Archive for the ‘Non classé’ Category

Carré de valets

jeudi, septembre 29th, 2022

Tout est possible.

Ai-je déjà vu un film plus idiot et plus insignifiant que ce Carré de valets du prolifique André Berthomieu ? Un réalisateur qui n’a pas tourné que des bêtises et qui a réussi, par exemple, un assez bon Mort en fuite en 1936, avec Jules Berry et Michel Simon ; mais un réalisateur de grande série voué au cinéma du samedi soir, c’est-à-dire à la facilité absolue, qui procurait au brave public des salles périphériques son content d’émotions, de battements de cœur et de grosse rigolade. Tout pour plaire, en quelque sorte : des acteurs un peu notoires, en tout cas bien reconnaissables (même si on ne se rappelait pas forcément leur nom), une intrigue assez facile à suivre et in fine, la retrouvaille des amoureux que le mauvais sort avait pu un instant dissocier. (suite…)

La nuit du 12

samedi, août 6th, 2022

L’ombre d’un doute.

12 octobre 2016. Une soirée rieuse entre copines dans la petite ville industrielle de Saint-Jean de Maurienne en Savoie. Dans la nuit, mais pas très tard, Clara Royer (Lula Cotton-Frapier) rentre chez elle, seule. Rues vides de la bourgade. Un type qui surgit devant elle, ne dit pas un mot, l’inonde d’essence, craque son briquet. L’enflamme. L’épouvante. Au matin un pauvre corps carbonisé. L’enquête commence. On le sait, par un carton inséré au début du film, elle n’aboutira pas. Inspirée de faits réels, elle fera partie des 20% qui n’auront pas d’issue, qui demeureront sans solution. Glaçant. (suite…)

La lettre inachevée

samedi, juin 4th, 2022

Héros de l’Union soviétique.

On n’est jamais indifférent devant un film de Mikhaïl Kalatozov. Il est vrai qu’il n’en a tourné qu’une douzaine et que bien peu ont été distribués en Occident. Jusqu’à présent je ne connaissais du cinéaste que son plus grand succès public, Quand passent les cigognes, qui fut Palme d’or à Cannes en 1958 et Soy Cuba de 1964. Deux œuvres admirables, au demeurant ; deux œuvres de propagande soviétique, aussi. Et alors ? L’arrière-plan des films, de tous les films n’a pas à pénaliser leur qualité artistique. Et j’ai dit exactement la même chose pour Le triomphe de la volonté de Leni Riefenstahl consacré à la célébration (le mot est juste) du Congrès national-socialiste de Nuremberg en 1934. (suite…)

Sortilèges

vendredi, janvier 21st, 2022

Terre sans pain.

Voilà un film bien rude pour ceux qui imaginent que la campagne et la vie campagnarde ressemblent à des films de Walt Disney et à l’image idéalisée qu’en donnent les sectes écologistes. La campagne, c’était alors (le film date de 1945) la rudesse exténuante des travaux et la sauvagerie égoïste, avide des habitants. Un monde rude, épuisant, qui brisait les corps et les cœurs. Il faut lire La Terre d’Émile Zola ; le livre a certes été écrit en 1887 mais le monde dépeint par Christian-Jaque en 1945 n’avait pas changé. D’ailleurs, si l’on a besoin de s’en convaincre, il faut voir ou revoir Farrebique de Georges Rouquier qui est de 1946). Avidité, dureté au mal, superstitions, misère sociale et affective. (suite…)

Candyman

dimanche, janvier 16th, 2022

Et on tuera tous les affreux !

Voici un film singulier et assez barbare. Que puis-je vraiment en dire ? D’abord, un peu naïvement, que je ne devrais pas, compte tenu de mon grand âge, prétendre me mesurer à ce que l’on pourrait presque appeler des franchises, ensemble de films suivi par leurs amateurs avec ferveur et impatience, dont les péripéties, assises sur une trame plus ou moins solide, développent à l’envi des péripéties organiquement similaires. Ce Candyman de 2021 est en effet à la fois la suite et le remake d’un premier opus, daté de 1992, réalisé par Bernard Rose, qui fut suivi en 1995 par Candyman 2 de Bill Condon puis, en 1999 par Candyman 3, le jour des morts de Turi Meyer.

