Quand la femme s’en mêle

Petit précis de catastrophes.

Au simple vu du titre, Quand la femme s’en mêle, j’imaginais que le film faisait partie de la veine bien française et légèrement misogyne qui a donné les œuvrettes illustrées par Raoul André, du type Les pépées font la loi ou Clara et les méchants. Des films où avec une finesse pachydermique, on démontre au bout d’une intrigue à vague prétexte policier, que que les représentantes de la plus charmante partie de l’Humanité, apparemment causes de catastrophes, sont en fait beaucoup plus subtiles, beaucoup plus malignes, beaucoup plus astucieuses et tout aussi courageuses que l’autre partie.

Et les premières minutes me semblaient à peu près aller dans ce sens : une partie de poker jouée entre truands de Pigalle, où Henri Godot (Jean Servais) commence par plumer son adversaire Bobby (Yves Deniaud) avant de lui annoncer qu’il vient de lui piquer sa maîtresse, Maine (Edwige Feuillère). On perçoit donc tout de suite que ce genre d’événements concomitants n’est pas de nature à améliorer les relations entre les deux hommes. Mais on pourrait être parti sur le registre d’une aimable caleçonnade.

D’autant que se greffe là-dessus l’arrivée à Paris de Colette (Sophie Daumier), la fille de Maine, accompagnée de son père, le brave Félix Seguin (Bernard Blier), dont peut se demander, à dire vrai comment il pu jadis séduire – en tout cas faire un enfant – à la belle Maine. Mais on reste encore largement dans le registre du vaudeville, d’autant que Félix est de son état, convoyeur dans le train postal Grenoble-Briançon et que l’idée d’un casse vient tout naturellement à l’esprit.

Jo (Alain Delon dont c’est le premier rôle) et Fred (Jean Lefebvre), hommes de main de Godot, qui se méfie de la réaction de Bobby, sont chargés de veiller au grain et Jo, accessoirement, sur la jeune Colette. On devine sans mal que les deux jeunes gens vont nouer une idylle, ce qui est dans la nature des choses, mais va un peu compliquer le tableau. Jusque là on est dans le cinéma plon-plon, et on s’ennuie un peu malgré la beauté d’Edwige Feuillère et la voix de Jean Servais.

Ça oblique pourtant ensuite dans un sens plus compliqué, plus noir ; Félix/Blier est venu à Paris moins pour accompagner sa fille que pour demander à son ancienne femme, qu’il sait appartenir au Milieu, de lui trouver un tueur pour assassiner Coudert de La Taillerie (Jean Debucourt), patron de grands magasins dont celui de Grenoble où un incendie criminel a tué des dizaines de personnes, dont Janine, la femme qu’il aimait. Il pense, à juste titre, que le podestat a fait flamber les Galeries modernes pour toucher la prime d’assurance. D’ailleurs, Kuntz (Jean-Marie Serreau), l’inspecteur qui a enquêté sur le sinistre est devenu, après avoir classé l’affaire, directeur du contentieux du consortium du richissime Coudert.

Je ne raconte pas la fin, très animée et violente du film, par les échecs et les massacres. Mais j’ai été heureusement surpris, dans un film qui n’est, il est vrai, qu’une série B, par la belle complexité des personnages et l’amoralisme de la plupart, en premier lieu de Maine/Feuillère et par la violence des sentiments exprimés. Le film est adapté d’un roman, Sans attendre Godot (!) paru dans la Série noire, mais, avec un peu plus de noirceur encore, on pourrait par instants le croire de la plume de Jacques Sigurd qui fut le meilleur scénariste d’Yves Allégret (Dédée d’Anvers, Une si jolie petite plage, Manèges). Un beau compliment, de ma part.

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