Jéricho

affiche jericho henri calef 1946La geste de la Résistance.

La date du tournage n’est pas neutre : en 1946, et pour un bon moment encore, on n’a que faire d’entrer dans les complexités infinies de la période précédente et l’on a absolument besoin de forger une légende dorée, pour la postérité, sans doute un peu mais surtout pour se rehausser à ses propres yeux.

D’où l‘héroïcisation – si on me permet le néologisme – de toute la population, le Mal étant rejeté sur une seule figure, celle du veule, tripatouilleur, lâche et immonde Jean-César Morin, joué de façon assez gluante par Pierre Brasseur.

C’est tout simple et un peu dans la veine de la contemporaine Bataille du rail : la Résistance doit absolument faire sauter un convoi de chemin de fer (d’essence) et prend les risques d’une condamnation d’otages sanglante ; il y a déjà, dans les geôles de la ville, de nombreux prisonniers mais la cellule que présente le film est particulièrement chatoyante : un aristocrate patriote très exalté (Jacques Charon), un militant communiste attachant (Roland Armontel), un médecin courageux (Louis Seigner), un clochard humaniste et infirme (Pierre Larquey) ; et en sus, ce Jean-César Morin (Pierre Brasseur) qu’on déteste d’emblée.

JerichoCeux-là et d’autres prisonniers vont être rejoints par une palette d’habitants, notables (le conseil municipal) et braves gens, raflés n’importe où, petits employés ou commerçants qui se distraient en jouant aux cartes (parmi lesquels Paul Demange ou Yves Deniaud). Comme de bien entendu les otages passent une nuit d’angoisse mais avec, finalement, assez peu de défections dans le reniement ou la terreur.

L’attentat réalisé et réussi, grâce au concours des valeureux cheminots (Jean Brochard) et de la jeunesse dorée (le fils du pharmacien – Raymond Pellegrin -, la fille du médecin – Nadine Alari -) , les otages sont conduits à l’exécution quand la Royal Air Force, miraculeusement, survient et libère tout le monde.

Ne pas croire que cet unanimisme sympathique est niais, et moins encore ridicule ; évidemment, Jericho est un film manichéen et partial, tranché à grands coups de beaux sentiments et de regards univoques : il n’y a qu’un seul conseiller municipal qui se débonde et supplie de n’être pas otage (ce à quoi, le maire (Guy Favières), l’autorisant à se débiner le cingle d’un parfait Nous n’obligeons personne à se conduire comme il faut ! – eh oui, dialogues de Charles Spaak -), il n’y a qu’un ou deux mouvements de panique dans la nuit terrifiante où les braves gens attendent la mort promise (notamment chez Jean d’Yd, qui porte la mollesse crapouilleuse sur sa figure), mais tout le monde se comporte avec noblesse et sens du sacrifice…

jericho henri calef 2Alors le happy end peu vraisemblable s’admet, même si, comme dans La bataille du rail, la tension et la logique auraient dû privilégier l’exécution ; mais ce n’est pas mal du tout.

J’ai cité nombre d’acteurs, la plupart de second rang, mais dont les physionomies sont notoires à qui connaît la période ; ajoutons-y René Genin, Line Noro, Gabrielle Fontan, Fred Pasquali et, dans les rôles d’Allemands, Henri Nassiet et Howard Vernon… On s’amusera à les identifier au fil des séquences…

Et naturellement, cette absolue vermine de Pierre Brasseur, s’est, tel Judas, suicidé dans la nuit fatidique poussé par la trouille noire (ou un peu aidé par ses compagnons ?)….

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