant nos pas que le fait de s’égarer dans l’un ou l’autre n’a rien qui doive surprendre beaucoup.
Marcel Aymé (Uranus)
Et jamais un être ne revient, jamais… On garde les moules des statues, les empreintes qui refont toujours les objets pareils ; mais mon corps, mon visage, mes pensées, mes désirs ne réapparaîtront jamais. Et pourtant il naîtra des millions, des milliards d’êtres qui auront dans quelques centimètres carrés un nez, des yeux, un front, des joues et une bouche comme moi, et aussi une âme comme moi, sans que jamais je revienne moi, sans que jamais même quelque chose de moi reconnaissable reparaisse dans ces créatures innombrables et différentes, indéfiniment différentes, bien que pareilles à peu près.
Guy de Maupassant (Bel Ami)
Toute l’activité de l’homme consiste à dominer ou à contrarier la nature.
Jules Romains (Les hommes de bonne volontéLes créateurs)
L’existence d’autrui n’est, après tout, pas si démontrée que cela.
Jules Romains (Les hommes de bonne volontéVorge contre Quinette)
La souffrance spécifique qui s’attache au fait d’être artiste : cette incapacité à être VRAIMENT heureux ou malheureux, à ressentir VRAIMENT la haine, le désespoir, l’exultation ou l’amour ; cette espèce de filtre esthétique qui s’interpose sans rémission possible entre l’artiste et le monde.
Michel Houellebecq (Plateforme)
Sombre récit, conteur plus sombre.
Auguste Villiers de l’Isle Adam (Titre d’un des Contes cruels)
À propos de l’Amérique Les nègres sont abondants et inexplicables. Beaucoup sont plus laids que nature et ont dû être fabriqués méchamment par des ennemis de la race noire.
Celui qui n’ose pas, de temps en temps, penser avec calme une chose affreuse ne sera jamais à tu et à toi avec la nature humaine.
Jules Romains (Les hommes de bonne volontéComparutions)
Je me l’offre, je l’accepte et je me dis merci !
Si on se mettait à chercher des raisons, on accepterait tout.
Pierre Bost et Jean Aurenche (Dialogues de Douce)
“Homme” et “Sauvage” sont deux mots qu’il est impossible d’accoler. Il n’a jamais existé de sauvage dans l’espèce humaine, mais simplement différentes façons d’être un homme.
Jean Raspail
Comme toutes les sociétés, la société cubaine n’est qu’un laborieux dispositif de trucage élaboré dans le but de permettre à certains d’échapper aux travaux ennuyeux et pénibles.
Michel Houellebecq (Plateforme)
Le mépris me fait l’effet d’un bandeau qu’on s’applique sur la conscience pour se dispenser de comprendre.
Marcel Aymé (Les tiroirs de l’inconnu)
Dans la vie, pourquoi ne pourrait-on pas tout avoir ? Puisqu’il y en a qui n’ont rien ! Ça rétablirait l’équilibre.
Michel Audiard (Carambolages)
Il était ivre d’être apaisé par la gloire d’un autre corps que le sien.
Jean Giono (Deux cavaliers de l’orage)
Qu’on suive le mouvement insensible par lequel, dans le relâchement de la discipline, les mœurs déclinèrent d’abord, puis tombèrent plus bas chaque jour, enfin se précipitèrent vers leur chute, jusqu’à ce qu’on en vînt à ces temps où nous ne pouvons plus souffrir ni nos vices, ni leurs remèdes.
Tite-Live
Guignol et Satan codirigent le monde.
L’or de la joie dans l’écrin gris des ruines et des décombres.
Daniel Schneidermann
Les plus redoutables des barbares, il est vrai, ne sont sans doute pas les guerriers au visage peint, à la chevelure luisante de beurre que les soldats romains voyaient surgir avec horreur des ténèbres de la Thuringe. La frontière de la sauvagerie et de la civilisation n’est pas inscrite seulement sur le sol. Elle partage le cœur de chaque civilisé. Freud n’a eu qu’à les appeler par leur nom pour que jaillissent des abîmes les monstres et les chimères qu’en des temps plus sages confesseurs et pédagogues refoulaient au delà des barrières qui protégeaient les mortels de leurs démons nocturnes. Chaque âme a besoin d’être, comme la Cité, couronnée de remparts.
Henri Massis
(D’une vieille fille) Il y avait, dans toute sa personne la stupeur d’une vie finie qui n’a pas commencé.
Victor Hugo (Les Misérables)
La Justice, fugitive du camp des vainqueurs…
Simone Weil
Le crime est une solitude, même si on se met à mille pour le perpétrer.
Albert Camus
La vieillesse, en définitive, n’est que la punition d’avoir vécu.
Émile Cioran
Le front sur le tabouret, entre les pattes de l’ourson, il entra dans la chambre chaude de son enfance.
Albert Cohen (Belle du Seigneur)
Aucune femme n’est jeune après 45 ans, mais on peut être irrésistible à tout âge.
Gabrielle Chanel
Les fous ouvrent les portes, les sages suivent.
?
Myrte, ô feuille douce-amère
Qui ne m’a chanté
Qu’éternelle et éphémère
Insatiété.
Charles Maurras
Chancelant soudain, et un froid lui venant, il la remit sur le lit, et il s’étendit auprès d’elle, baisa le visage virginal, à peine souriant, beau comme au premier soir, baisa la main encore tiède mais lourde, la garda avec lui jusque dans la cave où une naine pleurait, ne se cachait pas de pleurer son beau roi en agonie contre la porte aux verrues, son roi condamné qui pleurait aussi d’abandonner ses enfants de la terre, ses enfants qu’il n’avait pas sauvés, et que feraient-ils sans lui, et soudain la naine lui demanda d’une voix vibrante, lui ordonna de dire le dernier appel, ainsi qu’il était prescrit, car c’était l’heure.
Albert Cohen (Belle du Seigneur)
Leur bonheur est fait de confiance, d’ignorance et d’espoir.
André Gide (Retour de l’U.R.S.S.)
Je suis absolument sans pouvoir avec les filles comme ça. Je n’ai jamais poursuivi une fille que je ne sentais favorable d’emblée …
Elle Claire provoque en moi un désir certain mais sans but, et d’autant plus fort qu’il est sans but. Un pur désir. Un désir de rien. Je ne veux rien faire, mais le fait d’éprouver ce désir me gêne. …. J’ai un droit qui naît de la force même de mon désir.
Dialogues du Genou de Claire d’Éric Rohmer (Jérôme à Aurora)
Rien n’arrête le progrès, il s’arrête tout seul.
Alexandre Vialatte
 
