Camping 2

Fascination du gouffre.

Il y a quelque chose de violemment pervers dans la fascination qu’on peut éprouver pour une daube absolue (qu’on sait être une daube avant même de l’avoir regardée, veux-je dire) et pour l’attirance qu’on a à perdre deux précieuses heures de sa vie et une soirée qu’on aurait pu consacrer à autre chose de plus intelligent. Mais bon ! Il faut bien le dire : après avoir trouvé détestable, il y a près de quinze ans, la matrice du concept (voilà de bien grands mots pour une si méprisable chose !), c’est-à-dire le premier Camping, voilà que, en pleine connaissance de cause, j’ai regardé hier Camping 2. On peut appeler ça, en quelque sorte, la fascination de l’échec ou je ne sais quoi de lamentable. Il est vrai que, si d’un autre côté, on m’avait proposé à la télévision, un Bergman ou un Antonioni,j’aurais tout de même choisi Onteniente, parce qu’entre la prétention et la nullité, je préfère la nullité.

Remarquez que je n’ai pas raison sur ce coup ; non que je conteste ce choix de la nullité sur la prétention, qui me paraît sain (ou, en tout cas, moins cafard), mais parce que Camping 2 n’est pas exempt de cette prétention exaspérante. Lorsque jadis Robert Thomas tournait Mon curé chez les nudistes ou Jean Girault réalisait (!) Les Charlots font l’Espagne ni l’un ni l’autre ne prétendait glisser dans leur film un brimborion sentimental et presque grave. C’était gras, c’était moche, c’était d’une vulgarité inouïe et d’une bêtise atterrante, mais ça n’avait pas d’autre ambition que faire rigoler les cantons reculés du Hurepoix ou du Bourbonnais.

Seulement pour faire moquer avec distance et venin la pauvre humanité, il faut quelque chose de plus acide et de plus talentueux. On a sottement comparé la série des Camping avec celle des Bronzés (1 et 2 ; le 3 n’a pas de raison d’être) comme si l’une et l’autre série, qui montrent des Français en vacances, étaient finalement du même acabit, typant des comportements caricaturaux et ridicules : c’est mettre sur le même plan la finesse et la vulgarité. Et j’ai eu pourtant bien du mal à défendre mon point de vue contre un brave type de ma connaissance qui trouvait une parenté aux deux séries. Que dire ? Et je vois pourtant que la distance si abyssale qui différencie radicalement Popeye (Thierry Lhermitte) et Patrick Chirac (Franck Dubosc), ou le couple Morin (Gérard Jugnot et Josiane Balasko) et le couple Gatineau (Antoine Duléry et Mathilde Seigner) est faite de ces impalpables nuances qui séparent le talent de la connerie… Distance abyssale et Impalpables nuances, ça ne vous étonne pas ? Moi si. Comme m’étonne que des paires de rails parallèles dans l’espace d’une gare puissent conduire vers des contrées si différentes.

De toute façon que peut-on dire sur un film à la fois poussif et hystérique (voilà encore une sacrée contradiction apparente) où on a honte pour les acteurs qui s’y sont étalés. Il va de soi qu’on n’en veut pas aux tâcherons qui doivent bien gagner leur vie, justifier leur inscription au régime des Intermittents du spectacle et ne pas se faire trop oublier des sociétés de casting. Depuis que le cinéma existe, il a toujours connu ces gagne-petit qui ne manquent pas toujours de talent, mais sont bien obligés d’accepter ce qu’on leur propose, c’est-à-dire n’importe quoi. Donc rien à dire de la présence d’acteurs d’aujourd’hui, (Mathilde SeignerAntoine Duléry), d’hier (Richard Anconina) ou d’avant-hier (Mylène Demongeot). Quant à Franck Dubosc, qui doit croire que la clarté de ses yeux pervenche lui donne du talent, il serait mieux inspiré, et pour toujours, de continuer à faire le pitre des soirées télévisées.

Mais Claude Brasseur ? Le fils de Pierre Brasseur et d’Odette Joyeux, comédiens extraordinaires, et lui-même acteur de talent, qui a tourné avec Jean Renoir, François Truffaut, Claude Sautet  ? Qui a certes beaucoup trop tourné mais tout de même… Quand on pense à ces deux charmants bijoux d’Yves RobertUn éléphant ça trompe énormément et Nous irons tous au paradis où il était si fin, si sensible, si dense et si fragile… Le voir dans cette horreur fait bien de la peine…

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