Diva

Mille et une nuits.

La mode étant précisément, selon la brillante expression du surbrillant Jean Cocteauce qui se démode, on ne s’étonnera pas qu’un film aussi ancré dans l’époque où il a été tourné – le début des clinquantes années 80 – à la fois ait laissé une trace réelle dans les mémoires et apparaisse à la revoyure comme un bibelot d’inanité sonore (et ça, c’est du Mallarmé ! Quels patronages !!!). En d’autres termes, on est surpris d’avoir assez aimé ça, quand ça a été projeté sur les écrans et un peu surpris de son absolue ringardise.

Ringardise qui n’est pas sans charmes, au demeurant : Diva est filmé de façon très décorative, sans doute trop systématique mais plaisante. Cinéma nocturne à grands  pans de bleus multiples et de jaunes dorés éclatants, angles de prises de vue originaux, musique omniprésente.

Surtout capacité à choisir des décors qui demeurent en tête et restent certainement comme des plaisirs visuels dont on se souvient. Je ne parle pas des murs volontairement laissés à l’état lépreux du théâtre des Bouffes du Nord où le jeune postier Jules (Frédéric Andrei) capte sur son magnétophone Nagra la voix de la cantatrice Cynthia Hawkins (Wilhelmenia Fernandez) ; au fait, d’ailleurs, l’invraisemblance même de la situation ne paraît choquer personne, et pourtant comment imaginer que Jules soit le seul à avoir jamais pensé de réaliser un enregistrement pirate de Cynthia, qui se refuse à cette domestication de son talent, comment penser qu’un magnétophone, fût-il de qualité supérieure, puisse réaliser un enregistrement de qualité professionnelle alors que les toussotements des spectateurs et les bruits de froissement du vêtement dans quoi Jules a dissimulé son engin constituent autant de sons parasites… Enfin, bon…

Mais le loft immense où Gorodish (Richard Bohringer), silencieux, mystérieux, secret, hiératique est assis par terre devant un puzzle démesuré, pendant que l’Asiatique Alba (Thuy An Luu) arpente en patins à roulettes l’immensité du plateau nu et alors que l’étrange gadget – que l’on voyait, de fait, dans toutes les boutiques à la mode des galeries des Champs-Élysées – fait basculer ses fausses vagues du bleu le plus profond qui se puisse…. Tout ça ne s’oublie pas…

L’intrigue, en revanche, est d’une nigauderie insupportable. Cette histoire de cassettes audio différentes mais l’une et l’autre convoitées pour des raisons inavouables par des organismes malfaiteurs est à la fois d’une parfaite niaiserie et d’une complication fatigante. La substitution d’une valise pour une autre n’était certes pas le meilleur aspect du Frantic de Polanski mais donnait au moins un bon rythme. Dans Diva, on a l’impression que le récit enquiquine Beineix qui consacre tout son talent aux ambiances et à la caractérisation de personnages, dont il parvient toutefois mal à lier les destins. L’équipe de tueurs sadiques constituée par Gérard Darmon et (surtout !) Dominique Pinon est tout à fait fascinante et le personnage interprété par Richard Bohringer, dont on se demande qui il est, d’où il vient, ce qu’il veut, est une très belle création.

Mais cela posé, l’intrigue amoureuse entre le jeune postier Jules et la cantatrice est d’une parfaite niaiserie et l’intervention d’un flic pourri jusqu’à la moelle, Jean Saporta (Jacques Fabbri) pour faire avancer le récit est routinière et parfaitement ennuyeuse.

Curieux film, donc, curieuse persistance de la mémoire… Beineix entamait en fanfare une carrière vite essoufflée ; près de vingt ans qu’il n’a pas tourné après l’échec plat de Mortel transfert ; qu’est-ce qui restera de lui, à part le glaçant baroque 37°2 le matin, sorte de miracle de désespoir ?

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