Archive for the ‘Chroniques de films’ Category

Les ensorcelés

samedi, mai 2nd, 2020

Jours tranquilles à Hollywood.

Il faut bien du talent – et, de fait, Vincente Minnelli n’en manquait pas – pour réaliser un mélodrame aussi éclatant aux péripéties largement prévisibles, aux structures presque scolaires et en faire un film où l’on ne s’ennuie pas une seconde. Un film porté, bien sûr, par le jeu d’excellents acteurs, mais aussi et surtout par une grande fluidité de mise en scène, par une maestria parfaite pour conduire le récit, pourtant si artificiellement composé qu’on pourrait en faire une sorte de démonstration au tableau noir. Trois personnages conviés à répondre à l’invitation de l’aider d’un homme que tous trois ont quelque raison de détester, trois flash-backs sur les causes de cette aversion, trois décisions de refuser l’aide sollicitée puis (et ceci est plutôt artificiel) de l’accorder, dans une fin ouverte. Mais on est en 1952 et il ne faut pas être trop noir et trop pessimiste dans les États-Unis de l’époque. Dommage. (suite…)

Les visiteurs

samedi, mai 2nd, 2020

J’ai toujours aimé mon époque, ayant tôt compris que je n’en aurais point d’autre.

La vis comica des Visiteurs est à peu près l’inverse de celle du François 1er de Christian-Jaque même si l’un et l’autre film se bâtissent sur les périls du voyage dans le Temps et sur les paradoxes temporels. Je simplifie un peu, pour la commodité de ma démonstration mais il faut tout de même bien remarquer que nous nous gaussons, dans celle-là sur les tribulations d’un chevalier du Haut Moyen-Âge et de son valet projetés à la fin du 20ème siècle, dans celle-ci dans les mésaventures d’un minable régisseur de théâtre transporté à la brillante cour du Roi chevalier. Au delà de l’idée initiale, qui est de mettre en scène ce qu’on n’oserait pas appeler des chocs culturels, il y a donc des ressorts très différents.

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L’appât

jeudi, avril 30th, 2020

Les gagne-petit.

L’affaire fit grand bruit entre 1984, où les assassinats ont été commis et 1988, où le procès d’assises a condamné les meurtriers. Si grand bruit que Morgan Sportès en fit un livre en 1990 et Bertrand Tavernier un film en 1995. C’est que cette affaire-là était à la fois simple et glaçante et qu’elle en disait tant et tant sur le monde, sur les crapoteries, les saletés de la vie, sur la fascination de l’argent-roi. Et plus encore sur les tristes enfants perdus de cette société à la dérive incapables de comprendre que les actes ont des conséquences et plus encore fermés à tout autre chose que leur propre désir immédiat, absolu, envahissant, torrentueux, insurmontable…

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La double vie de Véronique

mercredi, avril 29th, 2020

Reflets dans un œil d’or.

Peu de films m’ont laissé une impression aussi étrange ; l’impression d’être devant un jardin magnifique dont je peux apercevoir la beauté, entendre la musique enchantée, mais un jardin fermé par une porte dont je n’ai pas la clef. Surpris, décontenancé par ce récit un peu magique, fantastique, empli d’émotion, de simplicité, de force et de tendresse. Interprété par une actrice dont je n’avais jamais entendu parler, Irène Jacob, qui donne son rôle à la fois unique et double une profondeur, une résonance, une beauté rares. Et tout cela soutenu par la partition magnifique du compositeur polonais Zbigniew Preisner, toujours idéalement adaptée à l’image et d’une grande beauté rayonnante. (suite…)

Symphonie pour un massacre

mardi, avril 28th, 2020

Des pissenlits par la racine.

Il y a quelques années, j’avais été très heureusement surpris en regardant un peu par hasard Rififi à Tokyo (1963), deuxième film de Jacques Deray, au titre évidemment inspiré de Du rififi chez les hommes de Jules Dassin, comme Symphonie pour un massacre, troisième film, fait écho à Mélodie en sous-sol d’Henri Verneuil. Avant son tonitruant succès public avec La piscine en 1969, Deray menait une carrière sans bruit, sans doute vouée à des salles très secondaires, alors qu’il méritait bien mieux, comme le démontrent ces deux excellents films policiers de 1963. Des policiers assez brutaux, violents, peuplés de gangsters sans pitié, qui ont des complices mais qui n’ont pas d’amis. C’est certainement plus proche de la réalité que les récits qui mettent en scène des amitiés fidèles et définitives, comme dans Touchez pas au grisbi. (suite…)

La fille de d’Artagnan

lundi, avril 27th, 2020

N’est pas Dumas qui veut !

