La bête humaine

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Renoir sauve la mise

Un des suppléments du DVD m’a rappelé que La bête humaine est un film de commande – à la fois l’exploitation d’un roman de Zola dont on pouvait supposer qu’il passionnerait les spectateurs, et l’envie de Jean Gabin de jouer un cheminot.

Heureusement, c’est l’immense talent de Jean Renoir qui a été mis à contribution, parce que le roman, sans être le plus faible de la série des Rougon-Macquart, qui compte, je le rappelle aux ignares, vingt volumes, fait partie de la deuxième partie du tableau, bien avant, (tout de même !) Le rêve (qui est à pleurer de rire) ou La faute de l’abbé Mouret, mais très sensiblement après Germinal, L’assommoir, Nana ou Pot-Bouille.

Seulement, dans cette transposition contemporaine d’un récit assez niais, où le prêchi-prêcha naturaliste et la volonté démonstrative du bon Emile ne parvienne pas à dissimuler les ficelles et les pilotis, il y a donc la faculté de transformer l’espace et l’image d’un grand artiste ; il n’y a pas, il me semble, de plus belle illustration du chemin de fer que cette Bête humaine, dont la qualité plastique finit par emporter toutes les réticences que l’on peut nourrir sur l’anecdote.

film-la-bete-humaine2Ajoutons à cela un Gabin excellent, malgré l’artificialité de son rôle, une Simone Simon, moins exaspérante que de coutume, un Fernand Ledoux prodigieux d’amertume et un Carette éblouissant de gouaille et d’humanité. Mixons avec une très belle musique de Joseph Kosma : on n’est pas loin du très bon film !

Sur un scénario mal fichu, du fait de l’esprit systémique de  Zola, Jean Renoir réalise un très très bon film, que je n’hésiterais pas à classer aux rangs de La grande illusion si l’anecdote était moins tarte. C’est donc un hommage indirect à ce très grand réalisateur.

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