Les hommes préfèrent les blondes

Si éternels que sont les diamants…

D’ordinaire les adaptations à l’écran de comédies musicales à succès continuent à sentir la scène étriquée, poussiéreuse et fallacieuse du théâtre. Il y a des exceptions, naturellement et il ne me viendrait pas à l’idée de reprocher à West side story de s’être d’abord fait connaître à Broadway. Et on peut dire aussi que Les hommes préfèrent les blondes (qui vaut mieux que son titre aussi idiot que fallacieux) ne se ressent pas de sa mauvaise origine : on y trouve de la gaieté, de la fantaisie, de la musique de qualité, des dialogues qui frisent et deux actrices qui, sans doute, tournent là une de leurs meilleures productions.

C’est évident pour Jane Russell qui n’aura pas, à part le film de Howard Hawks, laissé grande trace dans l’histoire du cinéma ; mais même si je ne suis pas très connaisseur de la filmographie de Marilyn Monroe, j’ai tout de même le sentiment qu’elle n’ait tourné quelque chose de mieux sur ses propres talents, beaucoup de ses grands succès tournant autour de son image, aussi simple (ou aussi compliquée) qu’elle est. Ce qui est drôle, c’est que la première avait à l’époque une notoriété bien plus importante que la seconde et que les rémunérations ont d’ailleurs été à l’avenant, l’une gagnant dix fois plus que l’autre (dix fois !).

Je ne sais pas (qui peut savoir, d’ailleurs ?) si les deux actrices, lors du tournage, s’entendaient bien ; n’empêche que Howard Hawks est parvenu à persuader le spectateur que Lorelei Lee (MM) et Dorothy Shaw (JR), apparemment si différentes et l’une et l’autre si orientées dans des voies si opposées, sont les meilleures amies du monde. Cela tient peut-être à la complexité intelligente des personnalités des deux femmes, l’une, (MM) apparemment exclusivement intéressée par l’argent, le luxe et la vie à grandes guides – mais dans ce cadre absolument sage -, l’autre (JR) paraissant accorder à la belle amour la place principale mais, de l’autre côté jonglant avec les nombreux cœurs qu’elle fait chanceler et n’hésitant pas à séduire une bonne partie de l’équipe olympique et musclée des États-Unis qui fait avec elle voyage en paquebot vers l’Europe.

Naturellement les hommes, dans cette intelligente bluette qu’est Les hommes préfèrent les blondes, sont des nouilles insignifiantes : aucun n’a la moindre tenue et, à dire vrai, la moindre pertinence ou le moindre intérêt : tous sont joués, minables, ridicules, inférieurs à ce qu’ils devraient être. Si les deux femmes, à la fin du film, se marient, l’une (MM) avec le niaiseux milliardaire Gus Esmond (Tommy Noonan) l’autre (JR) avec le douteux détective privé Ernie Malone (Elliott Reid) les hommes demeurent des potiches et des fantoches.

On pourrait prêter aujourd’hui à Howard Hawks des préjugés féministes ; au vu de ses films que j’apprécie au plus haut point (La terre des pharaons et Hatari !), je n’ai pas la sensation qu’il y ait là une forme de militance, mais plutôt un regard narquois ridiculisant à peu près tout le monde, personne ne se sortant tout à fait intact du regard posé par le réalisateur.

Mais finalement le scénario n’a pas vraiment beaucoup d’importance ; ce qui reste, c’est la beauté du Technicolor de l’époque (et la séduction magnifique du numéro de music-hall où Marilyn Monroe exalte une féminité animale sublime au milieu de mâles émerveillés), c’est le regard narquois du réalisateur, la qualité des chansons, et puis, ici et là, le charme du Paris qui n’avait pas encore été embelli par les nettoyages d’André Malraux et enlaidi par l’idéologie écologiste de Anne Hidalgo.

Très agréable film, rythmé, amusant, nullement ennuyeux. Le monde n’avait pas mauvaise figure, en 1953.

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