Je ne fais pas une grande différence
Entre une fourmi et moi
Elle va, elle vient et puis recommence
C’est pareil à chaque fois
Toute l’année, son fourbi, sa pitance
Elle va, elle vient, elle travaille en silence
Elle ne fume, ni ne boit
Parcimonie, propreté, prévoyance
Probablement, elle me trouve immense
À supposer qu’elle me voie
 
Je ne fais pas une grande différence
Entre une fourmi et moi
Elle va, elle vient et puis recommence
Sans très bien savoir pourquoi
Pas de passion, même pas de romance
Elle ne rit pas, ni ne rêve, ni ne pense,
Elle fait ce qu’elle doit
Activité, rendement, diligence,
Elle ne sait pas ce que c’est que la souffrance
Ni ce que c’est que la joie.
 
Tu ne fais pas une grande différence
Entre une fourmi et moi
À peine si tu soupçonnes mon existence
Et à peine si tu me vois
Je n’ai aucune espèce d’espérance
J’pourrais très bien changer mon apparence
Aller vivre dans les bois
Et la fourmi, je lui fais confiance,
Pourrait tenir en toute compétence
Ma place auprès de toi
 
Jean-Claude Carrière (chanson chantée par Delphine Seyrig)
Ils sont là, dans l’enchantement de ce matin d’été, échangeant leur jeunesse et leurs trésors. Ils n’ont pas à aborder dans une île, puisque la voilà leur île, cette barque lourde et à peu près ronde, où ils se lancent des mots sans importance, presque sans douceur, où ils ont l’air de se disputer, d’accuser leurs différences, de mettre en parallèle leurs vies, où ils ne disent rien de profond, rien de secret, rien de confidentiel, où ils ignorent chacun de l’autre la famille, le passé, les rêves, les ambitions, mais où ils s’unissent, à vrai dire, par ce qui compte le plus, et qui est la légèreté.
Ils sautent sur la rive, vers dix heures, un peu étourdis, un peu ivres, et prêts à croire à l’avenir.
Robert Brasillach (Les sept couleurs)
L’avenir, la victoire et le repos ne nous appartiennent pas Nous n’avons à nous que la défaite d’hier et la lutte de demain.
Philippe-Auguste Jeanron (Espérance – 1834)
Ce qui est ennuyeux, dans les jugements qu’on peut porter sur la vie, c’est qu’on manque d’éléments de comparaison avec autre chose.
Ça, c’est de moi
Stat rosa pristina nomine, nomina nuda tenemus
Tout ce qui reste d’une rose fanée est le nom de la rose.
Bernard de Morlaix
La pierre tombe sur l’œuf, tant pis pour l’œuf !
L’œuf tombe sur la pierre, tant pis pour l’œuf !
Proverbe maltais
 
