Vous n’avez rien à déclarer ?

À franchement parler…

Allez, je vais mettre d’abord un peu l’eau à la bouche à ceux qui apprécient le cinéma français de l’âge d’or et encore davantage à ceux qui apprécient les acteurs ! D’autant que ceux que je vais citer ne sont pas tous de second rang. J’y vais ? Jean PoiretMichel SerraultPierre MondyMarie-Josée Nat… Et aussi Jacqueline MaillanJean TissierRaymond DevosPauline Carton… Vous en voulez encore ? Côté jolies femmes Madeleine Lebeau (qui fut employée par Raoul WalshMichael Curtiz et même Federico Fellini) et l’alors toute jeune et déjà ravissante Michèle Girardon, la délicieuse Betty d’Hatari d’Howard Hawks

En lisant cela, on se dit qu’on va avoir des bonheurs magnifiques et un feu d’artifice de scènes drôles et sympathiques. Mais si l’on regarde la tête d’affiche de Vous n’avez rien à déclarer ?, on reçoit un peu de fluide glacial entre les omoplates, puisque c’est le dangereux incontrôlable Darry Cowl, qui n’est pas toujours déplaisant mais qui (comme Louis de Funès à mon sens) doit être confiné dans l’espace étroit de quelques séquences où il pouvait se montrer irrésistible. Et en fouillant aussi dans le générique, on retrouve aussi le nom abominé du pitre majuscule Jean Richard. Ceci démolit un peu cela et démantibule le sentiment sympathique que l’on pouvait ressentir a priori pour le film de Clément Duhour.

Le film est adapté d’une comédie de boulevard d’inconnus (ou presque) appelés Maurice Hennequin et Pierre Veber, comédie qui a dû avoir un certain succès puisque une version muette a été tournée en 1916 par Marcel Simon et une autre par Léo Joannon en 1937 (avec Raimu et Pierre Brasseur) (mâtin !). L’argument est aussi insignifiant que la profondeur de l’œuvre philosophique de M. Bernard-Henri Lévy et aussi hypocrite que les starlettes qui fulminent contre les mains baladeuses M. Harvey Weinstein.

Paulette Dupont (Michèle Girardon), tendre oiselle fraîchement sortie de je ne sais quel Couvent des oiseaux et fille d’un député radical (Pierre Mondy) va être mariée avec Robert de Trivelin (Jean Poiret), gandin sympathique, pour qui elle n’a aucune antipathie. Mais un de ses amis d’enfance, Désiré Labaule (Darry Cowl), accessoirement amant de sa mère (Jacqueline Maillan), découvrant que la chrysalide est devenue papillon, se mêle de tomber amoureux d’elle et souhaite la conquérir en rendant la consommation de son mariage impossible. Lors du voyage de noces, il parvient à glacer le sang (enfin… le sang…! vous me saisissez ?) de Trivelin en faisant irruption sous l’apparence d’un douanier et en beuglant Vous n’avez rien à déclarer ?.

Trivelin est si désagréablement surpris et choqué par ces irruptions intempestives qu’il en devient babilan et que la charmante Paulette revient de son voyage de noces aussi intacte qu’elle l’était à son retour du couvent. Tout le film va reposer sur le défi lancé par sa belle-mère à Robert de rendre femme sa fille sous trois jours et sur les péripéties qui s’ensuivront (et se termineront par la consommation de l’hyménée, je rassure tout le monde).

On voit bien que tout cela est issu du monde le plus ancien et que c’est devenu à peu près incompréhensible de nos jours. Est-ce que pour autant ça manque tout à fait d’agrément ? pas vraiment, surtout si l’on met à part les habituelles recettes du boulevard, les quiproquos, les amants dans les placards, les hasards miraculeux, les calembours grassouillets et la salacité continue. Mais il y a quelques situations bien venues, quelques réparties amusantes et les acteurs font le job…

Bon. Il faut tout de même que j’arrête de me doper à ces nullités, si gentilles qu’elles soient. Promis, un de ces jours prochains j’essaye un Bergman ou un Antonioni ! (Non ! Je déconne… je n’en suis tout de même pas à ce niveau d’aberration…).

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