Hollow man

Histoire essoufflée.

J’attendais tout de même davantage d’un film de Paul Verhoeven, Batave alors exilé à Hollywood, dont j’ai beaucoup apprécié les très ambigus et subtils Starship troopers et Black book, pieds de nez au manichéisme de la pensée correcte. J’ai dû voir aussi son grand succès, Basic instinct, mais je ne me souviens de rien, y compris de la couleur de la petite culotte de Mlle Sharon Stone

Hollow man est une nouvelle incursion dans la mythologie prométhéenne de L’homme invisible, créée par H.G. Wells qui a bien donné lieu à une dizaine d’interprétations, plus ou moins réussies. L’homme victime de son ubris, de son goût démesuré de la découverte, le scientisme naïf du 19ème siècle, ça a donné lieu à plein de variations, de Frankenstein à Mr. Hyde… et de fait Hollow man passe un peu, en version moderniste sur ces brisées-là.

 En 2000, date du tournage, les effets spéciaux numériques commençaient à devenir intéressants rendant possible la réalisation de films jusqu’alors inimaginables (1993 : Jurassic Park ; 2003 : Le Seigneur des anneaux) ; d’où une complaisance certaine à montrer les trucages et d’en développer les ramifications ; c’est assez spectaculaire et les reconstitutions/effacements simiesques ou humains sont attractifs (cela dit, lorsqu’on en a vu un, on sait de quoi il s’agit).

Bien plus intéressante est la dégradation constante de la personnalité du Docteur Sébastian Caine (Kevin Bacon), charismatique chef d’équipe et génie de la biologie dont on a bien perçu d’emblée la mégalomanie obsidionale mais dont Paul Verhoeven accentue graduellement les défauts ; profitant de l’invisibilité qu’il teste, il se comporte d’abord en grand gosse espiègle qui pince les fesses de ses collaboratrices, en voyeur-violeur malsain et en assassin mégalomane. En d’autres termes, on commence avec Prométhée et on finit avec Freddy. Du reste, et pour rester conforme aux lois du genre, le film montre, dans l’espace clos et bouclé les protagonistes menacés par le tueur qui, au lieu de rester groupés devant la menace, s’éparpillent et se font descendre un par un ; autre tic, la quasi invulnérabilité du tueur qui, assommé, brûlé, esquinté, transpercé, resurgit dès qu’on le croit définitivement zigouillé jusqu’à ce qu’un dernier effort l’envoie vers l’enfer (jusqu’à sa prochaine et vraisemblable résurrection).

Il y a du rythme, mais c’est très très prévisible, finalement : de la sympathique équipe ne survivront, in fine que les deux amoureux triomphants (et c’est la femme qui aura porté le dernier coup au monstre). On aurait pu espérer que Verhoeven mettrait un petit coup de neuf dans ce caravansérail de banalités…

 

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