Quatre mouches de velours gris

La mort en ce jardin…

Un titre superbe, encore plus chatoyant que celui de L’oiseau au plumage de cristal au service d’un scénario finalement très banal, qui s’abrite derrière des traumatismes enfantins jamais vraiment assumés et les zigouillages consécutifs, qu’il ne faut donc pas regarder pour la surprise de découvrir qui est l’affreux assassin, mais pour le plaisir de se laisser conduire à la révélation finale. Révélation trop évidente pour être honnête, d’autant que le cercle des coupables potentiels est, dans 4 mouches de velours gris fort restreint, le film ne comportant que peu de personnages essentiels (je veux dire par là que si l’on apprenait que le cinglé psychopathe était un des vagues protagonistes qui ne sont jamais au devant de la scène, on serait bien frustré et déçu).

 Troisième film de Dario Argento, ces mouches-là sentent très fort leur époque, le début des années 70, avec les crinières efflorescentes des hommes, leurs chemises cintrées et leurs pantalons à pattes d’éléphant. Et on y reconnaît aussi d’emblée le goût de Dario Argento pour les architectures insolites, les longues avenues vides, les feuillages nocturnes agités par le vent. et malheureusement aussi les coups de zoom violents, les panoramiques interminables, les gros plans incongrus. Et de la même façon, fort heureusement cette fois, la capacité du cinéaste à capter des atmosphères. Par exemple celle du grand théâtre désaffecté, où ici et là s’accumulent tous les détritus apportés par les éléments. Ou le jardin public maléfique, aux frondaisons labyrinthiques et aux passages étroits où Amélia (Marisa Fabbri), la servante vénale veut faire chanter l’assassin est égorgée ; il y a là une scène fort intéressante : bloquée dans un cul-de-sac par une haute muraille, Amélia appelle à l’aide ; elle est entendue par un jeune couple amoureux qui se trouve de l’autre côté du mur, mais qui ne peut rien faire sinon entendre l’assassinat qu’il ne peut voir. Vieux procédé des œuvres terrifiantes, souvent mis en valeur dans les pièces du merveilleux Grand guignol, toujours d’une grande efficacité émotionnelle.

Tout cela se passe à Milan où Roberto Tobbias (Michael Brandon), glandeur majuscule à la tête d’un groupe de rock insignifiant, mais époux de la riche Nina (Mimsy Farmer), qui se voit poursuivi, observé, surveillé par un drôle de type le tue accidentellement lors d’une bagarre, mais s’aperçoit que ce meurtre a été longuement photographié par un curieux personnage masqué juché sur un des balcons du théâtre désaffecté où le crime a eu lieu. Et ce personnage mystérieux, qui semble pouvoir s’introduire chez lui avec une grande facilité, entreprend de le terroriser, sans pour autant lui demander de l’argent, sans lui dire jamais ce qu’il veut.

C’est ce mystère qui fait la structure du film, même si l’amateur éclairé comprend vite qui est derrière cette persécution. Dario Argento tente de lancer le spectateur sur des pistes adventices, ou à faire intervenir des protagonistes bizarres, l’ami Dieudonné, dit Dieu (Bud Spencer) ou le détective agressivement et ostentatoirement homosexuel Gianni Arosio (Jean-Pierre Marielle), dont on ne voit pas trop l’intérêt, sinon celui de tirer à la ligne et d’introduire quelques épisodes presque rigolards. Parce que – ne nous leurrons pas ! – le film est assez mal fichu : il lambine beaucoup dans sa première demi-heure, perd beaucoup de temps dans son mitan et ne devient haletant que dans sa conclusion. Et encore ! Quand j’écris cela, je dois bien faire l’impasse sur l’explication finale, vraiment sortie de n’importe où.

Ne pas s’attendre à un film aussi fascinant que Suspiria, aussi impressionnant et aussi somptueusement filmé. Mais ce n’est pas un film négligeable, d’autant qu’il rend, d’une certaine façon, hommage au grand écrivain Auguste Villiers de l’Isle Adam dont il reprend la fascinante légende d’un des Contes cruelsintitulé Claire Lenoir selon quoi la dernière image vue par quelqu’un mort de mort violente s’est enregistrée sur la rétine. Et ce sont bien Quatre mouches de velours gris qui apparaissent aux yeux étonnés des légistes lorsqu’ils autopsient la belle Dalia (Francine Racette), une des victimes du psychopathe. Mais qu’on ne compte pas sur moi pour livrer vraiment la clef, évidente pourtant, de l’énigme.

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