Archive for the ‘Non classé’ Category

Une messe pour Dracula

samedi, avril 24th, 2021

Qui s’y frotte, s’y pique !

À force de tirer sur tous les ressorts de la grammaire élémentaire stokerienne et d’en épuiser jusqu’à la corde les ressources, il fallait bien que les scénaristes de la Hammer se résignassent (eh oui…) à relier la riche mythologie du Vampire à une horreur sans doute beaucoup plus réelle : l’invocation du véritable Prince des Ténèbres, dont Dracula n’est finalement qu’un épigone ou, plutôt un représentant presque affadi. On s’étonne presque d’avoir à écrire cela, d’autant que, depuis l’admirable début de la série, lors du Cauchemar, la figure du Comte vampire n’a cessé de se noircir ; mais il est vrai que le spectateur en demande toujours davantage et que ses sens blasés exigent à chaque fois une dose d’horreur supplémentaire.

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Les tueurs de la lune de miel

mardi, février 16th, 2021

Les amoureux sont seuls au monde.

L’atmosphère du film est tout de suite malsaine et agressive, aigre et violente. Martha Beck (Shirley Stoler), infirmière en chef dans un service d’un grand hôpital surprend deux de ses agents, un homme et une femme qui viennent de se donner du bon temps et, furieuse, elle les congédie. Martha est grasse, boulimique, seule et frustrée. Chez elle il y a sa mère, impotente et idiote (Dortha Duckworth) que garde une amie cancanière, Bunny (Doris Roberts) pendant les absences de l’infirmière. Bunny a fait adresser à Martha, sans lui en parler, le prospectus d’une agence matrimoniale. Elle va, après un peu de réticences, accepter de s’inscrire. Et bientôt elle reçoit les lettres, de plus en plus brûlantes de Raymond Fernandez (Tony Lo Bianco). Tout cela est tourné en caméra portée, avec un montage rapide, des gros plans, des images sales. (suite…)

Règlements de compte

samedi, janvier 16th, 2021

La vie est crasseuse.

Un film de bonne qualité courante, qui tient la distance et intéresse le spectateur. Ceci malgré un scénario d’une grande banalité comme les États-Unis du début des années Cinquante en suscitaient à la pelle. Une histoire où un homme seul, un petit policier honnête, pur, franc, Dave Bannion, (Glenn Ford) se bat tout seul contre le monde entier, à tout le moins contre toutes les fripouilles de son patelin, qui ont, d’ailleurs gangrené la police du comté. On a vu ça dix-mille fois. Est-il besoin d’ajouter qu’à la fin, c’est le bon policier qui gagne, est-il besoin d’ajouter que, avant de l’emporter sur les canailles, il aura connu les pires vicissitudes, notamment l’assassinat de sa femme, qu’il aimait tendrement ? (suite…)

Bad Lieutenant

mardi, janvier 12th, 2021

Le fond de la piscine.

Il paraît que Bad lieutenant est un film mythique, le meilleur de son réalisateur, 90 minutes qui prennent au cœur (et un peu davantage) et installent une atmosphère poignante, dure, angoissante. Harvey Keitel, acteur massif et inquiétant y est omniprésent, occupant l’écran pendant toute sa durée, jusqu’à lasser le spectateur qui aimerait pouvoir de temps en temps aller respirer autre chose que les miasmes qu’il dégage. Franchement il n’y a pas tant que ça de films qui reposent autant sur des épaules massives et pourries de son acteur principal, qu’on devrait d’ailleurs appeler acteur unique. Même chez les Gabin ou les Funès, on pouvait toujours distinguer, en troisième plan, un rôle, une silhouette reconnaissable. Là, rien du tout. (suite…)

Tendre poulet

mardi, janvier 5th, 2021

Poulet sans vinaigre.

L’idée à peu près généralement répandue est que Tendre poulet est plutôt un meilleur film qu’On a volé la cuisse de Jupiter. L’un et l’autre film mettent en scène le couple formé par le professeur de grec Antoine Lemercier (Philippe Noiret) et le commissaire de police Lise Tanquerelle (Annie Girardot), anciens camarades de classe à Louis-le-Grand qui se retrouvent et se séduisent dans le premier opus et, dans le second, passent leur voyage de noces en Grèce. Tout cela sur fond d’intrigues policières aussi compliquées que mal convaincantes. Pourquoi pas, après tout ? Les couples un peu rassis ne sont pas denrées fréquentes au cinéma mais changent un peu des amoureux juvéniles et débutants. Autant citer les derniers en date, Prudence et Belisaire Beresford (Catherine Frot et André Dussollier) qui ont sévi trois fois dans les films de Pascal ThomasMon petit doigt m’a dit…Le crime est notre affaire et Associés contre le crime. Tout ça est un peu plon-plon mais se laisse voir. (suite…)

La loi du Seigneur

jeudi, décembre 24th, 2020

Les anges dans nos campagnes.

