Archive for the ‘Non classé’ Category

Farandole

mardi, mai 19th, 2020

« La Ronde » en minuscule.

Si j’évoque La Ronde du grand Max Ophuls en titre de cet avis, c’est parce que cette assez agréable Farandole en a tout à fait la structure circulaire et s’achève sur le retour dans un même lieu de bon nombre des personnages qu’on aura vu s’entrecroiser pendant toute la durée du film. Chez Ophuls, il est fait explicitement référence à une pièce de théâtre d’Arthur Schnitzler ; le générique de Farandole n’en fait pas mention, indiquant simplement que le scénario a été bâti par André Cayatte et Henri Jeanson. Comme il me semble à la fois démesuré et inutile d’entreprendre là-dessus de savantes recherches, je laisse la question ouverte. (suite…)

L’habit vert

mercredi, mai 6th, 2020

« La dénigrer mais tâcher d’en faire partie » (Flaubert)

Déjà si L’habit vert n’était qu’une critique spirituelle, acerbe, narquoise des us et coutumes de l’Académie française et singulièrement de ses luttes électorales, ce serait déjà délicieux. Mais en plus c’est un vaudeville très amusant, très bien troussé, très vif, très enlevé sur les hypocrisies élégantes du Monde. Le Grand monde, le Beau monde. Au fait je considère, à l’encontre des rêveurs de la Gauche bien pensante, que ces hypocrisies sociales sont à peu près exactement partagées entre toutes les classes sociales ; seulement comme certaines sont beaucoup plus gracieuses et mieux élevées, leurs petits arrangements avec la morale sont davantage visibles. De toute façon, taper sur la Haute société donne toujours une sorte de délectation morose revancharde à qui n’en est pas tout en rêvant d’y être, comme le montre le succès des publications consacrées aux familles princières. (suite…)

Halloh! Du süße Frau !

dimanche, avril 12th, 2020

Le chemin du paradis.

Je sens que je vais être un peu long en expliquant ma dilection pour ce titre allemand, écrit par un compositeur juif allemand de grand renom, Werner Richard Heymann, émigré aux États-Unis en 1933 pour des raisons qu’il est aisé de comprendre et qui a également écrit une rengaine charmante, beaucoup plus connue en France, l’immortel Avoir un bon copain (c’est bien c’qu’il y a de meilleur au monde). Je vais être un peu long et ne vais sûrement intéresser personne, mais nul n’est obligé de me lire. Et puis ça m’amuse d’exposer (et de me raconter) comment j’ai pu m’attacher à cette chanson d’avant-guerre.

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Exodus

lundi, février 3rd, 2020

Sur le théâtre du Monde.

Voilà un très gros film hollywoodien, très et trop copieux, qui, pendant plus de trois heures, essaye sans beaucoup de nuances de raconter un des événements majeurs du 20ème siècle, un de ces événements qui retentissent très largement sur le monde d’aujourd’hui : la création ex nihilo de l’État d’Israël. Très et trop copieux, c’est bien cela : un de ces gâteaux considérables plein de bonnes choses, du miel, des framboises, du caramel, de la chantilly qui satisfont nos gourmandises mais laissent la place à un peu trop de satiété ; c’est déjà ça : il n’y a pas d’écœurement. Mais en fait on sait depuis longtemps que qui trop embrasse, mal étreint et qu’à force d’empiler Pélion sur Ossa, comme les Géants de la mythologie grecque, on montre une ambition trop forte, démesurée à mes yeux. (suite…)

36 quai des Orfèvres

vendredi, janvier 24th, 2020

Histoires dans la nuit.

C’est là un film curieux, cousu de grosses ficelles, mal fagoté, avec des invraisemblances tellement outrancières qu’elles rappellent celles des romans-feuilletons du 19ème siècle. Mais en même temps, paradoxalement, il y a dans d’autres séquences, un réalisme parfait des situations ; ainsi l’attaque du fourgon bancaire du début, ainsi l’extrême violence de la plupart des protagonistes (je ne parle pas gratuitement, ou sur la foi d’impressions : il se trouve que, professionnellement j’ai jadis approché le milieu policier, sans pour autant en faire partie). (suite…)

Le village

lundi, janvier 13th, 2020

Le creux de la vague.

