Archive for the ‘Non classé’ Category

Babel

mercredi, avril 10th, 2019

Ouarzazate et mourir.

Qu’est-ce que c’est que la virtuosité, qualité essentielle, mais non suffisante qui échoit en partage à certains artistes, qui appelle à en admirer l’éclat, le brio et le brillant, mais qui porte en elle-même ses limites ? L’histoire de la musique a retenu le nom de Niccolo Paganini comme un violoniste dont on n’hésitait pas à qualifier le jeu de diabolique, paraissant surmonter les pires difficultés avec une grande facilité, mais il n’occupe pas, dans l’histoire de la musique, une autre place que celle d’un instrumentiste souverainement doué. Et, par conséquence, d’un interprète aux capacités un peu vaines, réservées à l’éclat, mais nullement à la profondeur. (suite…)

La dixième victime

samedi, mars 9th, 2019

Annales du futur.

Je partage évidemment l’opinion de tous ceux qui s’agacent de voir un film parti sur d’assez bonnes bases s’essouffler presque tout de suite et ahaner pendant 90 minutes à la recherche d’une véritable inspiration et surtout d’un véritable rythme. Car il y avait d’excellentes bases à développer sur cette société future où les vieux, qui sont des charges économiques lourdes, sont euthanasiés, où on peut naître par fécondation artificielle avec la contrepartie effarante qu’on est alors dépourvu de sensualité, où, surtout, afin d’éviter que les instincts meurtriers de l’Humanité s’épanouissent dans des guerres sanglantes, on a institutionnalisé la chasse à l’homme. Mais au contraire des Chasses du comte Zaroff où cette traque est transgression et remède à l’ennui (comme dans Un roi sans divertissement), la chasse de La dixième victime est célébrée et récompensée par la société. (suite…)

Edmond

dimanche, février 10th, 2019

Si non è vero…

Dieu sait si, depuis 1960, et l’adaptation télévisée réalisée par Claude Barma et l’enchantement du jeu de Daniel Sorano (disponible sur YouTube), Dieu sait si j’en ai vu, des Cyrano ! Au théâtre, Francis Huster et Jacques Weber, au cinéma, vue et revue, la version de Jean-Paul Rappeneau.Et le texte, lu et relu dans l’édition du Livre de poche avec tant de passion adolescente que j’en savais par cœur des scènes entières ; mais nous étions nombreux, c’est vrai, il y a un demi-siècle et plus qui aimions tant Roxane que nous aurions voulu ressembler à Bergerac – d’ailleurs personne ne m’a jamais dit vouloir ressembler à Neuvillette. Dieu sait si ce texte enchante et fascine et combien souvent, en famille, nous avons récité la tirade du nez où la Balade du duel qu’en l’Hôtel bourguignon, monsieur de Bergerac eut avec un bélître. (suite…)

Gone girl

lundi, février 4th, 2019

Une femme disparaît.

Il y avait abondance d’offres hier soir à la télévision. Alors pourquoi ce film plutôt qu’un autre ? Je ne connaissais ni les acteurs (Ben Affleck et Rosamund Pike) et n’avais pas pour le réalisateur, David Fincher une opinion bien tranchée. J’avais trouvé jusqu’ici ses récits compliqués et ennuyeux (Zodiac), plats et lisses (Panic room), chtarbés et répulsifs (Fight club), profiteurs d’une belle série de franchises (Aliens).Un artisan banal du cinéma cosmopolite qui réalise des films trop longs (toujours plus de deux heures).

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Avec le sourire

samedi, janvier 12th, 2019

La fête des fripouilles.

Avec le sourire n’est pas seulement un très gentil film de 1936, année follement insouciante, un film qui permet à Maurice Chevalier de faire admirer sa gouaille et son incroyable talent d’interprète ; un talent qui culmine au moment où il explique à Marie Glory qui interprète Gisèle, débutante au music-hall le délicieux Chapeau de Zozo en indiquant comment, pour séduire un public forcément très varié, il faut en détailler chaque distique de façon différente : pour les gens du monde, pour les gens du peuple, pour les apaches et pour une minorité, oh, une toute petite minorité, les gens un peu, un peu efféminés…Avec le sourire, c’est encore beaucoup mieux que ça, quelque chose qui détonne un peu et qui surprend davantage. (suite…)

