Archive for the ‘Non classé’ Category

Battement de cœur

dimanche, juin 10th, 2018

Une jeune fille rangée.

Henri Decoin était encore le mari de Danielle Darrieux lorsqu’en 1939, après J’aime toutes les femmesLe domino vertAbus de confiance,  Mademoiselle ma mère et Retour à l’aube, il tourna avec elle Battement de cœur. Ça ne devait plus tellement aller bien entre eux, puisqu’ils divorcèrent en 1941, mais comme c’étaient deux artistes extrêmement bien élevés, ça ne les a pas empêchés de tourner ensuite le délicieux Premier rendez-vous (modèle de film léger, spirituel, fait pour permettre aux Français d’oublier un peu la pesanteur de l’Occupation) puis, bien plus tard il est vrai, La vérité sur Bébé Donge (remarquable adaptation de Simenon), Bonnes à tuer et L’affaire des poisons. Il y a quelque chose de charmant et de solide là-dedans.

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Les compagnes de la nuit

samedi, mai 12th, 2018

La mort qui fait le trottoir.

Le titre de cet avis, que j’emprunte à Montherlant, n’est pas vraiment adapté à ce petit film de samedi soir, qui se termine trop heureusement bien pour être honnête : il a une tonalité bien trop tragique, glaçante et désespérée, alors que Ralph Habib a réalisé un bien intéressant récit de nature presque ethnologique sur la prostitution parisienne en 1953. Ce n’est pas la fermeture des maisons de tolérance, le 13 avril 1946, à la suite de la loi impulsée par la douteuse Marthe Richard qui a fait disparaître ce qu’on a toujours appelé le plus vieux métier du monde et on voit mal comment les hystériques ligues de vertu féministes pourraient y parvenir aujourd’hui, fût-ce en pénalisant le client. Les deux doux crétins Franck Kellog (États-Unis) et Aristide Briand avaient, en 1929, prétendu mettre la guerre hors la loi ; on a vu ce qui est arrivé dix ans plus tard. La folle envie de modifier la nature humaine amène tous les gogos à suivre des mots d’ordre grotesques. (suite…)

Plus dure sera la chute

mardi, janvier 23rd, 2018

Juste un coup à prendre !

Dans le riche sous-genre des films qui mettent en scène la boxe professionnelle, sous-genre qui compte, d’ailleurs, quelques réussites artistiques incontestables (Gentleman JimNous avons gagné ce soirLe baiser du tueur, les premiers RockyRaging bull et même, d’une certaine façon Million dollar baby), voilà que Plus dure sera la chute survient comme la dénonciation la plus vive, la plus convaincante, la plus violente de cette activité barbare, dont les amateurs vous racontent qu’elle est l’escrime des poings mais qui est en réalité l’hypocrite descendance des pires combats de gladiateurs de l’Antiquité. Si la vision des boxeurs en action est toujours pathétique, celle des yeux exorbités et des cris orgasmiques des spectateurs est un des aperçus les plus glaçants qui se puissent sur la nature humaine. (suite…)

Une femme en blanc se révolte

mardi, janvier 16th, 2018

 

Le diable qui veut se faire ermite.

On demeure rêveur, tout de même : qu’est-ce qui a pu conduire Claude Autant-Lara, un des cinéastes français les plus talentueux, mais sûrement aussi le plus destructeur, le plus méchant, le réalisateur grinçant, féroce de Douce, de L’auberge rouge, de La traversée de Paris à filmer une pouillerie pareille ?? C’est tout dire, on croirait voir un de ces affreux films d’André Cayatte, un de ces films à thèse tout dégoûtants de crème indignée à la Stéphane Hessel, où une voix supérieure tonne du haut de sa chaire pour faire passer des idées censées réunir par leur noblesse affectée tous les spectateurs, y compris (et surtout) ceux dont le cœur est le plus endurci. Et, par dessus le marché de faire progresser la Société vers l’avenir radieux où elle éliminera vertueusement les pires entraves d’un passé forcément abominable…

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Les mains d’Orlac

samedi, décembre 16th, 2017

Chéri, fais-moi peur !

Les mains d’Orlac ne valent pas tripette, malgré un scénario assez intéressant et une distribution plutôt réussie où chacun fait le minimum syndical, mais le fait bien, des décors de qualité (et même un peu davantage, parce dès qu’on filme la Côte d’Azur du haut de la Grande corniche on émerveille toujours le spectateur) et une musique discrète mais efficace signée par Claude Bolling. Il faudrait voir ce qu’ont donné les autres adaptations du roman fantastico-policier de Maurice Renard qui avait été déjà tourné deux fois lorsque Edmond T. Gréville l’a réalisé en 1960 (une muette, Orlacs Hände de Robert Wiene en 1924, une hollywoodienne, Mad love, de Karl Freund en 1935) et plus tard, en 1962, Hands of a stranger de Newton Arnold, sans compter une dramatique télévisée, Les mains de Roxana de Philippe Setbon en 2013.

