Giorno di nozze

Excellente surprise que cette comédie légère et brève captée presque par hasard au Cinéma de minuit de FR3 et qui est, à mon souvenir, le premier film qui me tombe sous les yeux de Raffaello Matarazzo, réalisateur qui connut un immense succès en Italie, paraît-il, principalement pour ses mélodrames. Il est vrai que Giorno di nozze, qui est drôle et se termine bien, pourrait être, aussi, un mélodrame ou, mieux, une sorte de préfiguration de la comédie à l’italienne, alors même qu’il date de 1942. Il suffirait pour ça d’assez peu de choses, pour faire de ce charmant récit mené à toute allure, quelque chose de plus grinçant et possiblement de presque tragique. C’est bien ainsi, après tout, que fonctionne la vraie vie où le tragique n’est jamais loin du comique et vice-versa.

Un couple de petits, tout petits bourgeois parcimonieux de Rome, Mariano (Armando Falconi) et Amalia (Amelia Chellini) Bonotti a eu la douce gloriole et la grande satisfaction d’inscrire sa fille unique, Mariella (Anna Proclemer) dans un collège huppé, du côté de Côme. Giorgio (Roberto Villa), le frère de Marisa (Chiaretta Gelli), meilleure amie de Mariella, en est tombé amoureux et les deux jeunes gens rêvent de se marier. Le seul souci est la considérable différence de fortune, car le père de Giogio, le commendatore Amedeo Birolli (Antonio Gandusio) est un richissime financier.

Comme c’est aussi un brave homme – au demeurant continuellement speedé, à la limite de l’hystérie – Birolli donne d’enthousiasme son consentement au mariage, le jour même où survient, venu rendre visite à Mariella, le couple Bonotti. Mais Birolli imagine, avec une certaine cohérence, que, puisque Marisa et Mariella fréquentent la même institution pour jeunes filles chic, le niveau de fortune des parents est similaire.

Voulant avant tout le bonheur et l’hyménée de leur fille, les Bonotti vont dès lors se lancer dans une course folle pour que le mariage se déroule de la manière la plus fastueuse qui se puisse, dans l’appartement romain qui a été totalement réaménagé, agrandi et meublé, au prix de la consomption de toutes leurs économies et d’un endettement insupportable.

Je passe sur les péripéties qui sont enlevées, amusantes, qui pourraient naturellement être dramatiques mais qui aboutissent à un happy end un peu funambulesque mais très satisfaisant, car tous les braves gens mis en scène méritent, aux yeux du spectateur complice, de se sortir des situations les plus délicates. Car il n’y a pas dans le film un personnage vraiment désagréable et même les créanciers sont attendris par la perspective du bonheur des mariés. À l’exception du traiteur du lunch, qu’on peut comprendre, car si le marchand de meubles et le tapissier peuvent récupérer sans dommage leur propriété, on ne peut en dire autant pour les canapés et les bouteilles de la réception, dont il ne restera ni miette, ni goutte.

Outre une musique capricante de Nino Rota, dont c’est l’une des premières compositions pour le cinéma, le film est très réussi grâce à un rythme tout à fait endiablé où les péripéties se succèdent avec bonheur et souplesse, à des dialogues vifs, réussis, spirituels, à des acteurs (dont aucun ne m’était connu) dont même les seconds rôles sont excellents. Est-il besoin de dire que, comme beaucoup de films tournés pendant la guerre, en France et en Italie en tout cas, on n’y voit pas la même trace des événements qui se déroulent de façon plus tragique par ailleurs ? Il n’est pas mauvais, assurément, de faire rêver le spectateur pour, au moins, une bonne soirée.

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