Les prévisions sont particulièrement difficiles à faire, surtout lorsqu’elles concernent l’avenir.
Winston Churchill
Les gens ne valent pas tout le mal qu’on se donne pour qu’ils pensent du bien de vous.
Georges Simenon (L’homme qui regardait passer les trains)
In girum imus nocte et consumimur igni
Nous tournons en rond dans la nuit et sommes consumés par le feu.
Palindrome de Guy Debord
Il y en a qui ne s’en aperçoivent pas du poids du ciel et on dit qu’ils sont heureux.
Georges Simenon (Lettre à mon juge)
Nous ne sommes, mon amour, que des enfants vieillis qui s’agitent avant de trouver le repos.
Lewis Caroll
Ensuite, il y a cette mobilité qui n’appartient qu’au 7ème art qui permet d’être dans la scène et non simplement devant. La caméra « prend du champ » ou, au contraire, « resserre » le plan autour des protagonistes selon les besoins d’intensité dramatique du moment. La lumière, si difficile à maîtriser au théâtre, est ici une alliée « objective » dont la variation subtile est un langage en soi
Dumbledore à propos de Marius
La fréquente petite lâcheté de se mettre avec les autres contre un ami.
Jules Renard (Journal)
C’est dans le rapport à autrui qu’on prend conscience de soi ; c’est bien ce qui rend le rapport à autrui si insupportable
Michel Houellebecq (Plateforme)
C’est ça, la vieillesse. C’est n’aimer que ce qu’on peut aimer et n’avoir envie que de ce que l’on peut avoir. Ça s’appelle la sagesse. Et j’avoue avec vous que c’est bien dégoûtant, mais c’est ainsi.
Françoise Sagan (La femme fardée)
Il dort. Quoi que le sort fût pour lui bien étrange
Il vivait. Il mourut lorsqu’il n’eut plus son ange.
La chose simplement d’elle-même arriva
Comme la nuit se fait lorsque le jour s’en va.
Victor Hugo (Les Misérables)
Laurence était intelligente, mais sans esprit, dépensière, sans générosité, belle sans charme, dévouée sans bonté, agitée sans entrain, envieuse sans désir.
Françoise Sagan (La laisse)
On sort de chez soi, on voit la foule dans la rue. Une seule pensée vient à l’esprit : extermination.
Émile Cioran
Quelque bien qu’on dise de nous, on ne nous apprend jamais rien de nouveau.
François de La Rochefoucauld
J’ai dépensé beaucoup d’argent pour les femmes, l’alcool et les voitures de sport. Tout le reste, je l’ai gaspillé.
Georges Best, footballeur
« Qu’est-ce qui vous rend triste comme ça ?
– C’est compliqué. Vous ne pouvez pas mesurer et encore moins me comprendre. Vous n’avez jamais volé le pain d’un enfant pour survivre. Moi je l’ai fait. Je suis vivant. L’enfant est mort ».
Rapporté par Pierre de Bénouville
Le vice est une envolée de la chair hors de sa fatalité
Émile Cioran
La plupart des femmes savent ranger le magasin des souvenirs, alors que nombre des hommes en laissent toujours la porte ouverte.
Ça, c’est de moi
On n’est pas heureux : notre bonheur, c’est le silence du malheur.
Jules Renard (Journal)
La poésie est indispensable. J’ignore à quoi.
Jean Cocteau
Il y a trois choses dans la vie que je ne supporte pas : le café brûlant, le champagne tiède et les femmes froides.
Orson Welles
Si l’on bâtissait la maison du bonheur, la plus grande pièce en serait la salle d’attente.
Jules Renard (Journal)
La tragédie de la mort est en ceci qu’elle transforme la vie en destin.
André Malraux
Le cinéma ne doit pas être une évasion, mais une invasion.
Paul Vecchiali
Homicide. [Nom masc.] : Interruption d’une vie humaine par une autre. Il existe quatre types d’homicides : inexcusable, excusable, acceptable et souhaitable, mais ça ne fait pas une grande différence aux yeux de la personne interrompue. »
Ambrose Bierce (Le Dictionnaire du diable)
 
Nous rentrions très tard, mêlant,
Des vers purs à des chants obscènes
Et l’on s’asseyait sur un banc,
Pour regarder rêver la Seine,
 
Sur l’eau rien ne vivait encore;
Ainsi qu’une ouvrière lasse,
Pressant sur ses flancs ses fils morts,
La Seine dormait dans sa crasse.
 
Nos cœurs d’ivrognes s’emplissaient,
D’une bienfaisante latrie
Si le soleil levant dorait
Les marronniers des Tuileries
 
Pour mieux évoquer d’anciens soirs,
Le plâtre et le vin des tavernes
Égayaient nos vieux habits noirs,
Et nos plastrons d’hommes modernes.
 
Alors ayant honte vraiment,
De nous connaître aussi lyriques
Nous offrions un coup de blanc,
Au balayeur mélancolique.
 
Vaines ruses ! et l’on découvrait
Dans le balayeur un poète,
Si bien que les verres tremblaient,
Sur le comptoir autel de fête !
 
