Jim la Houlette

Cinéma du quartier.

Sans doute la pièce de boulevard écrite par Jean Guitton a-t-elle connu un certain succès puisque le film d’’André Berthomieu en est la seconde adaptation, après une première version muette de Pierre Colombier sortie en 1926. Et de fait le scénario est assez ingénieux, à tout le moins si on veut bien se laisser séduire par une pochade à ressorts très éprouvés, avec chef de bande doté d’une façade très respectable et brave couillon sacrifié par sa niaiserie aux manœuvres délictueuses de cette bande et finissant in fine de s’en sortir grâce à sa gentillesse et son honnêteté naturelles. Banal, donc, mais de robuste prestance.

Et pourtant ça paraît finalement assez lourdingue et sans grand intérêt ; c’est un peu éparpillé, sans personnage majeur qui pourrait guider l’intrigue. En d’autres termes aucun des personnages ne possède assez de consistance pour porter l’histoire. Histoire éprouvée, donc, très classique. Un nigaud sans aspérité, Jacques Moluchet, (Fernandel) est, sans qu’on sache vraiment pourquoi, devenu le nègre de son ami d’enfance ? de collège ? de régiment ?) Philibert Bretonneau (Louis Florencie) qui a épousé (on ne sait pas davantage ni le pourquoi, ni le comment) Pauline de La Verrière (Mireille Perrey) avec qui il vit dans le manoir de la marquise mère de Pauline (Marguerite Moreno). Moluchet, amoureux transi de la châtelaine, rédige pour le compte de son ami/exploiteur des aventures sentimentales. Mais les romans à l’eau de rose ne font plus assez recette et l’éditeur (Henry Trévoux), pour en relancer le succès, suggère un coup assez matois.

C’est que, depuis quelque temps sévit dans le pays un mystérieux cambrioleur, Jim la Houlette, qui se rit des argousins et passe à travers les mailles de tous les filets qui sont tendus à sa poursuite. Il s’agit donc, lors d’une réception mondaine, de simuler un hold-up prétendument réalisé par Jim qui, négligeant bijoux et sommes d’argent, ne s’emparerait que du manuscrit du prochain roman, lui donnant ainsi une publicité immédiate et considérable.

Le brave Moluchet, qui est sous l’emprise totale de son présumé ami et qui est surtout absolument et niaisement amoureux de sa femme, accepte de se prêter au jeu et de marcher dans la combine. Mais le véritable cambrioleur Jim la Houlette intervient, rafle billets et joyaux, s’enfuit et laisse Moluchet dans les mains de la police ; puis de la justice ; puis de la prison. Le malheureux, trop heureux de l’admiration que porte au malfaiteur Pauline, la femme qu’il aime en secret, se laisse condamner avec une certaine volupté jusqu’à ce qu’il découvre qu’il est promis à la guillotine.

C’est là que se révèle le véritable Jim la Houlette, qui est à la fois, en version affadie d’Arsène Lupin, un malfaiteur et un justicier honnête. Tout finira par s’arranger à peu près et Moluchet triomphera à la fois de l’adversité et des néfastes. Voilà qui ravit la morale et le spectateur.

Alors, qu’est-ce qui ne va pas trop, avec un scénario qui n’est pas plus mauvais qu’un autre et des acteurs qui font leur (modeste) job ? Sans doute, donc, l’inconsistance des personnages, qui sont à peine dessinés et jamais bien intéressants. Ça suffit à ennuyer ? Bien sûr ! Dans ce domaine, dès que l’horloge ne fonctionne pas avec une précision magique, on voit bien trop vite l’agencement des ressorts. Et leur poussière. Et leurs grippages.

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