La promesse

mai 21st, 2021

« Comment va le Monde, Monsieur ? Il tourne mal, Monsieur ! »

En Wallonie, à côté de Liège, la Cité ardente, la meilleure alliée de Louis XI contre Charles le Téméraire, la patrie de Georges Simenon et de Stanislas-André Steeman, le centre d’une riche principauté ecclésiastique, il y a Seraing. C’est dans cette contrée que commença, sur le Continent, la Révolution industrielle, grâce à la présence de charbon et de minerai de fer. En 1842, Victor Hugo, qui passait par là écrivait On croirait qu’une armée ennemie vient de traverser le pays, et que vingt bourgs mis à sac vous offrent à la fois dans cette nuit ténébreuse tous les aspects et toutes les phases de l’incendie, ceux-là embrasés, ceux-ci fumants, les autres flamboyants. Ce spectacle de guerre est donné par la paix ; cette copie effroyable de la dévastation est faite par l’industrie. Hauts fourneaux et cokeries allumaient le paysage. Read the rest of this entry »

L’affaire est dans le sac

mai 18th, 2021

Un peu de bruit pour pas grand chose.

Je n’ai pas grand avis sur l’œuvre poétique de Jacques Prévert, qui me semble légère, habile, amusante, farfelue, souvent agréable à lire. Mais qui ne me paraît pas toutefois atteindre le niveau des poètes que j’aime avant tout, Jean de La FontaineJean RacineVictor HugoGuillaume Apollinaire. À chacun ses dilections, d’ailleurs, surtout dans ce domaine si particulier du rêve, de l’émotion, de l‘ailleurs. Au cinéma, c’est évidemment autre chose. Sans Prévert scénariste et dialoguiste, nous n’aurions pas eu tant de films merveilleux, certains qui sont des chefs-d’oeuvre, d’autres qui, quand ils ne sont qu’à demi réussis (Les visiteurs du soir) ou splendidement ratés (Les portes de la nuit) comportent toujours une atmosphère, un ton, un bout de dialogue saisissant, quelque chose qui permet d’entre-apercevoir l’aile de l’ange. Jacques Prévert est là une sorte de touche-à-tout de génie, drôle, rêveur, grave, fantaisiste, lumineux, sombre tour à tour. Une merveille.

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La chute de l’empire américain

mai 15th, 2021

Un peu plus proche de l’abîme à chaque fois.

En consultant le programme télévisé, j’ai sottement cru que La chute de l’empire américain était la suite directe, le dernier volet d’une trilogie dont les premiers films étaient les sidérants Déclin de l’empire américain de 1986 et Invasions barbares de 2003 où des couples d’universitaires québécois hédonistes et égoïstes dissertaient avec finesse, intelligence, subtilité, talent d’expression de la décadence de notre monde occidental. Je me suis complétement emmêlé les crayons : le troisième film de la trilogie de Denys Arcand s’appelle – comme c’est gai ! – L’âge des ténèbres (2007) et, paraît-il, ne vaut pas tripette ; mais il s’inscrit aussi, je crois, dans cette exploration assez froide de nos désespoirs et incapacités. Read the rest of this entry »

Il était une fois un merle chanteur

mai 14th, 2021

Vingt quatre heures de la vie d’un timbalier géorgien.

C’est bien la première fois de ma vie – et sans doute la dernière – que, par pur hasard, je regarde un film géorgien. Je ne me suis pas ennuyé, parce que c’est bref (une heure et quart) et plutôt bizarre, mais c’est tout de même plutôt creux, presque insignifiant. Au fait, qu’est-ce que je savais de ce petit État caucasien avant d’aller un tout petit peu creuser sur Wikipédia ? À dire vrai, pas grand chose. Que le pays était presque aussi anciennement chrétien que l’Arménie et que, parmi ses enfants les plus illustres, le pays compte Josef Djoughachvili, beaucoup plus connu sous le nom de Staline, le regretté Petit père des peuples, le criminel sanglant et, de façon beaucoup plus honorable, le remarquable Secrétaire général de l’Académie française, Mme Hélène Carrère d’Encausse, dont le nom de naissance est Zourabchvili. Read the rest of this entry »

Le Casanova de Fellini

mai 11th, 2021

Allez savoir pourquoi…

Est-ce que Federico Fellini, né à Rimini, en Romagne, nourrissait une petite jalousie informulée pour la somptuosité glorieuse de la République de Venise et la place que la Sérénissime a laissée dans l’Histoire ? ? On serait presque fondé à se le demander en voyant l’aigreur de sa peinture et ce que l’on pourrait appeler presque de l’agressivité envers l’un des plus célèbres de ses enfants. Le léger, cavalcadant, spirituel, libertin, profond Giacomo Casanova que le cinéaste présente – on l’a dit beaucoup et davantage – comme une sorte de marionnette ridicule, misérable, pathétique, même, en ses derniers jours, en faisant mine de ne pas avoir compris combien le chevalier de Seingalt, nom que Casanova s’était donné, représente à lui tout seul l’esprit du 18ème siècle ? Read the rest of this entry »

Radin !

mai 10th, 2021

L’histrion majuscule.