Et pour qu’en ce soir sans égal,
Fut perpétué un pandore
On dressait le procès verbal,
Parsemé d’attendu sonores.
André Salmon (Fraternité)
On n’entend dans les funérailles que des paroles d’étonnement de ce que ce mortel est mort.
Bossuet (Sermon sur la Mort)
Est-ce que je sais quelle femme sera ma fille ? Vous m’êtes sympathique comme un homme qu’on a rencontré trois fois, c’est-à-dire indifférent ; je vois votre embarras ; si vous faites une sottise, vous direz « On m’a trompé !  » et si vous tombez bien, vous vous applaudirez seul en vantant votre bon goût. Tout est possible, Monsieur. On a vu des gens heureux
Jules Renard (Coquecigrues)
Quand il y a partout tant de pitié pour les animaux, il en reste bien peu pour l’homme.
Leonardo Sciascia
Ce qui est inévitable est sans importance.
Danielle Darrieux
Les faits ne pénètrent pas dans le monde où vivent nos croyances, ils n’ont pas fait naître celles-ci, ils ne les détruisent pas.
Marcel Proust (Du côté de chez Swann – Combray)
Ses vies s’imbriquaient très bien les unes dans les autres, et il y était très à son aise, mais il n’en montrait qu’une face à la fois à l’un, à l’autre, et chacun avait l’impression de connaître le vrai Giono.
Blanche Meyer (Le Giono que j’ai connu)
Il ne faut pas se payer de mots. C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon la France ne serait plus la France. Nous sommes avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne.
Charles de Gaulle, rapporté par Alain Peyrefitte
J’aime laisser supposer par mon jeu que nous sommes tous de pauvres êtres capables de choses pas très belles. Devenir héros ou salaud, c’est parfois juste une affaire de courant d’air. Je suis une espèce de terrain vague d’où jaillit je ne sais quel mystère. Dans les pires personnages, je cherche à montrer ce moment de détresse absolue qui efface l’horreur, et où, l’espace d’une seconde, peut naître la grâce, qui change tout. J’ai besoin de semer le doute et de racheter même les âmes perdues.
Michel Serrault
Vitalité de l’amour : on ne saurait médire sans injustice d’un sentiment qui a survécu au romantisme et au bidet.
Émile Cioran
Il était atteint de ce dégoût secret de lui-même, de cet accès périodique d’indifférence qui le glaçait au milieu du bonheur.
Saint-Simon, à propos du Régent
Nous nous représentons l’avenir comme un reflet du présent projeté dans un espace vide, tandis qu’il est le résultat, souvent tout prochain, de causes qui nous échappent pour la plupart.
Marcel Proust (La Prisonnière)
La semaine dernière, je suis allé voir Les maîtres-chanteurs de Nuremberg à l’Opéra. Ça commençait à 8 heures. Au bout de deux heures, j’ai regardé ma montre : il était 8 heures et quart.
Billy Wilder
Allongeant son ombre immense
Sur le monde et sur Paris
Quel est ce spectre aux yeux gris
Qui surgit dans le silence ?
Fantômas, serait-ce toi
Qui te dresses sur les toits ?
Robert Desnos
Ce n’est pas parce que j’ai un pied dans la tombe que je me laisserai marcher sur l’autre.
François Mauriac
La place de Dieu, je n’en voudrais pour rien au monde, parce que c’est un cul-de-sac.
Napoléon
Avec le progrès, on ne change guère que d’illusions.
Claude Imbert
Peu à peu, nous prenons l’habitude du recul et de l’humiliation, à ce point qu’elle nous devient une seconde nature. Nous boirons le calice jusqu’à la lie.
Charles de Gaulle
Le tremblement inutile des gens qui mourront demain…
Albert Cohen
On n’aime pas parce que, mais malgré ; non pour les qualités, mais malgré les défauts.
William Faulkner
Dans les sociétés paysannes, le temps cyclique l’emporte sur le temps linéaire, qui est celui de l’Histoire. Dans les sociétés modernes, c’est l’inverse.
Henri Guaino (À propos de l’Afrique)
Ce qui est simple est faux, mais ce qui est compliqué est inutilisable.
Paul Valéry
Il n’y a pas de grandes amours… Il n’y a que des amants qui meurent jeunes, sans avoir le temps de rompre ! La mort leur fait une fausse réputation.
Henri Jeanson (Entrée des artistes)
Nous sommes de pauvres êtres de nature, en fin de compte. L’attrait sexuel est une chose qui existe. C’est, en quelque sorte, le commencement de quelque chose qui doit changer ensuite. La beauté et la grandeur c’est que cet attrait sexuel fasse assez rapidement place à quelque chose de beaucoup plus important, au véritable amour – pas à la passion, que je déteste ! Seulement, ô merveille, ô miracle ! une fois que deux êtres ont été attirés par la chair, s’ils sont dignes de cela vient alors le véritable amour. Et cet amour-là, voyez-vous, est très proche de l’amour maternel, de l’amour filial, parce qu’à ce moment-là, le miracle qui peut se produire, c’est que celle qui a été au début attirée par la passion et par les charmes et les gloire de la sexualité, cette épouse devienne à la fois la mère et la fille, et que lui devienne à la fois le père et le fils. Et plus que cela, qu’elle devienne aussi la sœur et le frère et l’ami. Je sais l’importance de la sexualité. Mais que la sexualité fasse au plus vite place à autre chose !
Albert Cohen
Un pur trouve toujours un plus pur qui l’épure.
Henri Jeanson
Tout homme pessimiste et actif, s’il n’a pas une fidélité, a été, est, ou sera fasciste.
André Malraux
Elle sourit et nous nous séparâmes ; elle toujours aussi fière, aussi rude et moi toujours aussi ridicule en ce moment que toujours. Elle eut l’audace de valser avec un jeune aide de camp, et je restai tour à tour fâché, boudeur, admirant, aimant, jaloux.
Honoré de Balzac (Sarrasine)
Hic jacet pulvis, cinis et nihil
Ci-gît poussière, cendres et rien.
Inscription funéraire de la cathédrale de Tolède relevée par Maurice Barrès dans Du sang, de la volupté et de la mort
Tout se termine par une transaction entre l’optimisme de nos rêves et les duretés de la réalité et par une nouvelle construction d’espérances.
Maurice Barrès (Les Déracinés)
Elle était triste comme un chameau sous la neige.
Maurice Barrès (L’appel au soldat)
Je me quitte car je me lasse à m’écrire.
Mon frère.
Ce fut une extraordinaire nuit sur toute l’Europe. Il n’y avait plus aucun feu ni aucune lumière. C’était nouveau. Ça avait l’air d’être la première nuit sérieuse. C’était en réalité très ancien : la nuit reprenait ses vieilles habitudes avant l’invention du feu.
Jean Giono (Promenade de la mort et départ de l’oiseau bagué)
Rien ne m’échappe, personne ne peut m’échapper ! Les orages, la pluie, la grêle, le vent, les naufrages, c’est moi ! Les maladies, la guerre, avec ses beaux plaisirs, la peste, la famine, la misère, le meurtre, la haine, la jalousie, c’est moi !… La mort… c’est encore moi !
Jacques Prévert (Les visiteurs du soir)
Les femmes, il faut les aimer ou essayer de les comprendre. Aucun homme n’a une espérance de vie assez longue pour faire les deux.
Jean Amadou
Tu emploies des mots qui te dispensent de réfléchir, comme Amour. Voilà, amour, tout est dit, pas la peine d’aller voir plus loin !
Pierre Jourde
S’irriter d’un reproche, c’est reconnaître qu’on l’a mérité.
Tacite (Annales)
La vie de l’Homme oscille comme un pendule entre la douleur et l’ennui.
Schopenhauer (Le monde comme volonté et comme représentation)
L’amour est un sentiment ridicule accompagné de mouvements malpropres.
Théophile Gautier
 Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal,
Fatigués de porter leurs misères hautaines,
De Palos de Moguer, routiers et capitaines
Partaient, ivres d’un rêve héroïque et brutal.
 
