Kursk

De l’air !

Même si l’on n’est pas soi-même particulièrement claustrophobe, on ne se sent pas vraiment à l’aise à l’intérieur d’un gros tube de métal immergé dans la mer glauque. Le cinéma ne déteste pas nous plonger dans les profondeurs abyssales, mais il faut bien dire que les conditions de vie présentées dans Les maudits de René Clément (1947) ou dans 20000 lieues sous les mers de Richard Fleischer (1954) ne donnent pas une idée bien anxiogène de la réalité. Celle-ci est davantage montrée dans l’assez médiocre – à mon sens – Poursuite d’Octobre rouge de John McTiernan (1990) et le très précis Chant du loup d’Antonin Baudry (2019).

Mais ce réalisme est aussi la raison pour quoi le bât blesse. Je n’ai certes jamais plongé au fin fond de l’eau dans un sous-marin, mais j’ai eu l’occasion de découvrir les entrailles de plusieurs d’entre eux, y compris des SNLE (Sous-marins Nucléaires Lanceurs d’Engins, notre force de frappe). J’ai eu beau écouter avec attention les explications qui étaient données, je ne suis jamais parvenu à me repérer, à me situer dans l’invraisemblable tripaille de ces bateaux où le moindre centimètre carré est utilisé et où il faut à la fois un sens de l’orientation aiguisé et une grande pratique pour se mouvoir d’un point donné à un autre. Mêmes immenses, les sous-marins écrasent et oppressent.

Le film de Thomas Vinterberg (qui a avalé et renié toute la théologie du Dogme danois, dont il était fondateur, avec Lars von Trier) relate une histoire vraie : la mort épouvantable de 118 marins russes (dont 23 auraient pu être sauvés) à la suite de graves accidents explosifs lors de manoeuvres dans la mer de Barents, au plein nord de l’Europe. L’accident a eu lieu en août 2000, quelques mois avant la nomination de Vladimir Poutine à la tête de la Fédération de Russie. Il n’est d’ailleurs sûrement pas innocent qu’un film occidental (franco-belgo-luxembourgeois) soit aussi agressivement anti-russe et impute la totalité des responsabilités à la caste militaire, corsetée dans un rigorisme qui se préoccupe bien peu de sauver les malheureux naufragés.

Je suis évidemment bien loin de dire que les autorités navales soviétiques, par leur lenteur à réagir, la médiocrité des moyens mis en œuvre, leur refus obstiné d’accepter les propositions de secours britanniques, françaises ou norvégiennes sont pour rien dans le drame du Kursk ; le seul personnage hautain et détestable de l’amiral Petrenko (Max von Sydow) et de son état-major le démontre à l’envi. Sortant des sombres années soviétiques et de la triste période d’Eltsine, où les richesses du pays étaient mises à l’encan, les catastrophes s’accumulaient.

Kursk n’est pourtant pas très convaincant : les images de la catastrophe sont certes spectaculaires, mais peu compréhensibles ; en tout cas jusqu’à ce que les 23 survivants (provisoires) soient confinés à l’arrière du bâtiment. Parallèlement Vinterberg montre le désarroi, puis l’angoisse, puis la colère qui montent parmi les femmes des sous-mariniers. En premier lieu chez Tanya Averina (Léa Seydoux), épouse de Mikhail (Matthias Schoenaerts)l’officier qui permet aux survivants d’entretenir une parcelle d’espérance.

On sait bien dès l’abord que ces malheureux vont mourir de façon affreuse, asphyxiés dans leur réduit peu à peu inondé par les eaux glacées ; mais il ne me semble pas que le réalisateur ait pu trouver la juste mesure, le juste ton pour donner à cette horreur une tournure cinématographique…

 

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