Une vie difficile

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Tempête satirique

Si, jadis, bon nombre de Risi, de Monicelli, de Scola étaient présentés en France et rencontraient un grand succès, l’abondance de la production faisait que bien d’autres films formidables des mêmes réalisateurs sont demeurés méconnus au moment de leur sortie, même pour ceux qui, comme moi, ingurgitaient beaucoup de ce qui passait sur les écrans…

Si j’ai découvert tout à fait par hasard Le fanfaron, sorti dans une édition couplée avec Les Monstres, si appréciés à l’époque et que je voulais revoir, je dois à un ami du Québec deux très grands moments de bonheur, Au nom du peuple italien, l’été dernier, et, en ce début d’année, Une vie difficile.

Cet hommage déférent rendu et ces remerciements sincères adressés, je n’irai pas jusqu’au niveau où il situe le film ; mais, dans mon Panthéon personnel des films de Dino Risi, il se classera juste après Le fanfaron, mais aussi Parfum de femme, sans doute parce que j’ai davantage d’empathie personnelle pour le Bruno Cortona (Vittorio Gassman) (et aussi, d’ailleurs, pour le Roberto Mariani Jean-Louis Trintignant) du premier, ou pour le capitaine Fausto Consolo (encore Gassman !) du second que pour Silvio Magnozzi (Alberto Sordi), héros d’Une vie difficile.

Un peu subjectif, cela, allez-vous penser ? C’est fort possible, mais qu’y faire ? Ce qui distingue, au milieu de films tous également remarquables, l’un de l’autre, c’est, me semble-t-il, précisément cette touche irrationnelle.

Je trouverais extrêmement vain de devoir énumérer les cent merveilles d’Une vie difficile… Ceux qui ont vu cette œuvre d’une qualité exceptionnelle se rappelleront avec jubilation des tas de scènes qui me reviennent en mémoire, de la beauté exceptionnelle des lacs alpins du début, au dîner – avec des têtes à la Goya – chez la Princesse Rustichelli, le soir du référendum de 1946 qui clôt la monarchie italienne et du repas seulement englouti par Silvio et Elena (Léa Massari) alors que résonne dans la rue Fratelli d’Italia.

Ou encore ce moment de pure jubilation chez l’industriel véreux qui va être dénoncé dans son journal par Silvio : Je suis payé 5000 lires et je ne retirerai pas l’article pour 50.000 lires ! Et l’industriel : Mais pour 5 millions ? … Ce qui se passe sur le visage de Sordi est du très grand art de comédien : la découverte du fossé entre ce que le peuple croit être beaucoup d’argent… et la réalité de l’argent…

Et le pathétique de la scène de ménage matutinale et ce dialogue époustouflant : Comment attendre amour et compréhension d’une femme qui a brisé le crâne d’un Allemand avec un fer à repasser ? – quand on sait le début de l’histoire !

Séquences à Cinecitta, à Viareggio, des merveilles d’observation clinique, de cruauté narquoise, de lucidité pathétique…

Et quoi que fasse Silvio, et son air de chien battu, même en faisant mine de révolter contre la main qui le nourrit – et qui l’humilie – en balançant son patron dans la piscine,sa révolte est puérile et Elena ne reviendra pas…

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