Dessous des cartes, certes, comme je titre cet avis, mais dans un jeu clairement orienté à gauche, c’est-à-dire, très exactement à ce qu’on appelle aujourd’hui, la gauche de la gauche : du côté des altermondialistes, d‘Attac, de Pierre Bourdieu, du rutilant Jean-Luc Mélenchon. Je précise d’emblée que j’ai pris beaucoup d’intérêt à regarder ce film documentaire, capté je ne sais plus sur quelle chaîne et que, même si mes options ne se situent pas, vraiment pas de ce côté là, j’ai trouvé les dénonciations faites plutôt bien fichues et convaincantes.
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Les nouveaux chiens de garde
jeudi, mai 7th, 2015100% cachemire
dimanche, mai 3rd, 2015Mais pourquoi les acteurs, si talentueux qu’ils peuvent être, se croient-ils autorisés, par on ne sait quel privilège, par on se demande quelle grâce divine, d’écrire et de réaliser des films ? Autre métier, autres compétences, autre esprit… Je sais bien qu’on pourra m’asséner des tas de contre-exemples, de Sacha Guitry jadis à Clint Eastwood aujourd’hui, en passant par Vittorio De Sica naguère, mais j’ai le sentiment qu’ils sont rares. Surtout maintenant où le moindre histrion de télévision s’estime de taille à tout faire, ce qui donne les bides ou bouses mérités de Jamel Debbouze ou de Kad Merad. (suite…)
Le voleur de bicyclette
dimanche, mai 3rd, 2015Et pendant qu’Antonio Ricci (Lamberto Maggiorani) court désespérément, douloureusement dans toute la ville, avec Bruno (Enzo Staiola), son pauvre petit garçon tendre et triste, le monde ne s’arrête pas. La vie de Rome tourne ; séminaristes allemands, supporters de football, quidams qui regardent le sauvetage d’un garçon qui a failli se noyer dans le Tibre, putains en train de déjeuner, voyante qui exploite la crédulité des imbéciles, vieux saligaud cauteleux qui offre à Bruno une sonnette de vélo sur le marché de plein vent de la plazza Vittoria, réunion de cellule du Parti communiste, routine indifférente du commissariat, restaurant où l’on vient déjeuner le dimanche en famille… (suite…)
Mystic river
jeudi, avril 30th, 2015Je suis assez surpris du concert de louanges élevé pour Mystic river, dans quoi beaucoup d’amateurs de qualité voient une œuvre majeure et qui m’a semblé bien touffu et torturé, tout nourri des complexités romanesques des auteurs de polars étasuniens (pour ce que j’en connais qui, je l’admets volontiers, n’est pas grand chose). Un puzzle qui s’assemble graduellement, des tensions qui se font jour, la révélation de caractères, de situations, de secrets, de non-dits : vous secouez au shaker et hop ! passez muscade… (suite…)
Un singe en hiver
jeudi, avril 30th, 2015« Un prince de la cuite qui tutoie les anges »
Dans l’œuvre, inégale mais fort honorable d’Henri Verneuil, Un singe en hiver
apparaît comme un OVNI de mesure, de grâce et de mélancolie. C’est sans doute aussi parce qu’il est tiré d’un grand roman (Prix Interallié 1959) et que, s’il n’est pas littéralement fidèle au récit, il en respecte toute la complexité douce-amère. Il est d’ailleurs curieux de constater que le livre d’Antoine Blondin est, d’une certaine façon, un peu plus optimiste que le film, dont la fin porte toute la tristesse du monde. (suite…)
Les trois lanciers du Bengale
lundi, avril 27th, 2015Soixante ans après avoir découvert, dans la collection Idéal bibliothèque (la concurrente de la plus notoire Rouge et Or), le roman de Francis Yeats-Brown, je me rappelais encore avec horreur l’affreux supplice infligé aux malheureux prisonniers du féroce potentat Mohammed Khan (Douglass Dumbrille) : des tiges de bambou enfoncées sous les ongles et ensuite enflammées ! Tout cela me paraissait le comble de la cruauté satanique prêtée aux peuples lointains de l’Orient. Dieu merci les valeureux officiers britanniques s’en sortaient la tête haute et le courage en bandoulière et mettaient fin aux agissements du sinistre chef de bande. Les enfants de France n’aimaient pas beaucoup les sujets de Sa Gracieuse Majesté, mais en étaient pleinement solidaires dès qu’ils luttaient hors d’Europe contre des peuplades indigènes.