Ils allaient conquérir le fabuleux métal
Que Cipango mûrit dans ses mines lointaines,
Et les vents alizés inclinaient leurs antennes
Aux bords mystérieux du monde Occidental.
 
Chaque soir, espérant des lendemains épiques,
L’azur phosphorescent de la mer des Tropiques
Enchantait leur sommeil d’un mirage doré ;
 
Ou penchés à l’avant des blanches caravelles,
Ils regardaient monter en un ciel ignoré
Du fond de l’océan des étoiles nouvelles
José-Maria de Hérédia (Les Trophées)
Les esclaves ne demandent jamais qu’une dose de plus de servitude.
Philippe Murray (L’empire du Bien)
Ils ne savaient pas où ils étaient, ils ne savaient pas où ils allaient, mais inlassablement ils discutaient de l’itinéraire.
Geoffrey Chaucer (Les contes de Cantorbery)
Les miroirs et la copulation sont abominables parce qu’ils multiplient le nombre des Humains.
Jorge-Luis Borges (Fictions)
Tantôt je pense que nous sommes seuls dans l’Univers, tantôt je pense que non. Dans un cas comme dans l’autre, cela dépasse l’entendement.
Un astronome
L’âge de l’alibi, dans lequel nous nous trouvons, a commencé avec le postulat de Rousseau dans L’Émile : la nature m’a fait heureux et bon, si je suis autrement, c’est la faute à la Société. Ce postulat repose sur deux idées fausses : que l’Homme dans son état naturel était heureux et bon, et que l’Homme primitif n’avait pas de société.
Stanley Kubrick
L’immobilité lasse d’une cheminée se dressant sur les ruines d’une maison après le passage d’un cyclone.
William Faulkner (Sanctuaire)
On est plus souvent dupé par la défiance que par la confiance.
Cardinal de Retz
Je ne veux pas que l’autre soit le même, je veux que l’autre soit autre. C’est à Babel qu’était la confusion, cette fois que l’Homme a voulu faire le malin.
Charles Péguy
On croit quelquefois qu’on marche le long d’un précipice, et lorsqu’on fait un pas de côté, on s’aperçoit qu’on était sur une bordure de trottoir.
Ça, c’est de moi
Sois toujours très imprudent, mon petit, c’est la seule façon d’avoir un peu de plaisir à vivre dans notre époque de manufactures.
La duchesse Ezia Pardi à Angelo dans Le hussard sur le toit
Par delà la voûte feuillue de la rue, les dieux sinistres les fixaient de leurs yeux impassibles et jaunes.
William Faulkner (Sartoris)
Tout le bois, les bras en l’air, danse sur la place une belle danse énervée. De larges navires d’ombre naviguent sur les collines. Le vol des nuages s’élance d’une rive du ciel à l’autre. Il passe dans le vent un corbeau tout éperdu, roulé comme une feuille morte.
Jean Giono (Regain)
Si les grands naufrages, les épidémies, les incendies meurtriers et les génocides me plaisent, c’est qu’il est plus facile de mourir en compagnie, dans des occasions extraordinaires, que de se préparer à la fin banale et solitaire qui nous attend au bout du chemin.
Vladimir Volkoff (Le retournement)
La gêne mêlée d’allégresse qui vous attend à la sortie des hôpitaux et des cimetières.
Gilbert Cesbron (Les saints vont en enfer)
Les imbéciles aiment la tragédie, qui les rehausse à leurs propres yeux, qui fait d’eux des personnages exceptionnels par leurs infortunes. Ils sont bien plus à l’aise dans le malheur qu’on ne le croit communément. Celui-ci leur fournit une merveilleuse occasion de gémir, de se poser en victime, de se parer de la ridicule supériorité d’avoir souffert.
Jean Dutourd (Le feld-maréchal von Bonaparte)
La chose la plus difficile pour un dirigeant, c’est de n’accorder aucune importance aux choses qui n’ont aucune importance
Charles de Gaulle
Je préfère avoir ce type à l’intérieur de ma tente, occupé à pisser dehors que de le savoir dehors, occupé à pisser sur ma tente
Lyndon Johnson à propos de d’Edgar Hoover
La voix de Ben n’était que rugissements. Queenie se remit en marche, et, de nouveau, ses sabots reprirent leur clic-clac régulier. Ben se tut aussi tôt. Luster, rapidement, jeta un coup d’œil derrière lui, puis continua sa route. La fleur brisée pendait au poing de Ben, et ses yeux avaient repris leur regard bleu, vide et serein, tandis que, de nouveau, corniche et façade défilaient doucement de gauche à droite ; poteau et arbre, fenêtre et porte, panonceau, tout dans l’ordre accoutumé.
William Faulkner (Le bruit et la fureur)
Chaque fois que M. Octave et sa sœur sont à Fréville, la tombe de Léon de Coantré est fleurie de fleurs toujours fraîches.
Henri de Montherlant (Les célibataires)
Comme ils allaient quitter le quai et prendre le boulevard François Ier, sa femme se retourna encore une fois pour jeter un dernier regard sur la haute mer ; mais elle ne vit plus rien qu’une petite fumée grise, si lointaine, si légère qu’elle avait l’air d’un peu de brume.
Guy de Maupassant (Pierre et Jean)
Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde.
Évangile selon Saint Matthieu
Est-ce qu’il n’arrive pas souvent que la détresse des fils des bâtisseurs de cathédrales soit de n’avoir plus d’autre destin que d’en être les sacristains ?
