Les nuits de Cabiria

février 2nd, 2021

Le bout de la route.

Ma perpétuelle valse-hésitation devant le cinéma de Federico Fellini ; je commence tout de même en avoir regardé un peu (la moitié d’une œuvre finalement assez courte : une vingtaine de films), je ne suis jamais descendu jusqu’aux abysses, je ne suis jamais monté jusqu’au chef-d’œuvre. Ce que j’ai vu de pire, jusqu’à présent, c’est Le cheik blanc et Juliette des esprits ; ce que j’ai vu de mieux, c’est La dolce vita et Et vogue le navire. Et voilà que Les nuits de Cabiria ne vont pas augmenter la moyenne, puisque je les note, précisément, exactement à la moyenne. Et cela surtout grâce au jeu lunaire et lumineux (parallèle amusant) de Giulietta Masina, qui, d’ailleurs, reçut à l’occasion une kyrielle de prix et distinctions. Read the rest of this entry »

In the cut

janvier 31st, 2021

La jeune femme et la mort.

Je ne saurais sûrement pas rationnellement expliquer pourquoi il me semble que In the cut est un film de femme fait pour les femmes et même presque féministe. J’enfoncerais des portes ouvertes en rappelant que la réalisatrice est Jane Campion, que l’actrice principale, l’héroïne est Meg Ryan et que le second rôle (et demi) est tenu par Jennifer Jason Leigh ; je serais un peu davantage hardi en remarquant que la sexualité plutôt brutale de cette héroïne va plutôt dans le sens de celles qui pensent que les hommes ne savent pas bien montrer l’érotisme féminin, la vague déferlante du désir féminin, possiblement survenu après des années de frustration.

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Une ravissante idiote

janvier 27th, 2021

La compagnie des lapins bleus.

En 1964, Brigitte Bardot était au sommet d’une gloire planétaire et avait même presque prouvé qu’elle pouvait presque avoir du talent, avec La vérité ou Vie privéeAnthony Perkins connaissait lui aussi un immense succès, après PsychoseAimez-vous BrahmsLe procès. Et le réalisateur Édouard Molinaro commençait doucement à se faire un nom. Il y avait aussi, disponibles sur le marché, de grands talents de second rang, André LuguetGrégoire AslanJacques MonodHans Verner ; et, charmantes chacune dans leur genre, Hélène Dieudonné du côté vieille dame, Denise Provence, du côté quadragénaire sexy.

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Une femme de ménage

janvier 26th, 2021

Comme d’habitude, un Berri sans intérêt

Parce que l’on insinue, à la fin du film, une teinte douce-amère (et plus amère que douce), on croit qu’on est un cinéaste audacieux, qu’on se hausse au niveau de Claude Sautet, dans Vincent, François, Paul… et les autres ou des grands artistes de la comédie italienne. On n’est qu’un pauvre petit Claude Berri, tâcheron qui se voulait talentueux et qui n’était pas capable d’autre chose que de produire quelques films, ce qui n’est déjà pas mal, au demeurant. Allez, j’avoue que j’exagère un petit peu : Le vieil homme et l’enfant tenait un peu la route, grâce à Michel Simon et sa version de Germinal, grâce à Émile Zola ; l’abominable adaptation qu’il a faite de Manon des sources ridiculise assez ce pauvre Berri. Read the rest of this entry »

Les forbans de la nuit

janvier 24th, 2021

Patatras !

Voilà un film tellement bien réalisé, tellement bien photographié, tellement bien rythmé qu’on passerait presque absolument sur les imperfections de son intrigue, ses invraisemblances et son caractère bizarre. On se dit aussi que si Richard Widmark trouve là le rôle de sa vie et se montre en tous points parfait, Gene Tierney n’y apparaît que trop rarement et trop brièvement et que c’est bien ballot, pour un réalisateur, de se priver de la beauté à peu près parfaite d’une pareille actrice. Et puis la musique m’a paru à la fois emphatique et stridente.