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Trois places pour le 26

samedi, novembre 25th, 2017

Fin de partie.

Il y a quelque chose de singulier dans l’œuvre inégale, mais si attachante de Jacques Demy : deux binômes de films intervenant l’un presque au début de sa carrière, l’autre tout à fait à la fin. Et ces binômes sont construits de la même façon. À chaque fois, en premier lieu, un film entièrement chanté, de tonalité triste ou grave : Les parapluies de Cherbourg en 1964, Une chambre en ville en 1980 ; puis un film plus léger, un peu féérique, où l’intrigue est largement entrecoupée de musique et de chansons : Les demoiselles de Rochefort en 1967, Trois places pour le 26 en 1988. Bien sûr, aussi, les constantes du cinéaste : des familles où le père est absent, où les filles vivent avec leur mère ; et pour certains, l’inceste, ou sa tentation (il faut là ajouter Peau d’âne).  (suite…)

L’oiseau moqueur

dimanche, août 13th, 2017

La guerre civile.

Premier segment (ou deuxième ; la chose n’a pas grande importance), avec Chickamauga et La rivière du hibou des trois métrages d’une demi-heure qui adaptent, sous le nom de Au cœur de la vie, des récits d’Ambrose Bierce consacrés à la guerre de Sécession, voici L’oiseau moqueur. Trois récits marqués par la cruauté et le rêve, celui-ci un peu davantage inscrit dans une anecdote qui n’est pas très convaincante : un soldat nordiste qui, lors d’une nuit de garde a tiré sur une silhouette furtive et a ainsi tué le frère dont il avait jadis été séparé depuis la mort de leur mère et qui combattait dans les rangs sudistes. Ce point est un peu le pont-aux-ânes mélodramatique des guerres civiles. (suite…)

Tarantula

mardi, juillet 25th, 2017

L’araignée n’est plus dans le placard !

Les histoires de bestioles devenues géantes et agressives à la suite de mille causes, naturelles ou humaines sont un terreau assez riche du cinéma de terreur, mais d’une épaisseur tout de même assez limitée : une fois que la créature gigantesque s’est révélée, a démoli quelques immeubles et zigouillé quelques personnages, on ne sait plus trop qu’en faire et l’intérêt ne se porte plus que sur la façon dont on va s’en débarrasser ; on me dira, avec quelque pertinence que c’est, d’une façon générale, le cas des films où des créatures malfaisantes – vampires, goules, lamies, sorcières, voire tueurs en série – s’attaquent aux braves gens, en déciment quelques uns et en terrorisent des quantités, mais ces derniers films comportent le plus souvent un épice supplémentaire : le Mal et ses perversions. Alors qu’avec les animaux, fussent-ils les plus affreux ou les plus répugnants, on n’est que dans une sorte de processus naturel, les bêtes se contentant le plus souvent d’agir comme leur nature ou leur corpulence nouvelle le leur prescrit (j’espère, sans en être certain, avoir été clair). (suite…)

Les reines du ring

lundi, juin 26th, 2017

Il y a bien trop d’argent dans le cinéma français.

Quatre caissières d’un supermarché d’un coin déshérité du Nord de la France qui décident de mettre un peu de soleil dans un quotidien terne, ça ne vous fait pas penser à cinq ouvriers laissés pour compte du Nord de l’Angleterre qui créent un groupe de stripteaseurs ? Même si les quatre caissières ne sont pas au chômage, au contraire des cinq ouvriers de The full monty elles vivent comme eux une existence compliquée ; sans homme – ou avec trop d’hommes – avec des tas d’histoires qu’on découvre, ou qu’on devine, avec leurs enfants, leurs parents, leurs comptes bancaires, leurs chefs, petits et grands, leurs solitudes et leurs désespérances. (suite…)

Lucrèce Borgia

jeudi, février 2nd, 2017

Fin de siècle.

Lucrèce Borgia fut assurément un des plus grands succès du prolifique Christian-Jaque, du fait, sans doute des scènes un peu dénudées, qui n’étaient pas légion à l’époque (1953) et du succès que remportait alors Martine Carol, star impudique à la carrière mince mais au décolleté pigeonnant. Et puis le nom de Lucrèce résonnait aux oreilles du spectateur égrillard comme une promesse de parcours salace, toujours bon à apprécier. (suite…)