Les pirates du métro

Roule, roule, train du malheur !…

65019Des films où une bande de types déterminés prend en otage des quidams rassemblés par les hasards de la vie et exige des autorités qu’elles lui livrent du pognon ou je ne sais quoi d’autre, il y en a des palanquées dans le cinéma mondial : la structure est efficace et finalement assez facile pour séduire : montage parallèle des bandits terrifiant leurs prisonniers et des pouvoirs publics tentant de réunir les sommes exigées tout en mijotant un coup tordu pour capturer les malfrats, non sans se disputer considérablement sur la façon de faire, durée du film à peu près identique au temps de la prise d’otages, ce qui permet de faire monter la tension et….

vlcsnap-2013-02-06-21h48m56s194Et précisément ce qu’il n’y a pas dans Les pirates du métro : l’inventaire humain des agresseurs et des agressés qui permet avec la même facilité de dresser des portraits, souvent caricaturaux et forcés, mais aussi souvent efficaces et originaux de gens qui n’avaient aucune chance de se rencontrer et qui vivent ensemble une aventure. Dans le film de Joseph Sargent, il n’y a à aucun moment un regard sur la quinzaine de passagers du métro de New-York qui, à leur grand dam, se trouvent prisonniers de quatre individus prêts à les descendre : on s’aperçoit, au détour d’un plan, qu’il y a une ivrognesse, une mère de famille dotée de deux mioches, un Noir à verbe haut, une fille publique, un ancien employé du métro… et c’est tout, il me semble. Et aucun de ces rares personnages n’a la moindre substance, la moindre personnalité.

06 Du côté des rançonneurs, qui ne sont que quatre, on en saura à peine davantage et encore ! On comprend à peu près que Mr. Green (Martin Balsam) est ancien un conducteur de métro, révoqué pour trafic de drogue et sa connaissance de ce mode de transport justifie qu’il ait été recruté par Mr. Blue (Robert Shaw), chef du commando et ancien mercenaire. On peut supposer que Mr. Brown (Earl Hindman), d’ailleurs est un ancien camarade de combat de Blue. Mais qui pourrait me dire pourquoi a été agrégé à cette équipe le psychotique Mr. Grey (Hector Elizondo), obsédé de sexe et de sang, à qui le chef ne fait d’ailleurs pas confiance ? Les policiers et politiciens n’ont pas davantage de substance ni d’épaisseur, nonobstant quelques traits grossiers et simplistes : ce n’est pas en affublant le lieutenant Garber (Walter Matthau) d’une tenue vestimentaire à faire frémir qu’on lui donne une personnalité.

Walter-Matthau-dans-Les-pirates-du-metroTout est comme effleuré, superficiel, bâclé. Peu d’images spectaculaires, pas même le wagon abandonné par les bandits et lancé trop vite sur les voies ouvertes du métro : on n’arrive pas à craindre un instant que ça se terminera par un accident. Et, de fait, tout s’arrange pour le mieux.Ce n’est pas vraiment ennuyeux, parce que le genre est facile et qu’on a envie de savoir comment la Loi et l’ordre triompheront, mais ça ne vaut pas grand chose. Et, finalement, la meilleure scène est l’ultime, où Green qui se croit à l’abri et désormais riche comprend en un instant qu’il vient de se faire coincer. C’est peu.

 

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