Farandole

« La Ronde » en minuscule.

Si j’évoque La Ronde du grand Max Ophuls en titre de cet avis, c’est parce que cette assez agréable Farandole en a tout à fait la structure circulaire et s’achève sur le retour dans un même lieu de bon nombre des personnages qu’on aura vu s’entrecroiser pendant toute la durée du film. Chez Ophuls, il est fait explicitement référence à une pièce de théâtre d’Arthur Schnitzler ; le générique de Farandole n’en fait pas mention, indiquant simplement que le scénario a été bâti par André Cayatte et Henri Jeanson. Comme il me semble à la fois démesuré et inutile d’entreprendre là-dessus de savantes recherches, je laisse la question ouverte.

Dès que l’on évoque le nom d’Henri Jeanson, on est fondé à attendre de la vivacité, de l’esprit, un joyeux immoralisme, quelques agréables rosseries et des jolies gouttes de venin. C’est tout à fait cela que l’on trouve dans ce film d’André Zwobada qui a été paraît-il un des assistants de Jean Renoir sur le tournage de La règle du jeu mais qui n’a pas laissé grande trace dans l’histoire du cinéma. Et à vrai dire ce n’est pas Farandole qui le haussera sur le podium même si, je le répète, c’est plutôt agréable à suivre.

Tourné avant la Libération, le film est sorti au début de 1945 ; peut-être avait-il fallu vérifier qu’aucun des acteurs n’avait été compromis dans de louches affaires de collaboration. Il est en tout cas absolument remarquable qu’on n’y trouve pas la moindre trace du conflit, ni même des difficultés d’approvisionnement qui faisaient vraisemblablement partie des préoccupations majeures des spectateurs. Gageons alors qu’ils allaient dans les salles obscures pour se distraire exclusivement, ce qui n’est pas idiot, d’ailleurs.

Et pourtant Farandole compte deux morts violentes, des escroqueries, des vols, des cocuages et met en scène des personnages assez douteux, femmes faciles – qu’elles soient courtisane de haut vol (Lise Delamare, extrêmement belle) ou fleur de trottoir dotée de marlou (Paulette Dubost) – habiles escrocs, aigrefins de finances et autres canailles.

Ça commence par le suicide de Maxime Théric (André Luguet), homme d’affaires aux abois qui voit bien que sa maîtresse, Blanche (Lise Delamare) ne demande qu’à le lâcher, qui lègue le chien Bonsoir qu’il vient de recueillir à Millienne (Paulette Dubost) la radeuse qui va aller fricoter avec Auguste Moine (Louis Salou), lui-même complice de l’habile et inventif Pascal Bondieu (André Alerme) qui multiplie les avatars et les impostures. Bondieu, poursuivi par la police va aller se réfugier dans la loge de la grande comédienne Élisabeth (Gaby Morlay) à qui il fait croire qu’il est auteur dramatique ; voilà assurément le segment le plus faible du film. Dans le même hôtel, un drame vient de se dérouler : une dactylo, Marianne (Jany Holt) vient de tuer (accidentellement, selon elle) la femme de son amant, le riche Sylvestre Clarel Bernard Blier). Marianne est arrêtée et l’on passe alors aux joutes du prétoire, où deux avocats, interprétés par Jean Davy et Maurice Escande rivalisent de talent et de vacheries…

Et cela avant qu’on retourne, pour la conclusion, dans le beau restaurant où Maxime/Luguet et Blanche/Delamare passaient une dernière soirée avant le suicide du premier. Les couples se sont recomposés. La ronde peut continuer… Une bonne part de cynisme, un peu de fiel et surtout la proclamation que la vie tourne, tourne…

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