Perplexité.
C’est tout de même très curieux : voilà un film (en diptyque) d’un grand bonhomme du cinéma mondial (Lion d’or à Venise pour Urga
; grand prix du Jury à Cannes et Oscar du meilleur film étranger pour Soleil trompeur)
, mais qui, parce qu’il a reçu la marque infâmante d’être réalisé par un ami proche du Président Poutine et même d’apparaître comme une apologie de Staline (article du Monde d’avril 2010), voilà un film, donc, qui est présenté comme une daube et qui est quasiment boycotté partout (est-il seulement sorti en France sur grand écran ? notice minimale sur Wikipédia, édition très tardive du triple DVD reprenant les trois films). Y a pas à dire, la pensée unique a de beaux jours devant elle.
Depuis le temps que l’on me chante merveilles sur le cinéma de
je ne demande pas mieux que de me faire une opinion un peu structurée sur le bonhomme, rare, et, comme tous les cinéastes rares, souvent jaugé à l’aune de sa rareté. Il y a deux ou trois ans, j’avais regardé
et j’avais été à la fois séduit par la beauté des images et accablé par l’indigence de l’intrigue et, surtout, de la philosophie, naturaliste, panthéiste, rousseauiste… tout ce que je déteste.
Premier et dernier
Moneypenny –
, la musique du thème de
les voitures de luxe, les paysages excitants et les filles superbes (on pourrait écrire tout autant les voitures superbes, les paysages de luxe et les filles excitantes, et ainsi de suite).
Je chante… mais sur un volcan !
(aussi incroyable que ça puisse paraître) n’ont pas à glisser un œil sur
film exclusivement bâti sur le Fou chantant qui va, vole, court, saute, trépide, swingue et interprète plusieurs de ses succès d’avant-guerre… Mais curieusement, ne figure pas au tableau la chanson qui donne son titre au film, mais on y trouve avec bonheur Quand j’étais p’tit, Les oiseaux de Paris, Donne ton cœur à l’amour (un petit chef-d’œuvre d’esprit et de rythme) et, en thème central (excellent, mais un peu trop ressassé) C’est la vie qui va toujours.
Surprenant ; inabouti.
dont j’avais entendu, ici et là, chanter merveilles et qui me laisse la curieuse impression d’un film inabouti, parcellaire et mal satisfaisant. Je crois que ce petit mystère est très explicable par la disparition brutale de
en cours de tournage, qui a en grande partie déséquilibré le récit et a contraint
à des choix périlleux, hasardeux mais, naturellement obligés… Mais à quoi bon essayer d’imaginer comment aurait pu être le film ? Il y a tant et tant d’impondérables au cinéma… 
évidemment pour ses films d’avant-guerre, mais aussi pour nombre de ceux qui lui sont postérieurs, c’est le cinéaste de l’écrasement des hommes par leurs fatalités. On le verra un peu plus tard dans
et
mais aussi dans
dans
ou dans des œuvres moins connues, comme
voire dans une comédie comme
La vie est un long labyrinthe piégeux qui, quoi qu’on en fasse, se termine mal. 
, coiffeuse à Arras, qui élève seule son enfant, qui aime les people et les magazines qui en parlent, les décorations, les bibelots et les gadgets qu’on trouve en supermarché et en surcharge son appartement, et va rituellement, avec ses copines shampouineuses, faire le samedi soir des karaokés en boîte de nuit.

sorti dix-huit mois plus tard et qui, me semble-t-il, demeure un peu davantage dans les mémoires. Dans l’un et l’autre film, un vieux viveur de grande allure, qui a brûlé la chandelle par les deux bouts, a été aimé par les plus jolies femmes, a dépensé des fortunes, a soutenu des banco de folie, guidé par le seul goût du jeu et du plaisir, se retrouve à un moment fragile de sa vie, à une heure où, qu’il s’illusionne ou non, l’existence va devenir de plus en plus lourde.