Le film ne serait qu’une collection un peu longuette de vignettes ennuyeuses et de pont-aux-ânes vertueux s’il ne portait un éclairage intéressant sur la secte des Quakers, qui est un peu moins originale que celle des Amish, mais tout de même bien singulière. Sans cet éclairage original, c’est une histoire bien rose-pâle, bien convenue et bien manichéenne. Tous les Nordistes sont beaux, vertueux, loyaux et (presque) désintéressés. Tous les Sudistes sont vulgaires, violents, dépenaillés et pillards. Ben voyons ! Il y a une histoire d’amour dont l’évidence ne trompe ab initio que ceux qui la vivent, des dilemmes abyssaux habilement résolus et la vie d’une famille honorable qui fait songer à La petite maison dans la prairie. (suite…)

Juliette des esprits

vendredi, décembre 11th, 2020

Le grillon du foyer et la folle du logis.

Il ne faut pas être grand clerc pour se rendre compte que dans Juliette des espritsFederico Fellini a souhaité – est-ce une galanterie ou un investissement potentiellement rentable ? – effectuer, du côté féminin ce qu’il avait ambitionné de faire, du côté masculin, dans 8 1/2. Et, dans le commentaire bien trop bref du film en DVD, Jean Collet, grand spécialiste du réalisateur, le confirme. Les souvenirs, les rêves, les fantasmes, les angoisses, les espérances, les déceptions, les tristesses, les accablements, les dégoûts, les fascinations, tout cela qui fait la matrice de l’inconscient, si on peut les mettre en scène pour soi, on peut tenter de faire la pareille avec l’être qu’on est censé le mieux connaître, sa femme. (suite…)

Easy rider

jeudi, novembre 12th, 2020

L’Amérique insolite.

Voici un film qui existe et subsiste dans les mémoires moins par ce qu’il montre que par ce qu’il est : une sorte de manifeste libertarien, un pied de nez aux conformismes et aux clacissismes de toute nature, une sorte d’évasion un peu dingue dans d’immenses paysages, dans des couchers de soleil somptueux, dans des histoires de rencontres sans lendemain, dans une indifférence au monde traditionnel. Voilà un film qui a représenté et, d’une certaine façon, fasciné toute une génération. Voilà que notre génération bénie du baby-boom rencontrait après les fleurs des hippies, les grosses motos des routards, leur individualisme exacerbé et pourtant indolent, surtout peut-être leur indifférence aux lendemains ; pas la moindre bribe d’envie de révolution, dans Easy rider : on vit comme on veut et on se fiche du reste du monde. D’ailleurs, ce qui peut étonner beaucoup nos esprits cartésiens et amateurs de cases bien rangées, Dennis Hopper était un fervent partisan des Républicains et aurait sans doute voté pour Donald Trump s’il n’était mort en 2010. (suite…)

Monseigneur

jeudi, novembre 5th, 2020

Le rêve passe.

Il y avait bien longtemps que je n’avais pris autant de plaisir devant un de ces nanards français, un de ces petits films bien de chez nous qui étaient à l’affiche des petites salles de quartier et qui réunissaient, les samedis soirs, un public populaire qui ne demandait qu’à se détendre. Tout cela avant de rentrer dans son cinquième étage sans ascenseur ni commodités, les toilettes étant, comme de juste, sur le palier. Voilà, dans Monseigneur, la conjonction filmée très réussie du brave petit populo parisien, volontiers révolutionnaire, grognon mais bon vivant et de la haute société qui, en 1949, existe encore un peu dans son apparat figé, sédimenté mais civilisé et extrêmement bien élevé. (suite…)

Piège de cristal

mardi, octobre 20th, 2020

Chauds, les glaçons !

On sait bien, parce que c’est évident et que c’est la loi du genre, qu’à la fin tout va s’arranger et que John McClane (Bruce Willis) triomphera des méchants et fera triompher le Bien. Mais ce qui est très bien c’est qu’on se demande vraiment comment il va faire et quels sortilèges il devra employer pour mettre en l’air l’entreprise subtile et sanglante de Hans Grüber (Alan Rickman) de s’emparer de 640 millions de dollars benoîtement enfermés dans le coffre d’une entreprise multinationale. Sortilèges n’est d’ailleurs sûrement pas le mot adéquat, puisque McLane est d’emblée présenté comme un petit policier honnête, cabochard, grognon ; presque, pourrait-on dire, limité. Rien en lui d’un superman, d’un héros de légende volant au secours de la veuve et de l’orphelin, ou sauvant le monde à ses moments perdus.

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