Le bouffon du Roi

 Les mystères du jardin de l’enfance

Le bouffon du Roi vient de passer sur la chaîne Paramount, qui est une sorte de robinet à images hollywoodiennes et propose aux curieux le meilleur et le pire. Il vaut en tout cas la peine de jeter régulièrement de jeter l’œil sur sa programmation, malheureusement toujours en VF, pour découvrir ici et là une bizarrerie qu’on n’achèterait pas en DVD mais qu’on se fait un plaisir de découvrir ou de revoir. Et il y avait un bon moment que je me disais que dans le cadre de mon archéologie cinématographique personnelle, il me manquait de revoir un film interprété par Danny Kaye.

Je suis certain que si l’on citait aujourd’hui ce nom de but en blanc, il n’y aurait pas beaucoup d’amateurs de cinéma pour se rappeler que cet acteur fut une grande vedette comique des années 50, chanteur, danseur, acteur, tournant plusieurs films par an, diffusés dans le monde entier. J’ai vu cela, entre 8 et 12 ans, sans enthousiasme et sans déplaisir : Un grain de folie, Noël blancLe fou du cirque, Moi et le colonel… Et donc Le bouffon du Roi qui date de 1955 mais a dû être projeté en France en 56 ou 57.

La mémoire est chose curieuse. Je ne me souvenais nullement de l’intrigue mais bien d’avoir vu le film au cinéma Splendid, rue Carnot (ou rue de l’Annexion ?) à Annecy et malgré ce long passé sexagénaire j’avais encore en tête que, presque à la fin du film, le château du vilain roi usurpateur était attaqué par les fidèles du souverain légitime (qui n’est encore un bébé mais porte sur sa fesse gauche une marque de naissance en forme de fleur d’aubépine). Et les vaillants assaillants déferlaient dans la grande salle du château au moyen de longues cordes comparables aux lianes qu’utilise Tarzan pour se déplacer dans la forêt équatoriale.

Ceci est un peu léger pour alimenter un profond désir de revoir un film ; je me suis installé devant mon écran en craignant de devoir regarder une épouvantable bouillie, quelque chose de ringard et de dégradant, un peu comme un Jerry Lewis (c’est encore pire lorsque Dean Martin l’assiste) ; et les premières images d’un Danny Kaye costumé en fou de pacotille et chantant une ritournelle ont commencé à m’inquiéter. Notons d’ailleurs qu’aucune des mélodies qui ponctuent le déroulement de l’intrigue avec assez de fréquence n’est à retenir : l’agrément du film n’est pas là.

Où est-il alors ? Pas très loin, à vrai dire. L’histoire fantaisiste d’Hawkins (Danny Kaye), membre insignifiant, chargé des tâches secondaires de la courageuse bande dirigée par le Renard noir(Edward Ashley) qui, comme Robin des bois s’est donné pour tâche de restaurer le roi légitime d’Angleterre. Hawkins est chargé d’accompagner Jean (Glynis Johns), la charmante capitaine en second de la troupe qui doit mettre à l’abri le royal rejeton, poursuivi par les sbires du tyran usurpateur. Il doit aussi trouver le moyen d’ouvrir au Renard noir et à ses hommes un passage secret qui leur permettra d’envahir le château où siège le méchant despote.

On devine qu’il y parviendra, emballera (à tous les sens du terme) la gracieuse Jean et fera reconnaître le nourrisson comme le vrai souverain. Mais cela, bien entendu après mille péripéties tragi-comiques. Il ne faut pas leur attacher de l’importance, mais elles ont inventives, enjouées, quelquefois franchement drôles (un petit chef-d’oeuvre d’humour : la séquence où Hawkins apprend, avant un duel qu’un seul des deux récipients que les combattants doivent boire est exempt de poison : instruit avec trop de vivacité de la chose par la sorcière Griselda (Mildred Natwick) Le hanap avec le pilon contient la boisson sans poison, se répétant la formule en l’intervertissant avec une autre il finit par perdre tout à fait le sens de ce qu’il faut faire ; mille bravos en tout cas aux adaptateurs français qui ont traduit de l’anglais ce long passage en respectant le rythme et les assonances).

Le film n’a pas manqué de moyens, développe un nombre congru de figurants, est tourné dans le Technicolor de la grande époque, chatoyant, lumineux, excessif, propre à émerveiller les yeux des petits que nous étions. Il y a plein de bonnes idées, un duel qui ne vaut évidemment pas celui de Scaramouche mais qui, comme celui des Vikings se déroule sur les remparts qui dominent des précipices escarpés.

Ma foi ! On passe un bon moment…

 

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