Frost/Nixon, l’heure de vérité

Un peu trop à l’Ouest...

J’ai vu ça ; qu’en dire ? Que je ne me suis pas ennuyé une seconde, que je reste baba devant la performance d’acteur de Frank Langella qui sans ressemblance physique évidente avec Richard Nixon donne à son personnage une épaisseur, un parfum, une couleur, une structure qui nous font presque pénétrer dans l’intimité profonde du 37ème président des États-Unis d’Amérique, que Michael Sheen donne à voir une tête-à-claques particulièrement crispante, et vraisemblablement similaire à celle dont disposait cet interviouveur de télévision qui eut le culot intelligent de se frotter à un joueur d’une autre dimension (et d’une autre division), mais que ça me reste tout de même assez extérieur.

D’abord parce que, issu d’une pièce de théâtre à succès, et quoi qu’on en dise, le film porte encore la structure temporelle de la scène, instants de bravoure dans quoi on voit les actes et leur rythme ; et que les confrontations entre les deux principaux protagonistes écrasent tout le reste de la distribution, ce qui est plus fréquent au théâtre qu’au cinéma.

2008_frost_nixon_001Puis parce que, à nos yeux européens, ce débat Frost/Nixon qui, paraît-il, en 1977, fit une audience folle, n’a eu de retentissement que pour les spécialistes de l’actualité étasunienne ; en 1977, en Europe, il me semble qu’il y avait longtemps que Richard Nixon appartenait au passé et que, comme Valéry Giscard d’Estaing après 1981, ses tentatives de retour au premier plan apparaissaient comme naïves et un peu ridicules. En 1977, on parle davantage de la visite de Sadate en Israël, où il est reçu par Begin, c’est la crise des Euromissiles, c’est la radicalisation de l’extrême-gauche en Allemagne (Bande à Baader : assassinat de Schleyer) et en France (Noyaux armés pour l’autonomie populaire : assassinat de Tramoni), où, par ailleurs, les élections municipales sont à la fois le triomphe de la Gauche et de… Jacques Chirac à Paris… Donc, un débat si désuet…

Et enfin parce que cette aversion pour Nixon, cette affaire du Watergate me semble tout de même très marquée par le puritanisme et l’adulation légaliste qui caractérise l’Outre-Atlantique ; je ne dis pas qu’aller espionner ses adversaires est extrêmement moral, mais enfin, dans une démocratie où l’opinion est la maîtresse des choses, il est élémentaire de savoir ce qui se trame contre vous ; les Plombiers du Canard enchaîné sous le président Pompidou, les Écoutes de l’Élysée sous le Président Mitterrand ont, certes, fait un grand bruit médiatique, mais n’ont pas tellement remué les Français, qui se doutent bien que cela se passe dans tous les temps et sous toutes les majorités (pourquoi aurait-on tant d’admiration pour les James Bond et Derek Flint et leurs épigones dans la fiction, et s’indignerait-on vraiment dans la réalité ?)…

Le bilan des mandats de Nixon semble aujourd’hui, aux yeux de nombreux spécialistes, plutôt positif ; il reste à se demander pourquoi un Président réélu en 1972 avec plus de 60% des suffrages et le vote de 49 États sur 50 dut quitter le Pouvoir moins de deux ans après…


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