Paméla

Qu’est devenu le petit Roi ?

On peut bien sûr trouver que l’Histoire n’a aucun intérêt et que ce qui a été vécu dans les siècles qui nous précèdent peut tout à fait être passé sous silence et être complétement négligé. Je vois pourtant que les journaux, les émissions, les films qui évoquent le passé recueillent bien souvent beaucoup de succès. On a beau se vouloir fier combattant de la modernité, même de l’immédiateté, on songe avec une grande fascination à des épisodes de jadis que nous font sentir que nous avons eu des parents (la guerre d’Algérie), des grands-parents (la guerre de 40), des arrière-grands-parents (la guerre de 14) et d’autre qui ont vécu les temps anciens. Mon arrière-grand-père paternel est né en mars 1821, deux mois avant la mort de Napoléon. C’est loin ? C’est proche !

La grande qualité de Paméla est de nous balader dans des temps encore un peu plus anciens mais qui ont été largement oubliés par les récits historiques. J’y viendrai ensuite ; après avoir fait remarquer que le film de Pierre de Hérain est sorti sur les écrans le 6 mai 1945 ; deux jours avant la fin de la Guerre c’est évident ; mais surtout tourné par un réalisateur qui était le gendre du maréchal Pétain avec qui sa mère s’était remariée en 1920. En ayant lu ça, j’ai cru rêver. L’époque était alors bien moins vertueuse que celle d’aujourd’hui pour qui tous ceux qui, de près ou de loin, touchent à quelque chose rejeté par le Camp du Bien doivent être ostracisés, vilipendés, condamnés, rejetés aux ténèbres extérieures.

En l’occurrence il aurait été bien dommage que Paméla subît un sort aussi infamant. Ce n’est pas que le film soit magnifique, haletant, vivifiant. Adapté d’une pièce de théâtre de Victorien Sardou, alors au sommet de sa renommée, en 1898, il n’offre, cinématographiquement parlant, aucune excellence, aucune aspérité. Mais il a l’avantage de braquer son projecteur sur une période et un individu plutôt négligés par le cinéma d’histoire : Barras et le Directoire. C’est-à-dire les temps très incertains où la folie furieuse révolutionnaire et sa fascination pour le sang innocent versé commencent à se calmer un peu. Mais sans que, pour autant, les flots soient stabilisés. Après la chute de la Convention thermidorienne a été institué le 26 octobre 1795, un curieux régime où le pouvoir législatif appartient à deux chambres, le Conseil des Anciens et le Conseil des Cinq-Cents et le pouvoir exécutif à cinq Directeurs.

L’opinion publique est en train de virer complétement : au point qu’en 1797, les royalistes deviendront largement majoritaires dans les deux assemblées ; le peuple ne supporte plus un pouvoir absolument corrompu, les restrictions et pénuries continues alors que les puissants se gobergent dans une opulence ostentatoire. Barras (Fernand Gravey), longtemps farouche républicain a de longue date senti le vent tourner. C’est un homme ‘’vaniteux, sans scrupules, libertin, corrompu’’, dit-on de lui.

Car c’est dans ces moments incertains que se déroule Paméla : la Révolution est essoufflée, insupportable et les conspirations se succèdent pour établir sur le Trône le petit Louis XVII et d’abord pour le faire évader de la prison du Temple. Il serait temps : enfermé dans un cachot sans lumière, où la nourriture lui est passé par un guichet, il est couvert de gale et souffre de tuberculose. Une péritonite aiguë le tuera bientôt le 12 juin 1795. Au fait j’attends toujours que la République française, aujourd’hui si prompte à s’accuser de tout accomplisse son Devoir de mémoire sur ce nouvel assassinat, après celui de Louis XVI (21 janvier 1793), de Marie-Antoinette (16 octobre 1793) et de Madame Élisabeth (10 mai 1794), père, mère et tante de l’enfant.

Le film est divisé en deux parties, d’inégal intérêt. La première se joue autour des virevoltants Incroyables et Merveilleuses et des libertinages (sagement montrés) qui se déroulent autour de Barras et de ses amies, Joséphine de Beauharnais (Gisèle Casadesus), la vieille actrice fanée Mademoiselle Montansier (Jeanne Fusier-Gir) et surtout Thérésa Tallien (Yvette Lebon). Ces dames sont les clientes de la couturière à la mode, Paméla (Renée Saint-Cyr) et amies des conspirateurs royalistes conduits par le marquis de Rochecotte (Jacques Varennes). Notons aussi que Paméla est la maîtresse chérie du fervent républicain Bargerin (Georges Marchal), officier municipal. C’est un peu routinier et ça manque de rythme.

En revanche la seconde partie est beaucoup plus réussie. Elle se passe essentiellement au Temple autour de Louis XVII et de ses geôliers, dont certains sont de braves types émus par son sort (Gomin (Raymond Bussières), Gourlet (René Génin), d’autres féroces (Lapierre (Maurice Lagrenée) Baudu (Henry Charrett). Mais aussi autour des conspirateurs qui ont prévu de substituer un orphelin malade au petit Roi.

Naturellement les difficultés, trahisons, chausse-trapes, heureux coups du hasard s’accumulent. Sapes et contre-sapes, retournements de situations, coups de théâtre : on en a pour son content, malgré la mauvaise qualité du DVD (notamment le son).

Et à la fin Louis XVII est remis par Rochecotte (Jacques Varennes)aux chouans normands de l’irréductible Louis de Frotté. La pièce de Victorien Sardou et le film de Pierre de Hérain prennent donc clairement le parti des survivantistes qui ont cru, tout le 19ème siècle trouver en Naundorff, Bruneau et des tas d’autres le malheureux enfant du Temple. Deux films assez réussis d’ailleurs, donnent dans cette fable : Le baron fantôme de Serge de Poligny (1943) et Monseigneur de Roger Richebé (1949).

Toujours est-il que Paméla est un film bien agréable et que Renée Saint-Cyr (mère de Georges Lautner, au demeurant) y est ravissante, pleine de charme et excellente comédienne.

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