Les conquérants d’un nouveau monde

Boussole contre Grand manitou.

Ah, c’est bien sympathique, un film d’antan (1947… mon âge) où les méchants sont vraiment des canailles sans aveu qu’on est content de voir zigouiller à la fin et où les Peaux-Rouges sont des sauvages fourbes, cruels, assoiffés de sang, comme dans mes souvenirs de petit garçon. Et lorsque toutes ces bonnes vieilles recettes éprouvées se développent au long d’un scénario habile et intelligent, nourri d’excellentes péripéties, porté par des acteurs de grande qualité, dans un cadre visuel magnifique, avec toutes les ressources d’un éclatant Technicolor, on passe un bien bon moment. Le film est long (plus de 2h20) mais il ne perd jamais son rythme : décidément, Cecil B. DeMille, un peu méprisé aujourd’hui, était un sacré réalisateur.

L’aventure se passe dans une Amérique du nord encore britannique, sous le règne de George III, troisième souverain de la maison de Hanovre et dont le long règne (1760-1820) de près de soixante ans connut à la fois les succès britanniques de la Guerre de Sept ans, mais aussi la sécession des colonies du Nouveau Monde et les guerres de l’Empire ; d’ordinaire les westerns étasuniens se passent quelques décennies plus tard, lors de l’expansion vers l’Ouest, le Far West. Là, c’est aux alentours de l’Ohio et de la Virginie que tout se déroule, aux moments de la rébellion de Pontiac, chef indien qui avait fédéré les tribus hostiles à l’installation des colons européens. On sent que le Nouveau Monde s’établit et que les liens avec l’Ancien vont bientôt prendre une nouvelle tournure, sous la conduite de George Washington, qui est représenté dans le film.

Se mêlent donc dans Les conquérants d’un nouveau monde de puissants remous historiques et l’histoire d’amour qui surgit – à grand mal – entre le capitaine Christopher Holden (Gary Cooper) et la ravissante Annie Hale (Paulette Goddard), condamnée à mauvais escient en Angleterre et déportée comme esclave dans les colonies ultramarines, histoire attaquée par le malfaisant Martin Garth (Howard Da Silva) qui réunit à peu près tous les défauts et notamment celui d’armer les tribus indiennes en voie de rébellion.

Les révoltés seront finalement dument corrigés, par le courage des colons et l’astuce de Holden qui effraye les sauvages grâce aux cadavres de soldats subtilement exhibés au bon moment, cadavres qui sont pris pour des renforts et terrorisent les assaillants du fortin où se sont réfugiés hommes, femmes et enfants de la contrée  ; tout cela après que Holden ait roulé les indigènes grâce à un emploi malin de la boussole et soit parvenu à leur arracher Annie ; on se croirait presque dans Tintin et le temple du soleil avec l’action sur des cerveaux primitifs d’une opportune éclipse !

Si le film présente beaucoup d’intérêt, c’est sûrement dû au sens esthétique de Cecil B. DeMille qui mixe avec talent les scènes contrastées : il n’est pas rare qu’après un moment paisible, harmonieux, sentimental, comme les prémisses de l’histoire d’amour entre Gary Cooper et Paulette Goddard échappés aux farouches Indiens surgisse immédiatement après une séquence sauvage de massacre, lorsque les presque amoureux découvrent les cadavres de la famille qui habitait la maison où ils se sont réfugiés. Et puis la beauté sombre, colorée, un peu démoniaque, illuminée par des torches du bivouac des Indiens, la force, la vigueur, l’inventivité de l’attaque du fortin sont autant d’images intelligentes…

Quelques années plus tard, les Occidentaux commençaient à se gratter le cœur et à trouver aux Peaux-Rouges toutes les qualités… Ah, misère…

 

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