Oscar
samedi, avril 25th, 2015Pour clubs du troisième âge en goguette.
Ce serait bien bête de faire le grognon et la fine gueule et de jouer le délicat devant ce phénomène cinématographique qu’a été Louis de Funès. Voilà un homme qui conserve tant d’admirateurs éperdus que sa moindre apparition dans un nanard de soixantième zone, même si elle ne dure que douze secondes permet d’éditer un DVD qui s’arrache dès qu’il porte la mention de sa présence. Comme tous les spectateurs du cinéma français des années 50, j’ai été éberlué et séduit par des apparitions tonitruantes où, en une ou deux séquences, il savait capter l’attention et émerveiller le public, qui ne se souvenait pas toujours de son nom. (suite…)
La fin du jour
dimanche, avril 19th, 2015Qu’est ce que c’est que La fin du jour ? Un grand mélodrame tragique. Et si on peut émettre quelques réserves et ne pas hausser le film au rang de chef-d’œuvre, c’est parce qu’il comporte quelques scories bienveillantes dont il aurait pu se passer. Ainsi la présence de la troupe de scouts qui campe régulièrement aux abords de la maison de retraite pour vieux comédiens dans la purée ; troupe dont le chef, Pierrot (Tony Jacquot) a noué avec l’histrion Cabrissade (Michel Simon) une relation presque filiale ; ainsi l’intervention un peu incongrue d’un jeune journaliste (François Périer), admirateur timide de ce que fut le grand tragédien sans succès Marny (Victor Francen)… Ces gouttes de pureté et de tendresse détournent un (tout petit) peu le film de sa vraie nature, qui devrait être exclusive : le regard porté sur la vieillesse, dont la noirceur est encore accentuée par la paranoïa narcissique des comédiens. (suite…)
Grand Budapest hôtel
samedi, avril 18th, 2015J’ai rarement regardé quelque chose d’aussi nul, insignifiant, vulgaire et incompréhensible. Le sujet était en or et j’espérais retrouver un peu de l’esprit si fin, si subtil, si civilisé de la Mitteleuropa engloutie au milieu des années 30, qui survivait on ne savait comment…
On espère quelque chose qui offre un tout petit bout de la magie d’Arthur Schnitzler, de Stefan Zweig, de Robert Musil, de Leo Perutz… On tombe sur une cochonnerie infâme du même pire niveau que le Moulin rouge du fou furieux Baz Luhrmann.
Ni spirituel, ni intéressant, sans aucune qualité, sans rythme, Grand Budapest hôtel a eu, paraît-il, un certain succès. Qui va voir ce genre de bouses ?
Soudain l’été dernier
lundi, avril 13th, 2015Le grave défaut de Soudain l’été dernier est d’être adapté d’une pièce de théâtre, extrêmement brillante et dense. Je sais bien que l’œuvre à fortes connotations autobiographiques de Tennessee Williams a été retravaillée par Joseph Mankiewicz et Gore Vidal mais les pièges de la scène sont toujours là : c’est verbeux et artificiel. Ou plutôt doit-on dire que ce qui peut fonctionner dans le cadre artificiel du théâtre, avec la magie que certains affectent à cette forme d’expression ne va pas du tout au cinéma où la moindre incongruité se remarque. Comment dire ça plus clairement ? Eh bien par exemple la voix forcée – fût-ce pour un passage censé être chuchoté – sur les planches apparaîtrait immédiatement ridicule et incongrue sur l’écran : il n’y a qu’au cinéma que Cyrano peut souffler à Christian les mots d’amour qu’il destine à Roxane : au théâtre il est bien obligé de les proférer suffisamment fort pour que les spectateurs du dernier rang entendent. (suite…)