Charles Péguy
Quand parut l’aube, tardive et ruisselante
William Faulkner (Si je t’oublie Jérusalem)
– Si votre maison brûlait, qu’emporteriez-vous ? – Le feu !
Jean Cocteau
Ils ne manifestent si fort leur optimisme que parce qu’ils ont intériorisé l’amer soulagement qu’il y aura à être encore déçus.
Serge Daney
Quand elle lui sourit, il eut l’impression de voir une plaie pourvue de dents.
Tom Sharpe (La route sanglante du jardinier Bott)
Dans la société permissive qui se met en place, l’argent est un policier du désir autrement brutal et discriminant que ne l’avaient été autrefois tous les auxiliaires patentés de l’ordre moral.
Patrick Buisson (40-45 années érotiques)
Le soleil rouge fondait lentement dans un immense brouillard brun-rose où les montagnes une à une descendaient se coucher comme un bétail fabuleux.
L’air frais que le soleil sucrera tout à l’heure
Valery Larbaud (Journal de A.O. Barnabooth)
Aussi vaste que soit l’obscurité, il faut fournir notre lumière.
Stanley Kubrick
La peur de la mort est un réflexe de protection contre l’injustice. Mourir en sachant que d’autres vont continuer à respirer, jouir, souffrir, voilà qui est inacceptable. Si tout le monde y passe, alors il n’y a rien à dire.
René Barjavel (Le diable l’emporte)
Quand il est entré dans mon logis clos,
J’ourlais un drap lourd près de la fenêtre,
L’hiver dans les doigts, l’ombre sur le dos…
Sais-je depuis quand j’étais là sans être ?
Et je cousais, je cousais, je cousais..
Mon cœur, qu’est-ce que tu faisais ?
Il m’a demandé des outils à nous,
Mes pieds ont couru, si vifs, dans la salle,
Qu’ils semblaient si gais, si légers, si doux…
Deux petits oiseaux caressant la dalle…
De-ci, delà, j’allais, j’allais, j’allais,
Mon cœur, qu’est-ce que tu voulais ?
Il m’a demandé du beurre, du pain,
Ma main en l’ouvrant caressait la huche…
Du cidre nouveau, j’allais, et ma main
Caressait les bols, la table, la cruche,
Deux fois, dix fois, vingt fois je les touchais…
Mon cœur, qu’est-ce que tu cherchais ?
Il m’a fait sur tout trente-six pourquoi.
J’ai parlé de tout, des poules, des chèvres,
Du froid et du chaud, des gens, et ma voix
En sortant de moi caressait mes lèvres…
Et je causais, je causais, je causais…
Mon cœur, qu’est-ce que tu disais ?
Quand il est parti, pour finir l’ourlet
Que j’avais laissé, je me suis assise…
L’aiguille chantait, l’aiguille volait,
Mes doigts caressaient notre toile bise…
Et je cousais, je cousais, je cousais…
… Mon cœur, qu’est-ce que tu faisais ?
Marie Noël (1883 – 1967)
Le général cligna de l’œil. Il avait les paupières bombées, spacieuses et éloquentes.
Vladimir Volkoff (La leçon d’anatomie)
J’adore le passé ! C’est tellement plus reposant que le présent et tellement plus sûr que l’avenir…
Jacques Natanson (dialogues de La Ronde de Max Ophuls)
Il dévisageait la serveuse avec le regard d’un chien qui vient de se souvenir de l’endroit où il a enterré son os.
P.G. Wodehouse (L’inimitable Jeeves)
Un homme, ça s’empêche !
Albert Camus
J’ai passé le temps de ma vie à gagner ma vie et c’est une vie perdue.
Herbert Marcuse
Pour aller jusqu’à toi, quel drôle de chemin il m’a fallu prendre…
Robert Bresson (Pickpocket)
On trouve rarement le bonheur en soi, jamais chez les autres.
Chamfort
Le cimetière était vide. Il n’y avait plus que leurs pas sur la neige. Jeanne, morte, restait seule en face de Paris, à jamais.
Émile Zola (Une page d’amour)
Coupez cordes, hurlez bataille !
Cri de tournoi
Je sais, il y a la vie privée, mais la vie privée, elle est boiteuse pour tout le monde. Les films sont plus harmonieux que la vie, Alphonse. Il n’y a pas d’embouteillages dans les films, il n’y a pas de temps morts. Les films avancent comme des trains, tu comprends ? Comme des trains dans la nuit. Les gens comme toi, comme moi, tu le sais bien, on est fait pour être heureux dans le travail de cinéma.
François Truffaut (Dialogue de La nuit américaine)
Le bonheur n’a presque qu’une seule utilité, rendre le malheur possible.
Marcel Proust (Le Temps retrouvé)
Le but de la fête est de nous faire oublier que nous sommes solitaires, misérables et promis à la mort. Autrement dit, de nous transformer en animaux. C’est pourquoi le primitif a un sens de la fête très développé.
Michel Houellebecq (Interventions 2)
Chemins du pays d’Artois, à l’extrême automne, fauves et odorants comme des bêtes, sentiers pourrissants sous la pluie de novembre, grandes chevauchées des nuages, rumeurs du ciel, eaux mortes…
Georges Bernanos (Les grands cimetières sous la lune)
J’espère que vous appréciez ces soirées mexicaines pluvieuses et leur fabuleuse mélancolie.
Sam Peckinpah (Dialogue de Pat Garrett et Billy le Kid)
Connivence, complaisance, condescendance.
Ça, c’est de moi, à propos des journalistes