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Manina, la fille sans voile

janvier 22nd, 2021

Petit lapin deviendra grand.

Le film de Willy Rozier est d’une parfaite nullité, mais il n’est pas désagréable à regarder et, pour qui s’intéresse à l’histoire du cinéma, il ne manque pas de qualités informatives. Au fait, Willy Rozier, qui est-ce ? Un de ces stakhanovistes qui vous troussaient un bon petit spectacle d’une heure et demie en quelques semaines et pour guère de sous, un petit truc qui passait dans les salles pendant quelques jours et qui bon an, mal an, permettait au producteur de rentrer dans ses frais, aux acteurs d’être convenablement rémunérés et aux spectateurs de passer une soirée bon enfant avant de rentrer dans son appartement exigu, mal chauffé et aux toilettes sur le palier. Read the rest of this entry »

Un air de famille

janvier 21st, 2021

Les verts pâturages.

Dans le concert de louanges (tellement justifié) qui conduit, depuis deux jours, toutes les chaînes de télévision à programmer les films de Jean-Pierre Bacri, j’ai été un peu déçu par la revoyure de cet Air de famille. Je m’empresse de dire que la totalité de la distribution est absolument remarquable et qu’il faudrait être de bien mauvaise foi pour déceler dans le jeu de l’un ou l’autre la moindre faille : ils sont tous par-faits !

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Le marginal

janvier 20th, 2021

Belmondissime.

Le meilleur de ce film, par ailleurs assez médiocre et décousu, c’est son âge et le parfum qu’il laisse, l’arôme, le fumet et – selon qu’on en juge – les fragrances ou les remugles de l’année où il fut tourné. 1983, c’est-à-dire guère loin de quarante ans ; c’est-à-dire aussi, je m’en rends compte avec un affreux filet de glace qui me coule dans le dos, pas très très loin du demi-siècle. Et, à dire le vrai, c’est finalement grâce à des films comme celui-là qu’on se rend vraiment compte que l’on a changé de siècle et même de millénaire. Le marginal ne vaut que par ça et je suis encore tout surpris que le film soit passé à une heure de grande écoute sur une chaîne de télévision qui n’est pas tout à fait confidentielle. Read the rest of this entry »

Règlements de compte

janvier 16th, 2021

La vie est crasseuse.

Un film de bonne qualité courante, qui tient la distance et intéresse le spectateur. Ceci malgré un scénario d’une grande banalité comme les États-Unis du début des années Cinquante en suscitaient à la pelle. Une histoire où un homme seul, un petit policier honnête, pur, franc, Dave Bannion, (Glenn Ford) se bat tout seul contre le monde entier, à tout le moins contre toutes les fripouilles de son patelin, qui ont, d’ailleurs gangrené la police du comté. On a vu ça dix-mille fois. Est-il besoin d’ajouter qu’à la fin, c’est le bon policier qui gagne, est-il besoin d’ajouter que, avant de l’emporter sur les canailles, il aura connu les pires vicissitudes, notamment l’assassinat de sa femme, qu’il aimait tendrement ? Read the rest of this entry »

Bad Lieutenant

janvier 12th, 2021

Le fond de la piscine.

Il paraît que Bad lieutenant est un film mythique, le meilleur de son réalisateur, 90 minutes qui prennent au cœur (et un peu davantage) et installent une atmosphère poignante, dure, angoissante. Harvey Keitel, acteur massif et inquiétant y est omniprésent, occupant l’écran pendant toute sa durée, jusqu’à lasser le spectateur qui aimerait pouvoir de temps en temps aller respirer autre chose que les miasmes qu’il dégage. Franchement il n’y a pas tant que ça de films qui reposent autant sur des épaules massives et pourries de son acteur principal, qu’on devrait d’ailleurs appeler acteur unique. Même chez les Gabin ou les Funès, on pouvait toujours distinguer, en troisième plan, un rôle, une silhouette reconnaissable. Là, rien du tout. Read the rest of this entry »