La Horse

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Follement efficace !

Le DVD est sorti il y a quelques semaines, dans la collection Gabin, éditée par M6 Vidéo, dont j’ai déjà eu l’occasion, à propos de Maria Chapdelaine et de La bandera, de dire combien les grandes qualités – bonne restauration des copies, emballage élégant, certains boni très intéressants – palliaient largement les défauts (essentiellement la niaiserie de l’écriture des livrets, par ailleurs fort bien illustrés).

En revoyant hier le film, dont j’avais gardé un vif, mais relativement vague souvenir, j’étais à nouveau admiratif de son efficacité brutale ; j’ai le sentiment que tous les messages qui se sont accumulés sur ce forum concordent pour la célébrer et que ce premier film réalisé avec Gabin par Pierre Granier-Deferre conservait toutes ses qualités de récit vivement mené, adossé à une distribution où des acteurs de complément jouent remarquablement bien le rôle de personnages tous écrasés par l’omnipotence jupiterienne d’Auguste Maroilleur. La campagne normande est photographiée sans effet spectaculaire de pittoresque ou de léché, dans toute sa morne banalité ; on est là dans le Calvados, et non pas dans le Lot ou le Vaucluse, et les chemins luisants de boue n’ont pas le charme touristique des murets de pierre sèche.

C’est donc excellent ; ce qui est tout de même bien drôle, c’est que La Horse date de 1970, d’une époque, donc, bavarde et exaltée où Godard montait des coopératives de production cinématographiques prolétariennes, où Marin Karmitz tournait des films militants s’imaginant, avec ses camarades Mao-Spontex * rejouer L’Armée des ombres contre le pompidolisme fascistoïde, où l’on voyait, dans des salles quasiment secrètes, des projections clandestines, comme si l’on était au Maquis du Vercors !

Je ne me souviens pas quel a été l’accueil critique fait à La Horse dans ce contexte où le gauchisme tenait le haut du pavé ; sans doute, alors encore jeune, avais-je tendance à surévaluer l’importance de nos modernes résistants dans le paysage cinématographique, alors qu’ils ne touchaient que quelques salles d’Art (?) et d’essai alors que Pépère Gabin faisait le gros des succès français…

Je ne suis pas certain qu’on pourrait tourner aujourd’hui un film aussi carrément de droite ; le politiquement correct ayant frappé il y aurait sûrement, à l’issue de cette histoire d’autodéfense massive, une fin morale, qui permettrait de confondre les vilains assassins (on ne dirait pas que les trafiquants de drogue sont de braves gens…mais enfin…ils opèrent sur un marché, selon la loi de l’offre et de la demande, ils jouent un rôle de fluidité commerciale, etc. : de tout temps, le libéralisme économique et la veulerie morale ont fait bon ménage). Là, rien du tout : non seulement la Justice est coincée par le mutisme solidaire des gens de la ferme, mais à la dernière séquence, le petit-fils rebelle rentre dans le droit chemin : il a compris et s’est assimilé les valeurs éternelles de la Terre. (je n’ose ajouter qui ne ment pas).

  • Il s’agissait de militant maoïstes spontanéistes ; le rapport avec la marque d’éponges bien connue n’est pas non plus avéré !

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