Mission Impossible 3

Une ténébreuse affaire.

Je ne souhaite pas particulièrement jouer à l’imbécile, à l’endormi ou au retardé mental, mais je ne suis pas certain d’avoir tout compris des péripéties nombreuses et fumeuses qui se succèdent tout au long de Mission Impossible 3. À dire vrai, je pense que la compréhension des spectateurs est vraiment le cadet des soucis des fabricants de cinéma qui, depuis de nombreuses années, proposent ce genre de spectacles. Il ne s’agit pas de donner à voir une intrigue subtile et menée avec finesse, mais d’éblouir le quidam à coup de séquences furibardes dans un montage ultra-violent, saccadé, haletant, qui ne permet pas à un individu d’intelligence moyenne de se retrouver au milieu d’un charivari fascinant.

Remarquez bien qu’on peut, à la longue, y prendre un certain plaisir. À tout le moins quand on a mis dans la poche ou sous le boisseau, son petit bout d’esprit critique et qu’on a renoncé à la fois à comprendre les nuances de l’intrigue et, au cœur des séquences, à saisir la progression des actions. Il n’y a pas mieux, alors, que de renoncer à sa rationalité et à se laisser faire. Après tout, lorsqu’on va voir un feu d’artifices, on ne demande pas au baladin de vous expliquer clairement pourquoi les bouquets rouges succèdent aux fontaines bleues : on en prend plein les yeux et on s’émerveille devant ces sollicitations optiques de plus en plus éblouissantes sans avoir à en demander la raison.

J’ai évoqué les feux d’artifice. J’aurais tout aussi bien pu parler des jeux vidéo dits de plateforme. Après tout, se pose-t-on la question de savoir pourquoi Mario (je ne connais pas d’autre héros de ce genre particulier de distraction) passe, sans raison, d’un niveau désertique à un niveau aquatique puis se retrouve à voleter au milieu des nuages : on fait tout son possible pour l’en sortir, en écrasant ses multiformes ennemis et en lui faisant atteindre la porte magique qui lui permettra de passer dans une autre géhenne.

Pris ainsi, Mission impossible 3 n’est pas désagréable, même si le film n’a évidemment rien à voir avec la géniale série créée en 1966 par Bruce Geller qui était un modèle de sophistication et de raffinement scénaristique et qui bénéficiait d’une solide équipe d’interprètes plus disposée à vivre des aventures intelligentes qu’à se jeter dans des numéros de haute voltige. Je n’ai absolument rien contre Tom Cruise, lui reconnaissant au moins d’avoir été pour Stanley Kubrick la pâte malléable nécessaire à son plus immense film, Eyes wide shut. Son adhésion aux fariboles de la scientologie est son affaire et m’indiffère complétement et je trouve que sa belle gueule ne dépare pas les désormais multiples incarnations de l’agent Ethan Hunt.

Les autres interprètes s’enfouissent un peu dans le brouillard de mon proche gâtisme, sauf que j’ai cru reconnaître en Laurence Fishburne un des héros de l’assez puéril Matrix : la mode est désormais de confier aux Noirs américains les rôles de patrons des services, la mauvaise conscience et le politiquement correct continuant leurs ravages parallèles. Disons aussi que j’ai levé assez haut la paupière devant la tenue dénudée qu’arbore Maggie Qlors d’une réception au Vatican, ricanant bien devant l’incapacité des scénaristes de concevoir que Camériers secrets et Gardes suisses n’auraient pas toléré une seule seconde cette exhibition, au demeurant tout à fait ravissante (mais il y a un temps – et un lieu – pour tout).

Une fois les faux-semblants découverts, les retournements de situation effectués, les bondissements, poursuites, bagarres conformes au cahier des charges accomplis, qu’est-ce qui reste ? Je cherche encore et ne crois pas que je trouverai.

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