Ice storm

Tout le monde est malheureux.

Il faut reconnaître au réalisateur taïwanais Ang Lee la qualité – si c’en est une – de s’être parfaitement fondu dans le moule culturel cosmopolite d’Hollywood. Et donc d’être tout à fait capable de réaliser un film solidement composé, sans aspérités particulières, habilement mené, bien rythmé, qui n’ennuie jamais. Et surtout où l’on identifie facilement les personnages et où on suit l’entrecroisement des histoires qui en forment la trame. A contrario on pourrait dire, en s’appuyant sur ces qualités reconnues, que Ice storm manque de flamme et du brin de folie qui l’aurait fait passer en classe supérieure.

Filmé en 1997, le film reporte les spectateurs en 1973. À dire vrai je ne vois pas très bien pourquoi le réalisateur a souhaité décaler dans le passé une histoire qui était et qui demeure à peu près intemporelle ; en tout cas les vingt ans de différence ne marquent pas un saut si surprenant : les 25 années n’ont pas connu de modification si substantielle que ça pour l’effondrement du modèle sociétal traditionnel de la civilisation occidentale.

Je veux dire que les sujets de société évoqués dans le film – lassitudes conjugales, effondrement des structures familiales, frustrations et désirs adolescents – s’ils sont de toutes époques, ont tout de même connu de sacrées évolutions formelles, sinon structurelles, à partir des années 60, mais n’ont pas beaucoup évolué depuis lors (en tout cas jusqu’au wokisme et à la révolution MeToo. Cela dit, pourquoi ne pas se situer en 1973 ? Ça donne l’occasion de montrer des modes qui furent parmi les plus hideuses de l’Histoire et un monde sans ordinateur ni téléphone portable.

Dans la bourgade de New Canaan, située dans le Connecticut, à quelques encablures de New-York, et qui est, selon Wikipédia, une des plus riches des États-Unis, voilà un regard assez clinique posé sur une petite société très prospère ; société un peu émoustillée par la Révolution sexuelle qui a commencé à bouleverser les structures familiales depuis une demi-douzaine d’années, à partir de la Californie.

Regard posé principalement sur deux familles : celle de Ben (Kevin Kline) et de Élena (Joan Allen), de leur garçon Paul (Tobey Maguire), 16 ans et de leur fille Wendy (Christina Ricci), 14 ans. Et celle de Jim (Jamey Sheridan) et de Janey (Sigourney Weaver), de leurs deux fils Mickey (Elijah Wood) et Sandy (Adam Hann-Byrd), 16 et 14 ans à peu près aussi.

Pour corser le tout, Janey/Sigourney Weaver et Ben/Kevin Kline sont amants ; et la jeune Wendy/Christina Ricci, qui a couchoté avec le jeune Sandy est amoureuse de son aîné/Elijah Wood ; puis, comme on est en 1972, les jeunes essayent toutes les drogues douces possibles et les grandes personnes jouent à des jeux libertins idiots : lors d’une soirée, les hommes déposent la clef de leur voiture dans un grand saladier et, au moment de se séparer, les femmes vont à la pêche aux clefs et repartent avec un compagnon de hasard.

Tout cela se passe à la fin du mois de novembre, au moment du fameux Thanksgiving, au moment où une vague de pluie glacée exceptionnelle est annoncée sur la contrée. Le découpage de la rituelle dinde n’apporte que peu de choses, mais la pluie glacée donne à Ang Lee l’occasion de montrer de bien belles images de forêts pétrifiées sous le givre ; et aussi la rupture d’une ligne électrique qui va se détendre comme un fouet mortel.

Y a pas à dire, c’est bien mené, très professionnel. Mais j’imagine (pour ne l’avoir jamais regardé) que c’est un peu à quoi doit ressembler le célèbre feuilleton Desperate Housewives. Ce qui sous ma plume n’est pas forcément un compliment.

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