Le péché entre en nous rarement par force, mais par ruse. Il s’insinue comme l’air. Il n’a ni forme, ni couleur, ni saveur qui lui soient propres, mais il les prend toutes. Il nous use par dedans. Pour quelques misérables qu’il dévore vifs et dont les cris nous épouvantent, que d’autres sont déjà froids, et qui ne sont même plus des morts, mais des sépulcres vides.
Georges Bernanos (Sous le soleil de Satan)
Le pire quand on est vieux, c’est de se souvenir qu’on a été jeune.
David Lynch (Dialogue de Une histoire vraie)
Une eau claire et glacée, voilà ce que c’est, la haine.
Georges Bernanos (Monsieur Ouine)
Au ciel les nuages avaient fini leur journée et rentraient chez eux, sales, pressés, taciturnes.
Gilbert Cesbron (Les saints vont en enfer)
Mon estime pour moi-même a toujours augmenté dans la mesure du tort que je faisais à ma réputation.
Saint-Simon
Garder ce que, dans toute réunion d’hommes, il faut d’hypocrisie pour que les gens puissent se regarder les uns les autres sans horreur et sans dégoût.
Anatole France (Histoire comique)
C’est là une grande différence entre elle et moi. Quand elle a quelque chose sur le cœur, elle ne peut longtemps le garder, elle en parle, elle n’hésite jamais devant une conversation dont moi, en semblable situation, je redoute les effets, le caractère de fait acquis donné à des pensées fugitives peut-être sans importance, en tout cas qui se dissiperont si on n’en parle pas.
Louis Aragon (Blanche ou l’oubli)
Souviens t’en, du beau temps du romarin
L’hiver s’en vient sur nos chemins
Le romarin est comme la bruyère,
La violette et le lierre
La rose et le jasmin
Il attend, serré contre la pierre
Endormi sur la terre
En espérant demain.
Demain, ce sera demain,
Ce qui est beau soudain
C’est la nuit sous les sapins,
Tes yeux rêvant au loin.
Le printemps, le vrai temps, tu t’en souviens
Au coin du feu on est si bien
Le romarin brille dans la lumière
Les étés de la terre
Font le pain et le vin
On attend, blotti sous ses paupières
Serré contre la terre
Et la main dans la main
Cherchons la joie dans le vin
On n’a le goût de rien
Serrons plus fort nos deux mains
Imaginons enfin
Les matins, les jardins, l’odeur du thym
Le vent qui va, l’oiseau qui vient
C’est le printemps troublant comme un mystère
Le soleil dans la terre
La graine éclate enfin
On entend aux boucles des rivières
Danser toute la terre
Rêver le romarin
On entend l’hiver que le froid serre
S’écrouler, se défaire
Et ton cœur bat enfin
On entend les blés dans les jachères
Le ciel fou sur la terre
Le temps du romarin.
Luc Bérimont mis en musique par Lise Médini
Sainte Vierge, vous qui avez été conçue sans péché, accordez-moi la grâce de pouvoir pécher sans concevoir ! (Prière d’une prostituée napolitaine)
Anatole France (Sur la pierre blanche)
Peu importe tes errements. Peu importe combien tu m’as oublié. Peu importe toutes les croix que tu as dû porter toute ta vie. Il n’y a qu’une seule chose dont je veux que tu te souviennes tout le temps, une seule chose qui ne changera jamais : j’ai soif de toi tel que tu es. Tu n’as pas besoin de changer pour croire en mon amour parce que c’est croire en mon amour qui va te changer. Tu m’as oublié et maintenant je te cherche à chaque instant de ta vie, me tenant debout à la porte de ton cœur et frappant.
Mère Térésa
Celui qui demande reçoit ; celui qui cherche trouve ; et pour celui qui frappe, la porte s’ouvre.
Luc 11-10
Ah, qu’il faut aimer quelqu’un pour supporter sa présence !
Henri de Montherlant (La petite infante de Castille)
Ce qu’il y a de pittoresque, avec les décadences, c’est que, comme les avalanches, elles prennent d’autant plus de force qu’elles dégringolent de haut.
Ça, c’est de moi
Ce qu’il ressentait était moins du dégoût qu’une sorte de pitié générale pour la terre entière, pour l’humanité qui peut en son sein donner naissance à tant d’horreurs.
Michel Houellebecq (La carte et le territoire)
Si vous rendez un service à quelqu’un, il ne faut pas faire 9 sur 10. Il faut faire 10 ou ne pas vous en mêler. Si vous faites 9, vous vous créez un ennemi.
Henri de Montherlant (Les célibataires)
Tous parlent contre le monde et tous l’ont dans le cœur.
Henri de Montherlant (Les lépreuses)
Ainsi parlait Booz dans le rêve et l’extase,
Tournant vers Dieu ses yeux par le sommeil noyés ;
Le cèdre ne sent pas une rose à sa base,
Et lui ne sentait pas une femme à ses pieds.
Pendant qu’il sommeillait, Ruth, une moabite,
S’était couchée aux pieds de Booz, le sein nu,
Espérant on ne sait quel rayon inconnu,
Quand viendrait du réveil la lumière subite.
Booz ne savait point qu’une femme était là,
Et Ruth ne savait point ce que Dieu voulait d’elle.
Un frais parfum sortait des touffes d’asphodèle ;
Les souffles de la nuit flottaient sur Galgala.
L’ombre était nuptiale, auguste et solennelle ;
Les anges y volaient sans doute obscurément,
Car on voyait passer dans la nuit, par moment,
Quelque chose de bleu qui paraissait une aile.
 
