Inglourious basterds

Superficiel…

L’uchronie est un des genres majeurs les plus séduisants et les plus stimulants de la science-fiction. L’uchronie, pour ceux qui ne sont pas familiers du genre, c’est le récit qui suit la question existentielle Que se serait-il passé si ?

Oui, que se serait-il passé si le carrosse d’Henri IV n’était pas passé rue de la Ferronnerie au moment où Ravaillac l’attendait ? Si Louis XVI avait réussi à rejoindre ses armées au lieu d’être malencontreusement arrêté par Drouet à Varennes ? Si ce crétin de Grouchy avait mangé un peu moins de fraises le jour de Waterloo ? Si….? On a écrit des dizaines de romans assez drôles et souvent bien venus en inventant des univers parallèles nés d’une seule déviation de l’Histoire réelle et aboutissant à des réalités stupéfiantes.

Je n’ai donc rien contre le fait que Quentin Tarantino imagine un monde où tout le gratin du IIIème Reich est anéanti dans un Götterdämmerung mérité grâce à l’action de Shosanna (Mélanie Laurent), jeune Juive rescapée d’une arrestation, de son amant antillais Marcel (Jacky Ido), de l’action violente d’un commando antinazi terroriste massacreur commandé par le lieutenant Aldo Raine (Brad Pitt) et de la trahison du colonel SS Hans Landa (Christoph Waltz).

Pour la sincérité de mon témoignage, je ne cacherai pas que je garde une dent contre M.Tarantino qui a remporté la Palme d’Or à Cannes en 1994 avec son insignifiante Pulp fiction, alors que l’immense Nikita Mikhalkov avait présenté la même année Soleil trompeur, qui est d’une tout autre dimension. Mais enfin, je dois reconnaître que ce n’est pas la faute de Tarantino, mais de la veulerie consensuelle du Jury et de la complicité étasunienne de son président, le cow-boy Clint Eastwood. Et j’ai regardé sans trop d’ennui, mais en m’étonnant que ça recueille un tel succès les étripages féminins de Kill Bill.

Je reviens à l’uchronie. Pour que ça fonctionne bien, il me semble qu’il y faut deux choses : d’abord que les prémisses soient d’une redoutable rationalité, rendant ainsi plus jouissifs les développements ultérieurs et, surtout, que le décalage intervienne presque au début du récit, permettant la construction du monde parallèle. Ces deux conditions ne sont pas du tout réunies dans Inglourious basterds.

J’avais commencé à recenser les anomalies et invraisemblances constatées ; j’y ai vite renoncé tant cette nomenclature m’a vite paru inutile, puisqu’on n’est pas dans un film sur la seconde guerre, mais dans tout autre chose… qu’est-ce que j’avais retenu ? Dès le début, l’absurdité de la présence d’un colonel SS, c’est-à-dire d’un haut gradé, pour capturer seulement cinq jeunes Juifs, dont trois enfants, la pratique parfaite de la langue anglaise par le fermier, le fait que quatre (ou cinq, même) agriculteurs juifs aient été recensés dans la contrée (quand on connaît la structure de la propriété agricole française !!!)…. et puis la facilité avec laquelle le commando exterminateur s’introduit en Allemagne pour accomplir sa roborative collecte de scalps allemands… (Ah oui ! Allemands, a-je écrit, et non Nazis comme le dit trop souvent Tarantino… Comme si on pouvait omettre que la vieille féroce Germanie ait été la terre d’élection de la Barbarie la plus atroce…. toujours ces délicatesses insupportables… voir à ce propos les débats que nous avons eus sur Allemagne année zéro).

Mais Inglourious basterds n’est pas un film historique et, il faut bien le reconnaître, n’a pas cette prétention. C’est plutôt un truc du type Les X-Men contre Godzilla, ou Brad Pitt chasseur de Vampires. C’est, de ce point de vue, assez bien fait, mais comme Tarantino ne se prend pas pour l’honnête et habile faiseur qu’il est, mais pour un des grands réalisateurs inspirés du cinéma de tous les temps, il y a bien des longueurs, des pauses (et des poses).

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