Une fille pour le diable

novembre 6th, 2020

Parle, commande, règne !

Bien que le film ait été vilipendé à peu près partout et que, paraît-il, Richard Widmark ait beaucoup regretté de s’y être engagé, j’avais tout de même gardé le souvenir intense d’une séquence glaçante et, pour quelques euros j’ai acquis cette Fille pour le diable qui, à la revoyure d’aujourd’hui m’a paru bien plus satisfaisante que ce que l’on en dit et ce qu’elle demeurait dans mon souvenir. Évidemment on ne peut pas mettre sur le même plan les monstruosités satanistes de Une fille pour le diable et celles – qui sont à peu près de la même nature- de la série (des deux premiers films en tout cas) La malédiction qui met identiquement en scène les sectateurs du Prince des ténèbres en les confrontant avec notre réalité souvent matérialiste. Le film de Peter Sykes est un engin de série, qui ne manque pas d’intérêt mais dont les limites sont celles assez bornées, du cinéma de genre, alors que La malédiction vise à un autre niveau. Read the rest of this entry »

Monseigneur

novembre 5th, 2020

Le rêve passe.

Il y avait bien longtemps que je n’avais pris autant de plaisir devant un de ces nanards français, un de ces petits films bien de chez nous qui étaient à l’affiche des petites salles de quartier et qui réunissaient, les samedis soirs, un public populaire qui ne demandait qu’à se détendre. Tout cela avant de rentrer dans son cinquième étage sans ascenseur ni commodités, les toilettes étant, comme de juste, sur le palier. Voilà, dans Monseigneur, la conjonction filmée très réussie du brave petit populo parisien, volontiers révolutionnaire, grognon mais bon vivant et de la haute société qui, en 1949, existe encore un peu dans son apparat figé, sédimenté mais civilisé et extrêmement bien élevé. Read the rest of this entry »

Les trois jours du Condor

novembre 3rd, 2020

Un jour comme un autre.

Ah il est vrai que ça part à 200 à l’heure – et même à 250 – et qu’on est ébloui, émerveillé, scotché dans son fauteuil, lorsque dans cette agence occulte pilotée par la CIA, un massacre couche au sol en un rien de temps et avec une grande facilité sept braves employés routiniers de l’agence de renseignement. Des agents dont le boulot consiste à traquer, dans toutes les publications du monde, les failles de sécurité, les anomalies, les fuites potentielles qui pourraient mettre en péril les orientations et la politique impériale des États-Unis. Dans un grand appartement sans charme de New-York travaillent sans trop se fouler une petite dizaine de fonctionnaires un peu flemmards et sans doute guère bien payés. Jusqu’à ce que surgisse l’impensable : le massacre. Read the rest of this entry »

Mr. Smith au Sénat

novembre 2nd, 2020

God bless America !

Il faut reconnaître à Frank Capra le grand mérite de réaliser un film sympathique et même attachant sur les plus grandes naïvetés des États-Unis d’Amérique : l’adulation de la Constitution, la croyance en la démocratie et la certitude qu’en fin de compte le Bien triomphera du Mal ; ces billevesées qui ont suscité l’enthousiasme et la détermination des émigrants puritains du Mayflower et qui continuent encore aujourd’hui à irriguer le cœur profond de cette étrange nation. À tout le moins tant qu’elle ne sera pas submergée par la conjonction intersectionnelle des minorités agissantes. Toujours est-il qu’il y a dans Mr. Smith au Sénat, au delà de la vivacité brillante du récit, une sorte de plaidoyer illuminé en faveur d’un pays qui se croit béni par Dieu et capable de donner des leçons au monde entier. Read the rest of this entry »

Sunshine

octobre 30th, 2020

Le paradis est nettement plus loin.

Il ne faut évidemment pas être trop exigeant sur les détails et imaginer qu’on assiste dans Sunshine à une tentative réaliste de sauvetage de notre pauvre et chère Humanité. Déjà penser qu’en 2057 (je n’aurai alors que 110 ans et je m’espère encore en pleine forme, bon pied, bon œil), l’éclat de notre cher Soleil se sera tellement atténué que notre encore plus chère Terre connaîtra une période glaciaire est idiot. D’abord parce que les scientifiques les plus pessimistes assignent à cette inéluctable extinction un peu davantage de temps : cinq milliards d’années, au bas mot. Ensuite parce qu’il me semble que la doxa actuelle ne cesse de pleurnicher, pour les prochaines décennies, à un réchauffement de notre planète, apparemment vraisemblable, mais où la misérable action humaine n’est certainement pour rien, ou si peu de chose…

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Un tramway nommé Désir

octobre 29th, 2020

La comédie du désastre.