Victor Hugo (Booz endormi)
Quand on cesse de croire en Dieu, ce n’est pas pour croire en rien, c’est pour croire en n’importe quoi.
Chesterton
Pour décider, il faut être en nombre impair. Et trois, c’est déjà trop.
Georges Clémenceau
Si tu avais chez toi un enfer comme le mien, tu commencerais peut-être à comprendre. J’ai beau me dire que le monde est en feu, la vie, pour moi, c’est d’abord cette besace de boue et de malheur que je traîne dans la nuit de mon tunnel.
Marcel Aymé (Le chemin des écoliers)

Il n’y a que Dieu qui puisse, sans danger pour lui, être tout-puissant.

Toqueville

Je suis Français de souche par naturalisation.

Jean Messiha, cadre du Front National d’origine égyptienne

Quand la place de Dieu est vacante dans les âmes, toute une armée de sorciers apparaît qui essaie d’occuper cette place.

Nikita Mikhalkov (dans Anna)

La tranquillité d’esprit ne fait pas partie des Droits de l’Homme.

Jacques Laurent (Les sous-ensembles flous)

Aucun beau soir d’été ne m’a procuré la pleine émotion dont je jouis en lisant : « Par un beau soir d’été… »

Jacques Laurent (Les bêtises)

Les gens qui se plaignent constamment vivent leurs malheurs deux fois. D’où leur humeur chagrine.

Jean Dutourd

Est disneylandisée toute société où les maîtres sont maîtres des attractions et les esclaves spectateurs où acteurs de celles-ci.

Philippe Murray

Je suis né Juif. J’ai reçu le nom de mon grand-père paternel, Aron. Devenu chrétien par la foi et le baptême, je suis demeuré juif comme le demeuraient les Apôtres. J’ai pour saints patrons Aron le grand prêtre, saintJean l’apôtre, sainte Marie pleine de grâce. Nommé 139e archevêque de Paris par Sa Sainteté le pape Jean-Paul II , j’ai été intronisé dans cette cathédrale le 27 février 1981, puis j’y ai exercé tout mon ministère. Passants, priez pour moi.

Épitaphe de Mgr le Cardinal Lustiger à Notre-Dame

La vérité est rarement pure et jamais simple

Oscar Wilde

Les poules ne savent pas qu’il est périlleux d’être ravitaillées par un cuisinier.

Jacques Laurent (Moments particuliers)

Dieu a donné aux hommes la vieillesse comme expiation de leurs fautes. Toute forme de vieillesse est une expiation.

Maurice Druon (Les grandes familles)

Le pouvoir n’est plus là que pour cacher qu’il n’y en a plus

Jean Baudrillart

Je n’ai pas plutôt gagné que je suis du côté de celui qui a perdu.

Jean Giono (Le bonheur fou)

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