Archive for the ‘Chroniques de films’ Category

La rafle est pour ce soir

dimanche, juin 16th, 2019

Pavé de bonnes intentions.

Il y a un bon nombre de films qui n’ont d’autre intérêt qu’ethnographique : celui de nous représenter les styles, les genres, les coutumes, les usages, les dégaines et les préoccupations d’un monde résolument disparu. Le cinéma considéré comme art, bien sûr mais là davantage comme loisir populaire représente l’immense avantage d’avoir été – par définition ! – figé dans des films que l’on peut aujourd’hui regarder comme des témoignages sans jamais se préoccuper de leur qualité artistique ni même de l’intérêt des histoires qu’ils racontent. Il suffit de se laisser aller, de se laisser pénétrer, infuser, envahir par une atmosphère, comme on le ferait aujourd’hui, à une terrasse de café pour regarder les tenues et les allures des passants, écouter furtivement leurs conversations, deviner leurs préoccupations et leurs soucis.

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La captive aux yeux clairs

vendredi, juin 14th, 2019

Un bateau ivre.

Séduit par le titre français magnifique, La captive aux yeux clairs, bien plus beau que son homologue étasunien (The big sky) j’avais été à deux doigts, jadis, d’acheter le DVD, publié avec fracas dans l’élégante collection Ciné classics des éditions Montparnasse, dans de grands coffrets prestigieux avec, entre autres, Citizen Kane ou Nous avons gagné ce soir. Mon ange gardien m’avait retenu de faire l’emplette et je lui dois d’avoir économisé quelques picaillons. Un enregistrement télévisé a suffit pour combler ma curiosité et, au moins, ma déception ne m’a coûté que dalle.

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Comment j’ai détesté les maths

mercredi, juin 12th, 2019

Le monde est une aventure.

Autant ne rien dissimuler et dire d’emblée les choses. Malgré les efforts désespérés de mes parents et une quantité invraisemblable de cours particuliers subis, ma relation avec les Mathématiques a été un long et un douloureux chemin de croix. Douloureux tant que j’ai fièrement essayé de monter dans le train en marche, résigné lorsque j’ai compris que je n’y parviendrais pas. Et surtout, surtout, merveilleusement soulagé lorsque mon Second Bac en poche (il y en avait deux, alors) en juillet 1965, j’ai pris conscience que jamais, jamais plus de ma vie je n’aurais à me pencher sur des questions qui me semblaient aussi incompréhensibles que rébarbatives et souvent grotesques. 0,5 en maths à l’issue de ma classe de Philosophie ne m’avait pas empêché de réussir l’examen, mais avait fait passer le vent du boulet sur ma nuque, le 0 absolu étant note éliminatoire.

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Au revoir là-haut

samedi, juin 8th, 2019

Quand passent les faisans.

Il paraît que le livre du même nom dont est adapté le film n’est pas sans qualités. Ne l’ayant pas lu et n’ayant aucune intention de le lire, je veux bien croire ceux qui lui ont trouvé du suc. Comme il est, paraît-il, retranscrit avec une grande fidélité par Albert Dupontel, il n’est pas impossible de penser que ce qui fonctionnait avec maîtrise et talent dans les pages du bouquin perd, retranscrit sur l’écran, vraisemblance et pertinence et rejoint les funambulesques arabesques du peu regretté (je parle pour moi) Sébastien Japrisot. (suite…)

I comme Icare

mardi, juin 4th, 2019

Ne vous retournez pas !

Si le scénario fantasmatique n’était pas perclus de toutes les terreurs complotistes qui, d’ailleurs, et grâce à Internet et aux réseaux sociaux fleurissent encore davantage aujourd’hui que naguère, I comme Icare serait un très bon film, sortant de la main d’un artisan soigneux et souvent bien inspiré. Mais Henri Verneuil devait en effet être persuadé qu‘une main cachée commande, puisque, trois ans plus tard il tournera Mille milliards de dollars qui est à peu près du même esprit. Vision excitante et démesurée de la marche du monde, tentative d’explication des aléas et drames de l’actualité par la présence d’une vaste conspiration, tout cela ne date évidemment pas d’hier, mais fait toujours recette et satisfait bien des questionnements.

