L’abominable homme des douanes

décembre 30th, 2019

Au fond de la piscine, on peut encore creuser…

Ce n’est pas toujours bien beau, les fins de carrière. Si Marc Allégret n’a jamais eu le talent de son frère Yves (celui-ci bien assisté par le scénariste Jacques Sigurd), il a tout de même réalisé quelques films intéressants et même notables ; en premier lieu Entrée des artistes avec un Louis Jouvet étincelant, mais aussi Félicie Nanteuil et surtout Blanche Fury ou même Aventure à Paris ou Gribouille. Et son acteur principal, dans L’abominable homme des douanes, c’est Darry Cowl à l’étrange destin. D’abord irrésistible acteur de complément (un peu comme Louis de Funès), il passe en quelques mois à un statut de vedette, tournant en premier plan une dizaine de films très oubliables mais qui rencontrent un succès réel au cœur de la France profonde. Read the rest of this entry »

En liberté !

décembre 28th, 2019

J’ai beau écarquiller les yeux…

Jubilatoire ! dit l’un (Grazia) ; La comédie de l’année assène un autre (Le Figaro) ; Rires en cascade profère un troisième (Télérama) ; Fait rire et très fort proclame un quatrième (Le Monde). Comment résister à ça, d’autant que l’ami qui m’a prêté le DVD, aussi cinéphage que moi et bien davantage cinéphile, avait ajouté à ces dithyrambes qu’il n’avait pas ri autant depuis des lustres. Donc, même si j’avais naguère été accablé par Les apprentis du même réalisateur, Pierre Salvadori, je me préparais à passer un bon moment festif, ce qui correspond parfaitement bien à la période qui relie Noël au Jour de l’An. Read the rest of this entry »

Tout sur ma mère

décembre 26th, 2019

« Lorsque l’enfant paraît, le cercle de famille… »

De la même façon qu’en matière de football on ne change pas une équipe qui gagne, il n’y a aucune raison de ne pas utiliser une citation opportune sous le médiocre prétexte qu’on l’a semée plusieurs fois, notamment en évoquant les films de Luis Bunuel. Cette citation est attribuée à Charles Quint qui avait quelque pertinence à la formuler : « Les Allemands ont l’air sage et sont fous ; les Français ont l’air fou et sont sages. Les Espagnols ont l’air fou et sont fous« . Read the rest of this entry »

Dracula et ses femmes vampires

décembre 21st, 2019

L’aube tardive.

Ne pas se fier au titre roublard et racoleur, qui peut laisser penser, vu l’époque du tournage (1974), à un petit soupçon de jolies filles dénudées. Ne pas oublier que le réalisateur Dan Curtis est plutôt un tâcheron spécialisé dans le film d’épouvante pour la télévision ; et c’est d’ailleurs ainsi qu’a été conçu Dracula et ses femmes vampires avant, paraît-il d’être projeté en Europe sur grand écran. Mais surtout se demander pourquoi on a là réalisé une adaptation assez fidèle, mais plutôt fauchée, du roman initial en y introduisant ce que Francis Ford Coppola placera ultérieurement comme élément déterminant : la nostalgie du bonheur conjugal, que le vampire imagine pouvoir retrouver avec Lucy Westenra (Fiona Lewis), sosie de sa femme jadis disparue on ne sait trop comment. Read the rest of this entry »

Circonstances atténuantes

décembre 16th, 2019

Pas folle, la guêpe !

On a souvent tendance à placer en parallèle Circonstances atténuantes et Fric-frac. Bien sûr les films sont sortis sur les écrans à peu près en même temps en 1939, le second le 15 juin, le premier le 26 juillet (on voit par là qu’on ne se faisait pas trop de soucis lors de cette année pourtant fatidique : Amusez-vous, foutez-vous d’tout, comme le chantait Albert Préjean). Les deux films braquent leurs caméras sur de braves gens un peu guindés qui, échouant au milieu de bandes de mauvais garçons, y feront découverte d’un monde dont ils n’imaginaient pas même l’existence. Et puis l’un et l’autre ont pour têtes d’affiche deux immenses acteurs, Arletty et Michel Simon. Read the rest of this entry »

La rivière d’argent

décembre 14th, 2019

Le requin californien.