On peut avoir beaucoup de sympathie pour Bertrand Tavernier. On peut le remercier d’avoir réintégré dans le circuit du cinéma Pierre Bost et Jean Aurenche que le gluant terrorisme intellectuel de la Nouvelle Vague souhaitait mettre au rancart. On peut avoir grand plaisir à regarder beaucoup de ses films, Que la fête commenceLe juge et l’assassinCoup de torchonUn dimanche à la campagneLa vie et rien d’autreCapitaine Conan malgré des maladresses et un discours souvent un peu emphatique et engagé. On doit aussi admirer ses deux livraisons de Voyage à travers le cinéma français qui sont des merveilles que chacun devrait posséder, voir et revoir. (suite…)

Six femmes pour l’assassin

dimanche, avril 26th, 2020

Une dernière pour la route ?

On s’accorde assez souvent pour dire que Six femmes pour l’assassin est l’acte de naissance, en 1964, du giallo, ce genre cinématographique qui trouva un riche terreau dans l’Italie des années 60 et 70 et dont le nom, jaune, vient, paraît-il de la couleur des livres policiers à bon marché qui en inspiraient souvent les intrigues. On peut penser aussi que Mario Bava en avait, l’année précédente, avec La fille qui en savait trop, donné les prémisses, mais il est certain que Six femmes marquait d’emblée une sorte de perfection et ne serait égalé, sinon surpassé, qu’avec les films de Dario Argento un peu plus tard. En tout cas voici posés les fondements : une suite de meurtres sauvages qui frappent de jolies filles plus ou moins dénudées, assassinées par de mystérieux tueurs souvent avec des instruments très inventifs et des raffinements sadiques. (suite…)

Les clés du Royaume

vendredi, avril 24th, 2020

Toute une vie.

Voilà un film d’une grande pureté, d’une grande fluidité, qui coule comme de l’eau de source, même aux moments les plus violents, lorsque les guerres civiles chinoises s’emparent du décor et ravagent la mission établie et dirigée par le lumineux Père Francis Chisholm (Gregory Peck) dans un coin perdu de l’Empire du Milieu. La stature de ce prêtre modeste et rayonnant est si simple et si généreuse à la fois qu’elle rayonne tout au long d’un film bienveillant, dénué d’à peu près tout ce qui fait le succès d’un spectacle; pas la moindre scène sensuelle et simplement une petite tristesse initiale pour une histoire tendre qui aurait pu être et n’a pas été ; pas de manigances, de coups de théâtre, de supercheries, de crapoteux minables secrets. La simple vie d’un simple prêtre qui aurait été, en Occident, un simple curé de campagne et qui trouve, en Extrême-Orient l’occasion de déplacer des montagnes.

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Bianca

jeudi, avril 23rd, 2020

L’enquiquineur.

Si je titre L’enquiquineur mon avis sur Bianca, il faut prendre ce propos sous un double aspect : il qualifie à la fois le personnage principal du film, le professeur de mathématiques Michele Apicella (Nanni Moretti) et surtout le réalisateur, qui s’est mis lui-même en scène. Le premier aspect ne serait pas forcément un défaut, puisqu’il est bien permis de choisir n’importe quel ennuyeux comme protagoniste et qu’on peut même tourner d’excellentes choses sur un sujet d’observation crispant. Mais le second l’est bien davantage, puisqu’il entraîne le spectateur vers quoi il ne souhaite vraiment pas aller : l’ennui profond, définitif et absolu. (suite…)

Sylvia Scarlett

mercredi, avril 22nd, 2020

Drôle de frimousse.

Comment comprendre le goût marqué des Anglo-Saxons pour le travestissement, le déguisement qui fait miroiter des ambiguïtés sexuelles quelquefois assez scabreuses ? La première fois que j’ai vu La grande illusion de Jean Renoir, j’avais été assez frappé et un peu choqué de découvrir les prisonniers britanniques costumés en femmes lors de la représentation théâtrale (qui se conclut par une vibrante Marseillaise à l’annonce de notre reprise de Douaumont). Un peu plus tard les aventures de Tony Curtis et de Jack Lemmon dans Certains l’aiment chaud de Billy Wilder) ; puis, pêle-mêle Tootsie de Sydney PollackVictor-Victoria de Blake EdwardsMadame Doubtfire de Chris Colombus…Décidément les public scholls et la marine à voile ont laissé des traces… (suite…)