J’ai rarement vu un film au scénario aussi décevant, un film qui ne commence pas mal du tout mais qui, au fur et à mesure qu’il se déroule, se révèle de plus en plus fuligineux ; un film qui devient, dans son dernier quart d’heure, un monument d’ennui et de ridicule et qui suscite une interrogation un peu scandalisée du type Tout ça pour ça ?. Une idée de départ qui en vaut bien une autre, une atmosphère puritaine pesante qui laisse imaginer de lourds secrets fantastiques et finalement une supercherie bêtifiante à quoi on ne parvient pas à croire une seule minute. (suite…)

J’accuse

dimanche, novembre 24th, 2019

Le livre de la jungle

Je dois dire que je suis d’abord et avant tout allé voir le film en salle (ce qui ne m’arrive que deux ou trois fois par an) par solidarité avec le grand Roman Polanski, que des harpies féministes et leurs complices du politiquement correct ont prétendu interdire des écrans, ce qui est tout de même inimaginable. Je ne sais pas du tout si Polanski a violé une (ou deux ou trois ou quatre ou plus) jeunes filles. Cela regarde lui-même, sa conscience et la Justice. Et, à vrai dire, je m’en contrefiche absolument. Que Montherlant soit allé traquer le giton à Pigalle, que Marcel Proust ait fréquenté des bordels d’homme où il jouissait en faisant percer des rats par de longues aiguilles n’enlève rien à l’admiration que je porte aux Célibataires ou à La Recherche. Et que Michel Simon soit allé consciencieusement déposer des morceaux de pain dans des vespasiennes pour un usage que je vous laisse imaginer n’empêche pas qu’il soit un acteur admirable.

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Tumultes

jeudi, novembre 7th, 2019

Ciels gris, ciels bleus.

Des films qui racontent une douloureuse histoire de famille, avec ses rancœurs, ses erreurs, ses secrets, ses incertitudes, ses sacs qu’on vide, mais aussi les liens profonds qui unissent parents et enfants, les grands moments de complicité, les retrouvailles autour des souvenirs d’enfance, des films, donc, qui s’insinuent dans une intimité que nous connaissons à peu près tous, malgré les particularités, il y en a une foule. Parmi ceux que j’ai vus il y a peu, je me rappelle Le fils de Jean de Philippe Lioret ou Juste la fin du monde de Xavier Dolan. Rien qui m’ait vraiment convaincu, au demeurant.

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La liste de Schindler

mercredi, octobre 23rd, 2019

Les bourreaux sont derrière la porte.

Ce qui me paraît le plus sommaire dans ce film beaucoup trop long, mais très bien fichu, c’est tout de même l’absence de toute réflexion sur la seule vraie question primale, essentielle, terrifiante, cette question qui nous renvoie à une sorte d’animalité première, à la honte de notre animalité : comment des tas de gens qui n’étaient pas plus mauvais que beaucoup ont été capables de faire ça ? À ce moment là il faut mettre de côté tous les anathèmes contre les cingleries hitlériennes. Quand j’écris mettre de côté, ça veut simplement dire que ça ne me paraît pas suffisant et, d’une certaine façon, trop facile. L’histoire des génocides est variée et abominable : les soldats républicains de Hoche ou de Kléber qui éventraient les femmes de Vendée pour arracher à leurs ventres les fœtus à peine formés, les Turcs qui clouaient aux pieds des Arméniens des semelles de bois, les Khmers rouges qui crevaient les yeux des binoclards jugés par cela même des intellectuels, les Rwandais fanatisés qui allaient assassiner leurs propres parents… (suite…)

Angèle

mercredi, septembre 25th, 2019

Le trésor des filles perdues.

Le frère aîné de Marcel Pagnol, Maurice, est mort alors qu’il avait à peine plus de trois mois, en août 1894. La chose n’était pas rare ; ce qui l’était davantage, c’est qu’il n’était né que quatre mois après le mariage de ses parents, Joseph et Augustine, si bien incarnés dans La gloire de mon père et Le château de ma mère par Philippe Caubère et Nathalie Roussel. Il ne faut pas être grand clerc pour concevoir que cette singularité, si exceptionnelle jadis, si banale aujourd’hui, a pu marquer son œuvre. La Trilogie (MariusFannyCésar), évidemment, qui est entièrement orientée vers cet enfant né d’une nuit malencontreuse et qui pèsera tant sur le destin de toute une famille. Mais aussi La fille du puisatier. Et, naturellement Angèle. Et l’histoire de la fille perdue, ou en passe de l’être est aussi présente dans Regain et dans Naïs. (suite…)