Voyage à travers le cinéma italien

Scolaire.

Le titre de ce montage, Voyage à travers le cinéma italien est tout à fait abusif. Il aurait été plus juste et plus honnête de l’intituler quelque chose comme Présentation des grands films italiens classiques des vingt ans qui ont suivi la guerre. Je conviens volontiers que cette appellation n’est pas des plus commerciales, mais elle recouvre beaucoup mieux la réalité : on est dans une sorte de manuel presque didactique et souvent scolaire, un Lagarde et Michard ou peut-être plus exactement encore un Que sais-je ? à usage d’étudiants sages et sérieux qui veulent réussir leur examen et écoutent respectueusement leur professeur, sorte de mandarin incontesté, style avant 68.

Entendons nous bien : c’est très loin d’être désagréable et fastidieux : à revoir des extraits de tous les merveilleux films que Martin Scorsese scrute, dissèque, explicite, à retrouver les cènes bouleversantes des grands maîtres du néo-réalisme, on n’est que plus reconnaissant à l’Italie et au cinéma de nous avoir donné tant de chefs-d’œuvre qui ont façonné notre imaginaire et l’ont sans doute rendu un peu meilleur. Revoir ainsi présentés Rome ville ouvertePaisaAllemagne année zéro et SciusciaLe voleur de bicycletteUmberto D. donne une irrésistible envie de s’y renfoncer. Et alors ? Quoi de mieux ? On ne se plonge jamais avec assez de passion et d’acuité dans des films pareils.

Mais au cours des quatre heures de ce montage, Scorsese, peut-être un peu impressionné par les sommets qu’il admire et qu’il veut montrer, se laisse tellement dominer par eux qu’il se borne à les énumérer et à en présenter des extraits tellement longs qu’on pourrait presque juger qu’ils dispensent de regarder l’original. Un documentaire de ce type doit, en fait, donner une irrésistible envie de découvrir toute la richesse de ce qu’il propose, non pas de se contenter des sortes de résumés qu’il offre comme le font certains ouvrages pour lycéens ou étudiants un peu trop paresseux pour aller au fond des choses.

Quand Bertrand Tavernier, dans une démarche un peu analogue à celle de Martin Scorsese présente son Voyage à travers le cinéma français, il ne tombe pas dans ce travers : comme Scorsese, il explique intelligemment son rapport au cinéma, comment il a découvert le 7ème Art, ce qui l’a touché, comment il a été d’emblée fasciné, au hasard d’une rencontre, par une séquence, une image, un auteur, il offre deux ou trois minutes de ce qui l’a fasciné, puis rebondit, diverge, caracole, revient au cinéaste, le quitte, le relie à un autre. La démarche de Scorsese est presque scolaire : première partie : Roberto Rossellini et Vittorio De Sica ; et pour l’un et l’autre une plongée approfondie dans les grandes œuvres citées plus avant, avec quelques rappels d’influence (1860 ou La couronne de fer d’Alessandro Blasetti).

Deuxième partie : De Sica encore (L’or de Naples, mais pas un mot sur la triste tendre fable Miracle à Milan ni sur La Ciociara) et orientation sur Luchino ViscontiFederico Fellini et Michelangelo Antonioni : interminables gloses illustrées de La terre tremble (je dois à l’honnêteté d’écrire que j’ai, grâce aux extraits présentés, envie de voir film), SensoL’Avventura8 1/2, (qui ont confirmé mon antipathie). Et voilà, c’est fini.

Mais où sont les péplums de Riccardo Freda, de Mario Camerini et de Vittorio Cottafavi ? Où sont les gialli de Mario Bava ou de Dario Argento ? Et surtout où est la comédie à l’italienne qui, autant que le néo-réalisme est le titre de gloire du cinéma italien ? Où sont Mario Monicelli, Luigi Comencini, Dino Risi ?

Le film de Bertrand Tavernier cité plus haut dure 3h15, celui de Scorsese 4h. Mais Tavernier annonce une suite télévisée de 9h supplémentaires. Je n’ai lu nulle part que le réalisateur italo-américain ait projeté de compléter son trop pieux hommage…

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