My fair lady

Qu’est-ce qu’une comédie musicale sans bonne musique ?

L’époque était aux très longues comédies musicales à grand spectacle et, à peu près simultanément sortaient sur les écrans Mary PoppinsLa mélodie du bonheur et donc My fair lady. Je n’ai pas un mauvais souvenir du premier film cité (vu, il est vrai, il y a très longtemps), je suis en perpétuelle admiration devant le deuxième mais je n’avais jamais vu jusqu’alors le troisième, auréolé de ses 8 Oscars. Je ne peux pas dire que c’est dépourvu de qualités, mais enfin j’ai assez modérément apprécié. Il est vrai que j’ai capté ça sur Paramount channel à la télévision, qui a la désagréable manie de diffuser les œuvres en version française exclusive, y compris, hélas, les parties chantées et que c’est là une redoutable épreuve pour un film où les jeux de mots et les jeux sur les mots sont légion et que les impératifs du doublage abiment énormément les intentions du réalisateur. Il paraît d’ailleurs que cette version française est réputée pour être épouvantable ; il est fort possible que si j’avais vu My fair lady en VO, j’aurais mis un point de plus, un peu davantage que la moyenne donc.

Mais ça ne serait tout de même pas monté au sommet, parce que c’est beaucoup trop long et que nombre des parties manquent de rythme et d’intérêt. Trop long ? Oui près de trois heures (166 minutes) ; et cela dit alors que La mélodie du bonheur, que donc je révère, dure 8 minutes de plus ? Ben oui, c’est comme ça : l’histoire de la famille Trapp, sur fond de montée du nazisme en Autriche et grâce à la ribambelle d’enfants mélodieux qui chantent des musiques formidables passe comme un frais zéphyr, d’autant qu’elle est tournée dans de magnifiques décors naturels. La reprise de la vieille histoire de Pygmalion qui devient amoureux de la statue qu’il a créée – certes mythe important de notre culture occidentale – me paraît un peu trop mince pour être développée sur une identique longueur : ça traine, ça traine, ça traine, surtout dans la première partie où la jeune souillon Eliza (Audrey Hepburn) est tirée de sa fange et instruite à coup de gramophones. Et si ça va un peu mieux ensuite, ce n’est tout de même pas très nerveux.

 

À deux exceptions près, qui illuminent le film : les courses d’Ascot et le bal des ambassadeurs, séquences vives et bien menées. Toutefois je soupçonne que mon jugement est faussé et rehaussé par la très grande beauté des costumes (notamment à Ascot : robes blanches et noires des dames, gris perle des messieurs) et des décors lors du bal (et quelle jolie idée de faire remarquer par la reine de Transylvanie une Eliza délicieuse qui s’incline à la perfection devant la souveraine !) ; costumes et décors conçus par le grand photographe Cecil Beaton avec un goût parfait. Ainsi sophistiquées, ces deux scènes sont très plaisantes…

Ce que n’est pas, en revanche, par exemple, la grossière cavalcade dans le pub et sur la place de la noce de Doolittle (Stanley Holloway) père d’Eliza, devenu opulent, qui fait dans le graillon truculent. Audrey Hepburn, à partir du moment où elle se civilise, est absolument délicieuse ; auparavant, on ne peut croire une seconde à son personnage, tant la beauté raffinée de l’actrice ne souffre pas la vulgarité que veut le rôle de la petite marchande de violettes. Wilfrid Hyde-White,qui interprète le rôle du colonel Pickering, est exactement comme on imagine avoir été un colonel richissime de l’Empire des Indes. J’ai davantage de mal avec Rex Harrison, dont la prestance est de qualité mais dont le profil est un peu lourd et bovin.

Mais ce qui plombe à mes yeux très fortement My fair lady est l’extrême médiocrité de sa musique ; je sais bien que certaines des mélodies ont connu un succès interplanétaire (notamment I Could Have Danced All Night hurlée en français J’aurais voulu danser par l’épouvantable Mathé Altéry qui sabotait à l’époque toutes les comédies musicales) mais aucune ne peut décemment faire le poids avec les petites merveilles des autres films de l’époque…

Voilà que je raye sur une très longue liste un nouveau film à succès que je n’avais jamais vu. Celui là va vite s’effacer de ma vieille mémoire…

 

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