C’est l’histoire de la grandeur et de la décadence (jusqu’à un improbable et bébête happy end) d’un aventurier californien de la fin de l’avant-dernier siècle. C’est-à-dire un récit vu vingt fois sur les écrans de tous les cinémas du monde ; et il y a aussi la paranoïa, la mégalomanie, le dépouillement de tous les scrupules qui surviennent chez ceux qui sont grisés par le veau d’or, voulu toujours un peu plus imposant et un peu plus doré. Comme dans Citizen Kane, si l’on veut ; mais c’est beaucoup moins bien. En d’autres termes, le spectateur qui a un peu de bouteille et des références anticipe à chaque fois les deux ou trois séquences qui vont suivre. Ce n’est pas un obstacle dirimant, mais ça ne laisse pas beaucoup de place à l’émerveillement. Read the rest of this entry »

La femme du dimanche

décembre 13th, 2019

Les secrets du clair de lune.

Et voilà que je me suis cru quelquefois dans un giallo, filles dénudées et sang à la une en moins et non pas chez le grand Luigi Comencini ! Que s’est-il passé ? Sans doute exigences alimentaires et pesanteurs des productions internationales, peut-être désir du réalisateur de tourner quelque chose qui n’était pas dans sa manière, quelque chose d’innovant et possiblement même pari plutôt nigaud de réussir l’adaptation d’un roman de Carlo Fruttero et Franco Lucentini écrite par le premier nommé et par Agenore Incrocci, c’est-à-dire par le mariage de l’eau et du feu.

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Le vampire a soif

décembre 8th, 2019

Papillon d’amour.

Sans le porter aux nues (assez loin de ça) je ne me suis pas ennuyé en regardant Le vampire a soif, nourri de pelouses anglaises bien taillées et de personnages – maîtres et serviteurs – extrêmement bien élevés (ce qui est merveilleusement reposant, dans les temps barbares que nous vivons). Cela dit, il est nécessaire de prendre garde au titre racoleur et d’imaginer qu’interviendront dans le cours du film les démoniaques buveurs de sang maudits dont tous les amateurs sont férus. Il y a une certaine originalité, qui mixe plusieurs mythes ou orientations, qui est un peu traitée par dessous la jambe mais qui a le mérite de renouveler un tout petit peu le discours obligé. Read the rest of this entry »

Le mort en fuite

décembre 6th, 2019

Joyeux fantômes de la scène…

Si en 1936 nous avions été, par une sorte de grâce temporelle, aux temps heureux et pénétrants de la comédie à l’italienne, nous aurions pu avoir, avec Le mort en fuite un film exemplaire et presque fondateur. Un film qui s’engage avec bonhomie dans les sentiers de la comédie (une comédie un peu grasse, même) et qui graduellement se met à grincer pour s’achever en drame, en drame cruel tant qu’on y est. Mais ne rêvons pas et n’imaginons pas qu’André Berthomieu pouvait préfigurer Dino Risi, ni que la société française endormie de la veille de la Guerre pouvait détenir la même capacité de sarcasme que l’Italie du miracle.. Read the rest of this entry »

Mission

décembre 5th, 2019

Carrefour des enfants perdus.

En découvrant Mission cette après-midi et en admirant la belle réalisation de Roland Joffé, emplie d’images somptueuses, accompagnée de la forte musique d’Ennio Morricone, interprétée par de puissants acteurs et évoquant des questions de haut niveau, je m’interrogeais toutefois. Ce n’est pas pour gonfler excessivement mon jabot (qui n’en n’a pas vraiment besoin), mais enfin je me demandais comment le spectateur lambda a reçu le film. Parce que si Mission n’est regardé que comme une suite d’illustrations exotiques à son début, puis, à sa fin, comme un massacre pathétique et scandaleux, on perd tout de même beaucoup de substance. En forçant le trait on pourrait presque dire qu’il s’agit de Tintin chez les Picaros en version cruelle et adulte. Read the rest of this entry »