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Tootsie

lundi, décembre 20th, 2021

Tel est pris qui croyait prendre.

J’avais vaguement. en tête que Tootsie était, à peu de choses près, la réplique du délicieux film de Blake Edwards qui s’appelle Victor Victoria où une ravissante jeune femme (Julie Andrews) qui ne rencontre aucun succès en tant que telle devient, lorsqu’elle décide de se présenter en homme, une vedette adulée. Je croyais me souvenir que Michael Dorsey (Dustin Hoffman) faisait à peu près le même chemin, mais en sens inverse, et d’homme devenu femme, rencontrait la notoriété et l’enthousiasme. (suite…)

Hommes en détresse

vendredi, septembre 17th, 2021

La lumière des Justes.

Peu connu en France, le réalisateur Rafael Gil (1913-1986) a connu, comme l’Espagne du dernier siècle, un parcours assez singulier. D’abord journaliste au quotidien de la Droite monarchiste ABC (qui existe toujours), il est embauché par la République, au début de la Guerre civile, pour faire partie d’un groupe documentaliste. Mais, en 1939, la victoire du Soulèvement national ne lui posera pas le moindre problème et il effectuera de 1942 à 1980 une assez dense carrière, marquée par une bonne vingtaine de films de toute nature, drames historiques, adaptation d’œuvres littéraires (Don Quijote de la Mancha), mélodrames et sujets religieux (El beso de Judas).

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Un été inoubliable

mardi, juillet 20th, 2021

Les dieux ont soif.

Au sud-est de l’Europe, ces Balkans où les peuples sont mélangés dans un chaudron de sorcière bouillant, où les guerres sont féroces, les frontières toujours bouleversées, la sauvagerie à peine dissimulée. À côté des Slaves du Sud (Yougo-slaves et Bulgares), il y a les Roumains, qui sont des Latins. Et qui ne sont pas les Gitans, qui ont compris la bonne affaire qu’était l’Union (ah ah ah !) européenne, viennent mendier ou se prostituer ou voler du cuivre en Occident et repartent en bénéficiant de l’aide au retour. La Roumanie, avant la nuit communiste, c’était Bucarest, la capitale, qu’on appelait Le petit Paris, de grands écrivains, Eugène Ionesco ou Émile Cioran, de grandes familles francophiles et francophones, les Brancovan (Anna de Noailles était une Brancovan), les Soutzo (Hélène, femme de Paul Morand), les Cantacuzène, les Paléologue… (suite…)

Enter the void

samedi, juillet 10th, 2021

Trou noir psychédélique.

Je trouve bien dommage – et finalement assez exaspérant – qu’un cinéaste aussi doué et aussi intelligent que Gaspar Noé ne veuille pas se rendre compte que ses grandes qualités ont des limites et que sa façon de réaliser des films crispants, désagréables, désespérants aboutisse, à la longue, non pas à déranger le spectateur, mais à le laisser en fin de compte plutôt goguenard. La provocation pour le seul plaisir de la provocation, l’hermétisme des scénarios, les bouleversements temporels, les survenues d’images hypnotiques, les éblouissements visuels, le recours systématique à des séquences pornographiques finissent par constituer une sorte de marque de fabrique ; qui, comme toutes les marques répétitives, parvient à ne plus surprendre et à ne plus du tout intéresser. (suite…)

Une messe pour Dracula

samedi, avril 24th, 2021

Qui s’y frotte, s’y pique !

À force de tirer sur tous les ressorts de la grammaire élémentaire stokerienne et d’en épuiser jusqu’à la corde les ressources, il fallait bien que les scénaristes de la Hammer se résignassent (eh oui…) à relier la riche mythologie du Vampire à une horreur sans doute beaucoup plus réelle : l’invocation du véritable Prince des Ténèbres, dont Dracula n’est finalement qu’un épigone ou, plutôt un représentant presque affadi. On s’étonne presque d’avoir à écrire cela, d’autant que, depuis l’admirable début de la série, lors du Cauchemar, la figure du Comte vampire n’a cessé de se noircir ; mais il est vrai que le spectateur en demande toujours davantage et que ses sens blasés exigent à chaque fois une dose d’horreur supplémentaire.

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