Paris la Belle

Exhumation inutile

C’est un peu le défaut des Intégrales : lorsque l’on reproduit le moindre brimborion, la moindre notule, le moindre filament, la moindre archive de l’œuvre de qui que ce soit, on satisfait la passion exclusive et encyclopédiste du collectionneur et du spécialiste, d’une certaine façon, mais on court le risque aussi de présenter au modeste amateur des petites choses inutiles, insignifiantes qui auraient mieux fait de demeurer dans le tombeau immense des ratages, esquisses, ébauches et repentirs.

Mais comme je suis précisément un amateur consciencieux et qu’il m’agacerait, en ayant acquis un coffret densément composé de ne pas regarder tous les films proposés, j’ai entrepris de regarder ce qui doit être la représentation de la filmographie exhaustive de Pierre Prévert.

Paris la belle qui reçut le Prix spécial du Jury au Festival de Cannes 1960 – époque où Jacques Prévert était déjà révéré comme un demi-dieu et un Titan de la poésie – est un montage de deux films répartis sur deux époques. À la base Souvenirs de Paris un film muet – et naturellement en Noir et Blanc – tourné en 1928 par les frères Jacques et Pierre avec la complicité financière de Marcel Duhamel, qui avait quelques sous à perdre. Trente ans plus tard, sur une suggestion du producteur Anatole Dauman, les auteurs décident de tourner des séquences supplémentaires en couleurs et de sonoriser le mélange.

Le fil conducteur du premier film était le sourire et l’allure de quelques Parisiennes, la plupart inconnues, d’autres plus notoires (Kiki de Montparnasse, muse et amante des surréalistes, Nadia Léger, peintre et militante communiste) ; puis, ici et là, des vues pittoresques de la Capitale. Pour les séquences colorées de 1958, on superpose quelquefois les cartes postales et on fait intervenir à quelques reprises l’allure, le charme et la voix inimitables d’Arletty. Qui mieux qu’elle, de fait, pouvait incarner l’éternité de Paris ?

Mais cela ne suffit pas à accrocher le regard ; la nostalgie perce, évidemment. 1928, c’est encore l‘Après-guerre, le moment où l’on voulait croire que 14-18 avait été la Der des der. C’est aussi le moment où le mouvement surréaliste a le plus de vigueur (Le Manifeste du surréalisme d’André Breton sort en 1924). En 1958, beaucoup d’illusions se sont abîmées corps et biens. Et puis tout le monde a trente ans de plus. Seulement la nostalgie des quelques uns qui se reconnaissent ne fait pas tout.

C’est bref, mais on a presque le temps de s’ennuyer.

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