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Une java

vendredi, mai 31st, 2019

Ensorcelle modérément 

Resterait-il encore quoi que ce soit de ce film si la grande Fréhel n’y goualait,  avec l’extraordinaire présence qu’on lui connaît, La java bleue de Vincent Scotto ? Fréhel, dont la vie est en soi seule un mélodrame, Fréhel qui fut une ravissante gaupette, qui se noya dans la drogue et l’alcool, rebondit, éblouit ses auditoires mais finit par mourir seule dans un hôtel de passe en 1951. Fréhel qui passait si bien au cinéma, qui marque de sa présence une des plus fortes séquences de Pépé le Moko, lorsque, alourdie, déformée, tragique et profondément émouvante, elle chante Où sont-ils donc ? dans les méandres de la casbah d’Alger… (suite…)

À la merveille

jeudi, mai 30th, 2019

Vacuité et prétention.

S’il existe un palmarès des films où il ne se passe rigoureusement rien et où on s’enquiquine de la première à la dernière image, en se demandant ce qu’on fait là, au lieu de revoir un Duvivier, un Clouzot, un Kubrick, un Lynch, un des joyaux passés du cinéma, À la merveille pourrait assurément concourir pour le trophée, qu’il serait absolument certain de remporter haut la main, si on couplait la compétition avec celle du film le plus prétentieux du cinéma mondial. Fasciné par ces presque deux heures de vacuité, j’ai poussé l’ascèse et la conscience professionnelle (si je puis dire) jusqu’à regarder les suppléments du DVD, heureusement acquis pour une somme des plus minimes (mais j’aurais dû donner à un clochard les 5 € que ça m’a coûté ; ça m’apprendra : la prochaine fois que j’aurai envie d’acheter un film péteux, je me retiendrai). (suite…)

Mission : impossible 2

jeudi, mai 23rd, 2019

Je te tiens, tu me tiens par la barbichette…

Une fois qu’on a compris, dès les premières séquences du film, que toute la smala mise en scène maîtrise comme personne la faculté de dissimuler son apparence sous un masque en latex et de se faire passer ainsi, à l’envi et à loisir, pour un autre personnage que celui que l’on est, on sait que le film sera long et ennuyeux. Long, assurément, il l’est : un peu plus de deux heures ; quand on pense que les petits bijoux de la série originelle télévisée, de Bruce Geller n’avaient que le format élémentaire et réglementaire de 48 minutes, denses, nerveuses, complexes mais toujours claires et qu’on arrive désormais à de si lourds pathos ! On voit combien la marchandisation du spectacle a abêti le monde du spectacle.

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Iwo Jima

samedi, mai 18th, 2019

Citrons pressés.

Rien n’est moins facile à décrire que le cheminement d’une bataille, vous diront sans ambages tous les Fabrice del Dongo du monde. Et j’ajouterai volontiers que rien n’est plus ennuyeux. C’est pourquoi tous les cinéastes qui ont braqué leurs caméras sur les cérémonies sanglantes de la guerre ont pris le parti de focaliser leur vision sur un petit groupe (ou des petits groupes) de combattants conduits par une forte personnalité. Grâce à cet artifice, le spectateur s’accrochequi aurait tendance à bâiller si on lui présentait savamment le cheminement des troupes, les attaques et contre-attaques, les finesses tactiques, qui sont affaires de spécialistes.

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Paris, je t’aime

vendredi, mai 17th, 2019

Traversée de Paris.

Voilà un film de compilation, d’une inutilité flagrante, superficiel et funambulesque, sans doute réalisé pour pouvoir dépenser du fric qui dormait et qu’il fallait à toute force faire circuler : une sorte d’exercice de style où une vingtaine de réalisateurs à notoriété inégale et à talent incertain sont priés de composer une sorte de patchwork sur les 20 arrondissements de la plus belle ville du monde. D’ailleurs, à ce point de vue là, un aspect positif : personne ne songerait à tisser une telle tapisserie sur d’autres métropoles, à part, peut-être, sur Rome (à qui, d’ailleurs, nous sommes liés par un traité de jumelage exclusif). Mais les autres capitales peuvent aller se rhabiller. Il y a nous, puis rien puis rien puis Rome et très loin derrière la troupe des New-York, Londres, Berlin et tout le tremblement. (suite…)