Oblivion

Boutique obscure.

Que des esprits distingués et réellement amateurs de cinéma puissent trouver le moindre intérêt à Oblivion me déconcerte et m’interpelle. Que l’on puisse trouver les moindres qualités à ce film me surprend et m’effare. Qu’est-ce qu’il y a là-dedans, à part des images spectaculaires et des effets spéciaux soignés ? Rien du tout ! Et surtout pas un récit d’une complication excessive qui débouche sur un propos philosophique du niveau d’une mauvaise classe de Troisième de banlieue pourrie ? Au début, bien sûr, on se croit dans un récit plein d’aventures, point trop prétentieux et dispensateur de beaux décors, de belles images, d’architectures compliquées et lumineuses tout cela enluminé par des effets spéciaux de qualité. Et voilà qu’on se retrouve, comme d’habitude, hélas !, dans un prêchi-prêcha moralisateur, écologiste, terne, consensuel où le montage ultra-rapide et les accélérations hystériques ont déjà été vues cent fois et davantage.

Il est vrai que ma cervelle n’est sûrement plus à même de saisir la subtilité et la complexité des scénarios que dispense à l’envi la cinématographie d’aujourd’hui : j’ai dû lire (et relire) la notice consacrée à Oblivion sur  Wikipédia pour à peu près comprendre le scénario et ses méandres invraisemblablement chantournés : ça commence comme une brave western étasunien avec des Bons et des Méchants (genre qu’on peut aimer malgré son plafond bas) et ça se dirige vers une sollicitation qui se veut profonde sur les destinées de l’Humanité : voilà tout l’ennui ; des films pour lycéens décérébrés que l’on persuade de leur intelligence en leur présentant (comme susurré plus haut) deux ou trois questions existentielles résolues depuis l’Antiquité (et même sûrement davantage).

C’est sûr que c’est assez spectaculaire, qu’il y a de bien belles images, de l’inventivité dans la conception des décors et des architectures. Et, naturellement, de la virtuosité dans les effets spéciaux, qui permettent, en un tour de main, de dresser des paysages et des situations magnifiques ; et, en même temps, complétement irréels, complétement issus de la palette coutumière des cinéastes de maintenant. Qu’on le veuille ou non, tout ce qu’on tourne depuis 68, en matière d’astres et d’infinis est bien obligé à se référer à 2001, tellement insurpassable et définitif qu’il rejette aux ténèbres extérieures tout ce qui a essayé ou prétendu de s’y mesurer ; et depuis lors, tous les clampins qui essayent de présenter l’Univers butent contre la clôture définitive du genre et ne peuvent que bavarder de façon un peu puérile sur des épiphénomènes insignifiants.

Si donc Oblivion se contentait de nous montrer avec roublardise et ambiguïté des images d’action ponctuées de quelques jolies douceurs (le bain du couple dans la piscine transparente et suspendue), ce ne serait pas mal, distrayant en tout cas. Mais le malheur est que ces gens-là (réalisateur, auteur, producteur) veulent instiller une touche de pensée et là on est dans un profond, lourdingue, accablant, illisible, interminable récit qui se complique au fur et à mesure qu’on avance vers la fin et que, sauf à se repasser douze fois les péripéties qui surviennent, on est submergé par les images au détriment du sens.

Il y a heureusement de jolies actrices (Andrea Riseborough et Olga Kurylenko), potiches mais girondes et un excellent Tom Cruise qui fait ce qu’il peut pour convaincre le spectateur qu’il assiste à un film intelligent. Mais n’y parvient tout de même pas…

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