Holy Lola

vendredi, décembre 28th, 2018

Lorsque l’enfant paraît…

Je ne connais évidemment pas plus que ça la vie privée de Bertrand Tavernier, mais il n’est pas besoin de lire les pages documentées de Première ou de Gala pour savoir que le réalisateur de Coup de torchon est le papa de Tiffany Tavernier qui, avec son mari d’alors, Dominique Sampiero a écrit le scénario de Holy Lola. Il ne m’étonnerait pas du tout que le film doive tout à une expérience autobiographique du couple, parti mendier au Cambodge l’adoption d’un bébé. Tout cela parce que le film est constellé de petits faits vrais qui paraissent être la retranscription fidèle d’expériences, de souvenirs, d’anecdotes vécus et qu’on ne voulait à aucun prix laisser perdre. Ce qui n’est pas, au demeurant, absolument illégitime. (suite…)

Rec 2

dimanche, décembre 2nd, 2018

Je te tiens, tu me tiens, par la barbichette…

Après le succès remporté par Rec, les deux réalisateurs espagnols Jaume Balaguero et Paco Plaza auraient été bien mal inspirés de ne pas exploiter le filon et de ne pas poursuivre l’exploration du mystérieux immeuble de Barcelone où, ans le premier opus les habituels résidents et les pauvres braves policiers et pompiers, flanqués de l’insupportable Angela Vidal (Manuela Velasco) et de son factotum cameraman avaient été zigouillés par une terrible hystérie mystérieuse de type zombifiant qui les amenait à se contaminer et se dévorer à la moindre morsurette subie. Sans être féru des longues séries de films qui exploitent des thèmes dégradants (la série des Taxi, par exemple ou des Fast and furious) ou excitants (les Alien bien sûr et même les Hellraiser – quoique…- ), je puis tout à fait concevoir qu’on ait envie de développer un sujet original. Le tout est de le bien faire, sans se moquer du spectateur.

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Le voyage de Chihiro

mardi, octobre 23rd, 2018

Ainsi toujours poussés vers de nouveaux rivages…

Comment noter un film – et un univers ! – qui vous sont radicalement étrangers, à tous les sens du terme ? C’est exactement comme si on me demandait de classer dans un palmarès des setters irlandais (ou des géants des Flandres, qui sont une variété d’énormes lapins de concours). Non seulement je n’y connais rien, mais en plus ça ne m’intéresse pas et faire l’immense effort de m’initier à tous les codes indispensables pour profiter du plaisir de connaître son affaire dépasse de loin mes capacités et surtout mes envies. Alors je place une note médiane qui ne repose pas sur grand chose, finalement. (suite…)

L’hermine

lundi, septembre 10th, 2018

Sauve qui peut, la vie !

Si le film n’avait pas présenté en première ligne Fabrice Luchini, dont je suis un admirateur inconditionnel, je n’aurais sûrement pas regardé L’Hermine. Je pensais ex abrupto, et bien à tort, à la découverte du sujet, qu’il devait bien s’agir là d’une sorte de téléfilm dont la seule justification d’existence était de satisfaire les réglementations de quotas de production et de diffusion de TF1 et de France télévision. J’aurais dû évidemment me rappeler que le réalisateur du film était Christian Vincent, metteur en scène d’un bien joli bijou de distinction et de raffinement, La discrète. C’était, certes, il y a près de trente ans et, depuis lors, le cinéaste s’était un peu égaré à bas bruit, vers des films moins réussis, mais dont aucun (de ceux que j’ai vus), n’étaient dégradants, par exemple La séparation en 1994 ou Les saveurs du palais en 2012.

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Arabesque

lundi, août 6th, 2018

Drôle de frimousse.

J’avais idée qu’Arabesque était un peu quelque chose comme Charade, délicieux film plein d’esprit du même Stanley Donen, tourné trois ans plus tôt. Une histoire spirituelle, intelligente, virevoltante, plaçant des acteurs, Cary Grant et Audrey Hepburn ici, Gregory Peck et Sophia Loren là dans des situations cocasses et légères. C’est d’ailleurs certainement ce que Donen a souhaité faire : un récit avec des aspects vaguement policiers, ou touchant à l’espionnage, mais filmés avec un certain sens de la dérision et une façon de ne pas se prendre trop au sérieux vraiment. (suite…)