Il y a sûrement quelque chose un peu maléfique, assurément quelque chose de malsain dans l’atmosphère trop touffue de ce Sud profond des États-Unis, d’où nous arrivent, comme ça, des bouffées de haine et de dégoût, des histoires de folies et de frustrations qui surgissent au milieu des bayous, des tulipiers chargés de mousse espagnole, dans une atmosphère étouffante.

On songe aux horreurs de Angel heart d’Alan Parker, à la cruauté de Chut, chut, chère Charlotte de Robert Aldrich. Read the rest of this entry »

Enquête sur un citoyen au dessus de tout soupçon

octobre 27th, 2020

Fripounet et Messaline.

Me voilà bien navré de ne pas pouvoir partager l’enthousiasme général et les dithyrambes éloquents sur ce film d’Elio Petri dont la qualité du titre, vigoureux et agressif, de la musique (d’Ennio Morricone évidemment) et de l’interprétation est, de fait, absolument remarquable. Mais, comme souvent, les films un peu mythifiés, dont on attend tant et plus et davantage, font souvent subir ce genre de déconvenues ou plutôt de légères déceptions : on vous a tant vanté le ton percutant, l’intelligence du récit, la subtilité des dialogues de cette Enquête que le préjugé favorable dont elle bénéficiait ab initio s’effrite au fur et à mesure qu’elle se déroule. Read the rest of this entry »

Docteur Mabuse : le joueur

octobre 24th, 2020

Lanterne sourde.

Pour n’avoir jamais lu la moindre ligne des romans d’aventure de Norbert Jacques, écrivain luxembourgeois qui ont tenté de donner au Docteur Mabuse une silhouette analogue à celle de l’immense Fantômas, je suis bien incapable de dire s’il y avait dans ce qu’il écrivait le même cynisme et la même cruauté que celle des livres de Pierre Souvestre et Marcel Allain. C’est fort possible, mais enfin ça ne peut être qu’une copie, possiblement très réussie, je veux bien le croire, de la légende sombre de cette sorte de Démon du Mal. Pourquoi pas ? Toujours est-il que dans l’Allemagne terriblement complexée des lendemains de sa défaite, cette sorte de génie maléfique a connu un succès à la mesure de sa malfaisance ; certains en ont d’ailleurs interprété sa prévalence comme une figure du nazisme qui pointait son nez. Pourquoi pas, d’ailleurs ? L’éternelle Germanie est toujours prête à se donner à un épouvantable maître… Voilà un fait de nature. Read the rest of this entry »

Géant

octobre 21st, 2020

L’État de l’étoile solitaire.

Trois heure vingt de film et pourtant l’impression, à la fin, que le réalisateur George Stevens, qui avait pris son temps au début pour poser la situation et les personnages, les présenter aux spectateurs, a tendance à bâcler son histoire. Parce que dans les derniers trois quarts d’heure, tout se précipite et s’amoncelle, parce que surviennent révélations et catastrophes, parce que le temps est comprimé, que les ellipses se multiplient et que le récit explose et, de ce fait, perd sa limpidité et sa cohérence. C’est-à-dire que l’ampleur de la chronique aurait pu justifier une ou deux heures supplémentaires pour mieux mettre en exergue et présenter l’étonnante mutation qui va faire passer le Texas des grands espaces sans fin, aux ranches de plusieurs dizaines de milliers d’hectares à la terre promise du pétrole. Read the rest of this entry »

Piège de cristal

octobre 20th, 2020

Chauds, les glaçons !

On sait bien, parce que c’est évident et que c’est la loi du genre, qu’à la fin tout va s’arranger et que John McClane (Bruce Willis) triomphera des méchants et fera triompher le Bien. Mais ce qui est très bien c’est qu’on se demande vraiment comment il va faire et quels sortilèges il devra employer pour mettre en l’air l’entreprise subtile et sanglante de Hans Grüber (Alan Rickman) de s’emparer de 640 millions de dollars benoîtement enfermés dans le coffre d’une entreprise multinationale. Sortilèges n’est d’ailleurs sûrement pas le mot adéquat, puisque McLane est d’emblée présenté comme un petit policier honnête, cabochard, grognon ; presque, pourrait-on dire, limité. Rien en lui d’un superman, d’un héros de légende volant au secours de la veuve et de l’orphelin, ou sauvant le monde à ses moments perdus.

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