Maigret voit rouge

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Quelle déception !

Il ne faudrait pas me pousser beaucoup pour me faire écrire que Maigret voit rouge marque la fin de la seconde époque de la carrière de Jean Gabin, celle commencée après la guerre, à compter de Martin Roumagnac et qui est ponctuée par des films immenses que je ne vais pas citer parce que tout le monde les connaît (de Touchez pas au grisbi au Cave se rebiffe en passant par La traversée de Paris)…

En 1963, il y a l’excellent Mélodie en sous-sol, puis ce troisième Maigret, postérieur de quatre ans à L’affaire Saint-Fiacre et tourné non plus par Delannoy, mais par Grangier ; puis le trou : six ans sans film notable, jusqu’au Clan des Siciliens ; en 1969, ça revient : il y aura encore La Horse, Le chat, et même Deux hommes dans la ville : l’homme mûr de la deuxième époque est devenu le vieillard de la troisième et colle à nouveau à ses personnages…

1336485Ce que j’écris est sûrement très parcellaire et abusif…mais en regardant Maigret voit rouge que je n’avais pas vu depuis sa sortie, j’ai été terriblement déçu : Maigret n’est plus ce policier las qui porte sur les épaules tout le scepticisme du monde, comme dans Maigret tend un piège, mais un honnête Commissaire de police sans éclat, faisant certes travailler avec subtilité et bonhomie ses subordonnés, mais dépourvu de cette part d’humanité qui caractérise le héros de Simenon.

Je n’ai pas lu le roman dont le film est issu (Maigret, Lognon et les gangsters) et ne peux donc juger de la fidélité de l’adaptation ; si celle-ci est fidèle, je crains qu’on n’ait pas choisi la meilleure des substances pour clôturer les incarnations de Gabin dans le rôle : l’anecdote est d’une grande banalité et surtout, surtout n’y apparaît pas ce qui était le plus passionnant dans les deux premiers films : l’approche singulière d’un milieu, de secrets dissimulés, du misérable petit tas de secrets qui est le substrat de toute réalité.

Ce n’est certainement pas un hasard si le public n’a pas accueilli ce troisième opus avec la même faveur que les deux premiers : c’était là vraiment du travail à la chaîne d’un Gabin qui devait encore vieillir pour endosser d’autres rôles…

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