Autant dire tout de suite que si je n’ai pas pour Dany Boon l’adulation que beaucoup paraissent lui porter dans notre pauvre monde sans grands repères, il ne fait pas non plus partie de mes aversions et de mes rejets épidermiques. Je l’avais plutôt trouvé sympathique et convaincant dans Mon meilleur ami, en 2006, film au demeurant assez médiocre de Patrice Leconte, avec Daniel Auteuil, mais beaucoup moins intéressant dans Eyjafjallajökull … sinon dites « Le volcan d’Alexandre Coffre en 2013, avec Valérie Bonneton. Mais aussi j’ai trouvé absolument méprisable et dégradant son immense succès de Bienvenue chez les ch’tis en 2008 où il ridiculisait les Gens du Nord en faisant mine de les célébrer. Et bien des couillons s’y sont d’ailleurs laissé prendre (plus de 20 millions de spectateurs dans les salles !). Read the rest of this entry »

Le fondateur

mai 5th, 2021

L’horreur mondialisée.

Comment comprendre qu’un truc aussi innommable que le hamburger graisseux soit parvenu au succès total, global, mondial et règne sur les cinq continents sans partage ? Quelle peine j’ai eue en apprenant qu’au début du dégel soviétique, une des premières implantations du Monde prétendu libre à Moscou fut un MacDonald, alors que j’espérais de toutes mes forces que la Vieille Russie résisterait à cet abominable tsunami ! Je n’en ai goûté que deux fois dans ma vie, une parce que mon fils, alors âgé de neuf ans et fêtant son anniversaire avait obtenu que nous invitions une bande de ses copains dans une partie privatisée d’une de ces gargotes (avec ballons de baudruche compris), l’autre parce que sur un chemin de plage nous n’avons trouvé que ça. Je précise que mes enfants, l’adolescence passée et la vie professionnelle venue, ont rejeté aux limbes extérieures toute cette mangeaille étasunienne, qui nous empoisonne autant que la mixture Coca-Cola. Read the rest of this entry »

Police judiciaire

mai 3rd, 2021

Nostalgie du 36

Du peu notoire Maurice de Canonge, dont je n’avais vu jusque là que les bien médiocres Trois de la Canebière, provençalade essoufflée, voici une bien bonne surprise. Découverte par hasard, cette Police judiciaire ne se hausse pas du col, ne se prend pas pour ce qu’elle n’est pas, réunit au générique une bonne panoplie de seconds rôles, constitue un des bons exemples de ce que pouvait être le cinéma du samedi soir : une occasion agréable de se distraire, de frémir, de s’amuser sur des récits sans complication et sans prétention, mais bien menés, vifs, attrayants, agréables à suivre où, à la fin, les bons triomphent et où les mauvais sont punis. Read the rest of this entry »

Le messager

avril 30th, 2021

Rien n’est jamais de la faute d’une femme

On a beau dire et même on peut maugréer tout ce que l’on veut, il y a, chez les Français (et sans doute chez beaucoup d’autres peuples) une fascination admirative et agacée pour l’Angleterre, pour la campagne anglaise, pour l’exquise élégance de ses pelouses, pour la correction stylée de ses domestiques, pour la coutume étrange d’ingurgiter rituellement cette sorte d’eau chaude peu sapide qui s’appelle le thé, pour la singularité de sa pratique de sports à peu près incompréhensibles au reste du monde (le cricket, cela va de soi). La situation géographique du pays, ni trop près, ni trop loin du Continent y est naturellement pour beaucoup, mais aussi et tout au moins autant, son histoire particulière.

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Les neiges de Grenoble

avril 28th, 2021

Compassé.

Il est décidément bien difficile de faire vivre les instants assez magiques de ces journées quadriennales où les triomphes – et les déceptions – des champions, la beauté des images sportives, l’atmosphère enfiévrée des sites de compétitions constituent – sont censées constituer – des parenthèses enchantées dans la grise permanence des préoccupations du monde. Avec Treize jours en France,Claude Lelouch et François Reichenbach, dans un film sans commentaire écrit, ne cessaient d’hésiter sans cohérence entre la relation des épreuves et la mise en valeur de l’ambiance qui prévalait alors dans la capitale du Dauphiné. Read the rest of this entry »