L’année sainte

L’Univers aspire à la vacuité.

Il y a une quantité industrielle de très mauvais films. Mais, précisément, leur nullité peut être si abyssale qu’on peut éprouver à la regarder une forme de fascination atterrée ; une fascination qui, certes, ouvre de drôles de perspectives sur la nature humaine mais n’en est pas moins une dure réalité. Il va de soi, au demeurant, qu’il faut distinguer ces très mauvais films de la délicieuse catégorie des nanards qui, elle, tourneboule toutes les appréciations, tous les jugements possibles et dont on peut, à très juste titre, se repaître voluptueusement.

Rien de cela dans L’année sainte, film qui est tellement étique, tellement parcimonieux, tellement vide que les mots manqueraient presque pour déplorer que le dernier rôle de Jean Gabin avant qu’il rejoigne le paradis des acteurs qui lui a donné une place prioritaire aux côtés du Seigneur, que ce dernier rôle ait emprunté tant de couleurs estompées.

Parce que, paradoxalement, le film de Jean Girault comporte – et c’est ce qu’il a de plus affligeant et de plus stupéfiant – une distribution de très haute gamme. Jean Gabin, donc, mais aussi Jean-Claude Brialy et, en guest star, Danielle Darrieux. Puis des silhouettes qui ne sont pas toutes négligeables : Henri VirlojeuxMaurice TeynacStéphane Bouy, Jacques MarinMonique Tarbès et même Nicoletta Machiavelli qui aurait pu faire une jolie carrière si elle n’était pas tombée sous l’emprise d’un gourou.

Et tout ça ne donne rien, rien de rien, malgré quelques répliques qui tentent de pasticher la verve de Michel Audiard sans qu’on puisse en retenir aucune, malgré l’idée de scénario, pas plus sotte qu’une autre, de déguiser en prélat et en prêtre secrétaire deux évadés de centrale pénitentiaire qui partent pour Rome lors de l’année jubilaire 1975 (la fameuse Année sainte) récupérer un gros magot dissimulé sous un arbre à proximité d’une obscure chapelle.

Le film n’est pas vulgaire – ou à peine – il n’est pas violent, il n’est pas méchant : c’est bien pire, il est la vacuité dans toute sa pâleur, dans toute la médiocrité imaginable : on le regarde effaré par le vide de sa composition, de ses péripéties, de ses dialogues. On se demande pourquoi ce genre de choses existe, pourquoi une chaîne improbable ose le recycler entre Noël et Jour de l’An. Pourquoi on l’a regardé, évidemment.

Mais ceci est une autre histoire…

 

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