Funny games

Banalité du Mal.

Je n’avais vu jusque là que le seul Pianiste de Michael Haneke, qui, sans me déplaire, ne m’avait guère retenu.

Et là, sur le conseil à peine murmuré de mes enfants (qui savent bien qu’il ne faut pas trop insister, et que le serinement prosélyte me referme généralement telle l’huître arcachonnaise), le choc haletant d’un film qui ne m’a pas laissé tranquille une seconde.

C’est une histoire de victimes et de bourreaux.

Les victimes, le père, Georges, la mère, Anna et le fiston, Schorschi ; les membres d’une famille aisée, et un peu davantage, qui vient passer quelques semaines dans sa maison de campagne cossue, au bord d’un lac de montagne ; ils y ont leurs habitudes, fréquentent leurs voisins, y sont installés dans une tranquillité parfaite, un peu endormeuse. A dire le vrai, ils sont assez insignifiants, ils ne sont pas de ces personnalités à qui l’on s’attache, dans un film, et qu’on souffre de voir disparaître.

Les bourreaux, qui surviennent tranquillement, avec une politesse infinie, sont beaucoup plus intéressants, puisqu’ils sont les maîtres du jeu. Jeunes gens courtois, bien élevés, l’un, Pierre (Frank Giering), grassouillet, un peu niais, un peu geignard, l’autre, Paul (Arno Frisch), séduisant, charmeur, impeccable, plein d’allure.

Si le malaise s’installe très, très vite parce que ces jeunes gens sont vraiment trop polis, mais que leur insistance est dérangeante, la brutalité avec quoi se dénoue la tension est inouïe : Pierre fracture la jambe de Georges avec un club de golf et, à la famille désemparée, interloquée, terrorisée, Paul annonce que le lendemain matin tous seront morts.

Pour ceux qui aiment connaître la fin des films, j’ai trouvé une remarquable critique sur Google, à l’adresse yrol.free.fr/CINEMA/HANEKE/funnygames, très pénétrante et subtile.

Je n’y ajouterai que très peu : il me semble qu’il y a dans Funny games bien plus qu’une réflexion sur la violence, celle que chacun porte en soi, celle qui peut assaillir à tous moments, de toute part.

La violence d’Alex et de ses droogs dans Orange mécanique, la violence du Major Scott, dans Les chiens de paille sont finalement compréhensibles, assimilables. Celle de Pierre et Paul ne l’est pas ; lorsque Georges, au tout début de son calvaire demande « Pourquoi faites-vous ça ? », il s’entend répondre « Pourquoi pas ?« .

Il y a bien longtemps que je n’ai pas relu « Monsieur Ouine » où Georges Bernanos tente de mettre en scène le Mal, ce qui est sûrement la chose la plus difficile qui se puisse ; eh bien j’ai la conviction que Michael Haneke est parvenu à mettre le doigt dessus, dans ce « Pourquoi pas ?« .

 

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