Inception

James Bond contre Sigmund Freud.

À la lecture de la très très longue page qui a été consacrée à Christopher Nolan sur Wikipédia, je me suis dit que je devrais sacrément apprécier le réalisateur. Je partage son goût prononcé pour les tentatives de Jorge luis Borges de changer la réalité littéraire, j’apprécie les gravures, les architectures déconcertantes, paradoxales de M. C. Escher, le cinéma labyrinthique et quelquefois opaque de Stanley Kubrick et de David Lynch… Tous artistes qui décontenancent, désarçonnent, déroutent même souvent. Je devrais apprécier Nolan ; je devrais peut-être en voir davantage. Je n’ai qu’un très mauvais souvenir – mais assez ancien – de Memento, j’ai trouvé sans aucun intérêt Le prestige, vu récemment ; j’ai apprécié Dunkerque,mais, si j’ai bien compris, c’est un peu un contre-exemple dans la filmographie du bonhomme.

Alors le terriblement long Inception. D’abord, ce qui me surprend beaucoup, c’est l’ambiguïté qui préside à son succès torrentueux. J’ai regardé très attentivement le spectacle remarquablement mis en scène, doté de scènes spectaculaires et lu deux fois la longue relation du scénario qui est faite, toujours dans Wikipédia. Même si mon matériel intellectuel et mon agilité d’esprit ne sont plus ceux de mes jeunes années, je crois avoir été doté par le Bon Dieu et mes chers parents d’une intelligence un peu au dessus de la moyenne (un tout petit peu seulement, mais au dessus, c’est vrai).

En d’autres termes, je me crois au moins aussi capable que la majorité du public des multiplexes de banlieue de comprendre une structuration plutôt complexe. Le solipsisme, qui postule que l’existence du sujet pensant est la seule certitude objective, ne m’est pas inconnu, la philosophie de Schopenhauer est une des rares qui m’ait un peu intéressé et j’aime beaucoup cette formule de Jules Romains (dans Les Créateurs tome 12 des Hommes de bonne volonté) : L’existence d’autrui n’est, après tout, pas si démontrée que cela.

Que s’appuyant sur des dérives de la psychanalyse, on puisse concevoir une sorte de brigade – ou de gang – capable de s’insinuer dans des cerveaux pour les examiner, leur arracher des secrets et, pourquoi pas last but not least, insinuer en eux ce qu’on voudrait qu’ils pensent, pourquoi pas ? De bien nombreux ouvrages, littéraires ou cinématographiques font précisément appel à ce genre de phénomènes et de singularités.

Donc Dominic Cobb (Leonardo DiCaprio) est à la tête d’une petite mais fructueuse entreprise bien connue de ceux qui en ont à la fois l’appétit et les moyens. Il vend ses services à ceux qui en ont besoin et leur propose de modifier, à foison, les points de vue, les décisions, les choix qu’ils ont fait. Ce qui est extraordinaire, au demeurant ; nous sommes aujourd’hui, sur notre belle Terre, 6 à 7 milliards d’habitants. Nous rendons-nous compte du nombre de souvenirs, d’histoires personnelles, d’angoisses, de secrets cachés dans la multitude de milliards de neurones des cerveaux humains ? Et voilà qu’il y a des gens qui font profession d’aller torturer ces neurones et de les orienter comme certains souhaitent qu’ils le soient.

L’idée est loin d’être médiocre et l’histoire est subtile. Sans doute l’est-elle trop. Elle s’étage sur plusieurs niveaux de réalité et il faut vraiment beaucoup d’attention pour suivre à chaque instant où sont ensevelis les protagonistes qui cherchent à pénétrer le cerveau de l’héritier d’une entreprise considérable Michael Fischer (Cillian Murphy) à la demande de l’un de ses concurrents, Saito (Ken Watanabe). Ces prodromes devraient suffire : on assiste à la lutte des uns contre les autres. Mais l’objectif de Christopher Nolan n’est pas de raconter une histoire haletante et subtile : il est de montrer comment les aventuriers de l’onirisme parviennent à cambrioler les esprits et de les faire évoluer dans les directions souhaitées.

Histoire ennuyeuse, donc mais dotée de tous les prestiges du cinéma d’aujourd’hui : des bagarres, des poursuites, des tueries, des trucs aussi spectaculaires que finalement ennuyeux et répétitifs. On admire le talent du montreur de marionnettes ; mais qu’est-ce que ça a à voir avec le cinéma ?

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