Matrix reloaded

Ploum ploum tralala

Il se peut que certains esprits particulièrement éveillés, des intelligences superbement supérieures (en tout cas supérieures à la mienne propre) connaissent et comprennent tout ce qui se passe dans Matrix reloaded ; il n’est pas impossible que si je regardais deux ou trois fois de suite le film, en faisant des arrêts sur l’image pour prendre des notes et si j’avais le bonheur de pouvoir méditer sur la signification de telle et telle séquence, je puisse rejoindre ces cerveaux d’élite. Mais ces conditions ne seront pas réunies : la nuit tombe sur moi, le temps me presse et j’ai encore à découvrir quelques Duvivier, à revoir tous les Kubrick, à attendre quelques révélations ; en d’autres termes, ma vie ne sera sûrement pas assez longue pour que je puisse me replonger dans l’œuvre capitale des frères Wachowski, Larry et Andrew.

Que dire de Matrix reloaded, sinon que, outre de n’y avoir rien compris, j’ai trouvé ça bien longuet, alors que ça ne dure que deux heures à peu près… Mais rien compris, rien de rien ; ou alors, si, en lisant les commentaires des spécialistes es-Wachowski qui sont foison. Mais même avec cela je dois me dépêtrer avec des phrases aussi définitives que celles qu’assène Helmut Bakaitis, L’architecte (si j’ai bien compris, mais j’en doute, le concepteur de tout le fourbi dans lequel se débattent les personnages) à Néo l’Élu (Keanu Reeves) : Ta vie est la somme d’un reste d’une équation mal équilibrée et Tu es l’éventualité d’une anomalie. Peste ! À côté de ça, tout ce qu’ont écrit Platon, Aristote, Saint Thomas d’Aquin, René Descartes, Baruch Spinoza, Emmanuel Kant, Martin Heiddegger et même, trône immuable de la pensée, Jean-Paul Sartre, tout cela est de la roupie de sansonnet.

À part ça, voulant me documenter un peu sur la fratrie mythique, je viens d’apprendre par mon amie Wikipédia qu’elle est devenue une sororité, Larry et Andrew ayant été transformés, par la grâce des hormones et de la chirurgie démiurgique en Lana et Lilly ; voilà, si je puis dire, qui m’en a bouché un coin. Comme écrivait le plus grand poète français (à mes yeux), Guillaume Apollinaire (né de père polonais et de mère italienne, ce qui ne le simplifie pas), Incertitude, ô mes délices, vous et moi nous nous en allons… Comme s’en vont les écrevisses, à reculons, à reculons…

Heureusement, dans ce genre de films, on n’est pas obligé d’écouter les paroles, ni même la musique : on peut se contenter des bruits et des images ; et sur ce point, on a tout à fait son content, même si on a l’impression de voir passer et repasser en boucle des trucs identiques, notamment les lassantes bagarres entre d’une part Néo (Keanu Reeves), Trinity (Carrie Anne Moss) et Morpheus (Laurence Fishburne) et d’autre part le méchant Mr. Smith (Hugo Weaving) qui a un talent fou pour se doubler, se tripler, se décupler, se centupler ; les uns et les autres reçoivent des pâtées suffisantes pour expédier ad patres un mammouth de bonne taille mais se relèvent toujours, sans gaieté, avec la simple conscience du devoir accompli.

Deux petites choses me retiennent de donner à cette connerie majuscule le 0 à quoi elle a droit : d’abord la scène orgiaque (lmais finalement très décente) qui se tient dans les entrailles de la cité rebelle de Zion (forme anglo-saxonne de Sion, le sanctuaire de l’Éternel de la Bible) et qui fait irrésistiblement songer à la ribouldingue des Hébreux devant le Veau d’Or, telle qu’aurait pu la tourner Cecil B. DeMille si Les Dix commandements avaient été réalisés à une époque moins puritaine qu’ils ne l’ont été.

Puis l’intervention du couple vénéneux et rigolo du Mérovingien (où vont-ils chercher tout ça ?) et de Perséphone (épouse d’Hadès, dans la mythologie grecque – stupéfiant syncrétisme) composé de Lambert Wilson et de Monica Bellucci qui apportent un peu de distance civilisée et européenne dans ce monument cosmopolite…

Je frémis ; il me reste le troisième film, à ingurgiter et je sens que ça ne va pas s’arranger. Deux heures de ma vie à gâcher sans doute, tout ça parce que je suis un type consciencieux. Ah, misère !

 

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