Archive for the ‘Chroniques de films’ Category

Maria Chapdelaine

mercredi, février 21st, 2007

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Espaces infinis

J’ai enfin découvert hier, cette adaptation du grand succès de Louis Hémon (dont, curieusement, un autre roman, sans aucun rapport, a été adapté au cinéma : Monsieur Ripois, par René Clément, avec Gérard Philipe en 1954). Ni je n’avais lu le livre, ni je n’avais vu la version de 1950, de Marc Allégret avec Michèle Morgan dans le rôle de Maria et Philippe Lemaire dans celui de François Paradis ; enfant, j’avais beaucoup aimé les récits de trappeurs de Gustave AimardJames-Oliver Curwood et Jack London, sauvages et virils, et l’histoire sentimentale et triste de Maria Chapdelaine, tant célébrée par mes aïeules, devait, à vue de nez, me sembler bien mièvre. (suite…)

L’étrange madame X

dimanche, février 18th, 2007

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« Allons faire semblant d’exister… »

Curieux film, comme est curieuse toute la carrière de Jean Grémillon qui devrait briller d’un éclat beaucoup plus vif, qui devrait être tenu pour un des plus grands cinéastes français si…

Si quoi ? Ah ! C’est bien là la question ! Il a un sens extraordinaire de la composition d’image, de la lumière, de la scénarisation des personnages, des mouvements de caméra ; il a su employer de manière très neuve des acteurs dont le jeu était très marqué, qui représentaient presque des archétypes, pour les utiliser, sinon à contre-emploi, du moins d’une façon biaisée très intéressante (Gabin dans le formidable Gueule d’amourMadeleine Renaud dans Le ciel est à vous)… Il réalise des histoires très fortes, bien composées, dans des milieux campés de façon précise, approfondie (Le ciel est à vous encore, ou Remorques)… (suite…)

Aguirre, la colère de Dieu

dimanche, février 18th, 2007

883891996_2d53ab6cdfUn choc !

Auri sacra fames ! (détestable faim de l’or !) (Virgile, Énéide , III, 57).

J’imaginais devoir me livrer, avant d’avoir vu Aguirre pour la première fois de ma vie, sinon à un plaidoyer, du moins à une sorte d‘explication de ce qui pousse les hommes à aller voir ailleurs, c’est-à-dire à découvrir – donc à coloniser – ; car (quelqu’un peut-il en douter ?) l’Humanité tout entière s’est répandue à la surface du globe en chassant devant elle, par vagues successives, ceux qui occupaient la place avant les derniers arrivants, et Cortez et Pizarre, si leurs noms nous sont connus, ne sont pas plus extravagants que ne l’étaient, deux, trois, dix siècles auparavant, les envahisseurs qui déferlaient d’Asie pour repousser jusqu’en Patagonie les précédents autochtones qui, eux-mêmes, avaient chassé qui ? (suite…)

Le comédien

dimanche, février 18th, 2007

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Piété filiale

C’est le premier film que Guitry réalise après la Guerre, et après sa stupéfiante incarcération – qui le marquera pour toujours, tant il a pu percevoir, durant ce trop long épisode, combien l’adulation du public était éphémère, combien les amitiés étaient fragiles . Ce premier film, donc, est un exercice de pure piété filiale, un hommage au père, au grand acteur Lucien Guitry, avec qui ses rapports avaient été singuliers, avec qui il avait vécu une longue brouille, dont il avait épousé une ancienne maîtresse, Charlotte Lysès, mais à qui, réconcilié, il vouait une admiration éperdue. (suite…)

Les quatre filles du Dr March

lundi, février 12th, 2007

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Assez de cynisme !

Eh oui, assez de cynisme et de sarcasmes, assez de regards distanciés, assez de fascination morbide pour les troubles manigances des serial killers !! (suite…)

Maigret voit rouge

samedi, février 10th, 2007

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Quelle déception !

Il ne faudrait pas me pousser beaucoup pour me faire écrire que Maigret voit rouge marque la fin de la seconde époque de la carrière de Jean Gabin, celle commencée après la guerre, à compter de Martin Roumagnac et qui est ponctuée par des films immenses que je ne vais pas citer parce que tout le monde les connaît (de Touchez pas au grisbi au Cave se rebiffe en passant par La traversée de Paris)… (suite…)

Casque d’or

jeudi, février 8th, 2007

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Une perfection

On se sent toujours très prétentieux de vouloir ajouter un bout de commentaire aux gloses savantes et subtiles qui, depuis 1952, se sont accumulées sur cette merveille de film, disséqué sur toutes ces facettes, étudié et scruté par tous les étudiants en cinéma, célébré sur tous les tons par les amateurs (alors qu’il fut pourtant mal accueilli par la Critique) et on se demande comment on pourrait bien mettre une couche laudative supplémentaire à une œuvre qui n’en a plus besoin depuis longtemps. (suite…)

Les Célibataires

mercredi, février 7th, 2007

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Quand la télévision avait du talent

Quand la télévision avait du talent – à tout le moins de l’ambition – elle pouvait être une alternative très intéressante au cinéma et présenter des œuvres (qui n’auraient peut-être pas pu trouver autrement un producteur, forcément inquiet pour ses sous) avec modestie et mesure, sans dépenses excessives, sans stars de premier plan. On va essayer de ne pas faire trop dans la nostalgie, d’évoquer les grandes ombres de La caméra explore le temps ou du Petit théâtre de la jeunesse – œuvres originales pour l’une, adaptations littéraires pour l’autre – mais on voudrait revenir sur une des plus exceptionnelles réussites qu’on ait jamais vu – et revu, parce qu’on a la chance d’avoir ce trésor de qualité en cassette VHS -, qui est, donc, Les Célibataires, adapté par Jean Prat de l’œuvre d’Henry de Montherlant. (suite…)

La Horse

mardi, janvier 30th, 2007

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Follement efficace !

En revoyant hier le film, dont j’avais gardé un vif, mais relativement vague souvenir, j’étais à nouveau admiratif de son efficacité brutale ; j’ai le sentiment que tous les messages qui se sont accumulés sur ce forum concordent pour la célébrer et que ce premier film réalisé avec Gabin par Pierre Granier-Deferre conservait toutes ses qualités de récit vivement mené, adossé à une distribution où des acteurs de complément jouent remarquablement bien le rôle de personnages tous écrasés par l’omnipotence jupiterienne d’Auguste Maroilleur. La campagne normande est photographiée sans effet spectaculaire de pittoresque ou de léché, dans toute sa morne banalité ; on est là dans le Calvados, et non pas dans le Lot ou le Vaucluse, et les chemins luisants de boue n’ont pas le charme touristique des murets de pierre sèche.
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Fanfan la tulipe

dimanche, janvier 28th, 2007

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Mais quelle déception !

Croyez-moi ou non, mais alors que j’ai ingurgité depuis cinquante-cinq ans un nombre assez considérable de films des années d’après-guerre, je n’avais jamais vu jusqu’à hier soir ce mythique Fanfan la Tulipe placé par la rumeur publique, la critique charmée et nombre d’amateurs au rang d’œuvre enchantée. Ça n’a pas dû bien se goupiller quand j’étais enfant, je devais être en train de courir la gueuse lorsque, à l’époque de mes vingt ans ça passait encore à la télévision et si, ça chantait suffisamment dans les mémoires pour qu’un tâcheron en fît un remake affligeant avec je ne sais plus qui, l’indifférence polie que je porte dans mes jours aimables (donc rares) à Gérard Philipe et l’aigre aversion que je lui voue dans mes jours acariâtres (donc nombreux) m’avaient retenu jusqu’alors. (suite…)