La maison du Diable

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Virtuosité exceptionnelle

Il me semble qu’à chaque fois on se laisse aussi fort prendre qu’à la première vision par la virtuosité extraordinaire de Robert Wise, par sa façon d’installer un climat étouffant, avec un crescendo bluffant…

Car, si ça commence (presque) à la façon un peu ostentatoire de Mario Bava ou des films de la Hammer, lors de la présentation du personnage principal – la Maison, évidemment ! – (mais aussi du couple Dudley, les serviteurs mal embouchés et terrifiés), ça prend un tour oppressant et sobre, pour aller de plus en plus vite et de plus en plus fort, jusqu’à rendre perceptible le malaise et l’effroi des enfermés volontaires.

J’y reviens, la plus belle trouvaille est cette maison immense, démesurée, sombre comme un fond de cale, à boiseries noires et à lumières parcimonieuses… Où les Anglo-Saxons vont-ils chercher de tels dinosaures de pierre qui fichent les chocottes rien qu’à être regardés et où, j’en suis sûr, aucun esprit à peu près normal et solaire ne voudrait vivre ? Maisons qui ne peuvent se concevoir que dans des climats de landes humides ou de forêts profondes, tournées toutes vers – au mieux ! – les fauteuils confortables, les vastes cheminées, les vieux portos et les grands whiskies et – au pire, comme dans cette Maison du diable – vers les corridors noirs, les couloirs tortueux, les bibliothèques écrasantes !

  L’utilisation (peut-être un soupçon trop systématique) des angles de plongée et de contre-plongée, des panoramiques menaçants, des prises de vue obliques s’ajoute à une histoire assez ambiguë pour instiller un trouble qui ne quitte pas le spectateur ; car si les rôles masculins sont presque mièvres, surtout pour Russ Tamblyn, qui me semble un peu échappé de ses rôles trépidants des Sept femmes de Barbe-Rousse et – naturellement ! – de West side story, les deux femmes sont magnifiquement craquelées ; évidente (à mes yeux) homosexualité de Théo (Claire Bloom), suggérée de façon à la fois très claire et très distante ; et délabrement affectif complet d’Éléonore (Julie Harris), qui a peut-être tué sa mère impotente pour se libérer d’années de servage et de frustration, et qui subit littéralement une prise de possession érotique par la Maison…

Le fabuleux et chancelant escalier en colimaçon qui paraît n’avoir pas de fin ne conduit pas ailleurs que vers les ténèbres de la folie. Sa victime faite, la Maison la garde.

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